Journal de Juillet 2015: François Hollande à Izieu

7 septembre 2015
© AFP JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

© AFP JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Le 6 avril 2015 François Hollande est allé à Izieu pour inaugurer une extension du musée, anciennement Maison d’Izieu et a rendu hommage aux 44 enfants juifs raflés avec les 7 adultes qui les accompagnaient, le 6 avril 1944. Le président y a prononcé un discours contre la montée des “fondamentalismes religieux” dont voici quelques extraits significatifs.

« Le mal ne s’est pas arrêté aux portes de cette maison, il renaît chaque fois que des idéologies totalitaires ou des fondamentalismes religieux s’emparent des passions et des peurs… A chaque fois, ce sont des juifs qui sont tués parce qu’ils sont juifs, des chrétiens parce qu’ils sont chrétiens, et des musulmans, parce qu’ils sont musulmans. La barbarie n’a pas d’âge, n’a pas de couleur, n’a pas de limite.…

Plus que jamais, l’Histoire nous livre des leçons pour le présent. Elle nous rappelle qu’il y a besoin de combattants pour prévenir et pour vaincre la barbarie…

Les lieux de mémoire sont là pour mettre les consciences en éveil…Dans notre civilisation de l’image et de l’information continue, les lieux de mémoire et les outils qu’ils proposent sont aussi une indispensable école du discernement et du rappel aux faits historiques face à toutes les falsifications…

Le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, prochainement présenté par le Premier ministre, fera une place essentielle à la mission éducative et prévoit que chaque élève entrera en contact avec un lieu de culture, d’histoire et de mémoire, à chaque temps de la scolarité, primaire, collège et lycée.…

Le tronc commun de formation de tous les futurs professeurs du premier comme du second degré fera également une place prioritaire à l’enseignement laïc du fait religieux et à la lutte contre les préjugés racistes et antisémites…

Puis, rappelant les “épreuves terribles” du début janvier à Paris, le Président a appelé les Français à “plus que jamais se réunir et à se rassembler”…

Et d’ajouter : Personne ne peut imaginer que la République serait à ce point fragile, que la France devrait se barricader, s’enfermer à double tour, fuir les échanges plutôt que de se rendre compte avec fierté de nos talents, de notre culture, de notre capacité industrielle, mais aussi de la richesse de notre diversité. »


Journal de Juillet 2015: “Le labyrinthe du silence”

7 septembre 2015
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Le Labyrinthe du silence a été réalisé par Giulio Ricciarelli (Allemagne, 2014)

Le 70° anniversaire de la libération des camps nazis et particulièrement le 27 janvier 1945 celui d’Auschwitz, permet de donner libre cours à la description (films, livres, articles de presse) de ce qui s’est passé. Fin de l’oubli ou du négationnisme, il est juste temps car les derniers témoins disparaissent les uns après les autres et la transmission en “vrai” va devenir plus difficile.

La débauche d’informations ne lèvera pas le silence voulu ou du à l’ignorance qui a perduré longtemps après la guerre.

C’est principalement l’objet de ce film dont le titre un peu mystérieux cache un film tiré au rasoir sur la description du procès de Düsseldorf en 1962 qui a fait juger des dirigeants nazis par des juges allemands.

Le film traite aussi de la quête d’un procureur allemand qui cherche la vérité de ce qui s’est passé alors que tout le monde nie ou cache la vérité qu’on n’ose pas encore regarder en face.

C’est un film phénoménal que vous garderez en mémoire.

 

Daniel Rachline

 


Journal de Juillet 2015: la Résistance au féminin

7 septembre 2015

Le 27 mai, sont entrés au Panthéon, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay. Tous les quatre ont été des Résistants et honorés comme tels. La cérémonie a été émouvante, très digne et la jeunesse dont on espère qu’elle saura tirer les leçons de l’histoire de ces héros, était représentée en nombre.

Avec l’entrée de G. Tillion et G. de Gaulle, le Panthéon se féminise et double ainsi le nombre de femmes qui y sont inhumées. Elles viennent rejoindre Sophie Berthelot qui s’y trouve par respect de son choix d’être près de son mari le chimiste Marcellin Berthelot, et Marie Curie, prix Nobel de Physique-Chimie.

Avec ces deux femmes, c’est aussi la Résistance féminine qui, d’une certaine façon, est reconnue et consacrée, alors que depuis la fin de la guerre cette résistance a été minimisée sinon occultée.

Seules quelques grandes figures féminines, après guerre, ont été retenues. En réalité, des milliers de femmes se sont engagées dans la Résistance et leurs actions ont été souvent déterminantes. Elles ont comme les hommes pris des risques considérables, se sont montrées courageuses et parfois héroïques, sans calcul. Elles ont payé un lourd tribut à leur engagement. Beaucoup y ont laissé leur vie ou ont été déportées.

Après la guerre, modestement, elle ont retrouvé le chemin de la maison et leur rôle de ménagère, mère et épouse. Mais vivre une telle aventure transforme et les femmes ont compris qu’elles devaient prendre leur destin en main.

C’est alors que leur combat pour l’égalité a commencé avec pour première victoire le droit de vote en 1945. Depuis les femmes n’ont cessé de lutter pour s’émanciper, acquérir les droits les plus élémentaires…Et le combat continue…

L’entrée de Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz au Panthéon est un symbole important…

Lison Benzaquen

 


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance-débat du 14 janvier 2014

5 mai 2014

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Séance du 23 Janvier 2014

Thème : Les Justes

Débatteur : Mohammed Aïssaoui

 

Dure, dure, cette séance. Et pourtant elle a tout pour plaire : Une salle pleine. Pour moitié, des élèves de la “diversité”, pour l’autre, des “bourges”. Un très beau film sur les Justes musulmans, en cet anniversaire de la libération d’Auschwitz : la Grande Mosquée, grâce à son directeur Kaddour Benghabrit, sert de cachette à de nombreux juifs dont un jeune chanteur séfarade qui y restera 4 ans. Et enfin, un excellent débatteur, Mohammed Aïssaoui, auteur d’un livre que je recommande chaudement : L’étoile jaune et le croissant (éditions Gallimard).

Dès la première question on comprend que le débat sera difficile, pour ne pas dire impossible, car centré sur l’actualité des juifs et des musulmans. Et si le film où l’on voit des musulmans en prière dans la Grande Mosquée est regardé dans un silence quasi religieux, dès la première question s’instaure dans la salle un brouhaha qui ne cessera plus.

-Pourquoi ne parle-t-on que des juifs et seulement d’une minorité de musulmans ?

-Que pensez-vous de l’affaire Dieudonné ?

-Si la Shoah avait concerné des musulmans et non des juifs, est-ce qu’on en aurait tellement parlé ?

-Est-ce que l’état sioniste d’Israël est légitime dans sa totalité ?

N’oublions quand même pas quelques rares questions plus “soft” qui mettent un peu de baume au cœur telles que : pensez-vous qu’un jour musulmans et juifs marcheront main dans la main ?

Notre débatteur qui s’est, de prime abord, présenté comme journaliste, écrivain, musulman, fait tout pour donner une vision positive des juifs, expliquer combien juifs séfarades et musulmans d’Afrique du Nord ont de points communs. Lui-même habite dans un quartier de juifs pieux et il s’y sent parfaitement à l’aise. Rien n’y fait. Personne ne se donne même la peine d’admirer le courage du recteur Kaddour Benghabrit, sauveur de juifs.

La séance se termine. Un élève rejoint le débatteur, expose ses idées sur Dieudonné et termine sur l’affirmation qu’on n’avait jamais pu retrouver de plans d’un crématoire à Auschwitz.

Et aujourd’hui 27 Janvier, je lis dans un compte-rendu de presse : Avec l’affaire Dieudonné une digue morale vient de sauter dans les établissements scolaires, selon certains enseignants interrogés par Le Figaro. “La Shoah j’en suis gavé depuis la classe de troisième. Entre les émissions de télé, les séries, l’école, on ne parle que de ça. Moi, ça me fait du bien d’en rire avec Dieudonné”. Une élève, oubliant qu’elle est en cours sur la seconde guerre mondiale demande : “Pourquoi parle-t-on tout le temps du génocide juif et pas du génocide rwandais ou cambodgien ?”. Le mois dernier, une enseignante, professeur contractuelle d’histoire-géographie dans un lycée de Saint-Priest (Rhône), a déposé plainte en raison d’attaques à caractère antisémite de ses élèves. Elle s’est ainsi entendu dire: “On ne veut pas d’une juive comme professeur dans notre classe”.

Oui, dur, dur !

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2014: En parler ou ne plus en parler?

5 mai 2014

La querelle prend de l’ampleur et ce n’est pas plus mal. On savait bien que les professeurs d’histoire et de géographie rencontraient de plus en plus de mal pour aborder, en troisième et en terminale, le sujet de la Shoah à propos des causes et des conséquences de la deuxième guerre mondiale. ”Les territoires perdus de la République” nous avaient déjà alertés en 2002.

Les professeurs menacés par leurs élèves nous avaient fait part de leurs craintes. Ils ne se sentaient pas protégés par l’institution et finissaient par céder à la pression pour éviter les heurts  et les incidents. La surcharge des programmes servirait d’alibi, mais on percevait une gêne notamment au moment d’arrêter le programme des séances de cinéma. Fallait-il parler plutôt de l’apartheid, des Amérindiens, de l’esclavage, de la traite négrière, du génocide des Arméniens  et de celui des Cambodgiens ? Sans doute de tout, mais fallait-il revenir une fois de plus  sur le génocide des juifs ?

A mon sens les professeurs d’histoire n’auraient pas dû et ne devraient pas l’éluder, ne serait-ce que parce qu’il fait partie de la seconde guerre mondiale et qu’il en est même l’événement majeur (pour répondre à l’immonde Le Pen).

Mais au delà et notamment en terminale, lorsqu’il est question de la place de la Mémoire, l’éventail s’élargit  et sans que les autres génocides du siècle soient occultés, il ne me paraît pas possible de laisser de côté, fut-ce pour un temps, la mémoire de la Shoah.  Elle ne nous quittera pas.

Le ministre de l’éducation nationale Vincent Peillon le rappelle à l’occasion de la journée européenne de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité le 27 janvier, jour de la libération du camp d’Auschwitz. Il est bien normal qu’en ce jour ce soit la Shoah que l’on évoque dans les établissements scolaires, mais cet enseignement ne peut se limiter à des commémorations  qui ne rappellent rien aux élèves qui sont nés entre 1998 et 2003.

Que ce soit l’occasion d’évoquer les autres génocides et les réactions qu’ils ont engendrées (négationnisme, lois mémorielles, prévention et répression des crimes contre l’humanité, instauration de tribunaux internationaux et d’une cour pénale internationale) ne doit pas, sous prétexte de nouveauté, conduire à faire l’impasse sur la Shoah dont on aurait abondamment, voire trop parlé. D’abord ce n’est pas parce qu’on en a parlé aux autres et en l’occurrence à leurs aînés qu’il ne faudrait pas en parler aux plus jeunes.

Il ne s’agit pas d’entretenir un mouvement compassionnel mais d’enseigner ce dont les hommes et les Etats sont capables, afin de pouvoir dans l’avenir être vigilants  plus que nos ainés ne l’ont été.

Depuis maintenant 20 ans que Mémoire 2000 existe, nous avons tous les ans évoqué bien des sujets qui concernent la discrimination et le racisme, mais nous n’avons jamais manqué une année de revenir sur la Shoah. Et nous devons en être fiers. Le privilège dont nous disposons qui nous permet, lors des séances qui ont lieu à l’extérieur des établissements scolaires, de faire appel aux témoignages des anciens déportés, ne durera pas bien longtemps. Tant qu’il subsiste encore, nous ne devons pas manquer cette occasion.

Les confidences recueillies ça et là auprès des spectateurs de “La main d’or” révèlent paraît-il une certaine saturation. Le Figaro du 27 janvier, sous la signature  de Caroline Beyer et de Marie-Estelle Pêch nous rapporte le propos d’une élève à l’issue du cours d’histoire consacré à la seconde guerre mondiale : “la Shoah j’en suis gavée depuis la classe de troisième. Entre les émissions de télé, les séries, l’école on ne parle que de ça. Pourquoi parle-t-on tout le temps du génocide juif  et pas du génocide rwandais ou cambodgien”?

A la réflexion le problème n’est pas nouveau et ce n’est pas Dieudonné qui a révélé le phénomène de saturation. Il faudrait l’attribuer nous dit-on à la « fièvre commémorative » entretenue par les producteurs, les éditeurs, les associations qui l’aurait « sacralisée ». Ce n’est pas mon avis, mais que chacun assume la part qu’il prend à cette diffusion. Rien ne remplace la connaissance, mais comme le disait C. Lanzmann à propos des son film, « il faut voir et savoir « .

Ainsi le reconnaissait cette élève de retour d’une visite à Auschwitz : « c’est inimaginable les conditions de vie et de mort, mais ça rend réel ce qu’on a appris au collège « . Alors on peut les laisser rigoler avec leurs copains sur Tweetter ou sur Facebook, ça n’empêchera pas d’essayer de passer et de laisser des traces dans les cœurs. Alors continuons sans trop d’état d’âme. On peut sans doute améliorer la communication et élargir l’horizon mais on doit s’imprégner et les imprégner de la “catastrophe” du siècle.

J. Fredj le directeur du Mémorial de la Shoah a donné dans Le Monde du 23 janvier, une lettre ouverte aux jeunes qui pensent que la Shoah est trop enseignée. Les chiffres qu’il cite suffisent à prouver le contraire. La France est loin derrière les Britanniques, les Italiens, les Espagnols, les Allemands et les Polonais.

Mais surtout à la place qu’il occupe, Monsieur J. Fredj, ne manque pas de rappeler que dans de nombreux pays, l’enseignement de la Shoah est accompagné  par un enseignement de l’histoire des autres génocides du XX° siècle, celui des Arméniens et celui des Tutsis .

Au lieu d’aller s’y faire prendre en photo pour y faire “la quenelle”, les fans de Dieudonné feraient mieux de se rendre rue Geoffroy l’Asnier à partir du mois d’avril pour voir l’exposition sur l’histoire du génocide perpétré  contre les Tutsis en 1994 .

Bernard Jouanneau

 

 

 


Journal d’Avril 2014: « Cette histoire avec les Juifs! » – Heinrich Himmler

5 mai 2014

9782259223294_p0_v1_s260x420“Cette histoire avec les Juifs !” – Heinrich Himmler, d’après sa correspondance avec sa femme, 1927-1945, de Michael Wild et Katrin Himmler (traduction Olivier Mannoni), aux éditions Plon (cliquez sur le lien pour accéder au site de l’éditeur)

C’est l’histoire d’un serial killer officiel, devenu après 1933 l’homme le plus puissant après Hitler. C’est également l’histoire d’un Petit Papa attentionné, et d’un mari que sa femme appelle affectueusement “tête de mule”, “méchant petit homme”, “garnement” dans la correspondance qu’ils ont échangée entre 1927 et 1945. C’est surtout l’histoire de l’un (du ?) des plus grands criminels de l’Histoire dont la correspondance, découverte par deux GI américains en 1945, a fini, après de multiples aventures, par aboutir en Israël au début des années 1980.

C’est enfin l’histoire d’un permanent du parti nazi, petit-bourgeois ordinaire, amoureux de la femme allemande idéale qu’il a épousée, aux yeux bleus et aux cheveux blonds, à qui il écrit d’affectueuses lettres où il célèbre son “âme pure” et son “cher corps”.

Dans ses réponses, Marga lui demande de bien prendre soin de sa santé et, au début du moins, lui demande de quitter “ce parti idiot” qui la prive de son cher époux. Il lui répond qu’il dort superbement, lui décrit ses matinées, douche et rasage compris, lui rappelle la nécessité de bien élever les enfants dans l’obéissance inconditionnelle.

Il lui envoie le journal de ses déplacements avec le “chef”, rêve de vie à la campagne, tout en organisant la solution finale de la question juive et en envoyant à sa petite femme, qui parcourt la Pologne occupée au profit de la Croix- Rouge, des “chères pensées pour la Fête des Mères”, des recettes de compotes et des photos de sa vie de grand voyageur. Le tout dans une prose neutre et conformiste, fade et convenue.

Sa conception de la vie : être fidèle, se fortifier pour s’endurcir comme un combattant dans un ordre religieux, ne jamais être “inconvenant”, ne pas abuser de ce qui est bon. Energie, gymnastique quotidienne. Et bon sommeil. A la création du premier camp, Dachau – au départ camp de formation de la SS -, il invite sa femme à aller visiter “le jardin enchanté” qui s’y trouve, centre de recherche allemand pour l’alimentation : Profite bien de la visite à Dachau et salue tout le monde de ma part. Le lendemain de la conférence de Wannsee (dont il est informé  par Heydrich) il écrit à sa chère “Mamette” : Ci-joint cinq doubles tablettes de chocolat que je t’avais promises pour les enfants ; également le fromage blanc dont tu peux avoir tant besoin. – le blanc est au miel et aux amandes, il est très bon.

Le 17 juillet 1942 (Rafle du Vel d’Hiv à Paris), il part pour Katowice et de là se rend à Auschwitz, où il s’intéresse, lors de deux journées de visite, à la plantation de caoutchouc, et aux pépinières. A Birkenau, il observe avec précision “tout le processus de l’extermination”. Parallèlement, il mène une double vie et a deux enfants de sa maîtresse (sa secrétaire…), donne l’ordre de faire disparaître, d’ici la fin de 42, la totalité des Juifs dans le Gouvernement général de Pologne. Il est impossible de citer ici toute l’infamie de sa correspondance, et son étrange dédoublement de personnalité (pathologique ? Ou pas ?). Découragé, il se plaint de la difficulté de sa tâche en raison du nombre insoupçonné d’aryens qui ont leur “bon juif”.

Après avoir assisté à une série d’exécutions à Minsk, il écrit à sa chère famille : J’étais ce matin et cet après-midi avec le Führer et je suis allé me promener avec lui (…). Je vais vraiment mieux ; je peux dire tranquillement : franchement bien. Dans la liste de ses discours retrouvés, il prétend qu’il peut tout supporter au profit de l’Allemagne, qu’il n’est ni brutal ni sans cœur “là où ce n’est pas absolument nécessaire”.

On connaît sa fin : il s’enfuit le 20 mai 1945 après avoir été désavoué par Hitler, se fait arrêter déguisé – moustache rasée et bandeau sur l’œil, et, après avoir décliné son nom, choisit le poison.

Celui qui a expliqué dans un discours célèbre du 5 mais 45 qu’il ne fallait pas laisser les enfants grandir pour devenir des vengeurs de leurs pères, glorifie ceux qui ont “tenu bon” et sont restés “corrects” pendant la période de l’éradication du peuple juif. C’est aussi vrai pour sa famille : Marga, entre la décoration de ses appartements, les bridges et les thés avec les épouses des dignitaires nazis, les vacances en Italie où l’on n’oublie pas de visiter la tombe de Dante et la maison natale de Mussolini, se plaint auprès de son puissant mari : Cette histoire avec les Juifs ! Quand cette bande va-t-elle nous abandonner pour qu’on puisse profiter de la vie (…) J’ai mal dormi cette nuit. Mes pieds ne sont pas très beaux.

N’est-ce pas un exemple de ce qu’il appelle “une page glorieuse de notre histoire, une page qui n’a jamais été écrite et qu’il ne faudra jamais écrire ?”

Colette Gutman


Journal d’Avril 2014: « Le journal d’Helga » d’Helga Weissova

5 mai 2014

9782714454799LE JOURNAL D’HELGA de Helga Weissova (cliquez sur le lien pour accéder à la notice Wikipédia en Anglais)

Témoignage et dessins d’une enfant rescapée de la Shoah, aux Editions Belfond (cliquez sur le lien pour accéder au site de l’éditeur)

Helga avait huit ans. Elle a survécu parmi des dizaines de milliers d’enfants qui ont disparu.

“A mes petites filles et à tous les jeunes gens dans l’espoir qu’ils garderont vivant le souvenir du passé et ne connaîtront jamais eux-mêmes ce que ma génération a subi.”

Voilà, tout est dit…

Daniel Rachline


Journal d’Avril 2014: « Ce qu’ils savaient, les alliés face à la Shoah », un documentaire de Virginie Linhart

5 mai 2014

ce_qu_ils_savaient_dvd-5fdb4« Ce qu’ils savaient, les alliés face à la Shoah »

Documentaire de Virginie Linhart

DVD (Editions Montparnasse)

Tout le monde savait. On le sait maintenant depuis l’ouverture dans les années 90, des archives de la Seconde guerre mondiale.

Ce film dévoile les raisons pour lesquelles Roosevelt, Churchill, Staline et De Gaulle ont choisi de sauver le monde du désastre tout en négligeant la “question juive”.

C’est bon de le savoir, même tardivement !

 


Journal de Janvier 2014: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 17 octobre 2013

15 janvier 2014

18409360.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLE TEMPS DU GHETTO

Séance du 17 octobre 2013

Thème : La révolte du ghetto de Varsovie

Débattrice : Larissa Cain

Le temps du Ghetto, ce n’est pas un film : c’est un monument ! Pour célébrer les 70 ans de la révolte du Ghetto, dont les images terrifiantes clôturent le film, Mémoire 2000 a souhaité l’inscrire en tout début du programme de cette nouvelle année scolaire.

“Les ruines du Ghetto se confondent avec les poussières de la terre” est la première phrase que l’on entend au tout début du film : cette phrase s’appliquera tout au long de l’ouvrage qui n’est ni documentaire, ni film mais une recension des horreurs qu’ont pu vivre ces gens enfermés sans espoir, quémandant un peu de pain ou de soupe, marchant dans les rues en enjambant les cadavres. Grâce aux photos consciencieusement prises par leurs gardiens nazis et qui constituent l’essentiel du film, on peut aussi assister aux moments terribles de la révolte, de la fin du Ghetto dans les flammes et celle des hommes qui se sont soulevés et qui ont malgré tout résisté jusqu’à leur mort.

Pas un bruit, pas un mot parmi la centaine d’élèves de 2ème et de 1ère qui assistent à cette séance éprouvante. Ils semblent pétrifiés par ce qu’ils voient. A la fin du film, ils ont devant eux une petite femme, l’air décidé, qui, avant de leur donner la parole, va leur expliquer quelle fut sa vie dans le ghetto, petite fille de huit ans, enfermée là avec son père et sa mère.

 Larissa Cain

Larissa Cain

Elle raconte comment sa mère partie travailler chaque jour en usine, un jour ne revient pas. Elle ne la reverra  jamais. Quant à son père il restera près d’elle et un jour, bien plus tard, lui construira une échelle de trois mètres de haut. Elle s’évadera ainsi, petite fille seule dans le nuit, accueillie de l’autre côté par son oncle resté hors du ghetto. Son père s’évadera aussi mais il disparaitra un jour et elle ne le reverra plus jamais. Notre débattrice aborde alors son arrivée en France, à quatorze ans, son entrée au CP, puis son bac obtenu à vingt ans ! Alors les élèves l’applaudissent longuement ! Ils l’applaudissent encore quand elle évoque son travail, son mariage et ses trois enfants qui pour elle sont une nouvelle vie…

La parole est donnée maintenant, comme de coutume, aux élèves. La première question concerne les “Judenrath”, ces fameux Conseils juifs que les Nazis mettaient en place pour faire respecter la loi et faire la police. De qui étaient-ils composés ? Autre question : Pourquoi son père ne l’a-t-il pas suivie lorsqu’il lui a permis de s’évader sur cette fameuse échelle ?  Elle tient à dire combien il était difficile de se cacher en dehors du Ghetto, que les familles qui acceptaient de les aider étaient menacées de mort et qu’il y avait eu beaucoup de dénonciations, certains trafiquants vendant les juifs retrouvés pour quelques zlotis aux autorités nazies.

A quelle philosophie se référaient les Nazis demande une élève ? Mme Cain lui précise qu’il ne s’agissait pas d’une philosophie mais d’une idéologie basée sur la dite supériorité d’une race aryenne.

Autre question importante : Et  la résistance juive, comment a-t-elle pu s’organiser ? Réponse : il y avait des jeunes qui s’organisaient et se regroupaient. Ainsi en 1942  fut créé un Front anti-fasciste. Mais ces mouvements n’avaient aucune arme et ont vite disparu jusqu’à la création d’un mouvement de révolte qui plus tard obtint des armes de la Résistance polonaise.

Pour conclure, notre témoin résume l’horreur vécue dans cet enfermement : la terreur, la famine, l’entassement, la maladie. Il fallait réduire l’homme à l’état d’animal pour en fin de compte le tuer. Elle termine en insistant sur l’entraide apportée par les comités d’immeubles qui donnaient un peu d’espoir aux habitants.

Dernière question, importante sans doute aux yeux de cette jeune génération : Est-ce que les séquelles de ce qu’elle a vécu ont été répercutées sur ses enfants. Comment a-t-elle pu surmonter ces souvenirs ? Mme Cain, qui avoue être tombée malade quelques années après son retour, répond que l’on n’oublie jamais son passé. Elle n’a pas voulu en charger ses enfants. Heureusement, les nombreux livres qu’elle a publiés lui ont permis de revenir sur ces années et en transmettre le souvenir à ses enfants et petit enfants.

Chère Larissa Cain, en voyant votre visage se fermer parfois, comme si vous aviez encore ces images sous vos yeux, on se rend compte combien ce témoignage est difficile pour vous.  Alors, un grand merci d’être là devant ces élèves, d’avoir ce courage et de continuer sans relâche votre tâche de mémoire.

Claudine Hanau

 

 


Journal de Janvier 2014: nous vous recommandons de voir « Le dernier des Injustes » de Claude Lanzmann

15 janvier 2014

21003696_20130506163957121.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxIl y a deux mois, sortait sur les écrans le dernier film de Claude Lanzmann.

Beaucoup depuis l’ont vu, beaucoup doivent encore le voir, tous le devront.

L’histoire de Benjamin Murmelstein (le dernier des injustes) est connue maintenant.

Le film en racocnte une autre, celle de Lanzmann, un vieux monsieur de 87 ans, au visage étonnant d’expressivité et qui, sans s’en rendre compte raconte son testament d’homme comme on n’en fait plus.

Un  dernier des grands hommes.

Daniel Rachline

 

 

 


Dossier pédagogique du film « Des hommes libres » de Ismaël Ferroukhi, préparé par Guy Zerhat, membre de Mémoire 2000

15 janvier 2014

1007662_fr_les_hommes_libres_1314173833187Séance du Jeudi 23 janvier 2014 

Débatteur:  Mohamed Aïssaoui, journaliste et écrivain, auteur notamment de « L’Étoile jaune et le Croissant » (Éditions Gallimard, 2012).

Cliquez ici pour télécharger le dossier pédagogique (PDF)


Notre séance du Jeudi 17 octobre 2013: projection de «Le temps du ghetto» de Frédéric Rossif

3 octobre 2013

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LE TEMPS DU GHETTO

Documentaire de Frédéric Rossif

France – 1961 – 90 mn

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé : 

Témoignage original sur le ghetto de Varsovie. «Nous ne voulions pas faire une œuvre scientifique ou un documentaire d’histoire, nous voulions retrouver à travers la mémoire des hommes la réalité telle qu’elle est vécue.» (F. Rossif)

Thème :

La révolte du ghetto de Varsovie

TÉLÉCHARGEZ LE DOSSIER PÉDAGOGIQUE EN CLIQUANT ICI

Débat :

La débattrice  est Larissa Cain, écrivain, qui est rescapée du ghetto de Varsovie et a participé à l’insurrection de Varsovie de 1944.

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI


Journal d’octobre 2013: le Mémorial du camp des Milles

3 octobre 2013

Le site Mémorial du camp des Milles est l’un des rares témoins préservé en Europe qui raconte le déroulement tragique des internements et déportations durant la Seconde Guerre mondiale.

Barrant la route en venant d’ Aix-en- Provence, se dresse l’ancienne fabrique de tuiles, rigide et rose, abandonnée en 1939, reprise par le gouvernement Pétain qui, à cette époque interna des ressortissants du Reich ayant fui le nazisme pour venir se réfugier en France. Dans cette usine désaffectée, où ils étaient considérés comme des ennemis, leur condition de vie était précaire.

À cette époque l’une des caractéristiques du Camp réside dans l’ampleur et la diversité de la production artistique des internés tels que Max Ernst, Ferdinand Spinger, des musiciens comme Adolphe Sibert, des sculpteurs, etc qui ont laissé des traces comme les fresques peintes sur les murs et que l’on peut admirer. Puis s’ouvre une seconde période de juillet 1940 à juillet 1942, avec la défaite française et la signature de l’armistice. À partir de juillet sous le régime de Vichy le camp est rapidement surpeuplé :3500 victimes en juin 1940 (anciens des Bri- gades Internationales, d’Espagne, Juifs expulsés du Palatinat , du Wurtenberg…)

À partir de 1940 le camp passe sous l’autorité du ministère de l’Intérieur : les conditions de vie se dégradent. Une troisième période correspond aux mois d’août et septembre 1950 qui voient la déportation vers Auschwitz via Drancy de plus de 2000 juifs, de “la zone libre” à l’Allemagne. Laval propose d’inclure les enfants âgés de moins de 16 ans dans la déportation.

Le pasteur H. Manen disait dans une note “ce qui était particulièrement douloureux à voir c’était le spectacle des tout petits enfants trébuchant de fatigue dans la nuit et le froid, pleurant de faim, tombant de sommeil et roulant par terre…, de jeunes pères et mères pleurant silencieusement, impuissants devant la souffrance de leurs enfants ; puis l’ordre de départ fut donné pour quitter la cour et gagner le train…”

Un parcours muséographique “inédit” s’offre au visiteur. Le volet mémoriel ouvre au public des lieux préservés ayant servi à l’internement et à la déportation: intérieur du bâtiment principal “la Tuile- rie”. Les hommes étaient parqués au premier étage, les femmes au second. Le parcours se poursuit par la riche exposition nationale réalisée par S. Klarsfeld “11400 enfants juifs déportés de France à Auschwitz”.

Le visiteur a ensuite accès aux espaces extérieurs du camp avec différentes stations mémorielles comme l’exceptionnel- le salle des peintures murales réalisées par les internés.

La visite se termine par un parcours sur le chemin des déportés se dirigeant vers les convois et qui aboutit au “wagon du souvenir” immobilisé sur le lieux mêmes du départ pour la mort.

Claude Lévy


Journal d’octobre 2013: « Indignes d’être Français » d’Alix Landau-Brijatoff

3 octobre 2013

9782283026526INDIGNES D’ÊTRE FRANÇAIS d’Alix Landau-Brijatoff, Éditions Buchet Chastel

— “Un pays qui se déchire pour sauver l’honneur d’un petit officier juif, c’est un pays où il faut aller” ( le grand père d’E. Lévinas).

— “Juif russe, naturalisation sans intérêt national”. 21/03/1942, mention impliquant le retrait de la nationalité française à … Marc Chagall.

Que choisir entre ces deux citations? La première est pleine d’espoir.

La seconde démontre la bêtise et la haine dont peut être capable la France.

Ce livre raconte l’histoire édifiante des cas illustant la seconde.
 lI raconte aussi ce que sont devenus ceux qui ont enquêté, signé, appliqué toutes les consignes.

Les 22, 23 juillet et 7 octobre 1940 trois lois sont votées autorisant la dénaturalisation de quelques milliers de Français.

Mon père était de ceux-là.

Daniel Rachline


Journal d’octobre 2013: « La littérature des ravins – écrire sur la Shoah en URSS » par Annie Apelboin et Assia Kovriguina

3 octobre 2013

9782221128527LA LITTÉRATURE DES RAVINS – Écrire sur la Shoah en URSS, par Annie Apelboin
 et Assia Kovriguina
, Editions Robert Laffont.

Les ravins, symboles de l’extermination systématique des juifs par les Allemands avançant en URSS.

6 millions d’entre eux ont été exterminés. Plus de la moitié dans les camps, l’autre moitié en URSS

jetés dans ces ravins. Babi Yar est le plus célèbre.

Ce livre raconte comment le silence perdure sur ces massacres sans traces apparentes.

Daniel Rachline