Considérations sur la condamnation de J.M. Le Pen par le Tribunal de Paris

7 avril 2016

Le tribunal de Paris vient de rendre sa décision dans les poursuites engagées par le Ministère public contre Jean-Marie LE PEN, pour les déclarations qu’il a faites le 2 avril 2015 a Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV qui l’interrogeait pour savoir s’il regrettait ce qu’il avait dit jadis sur les chambres à gaz.

Il avait déclaré: « A aucun moment, ce que j’ai dit correspondait à ma pensée que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire de la guerre, à moins d’admettre que ça soit la guerre qui soit un détail des chambres à gaz » en ajoutant « Je maintiens ces propos parce que je crois que c’est la vérité ».

Jean-Marie Le Pen qui n’avait pas comparu à l’audience avait refusé de se défendre au fond et imparti à son avocat (Maître Wagner) le mandat de se borner à soulever son immunité de député européen.

Sur ce point, faisant droit au moyen soutenu par notre avocat (Maître Serge Tavitian) le tribunal a répondu que les propos tenus sur l’antenne de BFMTV ne l’avaient pas été dans le cadre de l’exercice de son mandat de député, avec lequel ils n’avaient aucun rapport. Il a donc écarté le moyen, puis statuant au fond, en dépit de son absence volontaire aux débats, le tribunal a considéré que Jean-Marie Le Pen s’était bien rendu coupable de contestation de crimes contre l’humanité, délit prévu et réprimé par l’article 24 bis de la loi du 29 juillet 1881 (Loi Gayssot), au motif que « Force est de constater, que sous couvert d’admettre à la fois la réalité et le caractère « assez ignoble » des chambres à gaz, Jean-Marie Le Pen n’avait eu de cesse d’en relativiser l’importance, par delà sa persistance à employer le terme de « détail » et que « cette analyse qui vise à mettre à égalité l’ensemble des épisodes dramatiques de ce conflit, n’en faisant que des péripéties inhérentes à toute guerre, est effectué en toute conscience par Jean-Marie Le Pen, alors même qu’il a déjà été condamné pour des propos de même nature et qu’il est sans conteste rompu aux interviews »… 

En répression, le tribunal l’a condamné à 30 000  € d’amende et a ordonné en outre, à titre de peine complémentaire la publication d’un communiqué faisant état de sa condamnation dans les quotidiens LE FIGARO, LE MONDE et LIBERATION dans la limite de 5000€ par insertion, tout en ordonnant l’exécution provisoire de cette mesure de publication.

Sur les constitutions de partie civile, le tribunal a octroyé aux associations déclarées recevables, l’indemnisation qu’elles demandaient et en particulier à Mémoire 2000 la somme de 5000 € de dommages et intérêts+ 1500 € de frais.

On retiendra de cette décision l’analyse particulièrement détaillée de la notion de contestation.

Après la reconnaissance par le Conseil constitutionnel de la parfaite constitutionnalité de la loi Gayssot, par sa décision du 6 janvier dernier, le jugement de la 17 ° chambre du tribunal de Paris en renforce la portée.

Le président

Bernard JOUANNEAU


Journal d’Avril 2016:compte-rendu de notre séance-débat du 16 janvier 2016

30 mars 2016

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Séance du 16 janvier 2016


Thème : les Allemands jugent les nazis

Débatteur : Lionel Richard

 

Cette année, le film choisi pour l’anniversaire de l’ouverture du camp d’extermination d’Auschwitz, montre la jeunesse allemande des années cinquante confrontée à ses aînés qui veulent occulter le passé.

Un jeune procureur apprend qu’un brave professeur de l’école voisine vient d’être débusqué par un rescapé d’Auschwitz. Révolté, lui qui se croit fils de résistant, il entreprend de faire la chasse aux anciens nazis. Contre vents et marées et après avoir entendu des centaines de témoignages, il arrive à accumuler suffisamment de preuves pour que son enquête aboutisse. C’est, en 1963, le procès de Francfort, premier procès intenté en Allemagne contre des SS. Avant de commenter cette projection et pour rester au plus près du jour anniversaire d’Auschwitz, je rappelle le témoignage du général soviétique Petrenko, libérateur du camp d’Auschwitz, extrait de son livre “Avant et après Auschwitz” :
“Des détenus émaciés, en vêtements rayés s’approchaient de nous et nous parlaient dans différentes langues. Même si j’avais vu bien des fois des hommes mourir au front, j’ai été frappé par ces prisonniers, transformés par la cruauté jamais vue des nazis, en véritables squelettes vivants. J’avais bien lu des tracts sur le traitement des juifs par les nazis, mais on n’y disait rien de l’extermination des enfants, des femmes et des vieillards. Ce n’est qu’à Auschwitz que j’ai appris le destin des juifs d’Europe. […]. Deux femmes se sont approchées de moi, m’ont embrassé. Ces gens pouvaient encore sourire, mais il y en avait qui ne pouvaient plus que tenir debout en silence : des squelettes vivants, pas des hommes. […] J’ai aussi vu des enfants… c’était un tableau terrible: ils avaient le ventre gonflé par la faim, les yeux vagues, des jambes très maigres, des bras comme des cordes et tout le reste ne semblait pas humain – comme si c’était cousu. Les gamins se taisaient et ne montraient que les numéros qu’on leur avait tatoués sur le bras. Ces gens n’avaient pas de larmes. J’ai vu comment ils essayaient de s’essuyer les yeux, mais ils restaient secs.”

Revenons-en à la projection: la salle de cinéma est archipleine, le public est varié: des élèves de 3° d’un collège privé du 16° arrondissement côtoient les élèves d’une classe d’allemand très au fait de cette période de l’histoire, tandis que les élèves de la « diversité » s’installent à gauche dans la salle.
Les questions fusent.

Notre débatteur, M. Lionel Richard, brosse une large fresque historique de l’Allemagne où dit-il, depuis Luther et le Moyen-Age, la judéophobie est omniprésente ; certains y voient déjà les racines du National-Socialisme. Il décrit ensuite l’après-guerre, l’évolution des deux Allemagne, la guerre froide, le « miracle économique » sous Adenauer. Le nazisme est occulté. C’est ainsi que la génération des Allemands qui n’ont pas connu la guerre commence à vouloir en savoir plus. C’est le sujet du “Labyrinthe du Silence.”
Le film est regardé dans le plus grand silence. Mais quand arrive la séquence sentimentale, l’amour fou entre le procureur et une jeune journaliste, au premier baiser, des rires gras fusent de la gauche de la salle. Le calme revient difficilement.
Nouvelle scène à risque : deux personnages se couvrent d’une kippa pour dire le Kaddish. Et bien, non, c’est dans un silence que l’on ressent teinté d’émotion, que le film se termine.
Allons, nos adolescents sont comme les ados de toujours. Le pire n’est pas toujours sûr, même en ces temps troublés.

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2016: La vie comme tous les jours

30 mars 2016

La guerre vue de l’intérieur au fond d’une boutique de tailleur rue de Paris à Montreuil. A 13 ans, on n’y comprend rien, d’ailleurs à n’importe quel âge non plus, comme les parents du narrateur, Lazare et Clara, qui ne sont pas revenus de la rafle du 16 juillet 1942, sous les yeux de leur fils qu’ils avaient déménagé chez leurs voisins pour diminuer les risques. Ils lui ont sauvé la vie par leur prudence.

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Je ne comprends rien, sinon que c’était
la guerre des Juifs, comme à l’école
entre les cow-boys et les Indiens. Mais
nous, c’était pour rire. Eux, ils étaient
sérieux. L’école elle s’appelait Robespierre, 
le quartier parlait du communisme, du
socialisme, du monde à refaire. De Staline, 
d’Hitler. Il se souvient des rires, des cris, 
des discussions: tailleurs, fourreurs, ébénistes, couturières, tous membres de l’Amicale Israélite de Montreuil. Les parents font
faire des études à leurs enfants qui réussiront comme le juif polonais Blum, ou
deviendront docteurs-spécialistes avec une plaque dorée en bas. On parle aussi de l’antisémitisme des Polonais qui les a conduits à Montreuil. A propos, Chopin était-il antisémite? se demande le jeune garçon promis à de hautes destinées. Ses parents le forçaient donc à dormir chez les voisins qui avaient perdu leur fils. Bientôt tout s’embrouille, il y a ceux qui partent en laissant leurs meubles sur place, et bientôt l’obligation de se faire enregistrer au commissariat de la Croix-de-Chavaux. Ceux qui y vont parce que la loi c’est la loi, et ceux qui refusent cette France de la honte, France de petits fonctionnaires qui font leur métier…Les premiers ressortent avec leur visage défait. Sans un mot, ils ont montré leur carte d’identité tamponnée d’un JUIF majuscule. Ils sont en règle, rien de spécial ne s’est passé.

Et le travail a repris. Pourtant pour vivre c’était difficile. Plus beaucoup de costumes sur mesure. Papa et maman faisaient des retouches, rapiéçaient les habits usagés contre des légumes, du pain, des œufs. Et, collée sur la vitrine, une affiche ENTREPRISE JUIVE. Pourquoi as-tu cru ces salauds? ne cesse de demander le survivant. Et aussi: comment réparer l’irréparable? Avec de la colle et des ciseaux? Dans un monde perdu qui ne ressemble à rien de connu.

Car après la guerre il y a l’après-guerre et aussi le sionisme dont ses parents ne connaissaient même pas le nom. Il faut (re)prendre son destin en mains, rester ou partir en Israël? Il fait son choix loin de tous les embrigadements. La France est son pays natal même lorsqu’elle affichait ses portraits de juifs à long nez, aux cheveux crépus, etc…Chaque être humain nait avec des valises, parfois bien lourdes à porter. Heureux ceux qui n’ont qu’un baluchon.

Colette Gutman


Journal de Janvier 2016: compte-rendu de notre séance-débat sur « Les héritiers »

26 janvier 2016

Les-Heritiers

Séance du 6 octobre 2015

Thème : l’éducation

Débattrice : Anne Anglès

 

 

 

Ils étaient une centaine d’élèves, tous des 3ème, tous de quartiers dits “défavorisés”, pour voir un film fait pour eux avec, comme débattrice, une “prof” exceptionnelle. Elle croit en ses élèves, quels qu’ils soient.

Avec une classe terriblement difficile et pour essayer de les sortir de leur mal-être, elle tente de les entraîner à participer à un concours sur la Résistance sur le sujet : “Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi”. Pari difficile, sujet hasardeux pour ces Blacks et ces Beurs qui, au départ, chahutent et ne croient pas en leur capacité de se colleter à un tel sujet. Et pourtant, c’est eux qui gagneront le premier prix du concours. Ils en retireront une confiance en eux qui sera porteuse pour toute leur vie et qui a déjà produit ses premiers fruits.
Quant à nos élèves, leurs réactions pendant la projection m’a amusée : Tout d’abord, quand les élèves du film chahutaient, ils chahutaient avec eux. Ensuite, grand silence respectueux pendant la génuflexion pour la prière musulmane. A noter que les élèves qui n’étaient pas musulmans ont été tout aussi respectueux. On est bien loin des années 60 où cette génuflexion était sujette à plaisanterie dans les “pub” de l’époque. Le reste du film a été suivi avec grande attention. Ensuite commence le débat avec Anne Anglès, la vraie “prof” qui a servi de modèle au scénario du film. Comme toujours quand on a la chance d’avoir un personnage en “vrai” les élèves veulent tout savoir en détail :

“Pourquoi c’était pas vous l’actrice ?” — Oh là là ! Heureusement qu’on a choisi Ariane Ascaride !

“Vous-même, en vrai, avez-vous été agressée par un élève ?“ — Oui, une fois, dans le couloir, j’ai entendu un élève en traiter un autre de “sale mec de ta race”. Comme d’une façon générale je ne sup- porte pas les mots en “ite” (antisémite) ou en “phobe” (islamophobe) je suis intervenue et me suis fait agresser à mon tour. Ce sont les élèves de ma classe qui sont venus à ma rescousse.

“Pourquoi, à la rentrée, a-t-on vu une élève porter le voile de façon agressive ?” — Après le bac, à la rentrée à l’Université, le voile est toléré. Cette jeune femme avait le bac mais elle aurait dû comprendre la différence entre espace privé et espace public.

Il y a eu encore beaucoup d’autres questions, en particulier sur le chahut en classe.
“Pourquoi avez-vous eu envie de faire passer le concours à cette classe si difficile. Comment avez-vous eu confiance en vos élèves?”— J’ai l’habitude. Vous, “les agités du bocal”, je sais que vous saurez évoluer. Je n’accepte pas l’image que l’on renvoie de vous, les jeunes. Les élèves de cette classe si difficile – ils chahutaient et se battaient – je ne voulais pas qu’on se contente de dire qu’ils iraient droit dans le mur. J’étais moi-même fragilisée, je venais d’enterrer ma maman. Je n’avais pas envie de les revoir. Mais j’ai retrouvé le goût du combat. Et, pour cette classe qui allait mal, j’ai voulu tenter de les intéresser au sujet du concours qui me tenait à cœur. Cette fois-ci c’était la Shoah, une autre fois ce sera les Tutsi. “Pourquoi est-ce que le film s’appelle Les héritiers ?”— Selon le sociologue Pierre Bourdieu, l’héritage est totalement inégalitaire, que l’on vienne d’un quartier riche ou d’un quartier défavorisé. Personnellement, c’est le bon côté des héritages qui m’intéresse : vous avez entendu, dans le film, le témoignage terriblement émouvant d’un des derniers rescapés de la Shoah. Ce témoignage, vous l’avez recueilli. Il est maintenant vôtre. C’est vous, les élèves, qui êtes les héritiers de ce témoignage et c’est à vous qu’il reviendra de le transmettre. De même, je me sens l’héritière de toutes les classes que j’ai eues tout au long de ma carrière. Voilà que maintenant, comme on le laisse entendre, une section FN est créée à Sciences- Po. Alors je compte sur vous et vous dis : attention, allez-y, travaillez dur, ne leur laissez aucune place.

 

Hélène Eisenmann


Journal de Janvier 2016: compte-rendu de notre séance-débat « Les incendiaires de la mémoire »

26 janvier 2016

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Séance du 10 novembre 2015


Thème : le négationnisme


Débattrice : Chantal Picault, réalisatrice

 

 

 

Par bonheur, la réalisatrice, Chantal Picault était notre débattrice. Elle s’est intéressée à 3 génocides du 20° siècle : la Shoah (juifs et tziganes), le génocide arménien, le génocide des Tutsis du Rwanda.

Il y a eu, hélas, d’autres génocides au 20ème siècle (Yougoslavie, Ukraine, Khmers Rouges au Cambodge), et un autre semble se préparer au Burundi ! Mais, comme l’a précisé notre Président B. Jouanneau, il existe des négationnistes qui nient ces génocides, qui veulent les effacer de la mémoire. A Mémoire 2000, nous cherchons à vous informer, car vous êtes la France de demain, et c’est à vous de vous positionner pour que cela ne se reproduise plus.

Q : De quand datent ces documents filmés ?

R : En 1995, date du génocide des Tutsis du Rwanda, il n’existait aucune image filmée. Pas d’images, donc on n’en parle pas ! Pas d’images non plus de la Shoah ! Dans leur avancée, les Alliés eux- mêmes avaient détruit des traces. Sur certains documents photo- graphiques, on voit bien des cadavres de déportés derrière les barbelés, mais aucune image des chambres à gaz ! Les nazis ont voulu faire disparaître toutes les traces de leurs crimes, d’où l’essor du négationnisme. Le négationniste Faurisson a dit que les déportés qui mouraient étaient des malades. Alors, le couvercle s’est refermé sur ces morts pendant des dizaines d’années. Bernard Jouanneau a longtemps porté la parole d’Auschwitz contre les négationnistes, et il a eu du mal à faire participer des historiens à cette recherche de la Vérité. Des historiens qui ne se sont réveillés qu’en 1980.

Q : Pourquoi et comment devient-on négationniste ?

R : Selon Mme Picault, un historien turc dit comment cela se passe : comme dans les livres d’histoire il n’y a aucun document, il est impossible de se renseigner, donc on y croit ! Et quand on grandit, on devient négationniste. Cette négation du génocide arménien représente un confort pour les Turcs. Pour ce qui concerne la Shoah, les négationnistes sont tout simplement des antisémites.

Q : Pourquoi n’y avait-il pas de journalistes au Rwanda ?

R : Parce que ce génocide s’est déclenché très brutalement, et qu’il a très vite été impossible d’y aller. Les massacres n’ont duré que 2 mois. Et, Kigali est très loin de Paris. A l’Elysée, le Président Mitterrand brillait par son silence. Actuellement, les projecteurs sont braqués sur la Syrie, mais qui regarde vers le Soudan du Sud, où un génocide s’installe dans le silence ?

Q : Existe-t-il des preuves du génocide juif ?

R : Pour Faurisson, pas besoin de preuves, ce génocide n’a pas existé. Et puis, les historiens ont poursuivi leurs recherches, et des listes ont été publiées, notamment par les Klarsfeld. On le sait main- tenant, les survivants ont mis plus de 20 ans avant de se raconter. Au procès de Nuremberg, le mot “juif” n’a pas été prononcé une seule fois. Madame Simone Veil a attendu 2009 pour aller à Auschwitz avec ses enfants. Quand Rudolf Höss a tout raconté, Faurisson a dit qu’il mentait…

Q : Entre Juifs et Palestiniens, y a-t-il eu génocide?

R : Voici 5 critères qui définissent un génocide. Je te laisse le soin d’y réfléchir, et d’élaborer ta réponse.

Q : Quel intérêt les journalistes ont-ils de ne pas en parler?

R : Les médias parlent de ce qui est supposé intéresser le public.

Q : Quelle différence entre Crime contre l’Humanité et Génocide ?

R : Crime contre l’Humanité, pas d’organisation, de planification. Un génocide est un massacre planifié, sur ordre venu d’un niveau supé- rieur. Il faut donc savoir de quoi on parle, utiliser les mots exacts. . Comme le dit Claude Lanzmann “il faut voir et savoir”.

Q : Qu’est-ce qui pousse les gens à détester à ce point les autres ?

R : Mémoire 2000 promet une forte récompense à qui trouvera la réponse.

Guy Zerhat


Journal de Janvier 2016: « Le fils de Saul »

26 janvier 2016

arton30263-86873Lui aussi, le fils de Saul, appartenait à un groupe de juifs hongrois qui à la fin de la guerre se croyaient en sécurité. Déporté de Hongrie il avait à son arrivée subi la sélection et s’était retrouvé du côté de ceux destinés à la chambre à gaz parce qu’ils étaient en plus, trop jeunes ou trop vieux ou trop faibles pour pouvoir être affectés aux travaux forcés.

Son père fictif affecté au service des Sonderkommandos l’a vu arriver et a décidé de le soustraire au sort commun qui était celui des fours crématoires après le passage à la chambre à gaz.
Il faut croire à cette fiction pour suivre ce parcours jusqu’au bout et voir, pour la première fois, la reconstitution du parcours mensonger imposé aux victimes à mille lieux d’imaginer qu’ils iraient jusque là. Ce parcours qui commence par le passage au vestiaire, où l’on invitait les victimes à déposer leurs vêtements en les invitant à se souvenir de l’endroit où ils les avaient laissés pour les retrouver après les douches, et pouvoir enfin ingurgiter une soupe chaude qui les attendait.

Ce parcours qui se termine par l’extraction des cadavres entassés dans les chambres à gaz pour être dépouillés de leurs dents en or et traînés jusqu’à l’entrée des fours crématoires.
On doit rendre grâce au réalisateur Laszlo Nemes d’avoir trouvé tout seul à son âge, à la lecture des témoignages que les Sonderkommandos ont laissés et enfouis pour la postérité, le moyen de le montrer sans sombrer dans le documentaire ou dans le mélo.

Claude Lanzmann qui n’avait rien voulu montrer pour faire comprendre par le verbe seulement la réalité, peut dormir tranquille, “Le fils de Saul“ ne l’a pas trahi.
 Serge Klarsfeld qui avait accepté d’honorer notre séance de sa présence avec Beate, en a convenu, mais il a fait ressortir à la fois l’importance et le tragique de ces messages laissés par des victimes contraintes elles-­‐mêmes de commettre l’irréparable, avant de subir le même sort. Ce message, ils l’ont laissé pour l’humanité afin qu’on sache ce qui s’était passé, que les nazis voulaient à tout prix nier et effacer. Ce que les autres, les valides retenus pour le travail forcé, ne pouvaient pas savoir ni même imaginer.

C’est ce message que nous a livré Nicolas Roth, Hongrois de Debrecen déporté à l’âge de 16 ans et qui a survécu après avoir appris en arrivant seulement, le sort réservé à ses parents. Son extraordinaire confiance en l’humanité malgré ce qu’il a vécu force l’admiration et nous interpelle sur la manière dont nous pourrons après lui transmettre le message. Il était là aussi au mois de décembre dernier à l’audience contre Soral avec Isabelle Choko et Elie Buzyn que nous avons eu le privilège d’écouter à plusieurs reprises cette année notamment lors de la diffusion dans les collèges, lors de la restriction des sorties scolaires, après la projection du film «N’oubliez pas que cela fut».

Ce soir là il est encore venu avec les siens pour nous raconter qu’à l’âge de quinze ans, alors qu’il avait vu ses parents partir vers la chambre à gaz, il avait voulu les rejoindre. Mais il a survécu seul et avec un courage inouï, après la marche de la mort, après Buchenwald, il reprit l’existence d’une vie suspendue pendant près de huit ans avant de passer le bac et de devenir médecin. Mais c’est lui qui nous a fait comprendre l’importance pour les juifs de la préservation du corps humain qui vient de la terre et doit y retourner. Le défi de Saul Auslander devenait alors compréhensible et la tradition juive l’emportait sur la machine inexorable de disparition des morts.

On gardera longtemps le souvenir de cette séance, mais on ne peut pas s’empêcher de penser à l’après et à la manière dont il faudra user pour la transmission de la mémoire aux jeunes générations.
Dieu les préserve encore longtemps pour qu’ils nous conduisent sur ce chemin.

Une fois de plus Mémoire 2000 ne s’est pas trompée, même si nous sommes seuls à le savoir.

Bernard Jouanneau


Journal de Janvier 2016: Ne laissez pas Auschwitz-Birkenau dans son état actuel

26 janvier 2016

Je crie, je hurle pour que tous nos amis du monde entier puissent m’entendre et surtout ceux du World Jewish Congress.
Ne laissez pas Auschwitz-Birkenau dans son état actuel. C’est le lieu symbolique où s’est déroulé le plus grand massacre de Juifs au XX° siècle. C’est là que des hommes, des femmes, des enfants et des bébés ont été tués de la manière la plus atroce. Ce symbole doit être gravé à jamais.

Il ne s’agit pas de refaire un Mémorial comme à Auschwitz 1, mais au moins de prévoir une grande salle pour pouvoir passer en boucle témoignages, vidéos, photos de tout ce qui s’est passé sur ce lieu.

Il faut que les personnes qui viennent en ce lieu de mémoire puissent se recueillir, méditer, prier, pleurer. Il est indispensable que nos familles, dont la terre est pleine de sang et de cendres, ne tombent pas dans l’oubli.

Vous savez bien que si ce lieu ne dispose pas d’un abri, bientôt plus personne ne viendra à Auschwitz-Birkenau et c’est vous tous qui en serez responsables.
Je vous en supplie écoutez ma prière, mes pleurs, et ne laissez pas ce lieu sans la Mémoire du passé, de ce qu’il représente pour des millions de personnes.

Isabelle Choko (ghetto de Lodz en Pologne, déportation à Auschwitz-Birkenau, travaux forcés au camp de Waldeslust en Allemagne, camp de Bergen-Belsen, libérée par l’armée britannique le 15 Avril 1945, arrivée en France au mois de février 1946)