Journal de Janvier 2016: « Le fils de Saul »

arton30263-86873Lui aussi, le fils de Saul, appartenait à un groupe de juifs hongrois qui à la fin de la guerre se croyaient en sécurité. Déporté de Hongrie il avait à son arrivée subi la sélection et s’était retrouvé du côté de ceux destinés à la chambre à gaz parce qu’ils étaient en plus, trop jeunes ou trop vieux ou trop faibles pour pouvoir être affectés aux travaux forcés.

Son père fictif affecté au service des Sonderkommandos l’a vu arriver et a décidé de le soustraire au sort commun qui était celui des fours crématoires après le passage à la chambre à gaz.
Il faut croire à cette fiction pour suivre ce parcours jusqu’au bout et voir, pour la première fois, la reconstitution du parcours mensonger imposé aux victimes à mille lieux d’imaginer qu’ils iraient jusque là. Ce parcours qui commence par le passage au vestiaire, où l’on invitait les victimes à déposer leurs vêtements en les invitant à se souvenir de l’endroit où ils les avaient laissés pour les retrouver après les douches, et pouvoir enfin ingurgiter une soupe chaude qui les attendait.

Ce parcours qui se termine par l’extraction des cadavres entassés dans les chambres à gaz pour être dépouillés de leurs dents en or et traînés jusqu’à l’entrée des fours crématoires.
On doit rendre grâce au réalisateur Laszlo Nemes d’avoir trouvé tout seul à son âge, à la lecture des témoignages que les Sonderkommandos ont laissés et enfouis pour la postérité, le moyen de le montrer sans sombrer dans le documentaire ou dans le mélo.

Claude Lanzmann qui n’avait rien voulu montrer pour faire comprendre par le verbe seulement la réalité, peut dormir tranquille, “Le fils de Saul“ ne l’a pas trahi.
 Serge Klarsfeld qui avait accepté d’honorer notre séance de sa présence avec Beate, en a convenu, mais il a fait ressortir à la fois l’importance et le tragique de ces messages laissés par des victimes contraintes elles-­‐mêmes de commettre l’irréparable, avant de subir le même sort. Ce message, ils l’ont laissé pour l’humanité afin qu’on sache ce qui s’était passé, que les nazis voulaient à tout prix nier et effacer. Ce que les autres, les valides retenus pour le travail forcé, ne pouvaient pas savoir ni même imaginer.

C’est ce message que nous a livré Nicolas Roth, Hongrois de Debrecen déporté à l’âge de 16 ans et qui a survécu après avoir appris en arrivant seulement, le sort réservé à ses parents. Son extraordinaire confiance en l’humanité malgré ce qu’il a vécu force l’admiration et nous interpelle sur la manière dont nous pourrons après lui transmettre le message. Il était là aussi au mois de décembre dernier à l’audience contre Soral avec Isabelle Choko et Elie Buzyn que nous avons eu le privilège d’écouter à plusieurs reprises cette année notamment lors de la diffusion dans les collèges, lors de la restriction des sorties scolaires, après la projection du film «N’oubliez pas que cela fut».

Ce soir là il est encore venu avec les siens pour nous raconter qu’à l’âge de quinze ans, alors qu’il avait vu ses parents partir vers la chambre à gaz, il avait voulu les rejoindre. Mais il a survécu seul et avec un courage inouï, après la marche de la mort, après Buchenwald, il reprit l’existence d’une vie suspendue pendant près de huit ans avant de passer le bac et de devenir médecin. Mais c’est lui qui nous a fait comprendre l’importance pour les juifs de la préservation du corps humain qui vient de la terre et doit y retourner. Le défi de Saul Auslander devenait alors compréhensible et la tradition juive l’emportait sur la machine inexorable de disparition des morts.

On gardera longtemps le souvenir de cette séance, mais on ne peut pas s’empêcher de penser à l’après et à la manière dont il faudra user pour la transmission de la mémoire aux jeunes générations.
Dieu les préserve encore longtemps pour qu’ils nous conduisent sur ce chemin.

Une fois de plus Mémoire 2000 ne s’est pas trompée, même si nous sommes seuls à le savoir.

Bernard Jouanneau

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