Journal de Juillet 2015: François Hollande à Izieu

7 septembre 2015
© AFP JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

© AFP JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Le 6 avril 2015 François Hollande est allé à Izieu pour inaugurer une extension du musée, anciennement Maison d’Izieu et a rendu hommage aux 44 enfants juifs raflés avec les 7 adultes qui les accompagnaient, le 6 avril 1944. Le président y a prononcé un discours contre la montée des “fondamentalismes religieux” dont voici quelques extraits significatifs.

« Le mal ne s’est pas arrêté aux portes de cette maison, il renaît chaque fois que des idéologies totalitaires ou des fondamentalismes religieux s’emparent des passions et des peurs… A chaque fois, ce sont des juifs qui sont tués parce qu’ils sont juifs, des chrétiens parce qu’ils sont chrétiens, et des musulmans, parce qu’ils sont musulmans. La barbarie n’a pas d’âge, n’a pas de couleur, n’a pas de limite.…

Plus que jamais, l’Histoire nous livre des leçons pour le présent. Elle nous rappelle qu’il y a besoin de combattants pour prévenir et pour vaincre la barbarie…

Les lieux de mémoire sont là pour mettre les consciences en éveil…Dans notre civilisation de l’image et de l’information continue, les lieux de mémoire et les outils qu’ils proposent sont aussi une indispensable école du discernement et du rappel aux faits historiques face à toutes les falsifications…

Le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, prochainement présenté par le Premier ministre, fera une place essentielle à la mission éducative et prévoit que chaque élève entrera en contact avec un lieu de culture, d’histoire et de mémoire, à chaque temps de la scolarité, primaire, collège et lycée.…

Le tronc commun de formation de tous les futurs professeurs du premier comme du second degré fera également une place prioritaire à l’enseignement laïc du fait religieux et à la lutte contre les préjugés racistes et antisémites…

Puis, rappelant les “épreuves terribles” du début janvier à Paris, le Président a appelé les Français à “plus que jamais se réunir et à se rassembler”…

Et d’ajouter : Personne ne peut imaginer que la République serait à ce point fragile, que la France devrait se barricader, s’enfermer à double tour, fuir les échanges plutôt que de se rendre compte avec fierté de nos talents, de notre culture, de notre capacité industrielle, mais aussi de la richesse de notre diversité. »


Le témoignage de François (Lycée Condorcet, Paris)

3 octobre 2012

Voyage à Izieu

Je n’ai jamais été particulièrement doué pour dire ce que je pensais de ce que je voyais, ou même pour m’exprimer à propos de sujets qui impliquent un engagement personnel.

Nous sommes arrivés là-bas le 5 mai 2009 au matin, un peu anxieux de ce que nous allions découvrir, mais pas non plus totalement abattus. On attendait de voir la maison.

L’exposition par laquelle nous avons débuté devait nous expliquer le contexte, et n’avait pour but que de nous transmettre un certain nombre de connaissances nécessaires à la compréhension de ce que nous allions voir quelques temps plus tard. Ainsi, un nombre important de panneaux concernant la situation en France et en Allemagne, ainsi que les différents contextes, y étaient entre autre exposés. Après une visite complète de «La Grange», lieu de l’exposition, nous nous sommes dirigés, avec notre guide, Pierre-Jérôme Biscarat, jusqu’à la maison proprement dît, là où ces enfants vivaient, pas vraiment cachés, mais pas vraiment libre de se montrer non plus Cette grande bâtisse était désignée comme «lieu de mémoire», par les plus habitués du site, au contraire de la place précédente, considérée, comme plus historique que mémorielle.

Une fois à l’intérieur de la maison, nous avons été libre de nous y déplacer comme bon nous semblait. Une mise en scène relativement simple qui se voulait plus représentative que réaliste nous entourait, alors que nous étions observés par les 44 portraits des enfants. Les pièces n’étaient pas complètement reproduites, et seule la mise en place des objet était respectée. Les sièges vides de la salle de classe étaient les uniques témoins de l’absence des élèves que la rafle avait provoquée. Au final, un résultat plutôt impressionnant. Pourtant, j’étais plutôt gêné. Autour de moi, tous les autres élèves de ma classe, ou la plupart, étaient tristes, parfois pleurant, alors que moi, loin de m’en moquer, je n’arrivais pas à éprouver de la douleur. J’étais impressionné, mais je n’ai pas ressenti de tristesse.

S’en est suivi la présentation d’une vidéo, nous montrant principalement les images d’archives issues du procès de Klaus Barbie, le responsable de la rafle d’Izieu. Encore une fois, la reconstitution fut plus choquante qu’autre chose et les images sont restées. Certaines personnes ont été très marquées, d’autres moins, mais au fond, je pense que chacun a pris pleinement conscience à ce moment précis, s’il ne l’avait pas déjà fait plus tôt, de la réalité de cette rafle.

Le lendemain s’est déroulé lui en deux parties. La matinée, après une marche dans les alentours du sites, nous sommes retournés à la maison, dans la salle de projection de la veille, dans le but de consulter à nouveau des images d’archives, à propos des camps d’internements français, ainsi que, plus largement, de l’antisémitisme du régime de Vichy. Elles furent expliquées une nouvelle fois par Pierre-Jérôme Biscarat. Des informations plutôt intéressante, qui m’ont permis en tout cas de porter un nouveau regard sur les systèmes d’internement présents en France à cette époque. Ceci occupa tout le matin, qui fut suivi d’un long déjeuner sur le site-même de la maison d’Izieu, avant de reprendre le car en direction de Lyon.

Arrivé au C.H.R.D. (Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation) de la ville de Lyon, nous avions pour programme la consultation de l’exposition permanente, qui traitaient directement des sujets étudiés précédemment. Ainsi, une exposition, dont la scénographie, plutôt bien réalisée, m’a permis d’élargir encore un peu plus mes connaissances de cette période de l’Histoire de France, au travers de nombreux documents, essentiellement vidéos.

Enfin, en dernier lieu, et pour clore ce voyage à Izieu, le C.H.R.D. de Lyon nous a proposé une sorte d’atelier, où, par groupe de 5 ou 6, nous devions analyser une affiche de propagande française ou allemande des années 1939-1945. Bien que cette partie fut celle m’ayant le moins intéressé, elle nous permit quand même de réfléchir sur les moyens que se donnait le gouvernement de Vichy pour tenter de convaincre la population française, et elle nous permit de plus de confronter nos idées et nos arguments, qui étaient beaucoup plus différent de ce que j’imaginais.

Ce voyage de deux jours aura finalement été plutôt bien rempli, tant au niveau du volume d’informations apprises, qu’au niveau des souvenirs et des morceaux de mémoire soulevés. Pour ma part, cette mémoire n’a pas suscité de violentes émotions, comme cela a été le cas pour certains, bien qu’une part de ma famille ait été directement concernée par ce conflit, et par la violence de l’antisémitisme des deux régimes allemands et français. J’en ai probablement tiré quelques leçon, j’en ai tiré de l’intérêt, et je pense que je me souviendrais de ce voyage, sans que les souvenirs associés m’en soient pour autant douloureux.

Quoi qu’il en soit, on peut dire que ce voyage, bien qu’un peu court selon moi, aura été plutôt bénéfique, aussi bien au niveau individuel, pour chaque élève, qu’au groupe dans son ensemble.

Merci.


Journal de Juillet 2011: la nuit du 4 juillet

9 août 2011

Le soir du 3 juillet 1987, il faisait une chaleur torride à Lyon. Une atmosphère écrasante, moite, dans l’attente du verdict du procès de Klaus Barbie. Nous étions nombreux autour du Palais de Justice, nous croisant sans cesse dans les rues aux alentours. Journalistes, avocats, parties civiles, mais aussi beaucoup de curieux. Attente presque sans mots en attendant ceux des jurés et de la cour. Moment d’histoire lorsque Klaus Barbie entre une dernière fois dans la salle d’audience, cette fois pour entendre le verdict. Après deux mois d’audience, mais plus de 40 ans après le faits.

A l’aube du 4 juillet, la Cour d’Assises juge l’ancien chef de la Gestapo de Lyon coupable. Coupable de la rafle du 9 février 1943, au siège de l’Union Générale des Israélites de France, ainsi que de celle des 44 enfants juifs et 6 adultes d’Izieu du 6 avril 1944 et enfin la déportation de 600 juifs le 11 août 1944. Coupable de crimes contre l’humanité, Klaus Barbie, dit Klaus Altmann, est condamné à la perpétuité. Il accueille le verdict le visage impas-sible. Pas un mot ne sort de ses lèvres fines, pas un mouvement. Cependant, le mépris rode. Cet homme n’a que faire de cette justice. Klaus Barbie sort de la salle comme il y est entré, menotté et entouré de gendarmes français. Il a hâte de regagner sa cellule, sa dernière demeure.

Dehors, la foule est encore plus nombreuse. Elle scande : Vergès, Vergès. L’avocat de Barbie a du mal à avancer devant ce mur d’hostilité. Les projecteurs éclairent son visage effrayé. Des coups fusent. Ce soir là, la foule l’aurait lynché, sans la protection des gendarmes. Trop de haine contenue. Trop de souvenirs douloureux. Certains auraient voulu en finir avec Klaus Barbie. C’est Vergès qui encaisse.

Je n’ai jamais oublié. Correspondante à l’époque du journal norvégien Dagbladet, j’ai suivi le procès, aux moments forts. L’arrivée de Klaus Barbie, à ce moment là avec un petit sourire aux lèvres. Dénonçant déjà un ”climat de lynchage”, et privant les parties civiles de la confrontation tant attendue.

Et la veille du procès, la découverte d’Izieu, où les avocats ont voulu se rendre, avec Sabine Zlatin, seule survivante. Toute sa vie, elle a attendu ce procès. Enfin pouvoir crier à Barbie, ou en l’occurrence à Vergès : “c’étaient quoi ces 44 enfants? Des terroristes? Des résistants? Non, des innocents!”

A l’époque, tout le procès fut enregistré. 145 heures. Arte vient de sortir un coffret de 6 DVD, coédité avec l’INA sous la direction de l’historien Dominique Missaka. Il faut tout regarder, comme le film ”Shoah” de Claude Lanzmann. Tout est là. Les crimes de l’offi-cier SS, les souvenirs des victimes, les réquisitoires et les plaidoiries. Il n’y a qu’un absent. Klaus Barbie.

Vibeke Knoop

 


Notre Journal de juillet 2010: lettre des élèves de l’école Henri Hatrel sur leur voyage à Izieu

30 août 2010

Chers lecteurs,

Nous sommes des élèves de CM2 de l’école Henri Hatrel à Deuil la Barre. Cette année avec notre maîtresse, Mme Di Biase Séverine, nous avons travaillé sur un album de jeunesse qui s’intitule: “Ita-Rose”.

Cet album raconte l’histoire tragique d’une famille juive pendant la seconde guerre mondiale. Après avoir terminé la lecture de cette album, la maîtresse nous a dit que 2 des enfants d’Ita-Rose étaient encore en vie et qu’elle les connaissait.

Alors nous avons écrit à Alexandre Halaunbrenner pour qu’il vienne témoigner dans notre classe.

En parallèle, nous sommes allés visiter le camp d’internement de Drancy où les deux petites soeurs d’Alex ont été internées après avoir été raflées à Izieu par la gestapo de Lyon.

Notre rencontre avec Alexandre fut très émouvante et magique!!! Ce jour là, la maîtresse nous a appris qu’elle avait organisé pour la fin de l’année notre voyage à Izieu afin que nous puissions découvrir, en vrai, l’endroit où les enfants d’Izieu avaient vécu.

Le 20 et le 21 mai nous sommes donc partis pour Lyon où un car nous attendait pour aller à Izieu. Cette journée fut très intéressante! La visite de la maison nous a permis de nous confronter à la réalité et surtout de partager pour un court instant, la vie que ces enfants ont eue! Voir d’aussi beaux paysages rend encore plus dur d’imaginer qu’un tel drame ait pu s’y dérouler! Tout nous a plu, les projections, les dessins et les lettres des enfants, les photos, les panneaux explicatifs et la nature qui nous entourait!

Nous sommes revenus en classe avec des images plein la tête et surtout une énorme envie d’en savoir plus sur l’histoire des enfants d’Izieu et sur la seconde guerre en général.

Depuis notre retour nous lisons tout ce que nous trouvons sur le sujet et nous allons faire un journal de classe avec une expo photos pour expliquer tout notre travail! Nous profitons de ces quelques lignes pour remercier de tout notre coeur Mémoire 2000 sans qui nous n’aurions jamais pu partir. Et nous adressons aussi un petit coucou à notre ami Maxime avec qui nous nous sommes perdus en forêt lors de notre retour de la maison d’Izieu!!!


Notre Journal de juillet 2010 : Pour la mémoire et l’histoire, notre voyage à Izieu du 20 Mai 2010…

30 août 2010

Comme à l’habitude, la préparation de la visite des 23 élèves de CM2 du collège de Deuil-la-Barre a été très sérieusement assurée par Séverine Simon, l’institutrice, bien connue de Mémoire 2000.

Préalablement, pour sensibiliser les élèves à la Shoah, elle a organisé une visite à Drancy en compagnie du grand témoin Alexandre Halaunbrenner dont les deux petites soeurs, Mina 3 ans et Claudine 9 ans, figurent parmi les 44 victimes enfants du 6 avril 1944 et leurs sept éducateurs, arrêtés et déportés sur ordre de Klaus Barbie.

Alexandre bien que participant au voyage, a dû renoncer à dialoguer avec les élèves à la Maison d’Izieu, car trop fatigué par les épreuves subies pendant la guerre: internement à 15 ans au camp de Rivesaltes avec les réfugiés républicains espagnols, et puis au camp de Gurs. Au bout de plusieurs mois la famille est libérée puis 1944, son père est fusillé et son frère déporté. Il prend en charge sa mère Ita-Rosa et la petite dernière et vivent sous un faux nom jusqu’à la Libération…

Cependant, grâce à Alexandre, les élèves ont été particulièrement sensibles à la première partie de la visite, sur le rôle de Klaus Barbie et la part prise par Ita-Rosa pour le jugement dans des extraits du film du procès. En effet en plus du témoignage émouvant de Ita-Rosa, il est rappelé son rôle essentiel avec Beate Klarsfeld pour aller, à 68 ans en Bolivie faire capituler le gouvernement bolivien pour l’extradition de Barbie et permettre ainsi la tenue du procès et la condamnation pour crime contre l’Humanité. Horrifiés par l’attitude de Barbie refusant toute responsabilité dans la tragédie, plusieurs élèves ont posé la question de la réalité de sa mort en prison.

Le second film projeté, insistait sur le caractère raciste de l’extermination des juifs considérés par les nazis comme des sous-hommes, et dont il fallait interdire la reproduction en tuant les enfants pour préserver la pureté de la race aryenne.

Le troisième film démontrait bien la stupidité et l’horreur de pareille théorie par des images d’archives de la vie paisible des juifs polonais avant les massives mesures d’élimination dès le contrôle de la Pologne par les nazis en septembre 1930.

Le film fait également ressortir le peu d’empressement des autres pays occidentaux à accorder des visas aux juifs fuyant les persécutions avec toutefois l’attitude plus ouverte de la France avant la défaite de 1940 et les premières lois antijuives du gouvernement de Vichy.

Malgré tout en zone libre, profitant d’une certaine tolérance des autorités de Vichy et également du contrôle italien, sous l’impulsion de sa fondatrice Sabine Zlatin et de son mari, a été créée la Maison d’Izieu, petit village à 90 kms de Lyon. La maison a donc été légalement reconnue et abrita plus de 150 enfants juifs. L’enseignement et les conditions matérielles ont été relativement convenables comme en témoignent les lettres aux parents écrites par les enfants peu de temps avant le funeste 6 avril 1944.

Le retentissement du procès Barbie a permis à Sabine Zlatin de convaincre les autorités françaises de la nécessité d’un Mémorial sur les lieux mêmes pour qu’à jamais le souvenir de ce crime contre l’Humanité soit perpétué pour les générations futures et notamment les jeunes: d’où déjà la troisième participation de Mémoire 2000 au voyages d’Izieu.

Les élèves, très émus par la projection des films se sont presque “battus” pour avoir l’honneur de lire les plaques sur la façade extérieure de la Maison. La première dédiée aux fondateurs de la Maison, Sabine et Miron Zlatin, la seconde à l’inauguration par le président François Mitterrand en 1994 et la troisième, la plus émouvante, reprenant par liste alphabétique et par âge des 44 enfants et sept adultes victimes du 6 avril 1944.

Après ce moment d’intense émotion, les différentes pièces font revivre les activités de la Maison grâce à la photo des participants : élèves et leurs pupitres avec cartes de géographie accrochées aux murs et, en dépit du peu d’ameublement, les élèves ont bien apprécié tous les aspects de la vie de la maison.

Ainsi les pensionnaires et l’équipe d’éducateurs restent malgré tout, à jamais vivants et gravés dans la mémoire des visiteurs toujours plus nombreux de la Maison d’Izieu.

Maxime Perrault


Visite à Izieu

17 mars 2010

Nouvelle visite d’un lieu de mémoire

Mémoire 2000 organise au mois de mai une visite à la Maison des Enfants d’Izieu avec une classe de CM2 de l’école Henry Hatrel de Deuil-la-Barre.

Nous sommes à votre disposition pour vous aider à organiser des voyages à Izieu, au Centre de l’Histoire de la Déportation et de la Résistance de Lyon, au camp du Strutthof, et aiutres lieux de mémoire. Merci de nous contacter ICI.


Les films sur la 2ème Guerre Mondiale en plan de métro

28 janvier 2010

Vu sur le site des Clionautes :

C’est une excellente initiative que nous propose le magazine Télérama sur son site internet. La rédaction a répertorié 150 films sur la Seconde guerre Mondiale, sous la forme d’un plan de métro interactif ; les films étant classés par thèmes et parfois en sous-genres : thème de la résistance, films de commandos, guerre sur le front de l’Est…

Le mode d’emploi est simple : en cliquant sur n’importe quel titre, vous aurez la description de la « famille » à laquelle appartient le film. Les « correspondances », c’est-à-dire les titres appartenant à plusieurs familles, font l’objet d’un développement. Il suffit également de cliquer dessus pour en saisir l’essentiel.

Pour accéder au plan, cliquer ICI.


Voyage à Izieu : Témoignages divers

7 juillet 2009

Mémoire 2000 a emmené une classe du lycée Condorcet à Izieu et au CHRD de Lyon. Nous avons eu le plaisir de recevoir quelques travaux faits par ces élèves à leur retour, et que nous partageons ici. On continue avec des extraits de textes de différents élèves.

 

[…] La maison était un îlot dans un océan de verdure, entouré de “récifs” montagneux. 65 ans après, rien n’avait changé comme en témoignent les photographies de l’époque. Le jardin nous accueille comme il le fit, plus d’un demi-siècle plus tôt, avec les jeunes enfants d’Izieu.… Pourquoi eux davantage que les autres? Tout simplement parce qu’ils avaient 16 et 17 ans. Nous avons 16 et 17 ans. Ils étaient jeunes, joyeux et insouciants. Nous sommes jeunes, joyeux et insouciants. Ils sont morts et auront toujours 16 et 17 ans. Nous sommes dans le train et nous rentrons chez nous…
Marina F.

 

[…] Visiter des lieux tel que la Maison d’izieu, voir des photos, lire des lettres permet de mettre des visages, des noms sur ces enfants et c’est un moyen de leur rendre hommage… Cela permet également de lutter contre les gens qui nient l’existence des camps … Je n’avais jamais entendu prononcer les noms de Gurs et Rivesaltes. Je ne savais pas qu’avant les accords de Montoire, une politique d’exclusion de la population juive avait été mise en place par le gouvernement de Vichy. Cette expérience a profondément bouleversé ma vision de la France de cette époque…
Esther P.

 

[…] L’introduction de P. J. Biscarat puis la visite du musée m’ont permis d’effectuer un plongeon dans le contexte historique. J’ai pu me rendre compte à quel point la mémoire est indissociable de l’histoire… J’ai été émue de constater le travail effectué par des historiens pour donner un nom et un visage à chacun des enfants qui avaient vécu à Izieu…
Cyntia

 

[…] La visite de cette maison m’a particulièrement touchée : se retrouver dans les mêmes lieux que ces enfants, 65 ans après la rafle d’Izieu qui aura causé la mort de 44 d’entre eux a provoqué chez moi des sentiments forts et une véritable prise de conscience de la réalité. Plus loin que les cours d’histoire, les nombreuses expositions ou livres traitant du sujet, le fait de se rendre sur les lieux permet non seulement de se souvenir, de commémorer un événement terrible, cela rend l’Histoire plus concrète, abordable et la vérité plus poignante…
Laure M.

 

[…] Ma première réaction qui a sûrement été aussi celle de mes compagnons, a été la surprise : c’est donc dans ce lieu enchanteur, dominant le Rhône, offrant pour unique perspective une ouverture infinie sur les champs et le ciel que la liberté de vivre a été brutalement ôtée à 44 enfants et 5 adultes?…J’ai désormais sur ce sujet une opinion qui a pu se fonder, et non plus seulement des connaissances strictement historiques…
Bérangère D.

 

[…] Ce voyage m’a permis d’approfondir mes connaissances sur un sujet complexe que les chiffres dans nos manuels rendent parfois trop abstraites. Un tel voyage nous permet enfin et surtout d’acquérir des armes contre le négationnisme et les idéologies qui s’en inspirent.
Mathieu Z.

 

[…] J’ai marché dans la maison, j’ai essayé d’imaginer la vie des enfants, c’est là que j’ai ressenti le plus d’émotion…Les documents, les films sont faits dans un souci pédagogique, ils viennent éclairer, nous permettre de comprendre les événements. J’ai apprécié la dissociation entre le temps de l’émotion et le temps de l’histoire…
Cécile P.

 

[…]La réalité de ce voyage a été longue à m’apparaître… Je dois cependant reconnaître que l’idée d’un tel voyage est plutôt enthousiasmante. Sortir du cadre scolaire est un moyen efficace pour rendre la transmission des connaissances plus diverse et moins abstraite…
Marie P.


Photos d’Izieu en ligne !

24 juin 2009


Pour voir d’autres photos de notre visite à Izieu, cliquer ici.


Retour sur notre voyage à Izieu et au CHRD

18 juin 2009

Nous mettons en ligne aujourd’hui une page sous notre rubrique « Témoignages » qui réunit les témoignages de certains élèves ayant participé à cette visite à la Maison des enfants d’Izieu, qui s’est prolongée par une visite du Centre d’histoire sur la résistance et la déportation de Lyon. Vous y trouverez également des compte-rendu de nos accompagnatrices.


Voyage à Izieu : Témoignage de Sixtine

12 juin 2009

Le témoignage de Sixtine (Lycée Condorcet, Paris)

 

Voyage à Izieu
5 et 6 mai 2009

J’avoue que j’étais un peu inquiète à l’idée de passer deux jours exclusivement consacrés à l’histoire et à la mémoire des quarante-quatre enfants d’Izieu. En effet, les quelques heures de cours durant lesquelles nous avions travaillé sur la Shoah m’avaient paru plutôt difficiles, et avaient en conséquence un peu atteint mon moral. Disons donc que la veille du départ, je broyais du noir.

Le lendemain matin, j’étais tout de même plus enthousiaste. A croire que j’avais enfoui au cours de la nuit la plupart de mes appréhensions sous beaucoup d’insouciance, et sous la joie enfantine de partir en « voyage scolaire ». Il en a été ainsi tout au long du trajet, et ce jusqu’à la maison d’Izieu elle-même. Le paysage magnifique (et le temps qui ne l’était pas moins) ne m’ont pas aidé à quitter cet état d’esprit. Je me rappelle avoir pensé en descendant du car qu’il n’était pas évident d’imaginer qu’un tel drame avait pu se jouer dans un lieu en apparence si paisible et loin du monde.


C’est ainsi que j’ai été capable de faire des couronnes de pâquerettes pendant le déjeuner et de sautiller dans une prairie en envoyant de l’herbe coupée à la tête de quelques amies qui m’accompagnaient joyeusement… Je ne me suis calmée soudainement que lorsque je me suis vue faire ce à quoi avaient dû s’amuser les enfants d’Izieu, peut-être même jusqu’à la veille de leur arrestation. Pensée dérisoire et fantaisiste, certainement, mais qui a au moins eu le mérite de me rappeler au véritable objectif de notre déplacement.

L’introduction de Pierre-Jérôme Biscarat puis la visite du musée m’ont permis d’effectuer un plongeon dans le contexte historique qui nous concernait. J’ai pu me rendre compte au cours de ce voyage à quelle point la mémoire est indissociable de l’histoire. J’ai aussi eu l’occasion de voir sous un nouvel angle le régime de Vichy, dont je ne percevais pas assez la responsabilité quant à la déportation des Juifs de France. Les films que nous avons vu plus tard allaient également dans ce sens, avec notamment l’extrait du Journal de Rivesaltes. C’est l’un des aspects du voyage qui m’a le plus intéressé. En effet, je n’avais exactement appris cette version des faits en classe de troisième. Ainsi, quoiqu’étant par nature assez confiante, j’ai pu comprendre sur le terrain que l’enseignement de l’histoire, et sans doute l’enseignement en général comporte souvent une part de subjectivité.

En sortant de la grange, j’avais donc un carnet de note bien rempli, mais, plus important encore, j’étais prête pour ce qui allait suivre, c’est-à-dire la visite de la maison. J’ai été assez surprise de n’y voir aucune reconstitution (si ce n’est celle de la salle de classe). Mais finalement, c’était bien mieux comme cela. Il était plus intéressant de lire les lettres écrites par les enfants que de voir les tables d’un réfectoire, et de se trouver face à leurs photographies plutôt qu’aux lits d’un dortoir. J’ai été très émue de constater le travail effectué par des historiens pour donner un visage et un nom à chacun des enfants qui avaient vécu à Izieu. C’était tout d’un coup beaucoup plus parlant que d’entendre dire « Plus de 10% des victimes de la seconde guerre mondiale sont des Juifs, assassinés pendant la Shoah » Je me suis enfin rendue compte que si chacun des enfants passés par Izieu avait sa propre histoire familiale et sa propre trajectoire, alors c’était aussi le cas de chacune des six millions de victimes de l’Holocauste. Ça n’est pas facile d’évoquer ce qu’on peut ressentir dans ce genre de situation, tout voulant éviter de tomber dans le  »pathos », comme on dit. Je dirais simplement que ces considérations m’ont donné le vertige. Comment comprendre que l’homme ait pu pousser la cruauté jusque là ? Comment aurai-je réagi si j’été née en Allemagne dans les années 20 ? Je me suis posée bien d’autres questions qui sont restées sans réponse.

Les extraits du procès Barbie m’ont également interrogé : le coupable avait l’air si peu concerné, et ce même en face de mères éplorées qui lui reprochait la perte de leurs enfants. On y sentait la difficulté de témoigner, même des années après les faits. Comment exprimer la douleur et l’émotion, et comment se fier à la seule mémoire ? En effet, si on écoute le témoignage d’Edith Klebinder, qui a servie d’interprète entre le SS qui « triait » les déportés à la sortie du train et les éducatrices d’Izieu, on se rend compte qu’elle ne savait pas à ce moment-là à qui elle avait affaire ; le juge doit d’ailleurs lui demander plusieurs précisions à ce sujet. Ainsi, pendant ces deux jours, Pierre-Jérôme Biscarat comme notre professeur d’histoire, Alexandre Bande, ont souvent insisté sur le fait que l’histoire se construisaient en croisant les sources : témoignages, archives, images… Je n’avait jamais perçu aussi nettement le travail que pouvait représenter, par exemple, un simple manuel d’histoire.

Quant à mon avis sur le centre de la Résistance et de la Déportation à Lyon, j’avoue qu’il est un peu mitigé. J’ai trouvé la muséographie moins efficace qu’à Izieu. Il nous était présenté un grand nombre de personnages dont le rôle a sans aucun doute été très important. Mais tant de biographie deviennent vite indigestes… Surtout quand il faut s’efforcer de les lire dans la pénombre ! J’ai cependant apprécié certains panneaux plus synthétiques dans leur conception : ceux qui par exemple donnaient le profil socio-culturel des résistants de la première heure ou qui expliquaient leur principales motivations. Pour le reste, il est vrai que la reconstitution n’était pas mal faite, mais je me suis demandée ce qu’elle faisait là, et l’atelier sur les affiches de propagande aurait probablement pu être plus poussé.

J’ai donc été globalement satisfaite de ce voyage, qui s’est révélé très instructif sur bien des plans, tout en soulevant en moi beaucoup de questions, ce qui n’est pas très étonnant, compte tenu de son objet. J’en retiendrai particulièrement l’importance de la mémoire (que j’ai d’ailleurs vécu plus comme une nécessité que comme un devoir) et celle de la transmission de l’histoire. C’est pour ces raisons que je ne peux que remercier ceux qui l’ont organisé ainsi que ceux qui nous ont aidés à partir ou qui nous ont reçus, tout en les encourageant fortement à continuer ce genre d’action envers les jeunes qui viendront après nous.


Voyage à Izieu : Témoignage de Paul

12 juin 2009

Le témoignage de Paul (Lycée Condorcet, Paris)

 

Izieu

Le registre est là, devant moi. Ouvert sur une page où les noms sont comme sertis dans le papier, qu’on devine fin comme filigrane. Je tourne avec précaution les pages jusqu’à celle recensant les déportés du convoi n°71. Mon doigt la parcourt, puis s’arrête sur un nom, familier depuis la veille : Georges Halpern, huit ans. Cette bouille joviale qu’on avait vue sur la grande photographie à l’entrée du mémorial, c’est la sienne ; les lettres, gorgées d’amour pour ses parents dont il est séparé et de délicieuses fautes d’orthographes, ce sont les siennes. Nous les avons vues ces archives, témoins d’un bonheur sincère malgré l’exil auquel, « parce qu’à prononcer leurs noms sont difficiles », quarante-quatre enfants et six adultes, furent condamnés. Et l’exil semble un mot si frêle face au Vrai.

Lorsque l’on arrive à Izieu, où ces enfants étaient accueillis et hébergés, rien dans le splendide paysage qui nous saute aux yeux de façon presque brutale ne laisse place à l’appréhension, quasi préméditée. La pelouse, grasse, abondante et piquée de pâquerettes est luisante ; elle grouille de grillons et de sauterelles. Plus loin, un verger touffu profite du panorama, grandiose. Des vaches et des baudets pensifs nous regardent arriver, plissant les yeux à cause de la lumière. Trônant au dessus de tout ceci, la maison, imposante, semble surveiller elle aussi notre arrivée.


Une première exposition nous est présentée dans un bâtiment proche aux allures de grange protocolaire, elle regroupe des informations contextuelles qui détaillent scrupuleusement la rafle du 6 avril 1944, les itinéraires des familles juives traquées et l’arrivée des enfants à la maison d’Izieu. Izieu, colonie de réfugiés dont l’âge varie entre dix-huit et quatre ans. Un gosse de quatre ans, gazé immédiatement, après un voyage de plusieurs milliers de kilomètres dans un wagon à bestiaux. Le ton est donné. A l’étage, des documents d’archives sont exposés. Fiche biographique de Klaus Barbie, Lois de Vichy sur le Statut des Juifs, Rapports d’officiers SS après la fusillade de Miron Zlatin, éducateur à Izieu et Arnold Hirsch, dix-sept ans, photographies, presque obscènes tant elles sont distancières, de gamins crevant du typhus dans les rues surpeuplées du ghetto de Lodz. La nausée se fait sentir, je sors en vitesse m’emplir les poumons, les yeux et les narines de cet air réparateur, foisonnant de vie que respiraient chaque jour les enfants d’Izieu.

La Maison a beau être reconstituée, le fait en y pénétrant de reconnaître le balcon, l’escalier, la salle de classe que les photos de 1944 restituent pourtant fidèlement me heurte. Ce lieu, délibérément laissé tel quel par endroits respire la mémoire plus efficacement que n’importe quel témoignage. Le paysage idyllique que l’on voit nettement par les fenêtres a changé d’aspect tout à coup, uniquement à cause des vitres un peu gondolées qui le déforment et tordent sa lumière, mettant une frontière ténue mais infranchissable entre le mouvement incessant de la pelouse balayée par le vent et le souvenir figé entre les murs repeints et les lettres encadrées. Malgré ces modifications, le réel ne peut s’empêcher de nous sauter au visage. Une grande pièce, surtout, peinte en rouge ocre, retient mon attention. Elle est vide de tout meuble et contient uniquement les quarante-quatre (quarante-trois, l’un d’eux étant absent faute de document) portraits des enfants raflés. Je la parcours lentement, visage après visage, regard après regard. Tous sont différents à un point tel qu’il paraît difficile de les imaginer ensemble au quotidien. Les yeux sombres de l’adolescent tranchent sensiblement avec les joues grasses du gamin souriant. Tiens, Giorgi Halpern. Sous chaque photographie le nom et les lieux et dates de naissance et mort sont inscrits. « 1944, Auschwitz – Birkenau » revient plusieurs dizaines de fois. Cependant cette fois-ci, la dignité de ces enfants est conservée. Ils possèdent un nom, un visage, bref ils existent. Mes yeux hagards restent secs. Nous sommes à l’endroit exact où ils se trouvaient quelques dizaines d’années plus tôt, si près d’eux, cernés par leur présence et pourtant si loin. Une autre époque, une autre vie, un même lieu. Nous marchons où ils marchent, ne sommes pas où ils ont été.

Le lendemain, au musée de la Résistance de Lyon, l’audioguide grésille « Maréchal nous voilà » pendant qu’un couloir sombre fabriqué de toute pièce nous engloutit. Au fond d’un renfoncement, éclairé par une lumière blafarde se trouve un registre épais. Convoi n°71, Halpern Georges, huit ans. Destination : Auschwitz Birkenau. Ici visible comme un grain de sable statistique de l’holocauste, ce nom est désormais attaché à une identité, une vie, un visage.


Voyage à Izieu : témoignage de Lauriane

12 juin 2009

Le témoignage de Laurianne (Lycée Condorcet, Paris)

 

Le 5 et 6 mai 2009, moi et ma classe de 1ère L sommes allés à la maison d’Izieu et à Lyon dans le cadre de nos cours d’histoire traitant de la seconde guerre mondiale ; ce voyage s’effectuait également dans l’optique d’un devoir de mémoire sur l’extermination des Juifs d’Europe durant cette période de l’histoire.

Nous sommes arrivés à la maison d’Izieu le matin aux alentours de midi ; nous avons entrepris la visite de l’exposition présente dans ce qui était à l’époque la grange dont l’intérieur était très bien conservé malgré les aménagements, les vieilles pierres et les poutres demeuraient très belles. L’exposition retraçait le parcours de certains enfants de la maison d’Izieu à travers les faits historiques de la traque et du sort des Juifs en France à cette époque. Très intéressante, les documents étaient de qualité et j’ai même été étonnée que les recherches aient été poussées jusqu’à retrouver le billet de Klaus Barbie à propos de cette maison qui abritait des enfants juifs.

Dans la deuxième partie de l’après-midi, nous avons visité la maison dans laquelle habitaient tous les enfants lorsque la rafle a eu lieu. La visite était libre, nous pouvions commencer par la pièce que nous voulions, ce qui permettait pouvoir réaliser et prendre conscience seul sans avoir le poids souvent désintéressant de devoir suivre et se concentrer sur un programme prévu pour un groupe scolaire.

J’ai trouvé cette visite enrichissante et nécessaire ; en effet, je suis d’abord allée dans l’ancienne cantine où étaient disposées des lettres de tout genre de chaque enfant. Le genre de lettre intemporelle que n’importe quel gamin de ces âges-là aurait pu écrire aujourd’hui, avec les mêmes fautes, les mêmes petits dessins colorés, les mêmes espoirs de vivre et de vivre toujours. J’ai parcouru tout le rez-de-chaussée et une salle m’a particulière émue : celle où il y avait, sur une petite table de bois, tous les témoignages de chaque personne étant passée par ce lieu à cette époque qui ont pu être là pour laisser des mots sur leur vécu et sur ceux des disparus. Il y avait également une bande sonore par laquelle nous pouvions écouter ces témoignages ; j’ai trouvé cette salle très habile pour provoquer l’émotion : loin de faire pleurer dans les chaumières, elle rappelle que derrière les nombres, les noms, les papiers et tout ce qui est impalpable à nos yeux d’enfants du XXIe siècle se trouvaient des vies humaines avec tout ce que cela implique, c’est-à-dire des liens, des projets, des rêves, des voix. La visite était très intéressante, mais j’ai regretté le fait qu’il ne restait pas plus de meubles d’époque, ce qui aurait rendu la maison encore plus incarnée par une vie disparue.

A l’issue de cette visite, l’intervenant qui était avec nous nous a invités à prendre place dans la salle de classe dans laquelle il y avait encore la carte de géographie et deux pupitres d’époque. Il nous a expliqué et nous a aidé à approfondir ce qu’était l’antisémitisme allemand et français durant la seconde guerre mondiale, les principales lois, les principaux acteurs de cette sinistre période historique ; j’ai trouvé cette mise au clair intéressante car j’ai toujours pensé que l’antisémitisme français avait été déclenché par une impulsion allemande. On m’a toujours appris que la France était la patrie de la résistance qui avait du se plier sous les forces allemands mais n’imaginait pas un instant l’existence de « camps d’internements ».

Suite à cette heure qui m’a parue très utile, nous sommes allés regarder un extrait du procès de Klaus Barbie en 1987, qui était très émouvant. En effet, au-delà d’un procès classique, on a pu assister là au procès responsable de milliers de personnes, conséquence d’une idéologie révoltante. Ce moment de la journée était très fort en émotions : on a pu assister à des pleurs de mères, de pères, de gens qui étaient proches des enfants, qui les avaient vus, qui les aidait à grandir malgré la guerre. J’ai trouvé que de finir là-dessus était une très bonne manière de nous faire réaliser.

Le lendemain, le matin du 6 juin, nous sommes retournées à la maison d’Izieu afin d’approfondir la notion de camps d’internements, de traques et de rafles en France sous le régime de Vichy. C’était intéressant parce qu’illustré et concret, ce qui ne donnait pas l’impression d’assister à un cours classique et d’être bien plus proche d’une réalité.

L’après-midi, nous sommes allés à Lyon visiter le Centre National de la Déportation. Ce musée était bien fait, la disposition des archives, des documents et des représentations picturales était réfléchie et bien choisie, de manière à ce que le visiteur comprenne les subtilités et la gravité de la situation à l’époque. Le travail sur les affiches de propagande que nous avons effectué en groupe était également intéressant car on a pu remarquer que la mise en place de ce genre de régime ne peut se détacher d’une esthétique et d’un art de la désinformation qui lui est propre, en utilisant tous les outils dont il peut disposer.

Ce voyage m’a donc permis de concrétiser cette partie de l’histoire qui me paraissait alors lointaine malgré le témoignage de mes grands-parents ; j’ai pu enfin donner un sens aux paradoxes qui se posaient suite à des cours que j’avais eus au collège et surtout cela m’a assez marqué pour que j’en reconnaisse l’influence dans le quotidien et dans l’histoire de certaines populations ; comprendre cette période c’est à la fois éviter qu’un tel phénomène ne se reproduise mais aussi comprendre le monde qui m’entoure, avec ses conflits et ses accords.

 


Voyage à Izieu : Témoignage d’Eugénie

12 juin 2009

Le témoignage d’Eugénie (Lycée Condorcet, Paris)

Voyage à Izieu et Lyon

Le réveil sonne plus tôt que d’habitude, le trajet de métro change, je ne me dirige pas vers le lycée mais vers la gare de Lyon, où toute la classe est regroupée dans le hall. Dans l’excitation du départ, nous comparons la taille de nos sacs bourrés de choses inutiles que nous avons pris soin d’emporter, nous pronostiquons sur le numéro du quai de notre train, nous nous échangeons nos sandwichs pour ce midi. Mais nous sommes à des kilomètres de nous imaginer l’impact que nos prochaines visites auront sur nous. Pour l’instant, c’est encore très loin.

Notre train file gaiement vers le sud. Après un déplacement en car, nous arrivons à la maison des Iles, l’auberge où nous dormirons cette nuit, dans le petit village de La Bruyère. Un immeuble en bois au bord du Rhône, bleu sous un ciel sans nuages. L’atmosphère paraît idyllique et ne fait qu’accentuer notre joyeuse humeur.

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Voyage à Izieu: témoignage de Léonore

11 juin 2009

Le témoignage de Léonore (Lycée Condorcet, Paris)

 

Voyage à Izieu et Lyon

Mardi 5 mai, nous sommes allés à Izieu. En train. Tout le monde parlait et jouait aux cartes. Le film Shoah rapporte que certains juifs étaient déportés dans les camps de concentration dans des trains de passagers. Les paysans polonais les voyaient et les entendaient lorsqu’ils étaient à l’arrêt. Comme nous ils discutaient, ils ne pouvaient prévoir la mort qui les attendait à la sortie du train. Les paysans, faisant parfois glisser un doigt sur leur gorge, essayaient de le leur faire comprendre. Mais comment comprendre ?

Tout sépare la barbarie antisémite du calme qui règne à la maison d’Izieu. Nous y arrivons vers midi. Le ciel s’éclaircit peu à peu, il y a des vaches, des chiens, des fleurs et nous découvrons les maisons de pierre dans lesquelles habitait la colonie. Nous formons notre première impression du lieu, comme le faisaient soixante-cinq ans auparavant les enfants recueillis par Sabine et Miron Zlatin en découvrant la maison qui allait être la leur.

Après avoir déjeuné, nous allons dans la grange, rénovée en musée retraçant l’Histoire de la Seconde guerre mondiale. Accompagnés de nos professeurs et de membres de l’association Mémoire 2000, nous commençons notre visite après une introduction faite par l’historien Pierre Jérôme Biscarat.


À la suite de la Première guerre mondiale, la France est une véritable terre d’accueil. De nombreux immigrés restent malgré la crise de 1930. La montée du nazisme se fait sentir en Allemagne avec les Lois de Nuremberg en 1935 et la Nuit de cristal en 1938. Les Juifs sont exclus du Reich, certains se dirigent vers la France. La guerre éclate en 1939 avec l’occupation de la Pologne puis le changement de régime de la France en 1940, qui se retrouve, pour la partie Sud, sous la domination du maréchal Pétain. Vichy, gouvernement antisémite, « définit » en octobre 1940 la judéité et recense en juin 1941 la population juive. Cet antisémitisme est alors mis en œuvre, les libertés individuelles des Juifs se réduisent, les premières rafles ont lieu. Les familles juives sont déportées dans des camps d’internement puis dans des camps d’extermination en 1942. Des réseaux d’entraide tels que l’Oeuvre de Secours aux Enfants recueillent les enfants dont les parents sont déportés. La maison d’Izieu est une des colonies de l’OSE. Elle recueille de mai 1943 à avril 1944 plus de cent enfants juifs pour les soustraire aux persécutions antisémites. La maison, d’abord en zone italienne, est en sécurité. Mais le 6 avril 1944, les 44 enfants et 7 éducateurs qui s’y trouvaient sont raflés sur ordre de Klaus Barbie, responsable de la Gestapo de Lyon, et déportés. La « solution finale » aura fait périr six millions de Juifs.

Voilà ce que nous apprenons, ou revoyons. L’histoire de la maison d’Izieu s’ancre véritablement dans l’Histoire. Elle incarne la notion de « crime contre l’humanité » commis par les nazis, le statut d’enfant prouvant à lui seul l’innocence des victimes. En lisant les panneaux, nous prenons des notes, certains filment ou prennent des photos. Tous parlent à voix basse et grimacent devant les images des enfants squelettiques entassés morts dans des camions.

Nous sortons. Cette fois il fait vraiment beau. Les groupes sont partis et nous sommes seuls lorsque nous rentrons dans la maison. Nous formons presque une colonie comme celle d’il y a soixante-cinq ans. La maison est le lieu de mémoire, et non d’histoire. Elle est rénovée, propre, sans meubles et pourtant on ne peut s’empêcher de ressentir la présence des enfants d’Izieu. Surtout sur la terrasse où ont été prises les photos exposées. On imagine facilement les plus jeunes glisser en dévalant l’escalier et le soir discuter en s’agitant dans les lits. Aux murs sont accrochées les portraits des enfants déportés lors de la rafle du 6 avril 1944. Tous ont un nom et un visage sauf une. Elle n’a qu’un nom. Peut-être retrouverons-nous un jour son visage. Alors que les autres ont une multitude de petits points d’ancre qui définissent leurs traits, elle n’a qu’une feuille de papier blanc. En dessous, nous découvrons les lettres et les dessins des enfants. Une lettre d’une petite fille adressée à Dieu lui demande de revoir ses parents, juste une fois. Une autre est une lettre de fête des mères. Dans les deux cas les parents sont déjà morts, déportés dans les camps.

Nous discutons avec Pierre Jérôme Biscarat, qui insiste sur le fait que ces enfants sont, non seulement des Juifs européens, mais avant tout des êtres humains, bien que l’antisémitisme, qu’il soit allemand ou français, le nie.

Nous nous rendons ensuite dans la salle de projection. Le procès de Klaus Barbie est particulièrement impressionnant. Surtout lorsqu’une femme dit cette phrase entendue pourtant mille fois déjà : « Pour une mère, son enfant c’est tout ». Cette femme, des années après, semblait vivre la douleur de la perte tout aussi vivement que dans les premiers temps. Elle avait « tout » perdu.

Nous sommes retournés à Izieu le lendemain. Pierre Jérôme Biscarat tenait à nous faire comprendre la responsabilité de la France dans la persécution des Juifs d’Europe. En effet, si la France n’a pas appliqué de politique d’extermination, elle était également antisémite et pratiquait une politique d’exclusion. Je n’avais jamais entendu parler des camps d’internement jusque-là. Ceci m’a d’autant plus frappée que je me suis rendue compte qu’ils avaient étés très nombreux et barbares. Nous avons notamment parlé du camp de Gurs et de Rivesaltes dans lesquels régnaient la promiscuité, la maladie, la souffrance.

Nous sommes retournés à Lyon, au musée de la résistance. J’ai été particulièrement intéressée par les vidéos de propagande qui circulaient en France. Elles paraissent ridicules, on en rigole maintenant et pourtant elles guidaient les mentalités de toute une population. La force de l’image m’a troublée, l’image vue et revue se grave dans notre cerveau, même malgré nous. C’est aussi le cas pour les affiches. Nous avons travaillé sur plusieurs affiches de propagandes : « Journée des mères » ; « Si tu veux gagner plus, viens travailler en Allemagne » ; « Ils assassinent enveloppés dans les plis de notre drapeau » ; « Des libérateurs ? La libération pas l’armée du crime ! » ; « Le complot juif contre l’Europe ! ». Cet atelier m’a intéressée parce que, là encore, je me suis rendu compte à quel point notre volonté peut être manipulée. Les slogans sont excessifs, font appel à des codes de couleurs évidents et rentrent dans notre inconscient, non parce qu’ils sont raisonnables ou pertinents, mais parce qu’ils sont choquants. D’autres affiches utilisaient plus le détail, par exemple « Ils assassinent enveloppés dans les plis de notre drapeau » et nous les retenons pour les avoirs regardées longtemps jusqu’à voir chaque élément. Dans tous les cas, l’affiche ou la vidéo remplit sa fonction de propagande.

Je me suis rappelée que ma grand-mère m’avait montré, il y a longtemps, deux étoiles jaunes. A qui appartenaient-elles déjà ? A ma famille ? Quelqu’un de ma famille avait du porter cette étoile dans la rue et se faire insulter, frapper peut-être ? Cette personne était-elle allée dans les camps d’internement ? D’extermination ? Avait-elle voyagé dans un train à bestiaux ? Etait-elle morte en suffoquant ? Ou tuée par une balle ? Soudainement je me sentais plus proche des enfants d’Izieu. D’une certaine façon, j’étais avec eux, du «mauvais côté ». J’ai demandé à ma grand-mère. Marguerite, la compagne de mon arrière grand-père, s’était cachée et avait survécu. Ma grand-mère, pourtant élevée dans la foi catholique, se faisait traiter de sale juive à l’école.