Journal de Janvier 2017: La Turquie manque l’occasion

20 décembre 2016

On a pu espérer un temps, au mois de mars une éclaircie dans le paysage de l’Europe, grâce à l’accord conclu entre A. Merkel et l’ex-premier ministre turc Davitoglu.

Bien qu’il ait été contesté de toutes parts, cet accord qui devait mettre un terme à l’exode des migrants par la route des Balkans, a eu effectivement ce premier résultat escompté.

Les migrants qui sont restés bloqués en Grèce, en raison du blocage opposé par la Macédoine n’ont pas voulu retourner en Turquie et se trouvent consignés dans des camps de rétention administrative dénoncés par le secrétaire général de L’ONU, par les Grecs qui verraient aussi revenir les réfugiés qui leur seraient renvoyés par Bruxelles, en vertu de l’accord de Dublin.

On ne peut faire grief à la Turquie qui a déjà accueilli plus de 3 millions de réfugiés syriens et se déclarait prête, en contrepartie, à mettre sa législation en conformité avec les principes de l’Union. On doit cependant constater dix mois plus tard que la Turquie n’a rien modifié dans sa législation, que l’Union européenne n’a pas accordé les visas que réclamait la Turquie pour ses nationaux et que les négociations en vue de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne sont dans l’impasse, au point que le gel de ces négociations a fait l’objet d’une résolution du conseil de l’Europe.

A qui la faute ? Aux européens et parmi eux à l’Allemagne ou aux membres de l’Europe de l’Est qui se sont barricadés, ou aux Turcs qui se sont rétractés, après avoir reçu les 6 milliards d’Euros que Mme Merkel leur avait accordés ?

Ce n’est pas à nous d’en décider. L’histoire devra s’en saisir et en rendre compte à l’humanité.

Il demeure que le nombre des exilés, réfugiés et migrants ne se réduit pas. On peut et on doit s’attendre à un accroissement du nombre des migrants qui chercheront inexorablement à rejoindre l’Europe.

Les arrestations arbitraires et les révocations de fonctionnaires à la suite du Putsch raté du mois de juillet ont provoqué en France un réaction menée par Robert Badinter qui a accepté de signer l’appel lancé par les avocats qui dénoncent : “la volonté du président Erdogan de museler toute opposition, les arrestations arbitraires qui s’inscrivent dans la dynamique de neutralisation des contre-pouvoirs à l’œuvre depuis plusieurs années et le gouvernement de la Turquie qui piétine les principes démocratiques”.

Cela n’a pas empêché le président Erdogan, qui tend à reprendre le costume de sultan, d’envisager le rétablissement de la peine de mort alors qu’il y avait renoncé en 2004 dans la perspective de l’adhésion de la Turquie à l’union Européenne.

On a même risqué de voir venir en discussion au parlement un projet de loi accordant l’amnistie aux coupables de viols, dès lors que leurs auteurs proposeraient le mariage à leurs victimes.

La liberté d’expression sévèrement contrôlée, se voit, désormais, asservie depuis l’arrestation du dirigeant du principal organe de presse le Curryet d’Istanbul… On est loin de satisfaire aux exigences de l’Union imposée par les accords de Bruxelles du mois de mars.

Quant à la reconnaissance du génocide arménien, autant en abandonner l’idée, malgré le vote du Bundestag, depuis le départ du premier ministre Davitoglu remplacé par Ylidrim qui ne veut pas en entendre parler.

Et pourtant il n’était pas nécessaire que la Turquie d’aujourd’hui reconnaisse la réalité du génocide, dès lors qu’il a été reconnu en 1919 par le régime ottoman resté en place jusqu’en 1922. Il suffisait que tout en le déplorant, le pouvoir en place admette que ce génocide avait été reconnu et même dénoncé et poursuivi par la “Sublime Porte”.

En assumant, au nom de ce principe universellement reconnu la responsabilité des actes commis par le régime ottoman, la République d’Atatürk a nécessairement reconnu la réalité de ce qui est advenu aux arméniens en 1915. Elle a donc bien manqué là une occasion.

Il demeure cependant une lueur d’espoir, si la communauté internationale voulait bien s’en saisir. Au lieu de poursuivre inlassablement cette course à la reconnaissance par les Etats, du génocide, mieux vaudrait instaurer un médiateur qui serait chargé de régler la question, en présence des réclamations de Arméniens, en examinant les possibilités de réparations collectives des préjudices subis, sans déclencher une série de recours individuels.

Cette médiation qui pourrait s’instaurer sous l’égide de l’ONU pourrait être confiée au représentant de l’humanité qui pourrait être élu par l’assemblée générale de l’ONU au même titre que son secrétaire général ainsi que par l’assemblée générale des Défenseurs des Droits, médiateurs et ombudsmans qui recevraient, au nom de l’Humanité, une mission institutionnelle qui mettrait fin aux querelles et permettraient aux Arméniens et aux Turcs de se retrouver.

C’est le vœu que je formule en ce début d’année, en espérant que ce projet d’accord qui passe par une “déclaration universelle des droits de l’humanité” dépasse les objectifs de l’accord de Bruxelles du 18 mars 2015 devenu caduc, et les polémiques sur la reconnaissance et l’indemnisation des génocides du XX ° siècle.

Bernard Jouanneau

 


Mémoire 2000 vous informe de la tenue de la conférence sur la question des réparations relative au génocide arménien (UGAB)

12 avril 2016

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GENOCIDE ARMENIEN : La question des réparations, de l’identitaire au stratégique 



mardi 12 avril à 20:30 

UGAB Paris 
118 rue de Courcelles, 75017 Paris

Un siècle après le génocide arménien, où en sommes-nous ? Quelle stratégie proposons-nous ? Des réparations sont-elles envisageables ?

Afin de répondre à ces questions, et afin de présenter le travail effectué depuis plusieurs années par un groupe d’experts internationaux travaillant sur la préparation du volet juridique des réparations, l’UGAB Paris vous invite à assister à une conférence passionnante et instructive :

Intervenant principal: 

Philippe Raffi KALFAYAN, juriste internationaliste, chercheur associé à l’Université de Paris 2, fondateur du Fonds RGA et d’AGIR, auteur de « La France et l’imprescriptibilité des crimes internationaux ».

Intervenants: 



Taline PAPAZIAN, Docteure en science politique, chercheuse associée à l’Université de Nanterre.

Yériché GORIZIAN, Doctorant en droit, chercheur en droit à l’Université de Lyon 2. Tigrane YEGAVIAN, Science Po Paris, Journaliste indépendant, spécialisé dans les questions diasporiques.

 

Collation à la fin de la conférence et signature et vente de l’ouvrage de Phililppe Kalfayan

 


Journal de Janvier 2015: « Mémorial du génocide des Arméniens » de Raymond Kévorkian et Yves Ternon

2 mars 2015

imagesMémorial du génocide des Arméniens

de Raymond Kévorkian et Yves Ternon (Éditions du Seuil)  (cliquez sur le titre pour accéder au site de la maison d’édition)

A l’occasion de la commémoration du génocide des Arméniens, paraît un recueil réalisé par deux historiens et Gérard Chaliand, expert en géopolitique.

Il a fallu deux ans pour achever la réalisation de ce recueil de documents qui ont le mérite de faire comprendre le premier massacre de masse de civils du début du 20° siècle, préfigurant la Shoah, qui a pu être mené à bien par des hommes dits civilisés.

Et il y en a encore qui nient le génocide des Arméniens… Peut-être peuvent-ils lire ce livre?

On peut aussi leur recommander “Le génocide des Arméniens”, paru en 1980, d’Yves Ternon et Gérard Chaliand, ainsi que “Le génocide des Arméniens” paru en 2006 de Raymond Kévorkian.

Daniel Rachline

 

 


Journal d’Avril 2014: Imaginez le 21 février 1944….

5 mai 2014

affiche-rougeImaginez un 21 février 1944, il y a tout juste 70 ans.

Imaginez que vous sortez le matin, après le couvre feu et que vous découvrez sur les murs de Paris, de Nantes ou de Lyon, une affiche encore humide de colle. Vous vous en approchez et vous voyez 10 mauvaises photos en noir et blanc, 10 hommes aux visages fatigués, tuméfiés, presque résignés. Le reste de l’affiche est de couleur rouge sang.

Imaginez une affiche rouge qui agresse dès l’aurore. Un titre : “des libérateurs? ou l’armée du crime”. Il y a là, photographiés, plusieurs membres d’un réseau de résistants : les FTP-MOI du réseau dirigé par Missac Manouchian, un immigré arménien de 37 ans débarqué à Marseille 20 ans plus tôt en provenance de Turquie.

Les FTP-MOI : les Francs Tireurs Partisans de la Main d’œuvre Immigrée. Les FTP sont issus du parti communiste français. Les immigrés y sont aux premiers rangs des combattants. Missac Manouchian déjà membre, avant la guerre, de la MOI, rejoint les FTP-MOI et gagne d’emblée la confiance de ses camarades et l’attention de sa hiérarchie. Les actions du groupe Manouchian qu’il anime seront d’une audace inouïe.

L’affiche rouge, élaborée par la propagande nazie, stigmatise l’origine étrangère de la plupart des membres de ce groupe, principalement des Arméniens et des Juifs d’Europe de l’Est. On y trouve des Polonais, des Hongrois, des Roumains, des Italiens, des Espagnols, des Français dont un Breton. Mais ne figurent pas en photo 13 autres condamnés, membres du réseau. Parmi eux, il y a dix juifs fraîchement immigrés.

Car ce 21 février, il y a 70 ans, des hommes vont être assassinés par les SS. En fait, 22 seront fusillés, car Olga Bancic, la seule femme du groupe, en application du manuel de droit criminel de la Wehrmacht qui interdit alors de fusiller les femmes, sera décapitée à la hache le 10 mai de la même année à Stuttgart,

Imaginez cette même journée d’hiver au Mont Valérien… Le froid. Dans une petite cabane en bois, au bout d’un terrain vague, ces hommes sont enfermés. Tous ont été torturés ou maltraités. Ils reçoivent une feuille de papier et un crayon. Ils savent.

Missac Manouchian va écrire une lettre a sa jeune épouse Mélinée, “sa petite orpheline bien aimée”. Une lettre qui est un puits d’émotion, de courage et de tendresse. De cette lettre, de cette page de notre histoire, Aragon s’inspirera et écrira le poème : “L’affiche rouge”. Un puissant plaidoyer pour la liberté et contre la barbarie. L’affiche eut sur les passants un effet contraire à celui recherché par les occupants. Elle devait stigmatiser des “terroristes”, les Parisiens découvrirent des héros.

Depuis, des monuments et des plaques ont été posés à Paris et ailleurs.

Enfin, les membres assassinés de ce réseau sont associés aux combattants dont la mémoire est honorée au Mont Valérien.

Jacques Wrobel


Journal d’Avril 2014: Communiqué de Mémoire 2000 et du MRAP

5 mai 2014

La cour de Strasbourg a récemment condamné la Suisse, parce qu’un négationniste turc (D. Perincek) qui soutient que le génocide arménien est un « mensonge international » y avait été condamné pour négationnisme.

L’arrêt rendu le 17 décembre 2013, qui n’est pas définitif, marque une régression de sa jurisprudence (aff : Faurisson et Garaudy en France).

Tous les génocides méritent la même attention et la même vigilance. L’arrêt rendu instaure une discrimination intolérable là ou les textes la dénoncent et la réprouvent.

Toutes les associations signataires de lutte contre le Racisme et de défense des droits de l’homme soucieuses de respect de la Mémoire insistent pour que la grande chambre de la CEDH soit effectivement saisie par les autorités suisses qui en ont le pouvoir, afin que la question puisse être examinée contradictoirement.

(Suite à ce communiqué dont Mémoire 2000 a pris l’initiative, nous avons enregistré le recours fait par la Suisse devant la Grande Chambre.)


L’éditorial de notre Journal de Janvier 2012 : De la récupération politique des valeurs

12 janvier 2012

Dans la tourmente qui agite la planète tout entière et qui semble devoir s’amplifier, on se demande quelle sera la place qui sera attribuée aux valeurs dans l’année qui vient. Les quatorze candidats recensés à ce jour pour l’élection présidentielle ne le savent sans doute pas eux-mêmes et s’efforcent malgré tout de séduire l’électorat, sans garantir l’amélioration de la situation de chacun. C’est même plutôt l’inverse qui prévaut, c’est tout juste si l’on ne se préoccupe pas plutôt dans la course à la catastrophe de percevoir l’ordre dans lequel chacun des pays de la zone euro va perdre son rang auprès des agences de notation. En se rassurant à l’avance sur l’amélioration future que connaîtra la future génération qui viendra aux affaires après les malheurs et les larmes qui vont déferler sur nous.

Les politiques rivalisent dans la détection des signes avant-coureurs de la catastrophe, et les syndicalistes n’osent même plus annoncer la reprise de la lutte. Le désespoir qu’engendre l’accélération de la crise, l’amélioration du chômage et la menace de la récession s’installent en permanence sur les écrans et la fiction n’est même plus suffisante pour nous guérir de la morosité. Que reste-t-il alors de nos valeurs, à quoi bon promettre l’égalité et le retour à la fraternité dans une société manifestement tournée vers la culture de l’angoisse personnelle et familiale ? Il faut sans doute s’attendre à ce que Stéphane Hessel pour ses 97 ans publie un nouveau pamphlet après “indignez-vous”, puis “engagez-vous ; réveillez-vous”. Il semble en effet que nous abordons une phase de sommeil de l’humanité qui fait dire à certains qu’il annonce la fin du monde, en tout cas la fin d’un monde. Rien ne sera plus comme avant et chacun s’y résigne.

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Journal d’octobre 201, l’éditorial : du bon usage des commémorations

9 octobre 2011

Les images de la cérémonie de la commémoration des attentats du World Trade Center ont heureusement remplacé celles qui nous sont venues de New York, pendant tout l’été, et qui nous ont instruits sur la façon dont y est administrée la justice criminelle. Elles donnent une autre image, de l’Amérique; mais des images toujours obsédantes, bouleversantes, inquiétantes et inoubliables.

A force d’être reproduites et diffusées à profusion sur toutes les chaînes de télévision, elles s’imposent à notre conscience, et nourrissent la mémoire de toutes les générations.

Nécessaires, elles permettent, l’espace d’un Week-end, d’estomper les chiffres effarants des suites qu’ils ont eues: 160000 victimes civiles, 6000 soldats tués ou blessés;4000 milliards de dollars, que les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont déjà coûtés, sans compter les horreurs d’Abou Graïb et les tortures de Guantanamo.

Au-delà de l’hommage rendu aux 2.965 victimes des Twin Towers, occupants des tours infernales, pompiers et secouristes, la commémoration du 11 septembre 2001 ne peut faire oublier, ni effacer, les autres : celle du vingtième anniversaire de la Chute du mur de Berlin, celle du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration le 27 janvier 1945, celle du dixième anniversaire du début du génocide Rwandais le 6 avril 1994; celle du centième anniversaire en 2015 du génocide Arménien qui aura lieu le 27 avril, celle des trente ans de l’abolition de la peine de mort en France par la loi du 9 octobre 1981, celle du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage par la France le 27 avril 1848; celle du cinquantenaire de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, du 10 Décembre 1948, celle du bicentenaire de la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, ni la dernière, à laquelle nous ayons été conviés le 18 septembre dernier à Drancy, pour le 70ème anniversaire de l’ouverture des camps.

Au risque de l’amalgame et de la banalisation, on n’en finirait plus d’énoncer, d’inventorier et de se remémorer les événements, les batailles, les traités et les déclarations, dont on célèbre, à travers le monde, la commémoration périodique, selon l’importance, qu’ils ou elles, marquent dans l’histoire de l’humanité et des peuples.

Appartient-il à chacun, de faire sa liste de commémorations, qui méritent selon lui qu’on s’en souvienne ?

Faut-il multiplier et collectionner ces commémorations, qui tournent parfois à la “commémoraison”?

On les suspecte parfois, et on les conteste, parce qu’elles exaltent le nationalisme, en même temps qu’elles attisent les haines.

Celles qui réjouissent les uns, désespèrent les autres; mais il est indéniable qu’elles servent à panser les plaies, en même temps qu’elles les enveniment.

Elles portent le reflet des guerres et des conflits qui embrasent la planète.

Elles sont, pour ceux qui nous gouvernent, une occasion d’évacuer un temps leurs soucis et leurs préoccupations du moment; même si personne ne s’y trompe vraiment…. Faute de pouvoir améliorer notre humaine condition, et de soigner les maux que nous nous infligeons, elles préservent notre dignité, et finalement, nous permettent de survivre au désespoir.

Ne nous y trompons pas, elles participent du spectacle permanent et de la communication que nous nous offrons, en appelant les médias à les cultiver et les représenter. Elles font partie de notre identité et de notre culture, en même temps qu’elles entretiennent la transmission entre générations, d’une communion fraternelle.

Elles n’ont pas de réalité, et appartiennent au domaine des rêves et de la fiction, sorte de traitement du mal être.

Ce n’est pas une raison pour quitter le monde d’aujourd’hui, pour se réfugier dans le passé ou dans les souvenirs. Les commémorations appellent l’échange et le partage. En cela, elles se rapprochent des commémoraisons par leur côté liturgique et sacrificiel. Ce n’est pas pour autant qu’elles doivent revêtir un aspect communautaire, qui les opposerait les unes aux autres, et leur ferait perdre à la fois de leur valeur, et de leur esprit universel.

Sans revenir sur la controverse suscitée par l’adoption des lois mémorielles ou “compassionnelles” il y a, dans le culte de la commémoration, la reconnaissance mutuelle de la dignité des hommes, et des valeurs qu’ils partagent, en même temps que des sacrifices qu’ils ont endurés ensemble.

Sur le moment, l’Europe s’est enthousiasmée pour le “Printemps Arabe” qui a suscité la révolte des peuples du Moyen-Orient, comme si nous nous réjouissions de voir l’islamisme abandonner le culte du terrorisme, pour adopter, à l’occidentale, celui de la Démocratie, en chassant les tyrans du pouvoir.

A quand la première commémoration du soulèvement de la place Tarihr contre Hosni Moubarak ? Les Président Français et Premier ministre britannique, n’ont pas attendu la capture de Kadhafi, pour aller commémorer à Tripoli et à Bengahzi la chute du régime Libyen

Toutes ces commémorations attendues, surviendront plus vite que nous nous y attendons, et sans doute, avant que ne se manifestent les réactions de ceux qui craignent de voir l’espace de Schengen, envahi par tous ceux qui voudront partager les fruits de la croissance, en même temps qu’ils accèdent à la démocratie. Mais il nous faut faire attention à accueillir les commémorations des autres.

A nous en tenir à celles qui nous sont familières, on risque d’oublier que ce sont les autobus de la TCRP qui ont servi à parquer les juifs, lors de la rafle du Vel d’Hiv, lorsqu’on fait appel à la RATP pour transporter les Roms. A force de cultiver l’immigration choisie, on va bientôt placarder sur les Champs Elysées “Interdit aux Roumains, aux Grecs et aux Mendiants ”.

Rien n’empêche de se remémorer les charniers de Srebrenica et les chambres à gaz de Maidaneck et Treblincka, et de se préoccuper du sort fait aux Roms à travers toute l’Europe, et de s’inquiéter de l’ostracisme qui atteint les exilés tunisiens, syriens, et libyens, venus chercher asile en Europe, en s’embarquant pour Lampedusa.

Nous ne sommes pas les seuls à nous pencher sur le sujet On entend dire que les Américains qui ont déjà un “Memorial Day” envisagent de faire du 11 septembre un jour férié ; tandis que le Président Sarkozy, qui ne manque pas d’imagination sur le sujet  vient de suggérer de faire du 11Novembre, le jour de la commémoration  des “Français morts pour la France”.

Le paradoxe est tout de même que dans le même temps, ses ministres se laissent aller, au nom de l’identité nationale à regretter “qu’il y en ait trop ”, à s’en prendre aux Roumains, à fustiger les propos d’une candidate à l’élection présidentielle  qui a proposé de remplacer le défilé du 14 juillet par un défilé citoyen, en rappelant qu’elle n’est pas assez française pour se le permettre, ou à renvoyer à ses origines un écologiste coréen devenu français simplement par l’adoption

Commémorons, sans retenue ni modération ; mais restons vigilants au quotidien. Il n’y a pas que les morts et les Français de souche qui méritent le respect.

Bernard Jouanneau

 


Le nouvel enseignement du mépris, un texte de Guy Konopnicki que nous reproduisons à l’intention de nos lecteurs

5 septembre 2011

Une circulaire parue au Bulletin officiel de l’Education nationale recommande de remplacer le terme Shoah par « anéantissement ». Ce mot serait plus rigoureux, et le rôle de l’école étant d’assurer la défense et l’illustration de la langue française, il semble bien naturel de bannir toute importation de l’Hébreu. Respectant cette recommandation, le manuel d’histoire présenté par les éditions Hachette pour les classes de première évoque donc l’anéantissement des Juifs par l’Allemagne nazie, en évitant le mot. La chose effroyable est correctement décrite, mais sans le mot. Sauf, bien sûr, dans le titre de l’enseignant invité à rédiger ce chapitre, Lannis Roder, responsable des formations pédagogiques au Mémorial de la Shoah.

Or, on se souvient qu’une enseignante de Nancy, Catherine Pederzoli, faisant l’objet d’une suspension disciplinaire, s’était vue reprocher son emploi systématique et donc abusif du mot Shoah, et ce, dans un rapport à charge rédigé par les inspecteurs généraux d’histoire. Traduite devant un conseil de discipline, Catherine Pederzoli a été réintégrée, le conseil n’ayant pas retenu les charges concernant l’emploi du mot Shoah, ni celles portant sur le contenu de l’enseignement dispensé tant en classe que lors des voyages de la mémoire. Mais si l’affaire Pederzoli est close, la querelle portant sur le mot Shoah n’est nullement anecdotique.

L’inspection générale de l’Education nationale rejette un terme, au motif qu’il ne vient pas des historiens, mais du travail d’un cinéaste, Claude Lanzmann. Le mot Shoah peut, à la rigueur, être mentionné en tant que terme adopté par l’Etat d’Israël pour désigner l’anéantissement des Juifs d’Europe.

Passe que l’Education nationale ne parvienne toujours pas à admettre le cinéma comme moyen d’investigation historique! L’inventeur de ce procédé, Louis Lumière, était tout de même membre de l’Académie des Sciences. Il est vrai qu’il s’y distingua, en 1942, par un éloge des progrès scientifiques de l’Allemagne hitlérienne, mais l’engagement des frères Lumière dans la collaboration ne les empêche pas d’avoir été à l’origine d’un bouleversement des moyens de la pensée. Le paradoxe du cinéma, c’est d’avoir été rapidement considéré comme un instrument d’hégémonie culturelle placé entre les mains des juifs, en dépit de l’antisémitisme de ses inventeurs. La négation de la valeur historique du film de Claude Lanzmann s’enracine tout à la fois dans cette prévention vis-à-vis du cinéma et dans l’insupportable soupçon de manipulation, de partialité, qui s’éveille dès lors qu’un Juif aborde, en tant que tel, l’histoire de la Shoah.

Lanzmann n’a pas choisi par hasard le mot Shoah. Il s’agissait de désigner le caractère unique du génocide des Juifs, sa planification systématique par le régime nazi, sa place centrale et obsessionnelle dans la politique hitlérienne. Et, ce qui est plus difficile à faire admettre à nos esprits clairs et rationnels, la désignation en hébreu de la Shoah porte aussi la singularité du peuple Juif. Lire le reste de cette entrée »


Journal de Juillet 2011 : Editorial

9 août 2011

ET S’IL NE RESTAIT PLUS QU’ISRAEL POUR RECONNAITRE LE GENOCIDE ARMENIEN ?

Au début du mois de mai, on apprenait que le Sénat avait rejeté par 196 voix contre 74 une proposition de loi socialiste visant à réprimer la négation du génocide arménien de 1915. Cette proposition de loi d’initiative socialiste était attendue depuis le vote par l’Assemblée nationale en 2006 de la même proposition d’initiative parlementaire qui avait été, à l’époque adoptée à l’unanimité.

Le Sénat dont on n’ignorait pas la résistance, a adopté une motion de procédure qui déclare le texte “irrecevable” ; mais chacun a compris qu’une telle motion signait l’enterrement du texte qui ne reviendra pas devant l’Assemblée nationale faute de volonté politique et sans doute à cause du rejet exprimé par la mission d’information parlementaire sur les lois mémorielles qui en a rejeté le principe en 2008.

Nicolas Sarkozy avait promis en 2007, juste avant son élection, aux associations arméniennes de soutenir la ratification par le Sénat de cette proposition de loi volée par l’Assemblée nationale en 2006. Mais sur une question écrite d’un sénateur UMP qui remonte au 1ermars 2011, à laquelle Mme Alliot Marie n’a pas eu le loisir de répondre, c’est M. Juppé qui avait déjà fait savoir que le gouvernement “n’était pas favorable à l’inscription de ce texte à l’ordre du jour du Sénat” et qu’il faudrait se contenter de la reconnaissance du génocide arménien par la loi du 29 janvier 2009 et s’en tenir aux dispositions de la loi sur la presse en matière de provocation à la haine, à la discrimination et à la violence raciale.

On croyait jusque là que dans l’élaboration de la loi, c’est à l’Assemblée nationale que devait revenir le dernier mot, en présence de la résistance de la Haute assemblée. Pour une fois le Sénat aura le dernier mot. Il semble d’ailleurs que l’opposition à l’adoption par le Sénat de ce texte adopté par l’Assemblé nationale l’ait emporté par suite de la rencontre fortuite de l’opposition conjuguée du président de la Commission des lois (M. J.J  Hyest, UMP) et du sénateur socialiste Robert Badinter qui n’a jamais fait mystère de son opposition à l’intervention du législateur en la matière.

Au consensus politique fortuit, s’ajoute ici l’autorité morale et juridique de l’ancien président du Conseil constitutionnel qui a fait valoir le risque de voir déclarer inconstitutionnelles les lois mémorielles qu’il appelle “lois compassionnelles”, en déclarant : “On voudrait donc aujourd’hui ancrer sur une loi inconstitutionnelle de 2001, une nouvelle loi réprimant sa violation. Il s’agit dès lors ni plus ni moins que d’ajouter de l’inconstitutionnalité à l’inconstitutionnalité en formulant une sanction pénale contre une loi elle-même inconstitutionnelle”. Il prédit même une catastrophe en chaîne qui, par le recours prévisible à la question prioritaire de constitutionnalité, pourrait aboutir à l’inverse du résultat escompté. La Cour de cassation vient d’écarter la question à propos de la loi Gayssot et rien ne justifierait que l’on adopte une position différente pour les autres génocides. Pour rassurer nos amis arméniens, mais aussi ceux qui ne revendiquent qu’une égalité de traitement, il nous met en garde contre le cumul d’une faute politique avec une faute constitutionnelle.

Le malheur est que ni le Code civil, ni la loi sur la presse ne suffisent à enrayer le négationnisme turc du génocide arménien. Pour m’y être attelé à deux reprises j’ai du constater que les juges ne voulaient pas s’engager sur le terrain de l’atteinte au respect de la dignité, ni sur la voie de la provocation à la haine raciale (affaire du Quid et de Time Magazine), et ce n’est pas la jurisprudence Lewis de 1995 qui y pourvoira.

On attend sans trop d’illusions, les “actions que le garde des Sceaux Michel Mercier a annoncées pour lutter contre le négationnisme du génocide arménien”. Une circulaire devrait être adressée à tous les Procureurs généraux “qui aurait pour objectif d’annoncer la répression des infractions dont sont susceptibles d’être victimes les membres de la communauté arménienne du fait de leur origine arménienne” et du fait qu’ils ont subi un génocide.On l’attend encore sur Legifrance. Sans compter que la négation des génocides ne concerne pas seulement les survivants de ces génocides, mais l’humanité tout entière, et pas seulement les minorités qui les ont subies, mais la personne humaine que la loi doit faire respecter.

Tant que l’on continuera à différencier les génocides et à méconnaître l’implication de la personne humaine dans leur accomplissement, on en fera la liste en les comparant les uns aux autres pour dégager leur spécificité qui est acquise et qui ne devrait avoir aucune incidence sur la lutte contre leur négation ou leur contestation. On peut enrichir l’histoire et cultiver la mémoire, sans pour autant méconnaître la nécessité de la protection de la dignité humaine. Cette protection revient, quoiqu’on nous dise, aux législateurs.

Dans cette voie on ne peut que saluer l’annonce faite par le président de la Knesset, Reuven Rivlin selon laquelle “La Knesset commémorerait une fois par an en séance plénière, la catastrophe subie par le peuple arménien en 1915 du fait de l’armée turque”, ajoutant qu’il s’agit d’un devoir en tant que juif et en tant qu’israélien de reconnaître la tragédie des autres peuples. “Commémoration” ne signifie pas “reconnaissance du génocide” ni incrimination de la négation. Mais elle émane du Parlement d’un peuple qui s’y connaît en matière de génocide.

Face à ces controverses politiques, judiciaires et historiques, on ne peut pas s’étonner de ce qu’il soit si difficile de mettre à l’ordre du jour de nos séances la question du génocide arménien. S’il n’y a plus que les Israéliens et les Arméniens pour en débattre, le problème est ramené à sa dimension historique, alors qu’il a une vocation humanitaire essentielle.

Bernard Jouanneau


Nous vous recommandons le film «LIBRE PARCOURS », portrait de Maître Bernard Jouanneau, sur PLANETE JUSTICE

17 mars 2011

Maître Bernard Jouanneau

« Libre  parcours », le portrait consacré à Maître Bernard Jouanneau, est diffusé sur la chaîne Planète Justice en mars et avril 2011.

Ce film retrace les engagements et les principaux combats judiciaires et pour les Droits de la Personne Humaine de Maître Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000.

Le documentaire, d’une durée de 55 minutes, a été réalisé par Jacques Cortal et produit par Thelma Production.

Diffusion :
Le mardi 15 mars 2011 à 20h40
Le jeudi 17 mars 2011 à 2h35
Le vendredi 18 mars 2011 à 15h34
Le dimanche 20 mars 2011 à 16h07
Le jeudi 24 mars 2011 à 15h25
Le mardi 05 avril 2011 à 15h25
Le lundi 11 avril 2011 à 15h25


Manifestation devant le Sénat samedi 12 mars 2011 pour que le Sénat examine la loi pénalisant la négation du génocide des Arméniens

9 mars 2011

L’Assemblée Nationale a voté le 12 octobre 2006, une loi pénalisant la négation du génocide des Arméniens, à l’instar de la loi Gayssot de 1990. Ce texte en butte à une forte opposition des milieux négationnistes et des lobbys qui leur sont liés, est depuis presque cinq ans bloqué au Sénat.

Face à ce déni de démocratie, le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France appelle à un grand rassemblement citoyen et républicain devant le Sénat le samedi 12 mars à 15 heures, avec la participation de nombreuses personnalités, dont notamment Patrick DevedjianBernard-Henri LévySerge KlarsfeldCharles Aznavour.


Notre journal de juillet 2010: « I have a dream »

30 août 2010

En 2011 nous aurons 20 ans et j’en aurai 70. Je n’aurais jamais cru que nous y parviendrions. En 1991 nous prétendions nous adresser à ceux qui auraient 20 ans en l’an 2000, en leur promettant que nous allions faire en sorte que cela change, que le respect des droits humains s’imposerait d’ici là, pour peu que l’on s’en occupe et qu’on le veuille.

Nous avons donné naissance en même temps à une association tournée vers l’avenir et ancrée dans la mémoire, à un formidable espoir en l’humanité, fiers de nous tourner vers cette nouvelle génération affranchie des préjugés, des intolérances et des hypocrisies qui s’étaient perpétuées après les années de plomb et l’horreur des crimes contre l’humanité érigés en dogme par le régime nazi du III° Reich. Nous avons renoncé à donner des leçons à l’humanité, préoccupés seulement de défendre l’humanité.

Nous avons résolument choisi d’agir par l’image et par la parole auprès de cette génération-là pour lui montrer que la conquête universelle des droits de l’homme impliquait un combat incessant de tous, qui devait se transmettre entre les générations.

Maintenant que nous sommes devenus majeurs, il nous faut tout recommencer comme si l’humanité ne faisait que régresser et imposer partout l’intolérance, l’exclusion et la discrimination.

Les nouvelles que nous révèlent les sondages nous font craindre une remontée de cette intolérance et une avancée des idées et des propos racistes qui ont libéré la parole du même nom. Le fait qu’on le dise et qu’on le publie est sans doute la seule consolation qu’on puisse en éprouver, mais pas qu’on s’y résigne.

Aujourd’hui je m’aperçois que je n’aurai vécu que de rêves et d’espoirs. Certains se sont réalisés, d’autres demeurent dans leur état d’origine. Oui j’ai rêvé que le respect de la dignité de la personne humaine impose aux Etats et aux organisations internationales d’adopter des lois et des résolutions qui garantissent à chacun le droit de s’en prévaloir au même titre que la Constitution.

Oui, j’ai rêvé tout haut qu’au nom de cette dignité qui appartient à tous les humains sans distinction d’aucune sorte ni discrimination, chacun puisse défendre la mémoire des siens qui fait partie de son identité et que la négation des crimes contre l’humanité et des génocides soit réprimée et poursuivie partout sans exclusion, ni privilège.

Oui, je continue de rêver qu’au nom de ce principe universel de dignité et du principe constitutionnel d’égalité, chaque citoyen puisse accéder à cette élémentaire protection sans être suspecté d’imposer son histoire ou de porter atteinte à la liberté d’expression ou à la recherche historique, dès lors que sa mémoire aura été, au cours du siècle passé, affectée par un génocide reconnu par les instances internationales.

Oui, j’ai rêvé que l’appel des Arméniens, des Tutsis et des Bosniaques dont les parents ou les grands parents ont été au cours du siècle victimes de génocides selon la définition qu’en donne la Convention internationale de 1948 sur la répression et la prévention des crimes de génocide soit entendu des pouvoirs publics appelés à parfaire l’œuvre entreprise en 1990 avec la loi Gayssot.

Oui, j’ai rêvé que cette loi du 13 juillet 1990, qui réprime le négationnisme de la Shoah soit étendue à tous les autres génocides reconnus, maintenant qu’elle a été épargnée par le Parlement et par la Cour de cassation qui a mis un coup d’arrêt au vote des lois mémorielles et compassionnelles, qui vient de reconnaître qu’il n’était pas permis au nom de la liberté d’expression d’en contester la constitutionnalité. J’ai même imaginé que la Haute autorité de lutte contre la discrimination et pour l’égalité comme le défenseur des droits que le Sénat vient d’instaurer invite solennellement les députés et les sénateurs à franchir ce pas, sans pour autant banaliser ou méconnaître la spécificité de la Shoah.

Qu’il n’y ait pas besoin des Arméniens, des Yougoslaves ni des Tutsis pour la demander, mais qu’il suffise de se revendiquer de l’humaine condition et de l’égalité des droits entre tous ceux qui y participent pour y parvenir.

En attendant et au réveil je voudrais bien que ce soit à Mémoire 2000 que revienne l’honneur de mener cette lutte et de la faire aboutir. L’association que nous formons et que nous faisons vivre y retrouverait sa raison d’être et ses origines, ses adhérents et ses militants, ses promesses et ses espoirs. Nul ne pourrait nous reprocher de nous occuper trop des uns et pas assez des autres puisque c’est de la dignité de la personne humaine que nous nous occuperions.

Bernard Jouanneau


Arménie…tête de turc?

19 avril 2010

Paru dans le journal d’avril 2010

Arméniens massacrés à Angora - 1915

En 1939, pour justifier son plan d’invasion brutal de la Pologne dont on lui disait qu’il serait du plus mauvais effet, Hitler rétorquait : “Qui se souvient encore de l’extermination des Arméniens?”

Et bien n’en déplaise à cette haineuse prophétie, 95 ans après le drame subi par les Arméniens en 1915, non seulement on s’en souvient toujours, mais — et ce n’est que justice — les Américains, après les Français et bien d’autres encore, ont enfin décidé de reconnaître comme génocide, l’abominable crime dont les Arméniens ont été les victimes.

En effet, le 4 mars dernier, après le vote par la commission des Affaires étrangères américaines, décision fut prise d’une résolution reconnaissant le génocide arménien sous l’Empire Ottoman. Bonne résolution s’il en est…Certes elle n’a pas force de loi, mais c’est déjà un début.

Les Arméniens qui luttent depuis des années pour cette reconnaissance, ne peuvent que se réjouir de cette avancée.

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La mémoire, dignement… à propos du Roman « Missak » de Didier Daeninckx

16 octobre 2009

La Chronique de René Dzagoyan dans PacaInfoEco :

A l’heure où la Saison de la Turquie bat son plein, commence en France la Saison Manouchian, comme si le monde de l’Art répondait au monde de la politique, pour lui rappeler que la France qui célèbre aujourd’hui la Turquie doit aussi sa liberté à ceux que la Turquie a voulu exterminer. L’Art honore l’Armée du Crime pendant que la Politique honore le crime d’une armée. En appui au film de Robert Guédiguian, les éditions Perrin publie « Missak », un roman de Didier Daeninckx.

L’homme est connu pour être un partisan, au sens de Joseph Kessel et Maurice Druon dans le chant du même nom. Ancien du Parti Communiste, sympathisant des Brigades Rouges, il s’est battu, entre autres, pour la liberté des Kanaks, contre les expulsions des Maliens, pour la réhabilitation de la mémoire algérienne et contre l’antisémitisme. C’est lui qui, en 2002, fait condamner le faurissonien Serge Thion et est attaqué en justice par Jirinovski pour son livre-réquisitoire. Convaincu qu’« en oubliant le passé, on se condamne à le revivre », dit Wikipedia, Didier Daeninckx s’attache au problème de la mémoire historique en dénonçant avec obstination ce qu’il considère comme relevant du négationnisme ». Bienvenu au club.

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