Journal d’Octobre 2016: Deux Rwandais jugés coupables de crime de génocide et de crime contre l’Humanité

27 septembre 2016
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Mémorial du génocide à Kigali (crédit: AP / Ben Curtis)

La Cour d’assise de Paris a condamné le 6 juillet 2016 Tito Barahira, 65 ans, et Octavien Ngenzi, 58 ans, à la prison à vie pour “crimes contre l’humanité” et “génocide”.

Les deux hommes, successivement bourgmestres de la ville de Kabarondo, 35 000 habitants, à l’est du Rwanda, ont été jugés coupables d’avoir encouragé et directement participé à “une pratique massive et systématique d’exécutions sommaires” en application d’un “plan concerté tendant à la destruction” du groupe ethnique tutsi à Kabarondo, le 13 avril 1994, où plusieurs milliers de Tutsis furent massacrés.

La justice française a exercé pour la seconde fois de l’histoire, sa compétence universelle pour juger des crimes de génocide – la destruction totale ou partielle d’un groupe défini, en l’occurrence le groupe tutsi en 1994 – et de crime contre l’humanité – les exécutions massives de civils, les milliers de civils tués à Kabarondo. Le crime de génocide et le crime contre l’humanité sont imprescriptibles, et les deux accusés ont été jugés et condamnés 22 ans après les faits. La justice avait déjà condamné en 2014 le capitaine rwandais Pascal Simbikangwa à 25 ans de réclusion criminelle pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité.

Cette condamnation clôt un procès hors norme qui s’est déroulé à Paris pendant 9 semaines entre mai et juillet 2016. Une condamnation que 3 magistrats et 6 jurés ont prononcée après avoir entendu près de 80 témoins, des experts, les plaidoiries des 7 avocats des parties civiles (dont le C.P.C.R., la F.I.D.H. et la LICRA), de 2 magistrats du parquet et de 2 avocats de la défense.

Tito Barahira et Octavien Ngenzi n’ont pas contesté la réalité des faits: le massacre sur la place du marché et dans l’église de Kabarondo de milliers de personnes tutsis venues y trouver refuge, les rafles et les assassinats. Mais les deux hommes ont nié et continuent de nier leur implication personnelle. C’est donc les témoignages qui ont été au fondement du verdict, extrêmement sévère, puisque c’est la peine maximale ou presque (pas assortie d’une période de sûreté). Les jurés de la cour d’assise ont suivi le réquisitoire de l’avocat général, Philippe Courroye, qui a qualifié Tito Barahira de “dirigeant” du génocide à Kabarondo, et Octavien Ngenzi “d’officiant de la machette”.

Cette condamnation par la justice française est particulièrement lourde. L’ex-Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) a condamné deux bourgmestres sur 12 jugés à Arusha à cette peine maximale (10 condamnés, 2 déclarés non coupables). Le TPIR n’a jamais retenu “l’entente en vue de commettre le génocide” contre les bourgmestres jugés, à la différence de la cour d’assise de Paris.

Me Philippe Meilhac et Me Françoise Mathé, les avocats de Tito Barahira et Octavien Ngenzi, ont tenté pendant le procès et leurs plaidoiries d’insinuer le doute dans l’esprit des jurés. Ils ont regretté la nomination en dernière minute du procureur général, Philippe Courroye, le changement de la Présidence de la chambre au cours du procès, et la renonciation à venir témoigner du Professeur André Guichaoua, l’un des meilleurs spécialistes du Rwanda. Ils ont dénoncé le manque de moyens et de temps alloués à un procès où 80 témoins ont eu à déposer en peu de temps…

Cette condamnation a été saluée par les parties civiles et les victimes, satisfaites de voir Tito Barahira et Octavien Ngenzi répondre de leurs actes et déclarés coupables par la justice française.

Les associations constituées parties civiles et une vingtaine de personnes physiques ont reçu chacune 1 euro d’indemnité au titre du préjudice subi.

Les deux condamnés ont fait appel du jugement.

Rose Lallier

 

 

 

 

 


Rwanda: vingt-deux ans après, aux assises de Paris, il est encore impossible d’évoquer, sans croiser le fer, la genèse du génocide rwandais

22 mai 2016

(AFP, 20 mai 2016)

UnknownVingt-deux ans après, il est encore impossible en France d’évoquer, sans croiser le fer, la genèse du génocide rwandais. Aux assises de Paris, où deux anciens bourgmestres sont jugés, la galaxie des spécialistes du pays des mille collines s’est à nouveau enflammée.

Ils sont les « témoins de contexte » auxquels revient la lourde tâche d’expliquer aux jurés les circonstances historiques des crimes imputés à Tito Barahira et Octavien Ngenzi, qui risquent la prison à vie pour génocide.

Un génocide « planifié » ou « spontané », un « double génocide » des Tutsi puis des Hutu? La méfiance est palpable et les points de vue irréconciliables entre ceux qui dénoncent une « lecture négationniste » de l’histoire et ceux qui déplorent le silence sur les « crimes du régime de Paul Kagame », l’actuel président issu de la rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR).

La tension est apparue dès le premier jour, autour de l’absence du chercheur André Guichaoua. L’auteur de « Rwanda, de la guerre au génocide » (2010), réputé pour son indépendance, a signifié dans un courrier lu à l’audience son refus de venir témoigner pour la défense. Jamais, dit-il, « je n’accepterai de témoigner pour +rééquilibrer+ des prestations » d’autres experts.

Du côté des parties civiles, Me Michel Laval a regretté l’absence d' »un des meilleurs connaisseurs du Rwanda », qui fut « expert devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et a témoigné une quarantaine de fois pour l’accusation ».

« M. Guichaoua, parce qu’il est nuancé, a été traité de négationniste, a observé l’avocate de Ngenzi, Françoise Mathe, qui « assume de lui avoir demandé de venir pour rééquilibrer le débat alors que les parties civiles citent Dupaquier ».

Quelques jours plus tard, le journaliste Jean-François Dupaquier, lui aussi ancien expert auprès du TPIR et contributeur de l’ouvrage « Les médias du génocide » (2002), est venu se défendre d’être un « auxiliaire du FPR ».

-« Ennemi intérieur »- Ils sont tous d’accord sur un point: l’existence d’un génocide des Tutsi, qui fit 800.000 morts en cent jours et dont la mèche fut allumée par l’assassinat du président hutu Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994.

Sur presque tout le reste, il y a débat, à commencer par les auteurs de l’assassinat d’Habyarimana, des extrémistes hutu pour les uns, des rebelles du FPR pour les autres. Un des points majeurs de désaccord porte sur la planification du génocide. « Un arbre aux racines profondes », puisant dans des années de discrimination raciale et l’invention d’un « ennemi intérieur » tutsi pour Dupaquier.

André Guichaoua est plus nuancé, rappelant dans un article paru en 2014 que le TPIR s’était refusé à entériner l’idée d’un génocide préparé depuis 1990 (date du début de l’offensive du FPR). Le sociologue estime que « le génocide est l’aboutissement d’une stratégie politique mise en oeuvre à partir du 7 avril par des groupes politico-militaires extrémistes ».

« L’idée d’un génocide de dernière minute est absurde » pour Stéphane Audoin-Rouzeau, spécialiste des crimes de masse à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Le chercheur affirme qu' »il n’y a pas de génocide sans Etat », surtout dans un « pays centralisé » comme le Rwanda.

Puis, il va plus loin, livrant une appréciation positive sur le régime de Kagame, qui a « remarquablement géré » l’après-guerre et dont l’armée a envahi les camps de réfugiés hutu au Zaïre voisin à la recherche de génocidaires. « Il y a eu des attaques brutales mais parler de génocide (des Hutu) n’a aucun sens ».

Me Mathe lui demande alors s’il pense que l’ONU est « négationniste » quand elle documente dans un rapport de 2010 « les crimes de masse du FPR » dans l’ex-Zaïre.

« Il y a beaucoup de postures. La défense attaque le régime Kagame, qui n’est certes pas exemplaire, pour tenter de décrédibiliser les témoins venus du Rwanda, qui seraient tous aux ordres », analyse en coulisse une partie civile.

Le débat est encore envenimé par le rôle de la France, alliée jusqu’au bout du régime Habyarimana et accusée par Kigali d’avoir soutenu les tueurs sous couvert de l’opération militaro-humanitaire Turquoise lancée le 22 juin 1994. Audoin-Rouzeau va jusqu’à parler de « co-belligérance avec le pouvoir génocidaire » au tout début de Turquoise, avec « un ordre de frappe contre le FPR annulé à la dernière minute ».

Rare moment de sérénité, le témoignage de Jacques Semelin, directeur de recherches au CNRS, qui a décrit la mécanique du génocide: « un processus mental », avec un discours de haine qui déshumanise l’autre – les Tutsi qualifiés de cafards – et un contexte de grave crise économique. Le « crime d’être né Tutsi », comme il y eut celui d’être juif, va alors tout autoriser.

« Vous êtes là pour juger deux hommes, pas le régime rwandais », a martelé Me Laval à un jury souvent médusé.


Journal de Janvier 2015: il y a 70 ans, le 1er décembre 1944 : le massacre de Thiaroye

2 mars 2015
© Dr. P.Herzberger-Fofana. Le cimetière de Thiaroye, à 20 kms de Dakar, est dédié aux victimes du massacre du 1er décembre 1944

© Dr. P.Herzberger-Fofana. Le cimetière de Thiaroye, à 20 kms de Dakar, est dédié aux victimes du massacre du 1er décembre 1944

Voici 70 ans, des tirailleurs dits sénégalais rapatriés à Dakar étaient abattus par leurs frères d’armes! Ce massacre occulté, a cette année, bénéficié de commémorations pour ses 70 ans, mais surtout de l’engagement du président de la République au sommet de la Francophonie.

Les présidents sénégalais et français ont rendu un hommage commun sur les tombes des victimes de ce massacre. Le président Hollande a remis les archives françaises aux autorités sénégalaises. On peut s’interroger quant au contenu de ces archives puisque des historiens dont Armelle Mabon ont déjà travaillé sur des documents, ainsi que celles détenues par l’association Mémoire pour Thiaroye créée en 1998, après que des citoyens aient enfin pu voir en salle le film du regretté réalisateur Sembène Ousmane “le camp de Thiaroye”- film interdit sur les écrans français jusqu’à cette date. Ces archives sont elles les mêmes ou inédites ?

Ces tirailleurs ont été démobilisés car la France à la demande des Américains, blanchissait son armée. C’étaient d’anciens prisonniers de guerre rendus à la liberté par le succès de l’avance des troupes alliées.

Contrairement aux engagements qui voulaient que ces soldats touchent leurs pécules et leurs primes de désengagement sur le sol de la métropole, ils durent embarquer pour le Sénégal ….. Certains refusèrent l’embarquement. Ils seront détenus au camp de Morlaix dans des conditions qui scandaliseront la population civile et les gendarmes. Par la suite, ces hommes transférés vers Trévé dans les Côtes d’Armor verront même, le 11 novembre, des gendarmes leur tirer dessus! Ils resteront à Trévé jusqu’aux 18 janvier avant leur transfert à Guingamp.

Ceux qui ont embarqué sur le Circasia vont connaître un périple qui les conduira en Angleterre puis à Casablanca où d’abord débarqués ils seront à nouveau rembarqués, sauf 400 d’entre eux qui refuseront un nouvel embarquement. Le 21 novembre ce sont près de 1300 tirailleurs qui débarquent à Dakar avant d’être immédiatement conduits à la caserne de Thiaroye. Là, ils sont répartis suivant leur territoire d’origine. 500 d’entre eux en partance pour Bamako refusent de prendre le train. Le général Dagnan entame les palabres avec les tirailleurs. Ayant regagné l’état-major, l’officier parle de détachement en état de rébellion, de rétablir la discipline et l’obéissance autrement qu’avec des discours et que les revendications des tirailleurs ne sont que des prétextes à l’insubordination. Il met donc sur pied une démonstration de force. Le général de Boisboissel commandant supérieur, donne son accord pour cette intervention qui a donc lieu le 1er décembre. La troupe prend position et ouvre le feu sur les tirailleurs.

Bilan officiel: 24 tués, 11 décèdent des suites de leurs blessures, 35 blessés et 45 mutins emprisonnés. Du côté des forces armées, on déplore un blessé et 3 officiers contusionnés.

Mais le chiffre des tués est sujet à caution, alors combien de morts? Les chiffres varient: 25, 35, 70 (dans le rapport du général Dagnan le 5 décembre 1944)  … 100, 200 voire plus?

Reste que l’armée n’entend pas en rester là. Pour se justifier elle présente ces combattants comme des “désaxés” après 4 longues années de captivités, d’avoir été gagnés par le dénigrement de l’armée française et de ses cadres par la propagande nationaliste allemande. Elle avance, dans son rapport, d’autres raisons dignes “d’un apartheid colonial” et raciste pour justifier les raisons de cette mutinerie (solde, avancement trop rapide, manque d’intelligence et de discernement, vin, fréquentation de femmes blanches, métissage …). 34 “meneurs” sont jugés le 6 mars 1945. La loi d’amnistie générale adoptée par l’assemblée constituante d’avril 1946 sera, à la demande de Senghor, accordée aux territoires de l’AOF en novembre 1946, sans pour autant que les hommes de Thiaroye puissent en bénéficier suite à l’avis défavorable des autorités militaires. Les pressions des politiciens noirs et le départ du général de Boisboissel à la retraite aboutiront à la grâce des mutinés ainsi qu’à la libération des 18 derniers tirailleurs détenus par le président Vincent Auriol, en juin 1947 …. Aucune des veuves de Thiaroye ne percevra de pension.

Bien des zones d’ombre demeurent. De même, il serait temps que notre pays s’intéresse au sort des soldats coloniaux de notre armée, à leur vie de prisonniers sur le sol de la métropole et qui furent pour beaucoup, gardés par des gendarmes français après l’ouverture du front à l’Est, voire même par des officiers français eux-mêmes prisonniers de guerre. Ces coloniaux vivaient dans des conditions dramatiques et furent “réquisitionnés” pour différents travaux : terrassement, travaux agricoles, exploitation de la forêt, participation au mur de l’Atlantique.

Dans les Landes, on parlait de 4 ou 5 camps. Les dernières recherches réalisées par François Campa professeur d’histoire-géographie à la retraite et membre de l’AERI 40, parlent de 36 camps. Après le départ des Allemands ils participeront aux combats du Médoc et de la poche de Royan ou seront à leur tour gardiens de prisonniers allemands et ne rentreront, pour beaucoup, qu’après le 8 mai 1945.

La mémoire collective des communes fluctue entre reconnaissance immédiate, tardive, refus d’ouverture des archives et occultation. Mais il existe aussi un travail actuel de mémoire suite à des découvertes de vestiges de camps après le passage de tempête (comme Klaus en 2009). Pour ma part, suite à des recherches personnelles, j’étais arrivé au chiffre de 21 camps dans les Landes.

Alors quand, dans notre pays, aurons nous la volonté de rendre à ces hommes la dignité qu’on leur a confisquée par le silence, et qui semble un peu vaciller en cette 70ème commémoration ?

Patrick Grocq

 

 

 

 

 


Journal d’octobre 2013: La France au Rwanda, complice? Coupable?

3 octobre 2013

Le dernier génocide du XXe siècle s’est déroulé devant les caméras de télévision du monde entier, sans provoquer la moindre réaction internationale officielle. Entre 500 000 et 800 000 victimes Tutsis et Hutus modérés, massacrés à la machette ou à l’arme lourde.

Tout a commencé en octobre 1990 par une guerre civile, lorsque le Front Patriotique Rwandais du Général Kagame a envahi le Nord-Est du Rwanda, et s’est terminé par la victoire du FPR en juillet 1994. La France a été présente sur le terrain, militairement, d’octobre 1990 à décembre 1993, appelée en renfort par le Président rwandais Hutu Habyarimana (Opération Noroît). Nos militaires ont ensuite évacué les ressortissants français et étrangers (Opération Amaryllis, 8 au 14 avril 1994). Puis, sous mandat de l’ONU (Opération Turquoise, du 22 juin au 21 août 1994), une opération temporaire a contribué à la sécurité et à la protection des personnes déplacées, des réfugiés et des civils en danger. Très active au Rwanda dès le début de la guerre civile, la France n’a cependant pas su empêcher le génocide, dont certains l’accusent d’avoir été complice — voire coupable. La question continue de hanter les esprits. L’établissement de la vérité historique – malgré les recherches qui lui ont été consacrées, reste aujourd’hui difficile.

Nombreux sont ceux qui s’accordent aujourd’hui pour conclure à la responsabilité de la France. À droite, Edouard Balladur et Alain Juppé ont refusé cette idée, mais les conclusions de la mission parlementaire présidée par Paul Quilès, en 1998, ont été très sévères : Les erreurs et maladresses de la France ne doivent pas nous faire oublier et sous-estimer le rôle des autres acteurs : la Belgique, qui a abandonné le Rwanda au moment où il fallait y rester, l’ONU, dramatiquement absente ou incapable d’ intervenir, les États-Unis, qui ont, de façon constante et délibérée, contribué à bloquer les décisions du Conseil de Sécurité… Force est de constater que la communauté internationale a fauté au Rwanda, par manque de volonté, que ce soit avant ou après le déclenchement du génocide.

Rappelons que la politique étrangère et de Défense appartient en France aux prérogatives du Chef de l’État, qui n’est pas tenu de saisir le Parlement. Les parlementaires n’ont donc pas été appelés à se prononcer sur la politique française au Rwanda entre 1990 et 1994.

Lors de sa visite officielle de 2010, le président Sarkozy a estimé que des erreurs d’appréciation (de la part de la France), des erreurs politiques ont été commises ici et ont eu des conséquences absolument dramatique […]. Nous voulons que les responsables du génocide soient retrouvés et soient punis, il n’y a aucune ambiguïté.

Complicité? Culpabilité? Les passions se déchaînent au travers de livres, d’articles, de rapports. Les débats opposent les partisans de la culpabilité – malgré le nombre de vies sauvées par l’Opération Turquoise – aux partisans de la complicité. Quoi qu’il en soit, il s’agit très évidemment d’horreur dans les témoignages de rescapés, ce qui doit inciter à continuer à chercher la vérité, près de vingt ans après : enquêtes, commissions parlementaires, rapports d’institutions internationales, ONG, chercheurs. Les informations disponibles sur les causes et les conséquences sont considérables.

Pourtant les conclusions de ces travaux sont contradictoires. Par exemple, personne ne sait encore avec certitude qui sont les auteurs et les commanditaires de l’attentat commis contre l’avion qui transportait les présidents Juvénal Habyarimana (Rwandais Hutu) et Cyprien Ntaryamira (Burundais Hutu) le 6 avril 1994. Les documents français, américains et onusiens restent classifiés. Précision importante: depuis quinze ans, les États-Unis considèrent le Rwanda de Paul Kagame comme l’ un de leurs principaux alliés dans la région stratégique des Grands Lacs et sembleraient réticents aux enquêtes internationales sur les crimes commis par le FPR, malgré les violations massives des Droits de l’ Homme relevées dans de nombreux rapports internationaux incriminant ce même FPR.
 Il est vrai que l’actuel régime du Paul Kagame a fondé une grande partie de sa légitimité internationale sur la mémoire du génocide des Rwandais Tutsis et le fait qu’il ait mis fin aux massacres. Il souhaite que soit minorée sa responsabilité dans la déstabilisation de la région des Grands Lacs depuis son arrivée au pouvoir.

Ce procès de la France constituerait alors une aubaine (la politique de notre pays en Afrique…) et le Rapport Mucyo, commandé par le gouvernement rwandais en 2008, conclut sans surprise à la complicité active de la France. L’enjeu politique de ce récit serait alors essentiel pour ce régime de plus en plus critiqué pour ses violations graves des Droits de l’Homme.

Après la publication du Rapport Quilès en 1998, Mémoire 2000, par la voix de son Président Bernard Jouanneau, a participé aux travaux de la “Commission d’Enquête Citoyenne sur le rôle de la France durant le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994” (CEC). Cette Commission a réalisé un travail considérable qui établirait la culpabilité de la France, mais de nombreux universitaires et chercheurs pensent malgré tout que les autorités françaises ne sont pas complices ni coupables du génocide des Tutsis.

Le 3 février 2005, la CEC a présenté à la presse son Rapport sous le titre “L’horreur qui nous prend au visage” (éditions Karthala). Au cours de la même conférence de presse, deux avocats parisiens ont présenté les plaintes de trois Rwandaises qui affirment avoir été violées par des militaires français lors de l’Opération Turquoise et ont annoncé le dépôt de plainte par six autre Rwandais pour complicité de génocide et/ou crimes contre l’humanité contre X – des militaires français de la même Opération, à identifier.

Mémoire 2000 met à la disposition de ses membres, de ses lecteurs, de ses adhérents, un document très détaillé, complet et remarquablement documenté rédigé par notre amie Rose Lallier, qui devrait permettre d’y voir plus clair.

Quoiqu’il en soit nous ne cherchons que la vérité et nous serons présents aux côtés des victimes. Mémoire 2000 fait d’ailleurs part de son intervention comme partie civile dans les procès criminels en cours en France, depuis que ses statuts lui en ouvrent la possibilité.

Colette Gutman


Journal de Juillet 2013: c’était le temps de la mort des Tutsis…

19 juin 2013
Marcel Kabanda, président IBUKA-France, lors de la 19ème commémoration du génocide des Tutsis du Rwanda, Paris

Marcel Kabanda, président IBUKA-France, lors de la 19ème commémoration du génocide des Tutsis du Rwanda, Paris

Le 7 avril, comme chaque année depuis 19 ans, est le jour qui inaugure les 3 mois de commémoration du Génocide des Tutsis du Rwanda de 1994. Nous étions là, à Paris, au Mur de la Paix face à l’Ecole Militaire, une poignée de fidèles pour ce rendez-vous du souvenir. Un élu régional et deux jeunes militants politiques (PS et UMP) prirent la parole tout comme les représentants associatifs. Ensuite, nous partîmes au siège de Médecin du Monde pour la veillée. La parole fut donnée aux survivants.

Le 26 avril, Ibuka organisait, comme chaque année dans le cadre des commémorations du Génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, un colloque en partenariat avec le Mémorial de la Shoah. Cette année il était consacré à : “1993 : que savait-on un an avant ?” Prirent la parole, des historiens, des professeurs, des journalistes, des écrivains… (parmi eux, J. Fredj, M. Kabanda, D. Peschanski, J.P. Chrétien, L. Saur, B. Kouchner, N. Gasana, E. Gillet, J.F Dupaquier, C. Braeckman, M. Malagardis, S. Audoin-Rouzeau, H. Dumas et R. Maison). Dafroza Gauthier qui remplaçait une des victimes rescapée qui devait prendre la parole, donna lecture de son témoignage faisant ressortir que les persécutions contre les Tutsis avaient commencé bien avant 1994.

Tous soulignèrent les manquements de la communauté internationale parmi lesquels la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l’ONU … qui furent aveugles aux signes annonciateurs du génocide. Ce dernier n’a pas commencé le 7 avril ou dès le 6 au soir quelques minutes après les retombées de l’accident de l’avion présidentiel mais bien avant. En 1993, au Rwanda des associations, des acteurs de la société civile, des journaux indépendants dénonçaient les exactions, tiraient les signaux d’alarme. Ils seront parmi les victimes lors des massacres. La France était aux premières loges. Non seulement on savait ce qui allait se passer, mais, quand cela s’est passé, on n’a rien fait pour l’empêcher…ni avant, ni pendant ni après le génocide. En revanche la France a veillé au Conseil de Sécurité pour que le Tribunal Pénal International pour le Rwanda à Arusha ne puisse juger que les faits ayant eu lieu en 1994.

M. Ndoba Gasana, professeur de droit au Rwanda qui intervenait au nom de la société civile rwandaise, revendique une indemnisation pour les survivants et les proches des victimes. Mais pour l’instant on l’attend des coupables insolvables et des accusés non encore jugés. C’est pourquoi Bernard Jouanneau, au nom de Mémoire 2000, propose de s’en occuper maintenant, sans attendre le résultat des procès criminels, en sollicitant la contribution de la France, de la Belgique de l’Union Européenne et de l’ONU. Bernard Kouchner  qui préside, lui répond que tout reste à faire en ce domaine.

Patrick Grocq

 


Journal d’octobre 2011: Somalie, seul un règlement politique global peut mettre fin à une catastrophe humanitaire chronique

12 octobre 2011

Des personnes réfugiées à Mogadiscio le 18 juillet 2011 (Mustafa Abdil/AFP/Getty Images)

Une grave crise alimentaire sévit actuellement dans la Corne Est de l’Afrique et menace la vie de plus de dix millions de personnes. En Somalie, l’un des pays les plus pauvres du monde avec ses 9,5 millions d’habitants, la situation est catastrophique et les Nations Unies ont déclaré en juillet 2011 l’état de famine dans plusieurs régions du pays, ce qui n’était pas arrivé depuis la grande famine de 1984 en Ethiopie.

Si les appels en faveur d’une mobilisation humanitaire internationale se font entendre aujourd’hui dans les médias, les spécialistes tentent depuis longtemps d’alerter l’opinion mondiale. En mai 2007, John Holmes, responsable de l’aide humanitaire des Nations Unies, déclarait que la crise en Somalie était la pire au monde.

A l’heure actuelle, l’aide est principalement acheminée dans la capitale, Mogadiscio, où des centaines de milliers de personnes sous-alimentées se sont récemment réfugiées, et dans les pays limitrophes, notamment en Ethiopie et au Kenya où des centaines de milliers de Somaliens ont fui la famine (Dadaab, au Kenya, est le plus grand camp de réfugiés du monde avec près de 400 000 Somalis). Les médias internationaux, les travailleurs humanitaires et les agences des Nations Unies (en particulier le Programme alimentaire mondial) n’ont plus accès au sud de la Somalie. Plusieurs millions de personnes restent hors d’atteinte de toute aide alimentaire, des personnes sur lesquelles nous n’avons aucune information …une malédiction dans le monde médiatique actuel.

Comment comprendre les causes d’une situation aussi insupportable ? Une mise en perspective historique est indispensable et pourrait permettre d’esquisser les voies d’une amélioration durable des conditions de vie de la population somalienne.

La dictature pour maintenir un État centralisé ou la guerre civile, quid d’une solution fédérale ?

En 1960, la Somalie, alors surnommée la perle blanche de l’Océan Indien, s’émancipa de ses colonisateurs italiens et britanniques (l’actuel Somaliland). Dès son indépendance, l’Etat somalien fut confronté aux chefs de clans régionaux qui désiraient conserver leur pouvoir. Le Général Siyaad Barré instaura une dictature en 1969 et dirigea le pays jusqu’à son renversement en 1991. Les chefs de clans s’opposèrent à toutes tentatives de former un gouvernement central et mirent en coupe réglée les territoires dont ils avaient le contrôle. L’enjeu était déjà le contrôle de la nourriture et du trafic d’armes. Le pays sombra dans la guerre civile et la population fut menacée de famine. En décembre 1992, les Etats-Unis décidèrent d’intervenir sous mandat de l’ONU. L’opération Restore Hope, première intervention menée au nom du droit international d’ingérence humanitaire, tourna au désastre. Les conséquences furent le refus américain d’intervenir au Rwanda pendant le génocide de 1994, et leur refus durable d’intervenir directement en Somalie. Le pays sombra de nouveau dans la guerre civile jusqu’en 2003, l’année d’une tentative de réconciliation nationale sur les bases d’un Etat fédéral. Cette tentative fédéraliste permit l’instauration d’une relative paix civile pendant trois ans.

Rigorisme islamiste contre “guerre contre le terrorisme”, une dynamique désastreuse

Si la population somalienne pratique un Islam soufiste tolérant, elle subit l’arrivée de combattants islamistes étrangers et l’influence d’un Islam rigoriste financé par l’Arabie Saoudite depuis une quinzaine d’année. Au début des années 2000, des chefs de clans ont mis en œuvre une “pacification” des régions qu’ils contrôlaient par l’instauration de la charia et d’une Union des tribunaux islamiques. La “croisade contre le terrorisme” décidée par le Président George Bush en réponse aux attentats du 11 septembre, plaça la Somalie aux premières lignes du “combat contre l’axe du mal”. Des drones américains bombardèrent des cibles islamistes dès le début des années 2000, avec de nombreux civils tués. Des combattants islamistes furent enlevés, transportés en Ethiopie et au Kenya et torturés par des agents de la CIA. Cette évolution accéléra encore le délitement de l’État somalien, le ralliement des chefs de clans aux mouvements islamistes, et la radicalisation islamiste d’une partie de la population.

En 2006, les affrontements reprirent entre le gouvernement somalien et l’Union des tribunaux islamiques. L’armée éthiopienne intervint directement, avec le soutien implicite des Etats-Unis, pour maintenir le gouvernement somalien au pouvoir. L’arrivée des Ethiopiens, l’ennemi chrétien multiséculaire, fut très mal ressentie et contribua à radicaliser une partie de la jeunesse, avec la constitution du mouvement islamiste al-Shabab.

Aujourd’hui, les troupes de la Mission de l’Union africaine en Somalie, dirigées par l’Ouganda, ont remplacé l’armée éthiopienne et soutiennent à bout de bras le gouvernement transitoire fédéral qui bénéficie du soutien de la communauté internationale et de l’aide des Nations Unies. Mais ce gouvernement somalien ne contrôle que quelques rues à Mogadiscio. Les chefs de clans ralliés au mouvement islamiste al-Shabab contrôlent la quasi-totalité du territoire.

Deux rapports d’Human Right Watch documentent que durant ces dernières années, les civils somaliens ont été soumis à des exactions très graves de la part de toutes les parties belligérantes. Les militaires de la mission africaine, les clans ralliés au gouvernement somalien, les milices islamistes, les chefs de clans se livrent aux meurtres, viols, pillages et rackets, à la corruption, au trafic d’armes et de nourritures (y compris l’aide alimentaire étrangère), cela dans une impunité totale. L’économie est à l’agonie, une sécheresse durable a ruiné les récoltes et décimé les cheptels, et les civils fuient d’une région à l’autre, au gré des combats et de la famine. La communauté internationale paraît ne privilègier que ses seuls intérêts, avec la militarisation du golfe d’Aden, passage stratégique pour le commerce mondial, désormais menacé par l’attaque de pirates somaliens.

Une aide d’urgence, accompagnée d’une résolution politique et d’une aide aux agriculteurs somaliens

Si l’aide d’urgence est aujoud’hui indispensable, c’est  une solution politique globale qui permettra d’améliorer le sort des populations. La communauté internationale et les grandes puissances, en refusant de négocier avec les chefs de guerre islamistes les plus modérés, empêchent l’arrêt de la terreur et la reconstruction d’un État somalien sur une base fédérale viable. L’absence de volonté internationale d’instaurer un tribunal international contribue au sentiment d’impunité des criminels de guerre qui agissent au sein de toutes les parties. L’aberration des politiques de l’Aide publique au développement agricole moins de 1% de l’aide donnée à la Somalie, alors que 80% des habitants dépendent de ce secteur pourrait être rapidement corrigée.

La crise humanitaire en Somalie est épouvantable et il existe des solutions à cette situation inacceptable. Les opinions publiques doivent se mobiliser pour que les gouvernements ne puissent plus se réfugier dans une indifférence mortifère.

Rose Lallier

*Pour aider la Somalie on peut faire un don à Action contre la faim, à Solidarités international et à bien d’autres associations. (cliquez sur les liens pour accéder aux sites d’Action contre la faim et Solidarités international)


Commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda

5 avril 2011

L’association Ibuka organise plusieurs manifestations en France pour la commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda. IBUKA – Section France – Mémoire, Justice et Soutien aux rescapés, est une Organisation Non Gouvernementale qui oeuvre pour la mémoire du génocide des Tutsi du Rwanda, la justice envers les responsables de crimes génocidaires et le soutien aux rescapés des massacres perpétrés en 1994 sur les collines du Rwanda.

Mercredi 6 avril 2011 :

19h30 : Lecture d’extraits des ouvrages de Jean Hatzfeld : « Dans le nu de la vie », « Une saison de machettes » et « La stratégie des antilopes » publiés aux Editions du Seuil, par la Compagnie du Théâtre du BlizArt, association Traciture (Montargois) Lieu : Mémorial de la Shoah (17 rue Geoffroy L’Asnier 75004 – métros : Saint Paul, Pont Marie)

Jeudi 7 avril 2011 :

15h Rassemblement et prises de paroles – Lieu : Mur de la Paix (Place du Champ de Mars 75007 – métro : Ecole Militaire)

19h30 : Veillée du souvenir en hommage à la mémoire des disparus
Lieu : Siège de Médecins du Monde (62 rue Marcadet 75018 – métro : Marcadet Poissonniers)


Festival de films de femmes

2 avril 2010

L’Afrique à l’honneur à Créteil

Destination Afrique. Le continent noir est à l’honneur pour la 32e édition du festival international de films de femmes de Créteil (Val-de-Marne), qui se déroule à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 10 avril. Sur une programmation d’environ cent cinquante films, quatre-vingts oeuvres sur l’Afrique sont à l’affiche. Pour la directrice du festival, Jackie Buet, l’objectif de cette édition est de montrer « les inquiétudes politiques et économiques » de ce continent et « l’urgence d’une création cinématographique » menacée par le manque de moyens. Ce focus débute ce soir à la Maison des arts de Créteil avec un concert de la chanteuse malienne Rokia Traoré. Il s’achèvera mardi sur la question du sort des homosexuels en Afrique. D’autres thèmes comme la lutte contre le sida ou les quarante ans du Mouvement de libération des femmes sont prévus. Dix longs métrages du monde entier sont en compétition officielle. Le grand prix du festival sera remis le samedi 10 avril.


Le Sahara occidental, la dernière colonie en Afrique

23 mars 2010

Débat des vendredis de la Teinturerie

Vendredi 26 mars 2010 de 19 heures et 21 heures au 24 rue de la Chine, Paris 20e (Métro Gambetta)

Débat présenté par Daniel Dayot qui a participé sur place à une « Mission d’observation des droits humains » en 2009 et qui a vécu pendant 4 ans au Maroc


Les vautours de la révolution

24 janvier 2010

Paru dans le Journal de janvier 2010

Algérie : Les années pieds-rouges, c’est un livre important qui vient d’être publié aux Editions La Découverte: grand reporter au Monde, l’auteur, Catherine Simon, fut la dernière correspondante permanente du journal en Algérie. C’est de cette Algérie qu’elle nous parle, plus précisément des “Années Pieds-Rouges” (1962-1969).

Lorsque l’Algérie obtint son indépendance, le 5 Juillet 1962, après une guerre aussi imbécile que meurtrière, on vit déferler sur le pays une nuée de militants gauchistes, communistes, trotskystes, guévaristes, castristes, enseignants, tous révolutionnaires idéalistes et exaltés, débarquant comme coopérants ou à titre individuel: ils allaient participer à la construction d’un pays nouveau, “réparer les dégâts du colonialisme”. On allait voir ce qu’on allait voir! Alger, à l’époque, “c’était La Havane”: il y régnait une effervescence extraordinaire, un bouillonnement permanent, remarquablement décrit dans l’ouvrage. Seulement voilà, mon attention a été attirée par ce qui, à mon sens, est bien plus qu’un simple “point de détail”: débarquant à Alger, ces merveilleux révolutionnaires profitèrent larga manu des appartements et des villas abandonnés par les Pieds-Noirs,partis en catastrophe laissant tout derrière eux.

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Soirée de soutien Darfour

29 décembre 2009


Bulletin d’inscription
(à renvoyer à : soireedarfour@gmail.com)

Merci de remplir les informations ci-dessous:

NOM: ……………………………………………………………………………………………………………………
Prénom: ………………………………………………………………………………………………………………..
Tél. (facultatif): ………………………………………………………………………………………………………
Email: …………………………………………………………………………………………………………………..
Nombre de personnes : ……………………………………………………………………………………………………………………….

Participation aux frais : 35 €
Etudiants : 25 €

Merci d’envoyer votre chèque au plus tard le lundi 4 janvier, à l’ordre de « Collectif Urgence Darfour » à l’adresse suivante:
Collectif Urgence Darfour
Maison des Associations
54, rue Pigalle, 75009 Paris


Ouganda : la loi contre l’homosexualité menace les libertés et les défenseurs des droits humains

2 novembre 2009

Kampala, 15 octobre 2009 – Le projet de loi contre l’homosexualité soumis au Parlement ougandais le 14 octobre bafoue les libertés fondamentales et doit être immédiatement retiré, a déclaré un collectif de 17 organisations locales et internationales de défense des droits humains.

« Ce projet de loi est un coup porté à la progression de la démocratie en Ouganda, a indiqué David Kato de Sexual Minorities Uganda (SMUG). Il va à l’encontre de l’esprit d’ouverture dont nous avons besoin pour notre développement économique et politique. Son essence est profondément anti-démocratique et aux antipodes de la culture africaine. »

Dans le cadre d’une attaque contre la liberté d’expression, une nouvelle disposition d’envergure prohibe la « promotion de l’homosexualité », et interdit notamment de publier des informations et de fournir des fonds, des lieux ou toute autre ressource pour mener des activités sur ce sujet. Toute personne reconnue coupable d’une telle infraction est passible d’une peine allant jusqu’à sept ans d’emprisonnement.

« Il s’agit sans conteste de diviser et d’affaiblir la société civile en frappant l’un de ses groupes les plus marginalisés, a accusé Scott Long, directeur du programme sur les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres de Human Rights Watch. Le gouvernement n’en est qu’à ses débuts, qui seront les suivants ? »

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Journal d’octobre 2009 – Editorial : Une visite en enfer

6 octobre 2009

Il fallait y aller.

Pas seulement parce que le Pape s’y est rendu, après François Mitterrand et bien d’autres. Parce qu’il s’agit d’un lieu de mémoire de l’humanité et qu’il a donné lieu à bien des contestations relatives au devoir de mémoire et à la place que doivent tenir les institutions en la matière.

C’est de l’Ile de Gorée qu’il s’agit, qui porte ce nom que lui ont donné les Français qui considéraient que l’on y traitait les esclaves “comme des cochons”. On y accoste en longue file de touristes ou de pèlerins, entassés sur la chaloupe qui déverse toutes les heures sa cargaison de visiteurs “libres” qui viennent ici accomplir leur devoir, ou satisfaire leur curiosité.

On vous prévient à l’avance, il n’y a pas de guide pour la visite de la Maison des Esclaves, construite sur l’île par les Hollandais en 1776. Le Conservateur est seul autorisé à faire la visite, mais les groupes qui se forment à l’entrée sont le plus souvent accompagnés, tantôt de leur professeur, lorsqu’il s’agit de scolaires, tantôt de guides locaux qui font payer leurs services, qui consistent à accompagner les visiteurs dans leur périple, qui les conduit du débarcadère à la Maison des Esclaves, puis à travers un dédale de ruelles en pente vers le sommet de l’île (136 mètres), d’où l’on aperçoit toute la ville de Dakar et l’ensemble de la rade. Nous révélant là notre raison d’être venus à cet endroit, c’est essentiellement un lieu de pèlerinage où il ne reste aucune trace de séquestration des esclaves, parqués à cet endroit pendant trois mois, avant d’embarquer sur les voiliers qui les conduisaient, soit aux Amériques, soit au Brésil et à Cuba ou en Haïti.

On est prié de se souvenir, ou plutôt de se représenter ce que fut leur calvaire et le discours du Conservateur est empreint de cette douleur et du calvaire qu’ils ont dû subir en ce lieu. On vous apprend que la traite des noirs a duré 350 ans, que la traite triangulaire vers l’ouest y a été pratiquée d’abord par les Portugais, puis par les Espagnols, les Hollandais, les Anglais et les Français jusqu’en 1848, date de son abolition par la IIème République à l’instigation de Victor Schoelcher.

Concentrés dans l’Ile de Gorée avant d’être embarqués pour la traversée périlleuse de l’océan, les esclaves, souvent arrêtés en famille, se voyaient séparés à jamais, dès leur arrivée sur l’île. Les hommes valides pour y être engraissés comme du bétail, les femmes séparées de leur progéniture, ainsi que les jeunes filles vierges, réservées à d’autres usages que le travail forcé. Parqués dans des cellules de 2m40 sur 2m40, à trente, assis le long du mur, entassés, les pieds entravés par des chaînes, empêchant leur révolte et leur évasion, ils ne pouvaient sortir qu’une seule fois par jour, lorsqu’ils ne l’avaient pas déjà fait sur place, pour satisfaire leurs besoins.

Ceux qui se rebellaient au cours de leur séjour, considérés comme des récalcitrants, étaient placés à l’isolement dans des cellules plus petites et soumis au gardiennage plus tatillon que celui des autres. Les malades et les mourants ne recevaient naturellement aucun soin, et leurs cadavres étaient évacués immédiatement par la porte de la mer, celle du départ sans retour.

Mais qui gardait tout ce monde? Des gardes du cru, recrutés par les autorités du moment, des locaux qui ont trempé dans la traite pendant tout le temps qu’elle a duré, sans l’ombre d’un scrupule. On ne peut manquer d’être frappé par cette concentration d’inhumanité en un lieu si exigu. La Maison des Esclaves que l’on visite — et il y en avait plus d’une — ne devait pas contenir plus de 3 à 4000 esclaves, retenus ici pendant 3 mois, quelquefois plus. Et même en comptant les déchets éliminés par la maladie et jetés aux requins, la vitesse d’élimination de traitement de cette pâte humaine n’a pas donné lieu à un traitement industriel accéléré, comme si on prenait son temps, persuadé que cela durerait toujours.

On ignore le temps que les gardiens passaient en cet endroit et la promotion dont ils bénéficiaient. Quoiqu’il en soit, on imagine qu’il y a bien de quoi s’interroger et le travail des historiens si jaloux de leurs prérogatives, ne laisse pas l’impression d’une véritable réponse à toutes ces questions. On comprend peut-être mieux que certains aient eu la préoccupation de provoquer une réponse institutionnelle, paradoxalement aujourd’hui, unanimement réprouvée. On comprend que l’on s’efforce ici, au nom des droits humains, de préserver le site et d’y installer des monuments à la libération des esclaves, pour marquer le passage de la barbarie à la civilisation. Celle-ci se rattrape sur le reste de l’île sur laquelle les touristes appelés à gravir la rampe des baobabs n’échappent pas à la contemplation d’oeuvres d’art de toutes sortes. Il y a tout en haut des vestiges d’artillerie, un monument installé ici par les Américains en 1999, une voile de bateau en béton, tournée vers l’ouest où “ils“ sont tous partis.

Certains y reviennent, tout au moins leurs descendants qui viennent ici à la recherche du passé de leurs ancêtres. Il y a un jour de visite qui leur est réservé : le mardi, jour de fermeture. Ce jour là est réservé aux Américains noirs : aucun blanc n’est toléré en leur présence afin d’éviter les affrontements et leur permettre de faire seuls le deuil de leurs ancêtres.

Dies ire, dies illa.

— Bernard Jouanneau

Visite virtuelle de l’Ile de Gorée ICI.


Rwanda : un “détail” de l’humanité

14 septembre 2009

Dans la rubrique ‘témoignages’, une absence remarquable de témoignages lors d’un anniversaire qui pourant en réclamait.

Ibuka. Itsemba tsemba n’itsemba mbwoko. (En mémoire du génocide des Tutsi et du massacre des résistants).

Comment oublier ces “sentinelles citoyennes” qui se dressèrent face au génocide de 1994 ?

Quinze ans ! Après “l’horreur qui nous prend au visage” et nous ronge l’âme, c’est la colère qui ne cesse de nous broyer le coeur devant “les consciences qui roupillent!”.

Au travail de réflexions et témoignages de France culture pendant une semaine répondirent les trop rares articles de presse … Mais surtout le silence télévisuel ! Nous étions loin, du battage médiatique du rapport Bruguière, de l’affaire Rose Kabuye ou de la promotion du livre de Péan sur Kouchner.

Mais le Rwanda, commémoration ou pas…silence! Quelques exemples : la note sur l’opération Amaryllis, le passé du conseiller Singaye auprès du président centrafricain, celui du juge Byron au TPIR, Péan confondant les notes de J-P Mari et J-C Klotz, l’absence dans le discours de Mme Royal à Dakar le 6 avril du génocide des Tutsi, la condamnation d’un génocidaire au Canada, la révélation sur l’étude des fameuses “boîtes noires” de l’avion de Habyarimana…

Depuis, il y a eu le décès d’ Omar Bongo, l’emballement à parler de la “françafrique”, le Rwanda alors, un détail? Oui Augustin : de l’Afrique, de la télé, de l’humanité…

— Patrick Grocq


Zambie : Arrestation de la rédactrice en chef du journal The Post pour « pornographie »

9 août 2009

Communiqué de Reporters sans frontières

Publié le 15 juillet 2009

Reporters sans frontières exprime son indignation après l’interpellation de Chansa Kabwela, rédactrice en chef du quotidien indépendant The Post, le 13 juillet 2009. Accusée de  » mise en circulation d’images pornographiques », la journaliste pourrait être jugée.

« Cette arrestation est choquante, son motif est ridicule. Nous demandons au gouvernement de retirer les charges absurdes qui pèsent aujourd’hui contre Chansa Kabwela. Cette journaliste est innocente car elle a justement pris le soin de ne pas publier ces photos qui n’ont d’ailleurs rien de pornographiques mais avaient pour but d’alerter les autorités sur un problème de santé publique. Cet épisode est une nouvelle manifestation des entraves que les autorités imposent à ce journal », a déclaré l’organisation.

Le 14 juillet 2009, Chansa Kabwela a plaidé non-coupable face à l’accusation de « circulation d’images pornographiques » qui pèse contre elle. Libérée en attendant son jugement, elle doit comparaître en août et septembre. Elle avait été arrêtée le 13 juillet 2009. Onze jours plus tôt, la police de Lusaka l’avait interrogé pendant quelques heures.

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