Journal de Juillet 2013: François Jacob (1920-2013), un homme libre et un grand humaniste

François Jacob (1920-2013)

François Jacob (1920-2013)

François Jacob, disparu le 13 avril 2013, a été un immense scientifique, l’un des pères de la révolution de la biologie moléculaire qu’il a initiée dans les années 1950 aux côtés d’André Lwoff et Jacques Monod, ses compagnons de recherche à l’Institut Pasteur.

Leur découverte du métabolisme du lactose leur vaudra le prix Nobel de médecine en 1965. Chercheur, François Jacob l’est resté jusqu’à la fin de sa vie, s’engageant publiquement en faveur de la recherche sur l’embryon humain dont l’enjeu est la thérapie cellulaire, la médecine de demain. Celui qui professait  que les chercheurs devaient “toujours chercher l’inconnu, prévoir est impossible”, a condamné le projet d’un clonage reproductif de l’être humain, projet qui reste irréalisable aujourd’hui. Mais l’homme de science rappelait que toutes les découvertes scientifiques nouvelles peuvent être utilisées à de bonnes ou de mauvaises fins. L’essentiel est de comprendre la mécanique du vivant, puis de décider ce qu’il convient de faire en fonction de l’éthique, une éthique qui relevait selon lui de la délibération publique et non de comités d’experts.

François Jacob fut aussi un homme libre et un patriote exemplaire, qui s’engagea à vingt ans dès le 18 juin 1940 dans la résistance contre l’Allemagne nazie, rejoignit les Forces françaises libres à Londres, participa à toutes les campagnes d’Afrique, fut fait Compagnon de la Libération. Grièvement blessé par un bombardement allemand en août 1944, il dut renoncer après 7 mois d’hospitalisation à sa première vocation, la chirurgie, en raison de séquelles à vie à un bras et une jambe.

Homme de science, François Jacob fut également un homme de lettres. La qualité de ses livres qui rencontrèrent un grand succès public – en particulier La Logique du vivant (1970), Le Jeu des possibles (1981) et son ouvrage autobiographique La Statue intérieure (1987) – lui a valu de rejoindre les Immortels de l’Académie française en 1996. Homme de fidélité et d’amitié, il soumit avec succès, aux côtés de Pierre Messmer, la candidature de Simone Veil à l’habit vert en 2010.

François Jacob fut un grand humaniste. Sa foi dans le génie créatif de l’homme l’a conduit à défendre la recherche fondamentale, si radicalement différente de la recherche appliquée qui sait quant à elle ce qu’elle va trouver. Une recherche fondamentale dont il déplorait qu’elle soit négligée en France, à l’exception de la politique de la recherche qu’inspira Pierre Mendès-France puis le Général de Gaulle. Une recherche fondamentale dont il a toujours rappelé qu’elle constitue un facteur essentiel du développement d’un pays, intellectuellement, industriellement et économiquement. Sa foi dans la raison et l’esprit critique en faisait un grand héritier des Lumières, lui qui écrivit notamment :“L’histoire montre bien que rien n’est aussi dangereux, aussi meurtrier que les idéologies, les fanatismes, les certitudes d’avoir raison. Rien ne cause autant de destruction, de misère et de mort que l’obsession d’une vérité considérée comme absolue. (…) J’aime les idées fixes, à condition d’en changer ”

Rose Lallier

 

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