Modification de notre séance du 14 mars 2017: projection du film « Le Havre », suivi d’un débat sur l’immigration

6 décembre 2016

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Mardi 14 mars 2017

Thème: L’immigration 

Film: Le Havre (Finlande et France, 2011, 1h33)

Réalisation: Aki Kaurismaki

Principaux acteurs : André Wilm, Jean-Pierre Darroussin

Résumé : 

Sous forme d’un conte social, il s’agit d’un hymne à la fraternité et à la solidarité : comment aider son prochain, même s’il s’agit d’un clandestin, même s’il est pauvre et démuni.

 

Téléchargez le dossier pédagogique rédigé par Guy ZEHRAT, membre de Mémoire 2000 en CLIQUANT ICI.

 

 


Journal de Juillet 2011: la montée des extrémismes en Europe

5 septembre 2011

Les scrutins révèlent depuis plusieurs années l’émergence de puissants partis de droite extrême partout en Europe. Dans les pays de l’ancien bloc soviétique, Hongrie en tête avec le parti Jobbik, les partis d’extrême-droite recueillent près d’un quart des suffrages. Dans les pays de l’Europe du Nord, ces partis (le parti des vrais Finlandais, le Parti norvégien du progrès, le Parti du peuple danois et le Parti pour la Liberté du Hollandais Geert Wilders) pèsent désormais sur les politiques gouvernementales. Il en va de même en Suisse avec l’UDC de Christoph Blocher, en Autriche avec le FPÖ de Heinz-Christian Strache. En Italie, la Ligue du Nord est entrée au gouvernement et détient notamment le ministère de l’intérieur (Roberto Maroni). En France, nombreux sont ceux qui craignent une situation semblable à celle de  2002 aux prochaines élections présidentielles avec Marine Le Pen qui serait présente au second tour…

Le contexte actuel, celui de mutations profondes et souvent anxiogènes pour les peuples et les individus, permet de comprendre ces évolutions inquiétantes et la crise identitaire que traverse l’Europe. Contexte économique d’abord, avec la mondialisation et la libéralisation des échanges qui entraînent des changements importants dans la hiérarchie de la puissance des nations, avec le sentiment que l’Europe est la grande perdante de cette évolution. Contexte économique toujours, avec la crise économique, aggravée par l’effondrement financier de 2008, et la montée d’un fort taux de chômage partout en Europe, chômage qui touche entre 20% et 40% de la jeunesse européenne, et qui fait craindre aux classes moyennes leur déclassement, tandis que les classes populaires sont précarisées et appauvries depuis plus de vingt ans. Contexte social, avec la montée des inégalités et le délitement des solidarités, avec l’émergence de discours qui instaurent une ère du soupçon – chasse aux fraudeurs, dénonciations des assistés etc. Contexte technique et scientifique, avec de formidables progrès mais aussi de nouveaux dangers, avec l’arrivée d’Internet et l’interconnection du “village planétaire”, source d’échanges mais aussi de campagnes de dénigrements médiatiques aux dimensions jamais vues, ou encore les progrès médicaux qui posent des problèmes éthiques inédits. Contexte écologique avec la montée des périls climatiques, la pollution croissante des sols, de l’eau et de l’air, sans parler de l’enjeu énergétique ravivé par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Contexte politique avec le sentiment de défiance, sinon de rejet, d’une partie des populations européennes face à une construction européenne jugée peu démocratique et face à leur classe politique, jugée incompétente et impuissante vis-à-vis de marchés financiers anonymes qui imposent des plans d’austérité dans toute l’Europe ; et peut-être plus grave encore avec le rejet croissant des discours de tolérance et d’ouverture à l’étranger, alors que l’ethnicisation des discours (nouvel avatar du racisme) empoisonne désormais les débats publics. Contexte démographique enfin, avec le vieillissement d’une population européenne qui se sent menacée par la montée en puissance de pays à la population jeune et dynamique, la Turquie, l’Inde, le Brésil pour n’en citer que trois.

Il nous faut souligner cette crise européenne, pour comprendre les origines de la poussée des droites extrêmes, des droites extrémistes qui se sont adaptées aux évolutions des sociétés européennes. Les pays de l’ancien bloc communiste où les mémoires et le travail historique ont été “gelés” pendant quarante ans, sont aux prises avec des partis d’extrême-droite dont l’idéologie et le programme ne sont pas sans évoquer les partis fascistes des années 30. Le parti hongrois Jobbik est à cet égard exemplaire, avec un nationalisme exacerbé, la formation de milices fascisantes, l’irrédentisme auprès des populations d’origine magyare vivant en Roumanie ou en Tchéquie, un antisémitisme exacerbé et un racisme anti-Rom violent. Les pays d’Europe de l’ouest voient l’émergence d’une nouvelle extrême droite qui prend ses distances par rapport à l’héritage fasciste et nazi des anciens partis d’extrême-droite qui poursuivent leur déclin. A cet égard, les partis de cette nouvelle extrême-droite défendent Israël, considéré comme un avant-poste occidental face à un monde musulman vu comme hostile, et ont officiellement rompu avec les traditionnels discours antisémites. Ces nouvelles extrême-droites européennes, le Parti pour la Liberté de Geert Wilders (Hollande), l’UDC de Christoph Blocher (Suisse), le FPÖ de Heinz-Christian Strache (Autriche), le Front National de Marine Le Pen notamment, défendent des programmes très divers, mais partagent un fort sentiment nationaliste, la xénophobie, le rejet de l’immigration et la limitation du droit d’asile, et un discours anti-musulmans exacerbé. Geert Wilders a ainsi déclaré en 2009 qu’il faut “extrader d’Europe (…) des millions, voire des dizaines de millions de musulmans”… Par ailleurs, la mutation idéologique de cette nouvelle extrême-droite brouille les lignes sociétales habituelles, ces partis affichant souvent des valeurs libérales sur le plan des mœurs, avec des discours en faveur du droit des femmes ou des homosexuels, et des valeurs écologistes.

Face à l’émergence de ces nouveaux partis d’extrême-droite, en particulier en Europe de l’ouest, les partis démocratiques traditionnels semblent pour le moment sur la défensive, pris en tenaille entre les contraintes de l’idéologie libérale et libre-échangiste de la construction européenne qui leur offrent peu de marge de manoeuvre en matière économique et financière, et les contradictions de cette même idéologie qui laisse le champ libre aux affirmations identitaires, avec la montée des revendications communautaires et régionalistes. C’est peut-être du côté d’une partie de la jeunesse européenne qu’il faut chercher des motifs d’espoirs. Cette jeunesse dont les indignés du sud de l’Europe ont donné récemment l’image, une jeunesse dont les enquêtes d’opinion révèle qu’elle est universaliste, tolérante, ouverte à la diversité des cultures, soucieuse des droits humains, et qu’elle pense les problèmes dans leurs véritables dimensions…la dimension européenne et mondiale.

Rose Lallier


Nous vous recommandons le film «LIBRE PARCOURS », portrait de Maître Bernard Jouanneau, sur PLANETE JUSTICE

17 mars 2011

Maître Bernard Jouanneau

« Libre  parcours », le portrait consacré à Maître Bernard Jouanneau, est diffusé sur la chaîne Planète Justice en mars et avril 2011.

Ce film retrace les engagements et les principaux combats judiciaires et pour les Droits de la Personne Humaine de Maître Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000.

Le documentaire, d’une durée de 55 minutes, a été réalisé par Jacques Cortal et produit par Thelma Production.

Diffusion :
Le mardi 15 mars 2011 à 20h40
Le jeudi 17 mars 2011 à 2h35
Le vendredi 18 mars 2011 à 15h34
Le dimanche 20 mars 2011 à 16h07
Le jeudi 24 mars 2011 à 15h25
Le mardi 05 avril 2011 à 15h25
Le lundi 11 avril 2011 à 15h25


Journal de Janvier 2011 : compte-rendu de la séance du film Welcome de Philippe Lioret

25 janvier 2011

WELCOME

Film de Philippe Lioret

Séance du 7 décembre 2010

Thème : Les sans papiers

Débattrice : Sylvie Copyans de l’association Salam (Nord-Pas de Calais)

Quand le film projeté capte l’intérêt des jeunes spectateurs, et par le biais d’une fiction réussie les fait entrer dans la réalité, quand ensuite le débatteur grâce à son expérience personnelle, leur montre    ce qui se passe réellement, alors notre pari est sans doute gagné! Réjouissons nous donc que les 150 élèves présents lors de la séance consacrée au beau film de Philippe Lioret ont bénéficié d’une information exceptionnelle sur une situation grave, celle des migrants et tout particulièrement ceux qui attendent dans les pires conditions matérielles le“miracle” anglais…

Notre débattrice a suivi de près la réalisation du film et a pu donner des détails concrets sur le tournage : recherche difficile de l’acteur qui incarne le héros, Bilal, présence de l’équipe du film sur les lieux d’accueil et de distribution de nourriture. Le film a été présenté dans différents pays par les membres de l’Association Salam et a pu ainsi sensibiliser de nombreux publics à ce qui se passe là-bas.

Au début du débat, ce fut une pluie de questions surtout posées par les jeunes des CM2, montrant leur intérêt au sort de Bilal, joueur de foot kurde devenu nageur pour rejoindre sa fiancée à Londres. Comment est-il mort? Pourquoi a t-on mis son corps dans un sac en plastique? Pourquoi choisissent-ils tous l’ Angleterre?

Les enseignants des plus grandes classes s’impatientant un peu, on a vite donné la parole à leurs élèves. Mme Copyans a pu décrire la vie de ces hommes (peu de femmes, et d’ enfants…), qui sont régulièrement contrôlés, arrêtés et parfois même “raflés” par la police. Nous nous trouvons devant un problème politique majeur qui concerne toute l’Europe.

— Quel but poursuivez-vous dans votre Association? demande un élève de 3ème. Nous essayons qu’obtenir que l’on arrête de les maltraiter, que l’on crée des structures d’accueil, que l’on les aide à obtenir des papiers. Mais ce n’est pas facile et le flot des arrivants est continu. De plus nous subissons des difficultés avec les lois qui interdisent d’aider ces migrants et avons eu plusieurs procès qui ont couté très cher!

Notre débattrice tient à ajouter une note plus joyeuse à ce qui est un véritable drame. Elle tient à dire combien elle apprécie de partager leurs joies, leurs coutumes, leurs fêtes. “Nous avons tant gagné à les connaître!” ajoute-t-elle.

Et pour clore le débat elle interpelle nos élèves : “ces jeunes qui viennent là ne sont pas comme vous : ils n’ont souvent pas eu d’enfance, ils n’ont pas pu aller au lycée, ils doivent souvent travailler dur, et souvent tard dans la nuit!”.

En quittant la salle les professeurs nous ont dit combien ils avaient été intéressés par le thème et la façon dont il avait été traité : ils nous ont assurés qu’ils allaient continuer la discussion et faire travailler leurs élèves sur ce sujet.

Que demander de plus ?

Claudine Hanau


Journal de Janvier 2011 : Indignez-vous!

25 janvier 2011

C’est le titre d’un petit livre écrit par un jeune vieillard de 93 ans, (Stéphane Hessel). Il a raison.

A part certaines positions qu’il a sur Israël qui manquent singulièrement de retenue, que de raisons de s’indigner dans le monde et en France même.

L’énumération ressemble à une longue litanie qui n’a pas vraiment changé depuis de nombreuses années. On assiste plutôt à une régression des droits de l’homme un peu partout dans le monde.

Ce qui a changé ? Il semble qu’on s’y habitue et que nos voix soient devenues bien faibles.

Montée de l’extrême droite dans la plupart des pays d’Europe, xénophobie, islamophobie, et sans doute antisémitisme.

Et en France, un ministre de l’Intérieur qui soutient des policiers qui violent les valeurs fondamentales qu’ils sont censés défendre.

Dernièrement, une femme politique fille de… a osé comparer la présence des Musulmans en France à l’occupation nazie de 1940 à 45 et a ainsi ouvert une polémique !!

Et voilà…Il faudrait non seulement nous indigner, mais crier.

En sommes-nous encore capables?

Daniel Rachline

 


Programme 2010-2011: « Welcome »

14 octobre 2010

Séance du mardi 7 décembre 2010

Les sans papiers

Welcome

Date de sortie : 2008

Réalisateur : Philippe Lioret

Débatteur : Philippe Lioret

Durée : 1h50

Afin de se valoriser auprès de son épouse, un maître nageur de Calais prend le risque d’aider en secret un jeune homme kurde qui désire traverser la Manche à la nage pour retrouver son amie en Grande-Bretagne…


Journal d’octobre 2010 : article de Madame Chombart de Lauwe

13 octobre 2010

Marie-José Chombart de Lauwe,

Nous avons pris connaissance, sur le site de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, d’un article de Madame Chombart de Lauwe (présidente de la Fondation) qui nous a paru si intelligent et si pertinent que nous avons souhaité vous le faire partager.

Nous vous livrons ici cet article que l’on nous a autorisé à reproduire.

A méditer.

 

« L’Etat français est en charge de fonctions régaliennes, dont font partie la sécurité extérieure et la sécurité intérieure du pays, nul ne le conteste. L’histoire du XXèmesiècle marquée par les crimes de masse et les persécutions et génocides touchant les Juifs et les Tsiganes impose toutefois un regard rétrospectif dès lors que certains propos menacent l’âme du pays et sa cohésion.

L’instrumentalisation des thèmes sécuritaires dans le discours politique actuel doit être décryptée et dénoncée.

Le général de Gaulle évoquait la nécessité de hisser sans cesse la France vers les sommets.

Les déclarations récentes entendues aux plus hauts niveaux de l’Etat la tirent plutôt vers le bas.

 

Des vagues d’indésirables ?

La France a vécu des épisodes migratoires antérieurs. Elle n’en n’est pas morte…mais n’a pas  non plus lieu de se glorifier de la manière dont elle les a accueillis et traités. Faut-il rappeler les réticences d’une grande partie de la population française à l’égard des Républicains espagnols réfugiés de la Retirada, ces “gens sales, illettrés, voleurs et paresseux qui venaient ajouter aux difficultés quotidiennes de la vie des bons Français et manger leur pain”? C’était le discours repris par une certaine droite nationaliste, xénophobe et égoïste. Sans parler de l’embarras des pouvoirs publics totalement dépassés par un exode massif qu’ils s’étaient refusé à voir venir et qui déboucha sur la constitution des premiers grands camps d’internement.

L’on sait par la suite les pressions exercées pour contraindre cette population réfugiée à rentrer “volontairement” chez elle, où le régime fasciste de Franco l’attendait de pied ferme. Le rapprochement permet des doutes sérieux sur la notion de “retour volontaire”.

A l’opposé de ce discours, la ferveur populaire d’une partie de la France, cette France là, anonyme et modeste, qui s’est mobilisée pour venir en aide aux réfugiés espagnols, a incarné l’honneur de la République.

 

Pas si indésirables…

Est-il nécessaire de rappeler la part courageuse et exemplaire prise à nos côtés dans la guerre contre l’Allemagne nazie par ces “gens sales, illettrés voleurs et paresseux” restés malgré tout en France, leur engagement dans la Résistance contre l’occupant après la défaite, celui héroïque de groupes espagnols dans les combats du plateau des Glières ou encore le prix très lourd payé par près de sept milles autres, prisonniers de guerre, ignorés honteusement par le Régime de Vichy et abandonnés à l’Allemagne nazie qui les traita en “apatrides” et les déporta, principalement au camp de concentration de Mauthausen, dont la plupart ne sont jamais rentrés ?

Faut-il rappeler que des soldats de la 2ème Division blindée entrés les premiers à Paris avec la colonne Dronne, étaient des Espagnols?

Ce seul exemple devrait inciter à la prudence et à la retenue dans le discours.

 

Une extermination que l’on occulte un peu vite

Les populations Sintis, Roms, Manouches, Gitans, qualifiées globalement de Zigeuner (Tsiganes) par le régime nazi et classées dans la catégorie la plus basse des “sous-hommes”, ont fait l’objet d’un génocide tout aussi systématique en Allemagne et en Europe centrale occupée, que celui des Juifs et ont subi des expérimentations médicales d’une cruauté qui font encore frémir la mémoire des survivants. En France elles furent visées surtout par la honte et la misère de l’internement administratif. On en parle moins, voire pas du tout, cette population étant discrète, effacée et peu prolixe. Qui s’en souvient aujourd’hui? Qui a évoqué ce martyre passé? A lui seul pourtant ce rappel justifierait des égards, marques de considération et de soutien, voire réparations, comparables à ceux consentis à d’autres. Qui y songe ?

 

Le cycle des violences de masse en marche ?

Jacques Sémelin* , auteur d’une encyclopédie sur les violences de masse, insiste sur le rôle des représentations, qu’il situe en amont de ce processus.

Pour lui, le massacre est le résultat d’une démarche mentale créant un “imaginaire de l’ennemi opposé à l’imaginaire de soi”, instaurant une perception négative de l’Autre dans l’imaginaire collectif.

Chaque être humain peut avoir des fantasmes de destruction de l’autre. Dans le cas du crime de masse ces fantasmes basculent dans la réalité collective. Il tente en conséquence d’analyser l’articulation entre imaginaire et réel, où l’exploitation de la peur et de l’inquiétude facilite la définition d’entités mythiques à partir desquelles se construisent en interaction un “Eux”, figuratif de l’ennemi et un Nous, censé incarner le bien.

Il place à l’origine du processus le discours des leaders d’opinion (politiques, intellectuels, médiatiques ou religieux) proposant chacun leur lecture de la situation, comme par exemple : le pays ne va pas bien, mais si nous commencions par nous débarrasser de ces gens là ça irait beaucoup mieux.

 

Un discours globalisant et accusateur irrecevable

C’est ce discours là, aménagé, mais emprunté à l’extrême droite française, qui tend aujourd’hui à s’imposer dans l’appareil d’Etat et qu’il faut dénoncer. En désignant dans un même discours, les “gens du voyage et les Roms” comme facteurs d’insécurité, le Chef de l’Etat divise la collectivité nationale, crée des entités négatives jugées “indésirables” opposées à des entités positives imaginaires. Il flatte les égoïsmes et exacerbe les crispations identitaires qui s’opposent, bref dresse les Uns contre les Autres.

Lorsqu’il parlait de la “racaille” (entité mythique sans consistance, auquel chacun donne le contenu qu’il veut bien selon ses fantasmes) il la livrait déjà à la vindicte populaire. Il eût été plus noble de mobiliser la collectivité nationale pour trouver les voies et moyens possibles d’une intégration économique et psychologique réussie, en tout cas d’une insertion dans la vie active. Cela n’exclut nullement les poursuites pénales individuelles, exercées sous l’autorité du pouvoir judiciaire et non de l’exécutif, dès lors qu’elles sont justifiées, ni la recherche de solutions à l’échelle européenne.

Mais que la France, souvent prompte à donner des leçons, donne d’abord l’exemple en l’Europe, à l’heure où les ultranationalismes refont surface un peu partout, avec tous les dangers dont sont potentiellement porteurs leurs égoïsmes et leur violence.

 

La France n’a pas les moyens ?

S’exprimant il y a quelques semaines sur France Culture, le ministre des affaires européennes, Pierre Lellouche, ancien Haut-représentant de la France en Afghanistan, tenait un discours à deux vitesses, dont la distorsion entre des propos constructifs à l’égard de l’afghanistan, justifiant la présence française, une pédagogie à développer à l’égard du peuple afghan, décrivant les menaces que cette région fait peser sur la sécurité du monde et l’aide indispensable à apporter à l’armée nationale afghane etc., contrastaient avec les propos soudainement raidis, brutaux et accusateurs visant les quelques Roms installés dans sa circonscription électorale du 3ème arrondissement de Paris. Il n’était soudain plus question de pédagogie: seulement d’opprobre, de dénonciation collective et d’exclusion. Exigences d’un certain électorat qui tendrait à se dérober?

Ainsi donc la France aurait les moyens de soutenir une guerre lointaine à l’issue bien incertaine en faveur du peuple Afghan et serait incapable de dégager quelques moyens humains, financiers et citoyens autres que sa Police, en faveur de quelques 15 000 Roms?

 

Les signaux de l’histoire

Le chef de l’Etat pourrait méditer d’autres signaux de l’histoire.

Pétain s’était voulu lui aussi recours et “référence” d’une France abasourdie par sa défaite militaire et privée de repères et de perspectives. Il a alors élaboré le concept d’anti-France. Après avoir bénéficié quelque temps de la confiance des Français, il la perdit lorsque leurs yeux se sont enfin ouverts sur les grandes rafles de Juifs. Une vague réprobatrice monta alors “de la France d’en bas”.

Le haut-le-cœur des consciences d’aujourd’hui contre la chasse aux Roms et les mesures touchant “les gens du voyage”, exécutées sans état d’âme par des fonctionnaires disciplinés, marque le début d’un réveil des consciences.

Il prouve que notre pays a encore un cœur et des tripes. Soyons en fiers.  C’est aussi cela l’âme de la France !

Appeler les Français à la solidarité pour aider et encadrer les Roms aurait une autre tenue et une autre valeur symbolique. L’ethnologue, ancienne déportée, Germaine Tillion ne disait-elle pas dans un de ses derniers entretiens que le désespoir faisait le lit des terroristes en puissance? Sémelin l’exprime autrement en mettant en garde contre les représentations négatives qui font de gens ordinaires des assassins en puissance.

Où est passée la devise de la République? La désobéissance civique comme forme de résistance à de telles dérives pourrait bien devenir l’ultime recours des consciences qui restent lucides dans la tourmente. »

Marie José Chombart de Lauwe

Résistante déportée

Grand officier de la Légion d’HonneurDirecteur de recherche honoraire du CNRS

Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation

*Directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) du CNRS.


Journal d’octobre 2010 : Mémoire 1940 ou : afin que nul n’en ignore…

13 octobre 2010

COMMISSARIAT GENERAL

aux questions juives                                                                                                                                                       ETAT FRANçAIS

Section d’Enquêtes et de Contrôle

Section Région parisienne                            Paris, le 9 décembre 1943

Affaire n°5.471

Inspecteur : FOURRIER, FERRY, LANDRY         7, rue Notre-Dame des Victoires

CEN : 01-52

GUT : 39-50

Rapport n°6.288                                                                               affaire : RACHLINE, Vice-Président de la L.I.C.A.

JB/DG – 670                                                                                        LIEU : 259, Boulevard Ornano à SAINT-DENIS (Seine)

ORIGINE : Section ProvinceRéférence à rappeler :

Reférence à rappeler :                                                     REFER : SM/AS du 8 octobre

SM/RL du 6 sept.1943                                                    OBJET : Vérifier si le juif RACHLINE Lazare est recensé,                                                                                                         et son activité.

ETAT CIVIL :

RACHLINE Lazare

Né le 25 décembre 1905 à GORKY (Russie)

D’origine russe.

A été naturalisé français par décret en date du 18.2.38

Il a fait l’objet du retrait de la nationalité française par Décret du 20.3.1942 (Journal Officiel du 26.3.1942)

Classé au Casier Général sous le n° 590.039

De race et de religion juive, a épousé le 9.6.32 à PARIS

La nommée ABRAHAM Suzanne, née le 19 Août 1911 à PARIS,

de nationalité française avant son mariage. Trois enfants :

Michel, né le 5.6.1933 à PARIS (18ème)

Daniel, né le 13.6.1936 à PARIS (18ème)

Jean-Claude, né le 30.9.1939 à TOURNAN.

L’intéressé, qui exerçait la profession d’industriel à SAINT-DENIS (Seine) est actuellement domicilié :

22, rue Léon Brauchet à BRIVE (Corrèze).

Papiers  personnels… Nous sommes très loin de cela, mais ce qui est arrivé une fois peut toujours se reproduire.

Ce qui arrive aujourd’hui aux gens du voyage et autres Gitans et Roms peut devenir à terme un élément d’un nouvel engrenage.

Ne rien laisser passer, toujours se souvenir, et toujours se battre, c’est notre lot.

Le document reproduit ici, que nous voulons “pédagogique” et “mémoriel” est bien entendu incomplet.

“L’enquête” menée relate sur plusieurs paragraphes les faits et gestes du “juif Rachline” depuis sa naissance.

Rien n’échappe aux enquêteurs, de la vie privée, voire intime, à la vie publique, professionelle et politique du “Juif Rachline” ainsi désigné à chacun des paragraphes.

En conclusion de l’enquête il est mentionné : “ Au cas où le juif Rachline serait en infraction, nous demandons à la Direction Régionale de Limoges (lieu de résidence des Rachline en 1943) de faire prendre à son égard toutes mesures prévues par la loi, et nous attirons spécialement l’attention de ces Services sur le fait que, par le passé, ce juif a eu une activité politique qui doit entraîner une surveillance toute particulière sur son activité présente”.

Il reste à souhaiter que plus jamais nous n’ayons l’occasion de voir ressurgir ce genre “d’enquêtes” menées sur des personnes pour ce qu’elles sont et non pas pour ce qu’elles font…

Nous sommes au XXIème siècle, nous avons l’expérience des siècles précédents, nous avons atteint une seuil de “civilisation” extraordinaire : n’est-il pas temps de penser enfin que l’“étranger”, le “différent” ne représente pas forcément un danger, mais qu’il n’est ni plus, ni moins qu’un alter ego !

Daniel Rachline


Journal d’octobre 2010 : « Mauvais signes! » de Lison Benzaquen

13 octobre 2010

Nous vivons une période étrange et pour tout dire trouble et inquiétante.

On a le sentiment qu’avec la crise, tous les vieux démons resurgissent. Il paraît que c’est une réaction humaine normale, elle n’en demeure pas moins angoissante.

L’illustration de cette atmosphère : le festival de petites phrases entendues cet été et qui en disent long : “déchéance de la nationalité”, “insécurité = Roms” etc….

Bref tout cela a des relents qui rappellent d’autres époques peu glorieuses de notre pays.

Dans le droit fil de cet état d’esprit, deux événements passés assez inaperçus et cependant significatifs.

Le premier, c’est la censure par le maire de Parthenay de la lecture à des élèves, d’une lettre écrite par Ida Grinspan, ancienne déportée, dans le cadre de la journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation.

Qu’y avait-il de choquant dans cette lettre? La vérité simplement. A savoir qu’Ida Grinspan dit avoir été arrêtée à l’âge de 14 ans, par trois gendarmes français. Horreur! cette révélation a heurté la sensibilité d’un gendarme. La vérité doit donc être tue. Ce ne sont pas des gendarmes français qui ont arrêté Ida, ce sont des gendarmes martiens !!! C’est comme ça qu’on écrit l’histoire…

Et à propos d’histoire justement : une professeure d’histoire de Nancy a été suspendue quatre mois de ses fonctions à la suite d’un rapport rédigé en juillet par des inspecteurs qui ont trouvé des “manquements aux obligations de neutralité et de laïcité” de cette professeure et ont estimé qu’elle “consacre trop de temps à l’organisation de voyages sur l’histoire des juifs comprenant des visites à des camps”.

Voilà donc que la Shoah devient un phénomène religieux et essentiellement juif? C’est nouveau. Je croyais naïvement que la Shoah était un phénomène universel hors catégorie, surtout pas religieux. La Shoah concerne me semble-t-il, l’humanité entière et la mémoire de l’histoire de la Shoah devrait être omniprésente pour rappeler à chacun et à tout moment ce à quoi l’homme peut arriver s’il manque de vigilance et s’il se laisse progressivement glisser et porter par la facilité de chercher (et trouver) un bouc émissaire à tous ses malheurs.

Ces deux exemples sont les mauvais signes du climat actuel où chacun suspecte l’autre, où chacun se recroqueville sur son identité survalorisée au détriment de celle de l’autre : c’est le terreau préféré de tous les racismes et dérives.

Alors, s’il nous est impossible d’être plus ouverts et meilleurs, au moins essayons d’être plus raisonnables, pour l’avenir de nos enfants…

Lison Benzaquen


Campagne d’affichage RESF

24 janvier 2010

Paris solidaire des lycéens sans papiers

Du 13 au 26 janvier 2010, 505 panneaux publicitaires de la capitale seront revêtus des affiches de la campagne nationale initiée par le RESF à Orléans en janvier 2009 :
« Jeunesse sans papiers, Jeunesse volée, La loi doit changer ! » .

Le visage de Verlain, celui d’Alexandra, jeunes majeurs étrangers sans papiers, posent avec gravité la question de la situation faite à de nombreux jeunes comme eux qui à 18 ans se retrouvent sans droit au séjour dans le pays où ils vivent et où ils sont scolarisés depuis des années, du fait d’une loi injuste, inacceptable et qui doit changer.

A ce jour 180 lycéens parisiens qui, à leur dix-huitième anniversaire, sont devenus des « sans-papiers » ont déposé en mai 2008 et en mai 2009, avec le Réseau Education Sans Frontières, des demandes de rendez-vous à la Préfecture de Police pour régulariser leur situation administrative :

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Carte d’identité nationale

24 janvier 2010

Paru dans le Journal de Janvier 2010

Je suis né en 1936. Mon père était étranger, il a été naturalisé en 1938. Le gouvernement de Vichy lui a retiré la nationalité française en 1942.

Vichy n’était plus la république, mais c’étaient des Français qui administraient, délivraient les papiers, faisaient fonctionner la police…

En 1945 la République a été rétablie, les décrets pris sous Vichy abolis (pas tous).

La carte d’identité de mon père rétablie. Elle portait même le N°2, le N°1 étant celle du général de Gaulle.

Qu’est-ce qu’être français? Il ne faut pas oublier que c’était aussi cela. Depuis lors, je n’accepte plus d’avoir une carte d’identité infalsifiable : on ne sait jamais.

— Daniel Rachline


De Marianne à proto-sans-papiers

22 janvier 2010

Etre français, une chance ou une punition?


Après beaucoup de Français dont j’ai lu les témoignages sur différents sites internet, j’ai fait l’expérience dite de la Carte d’Identité (nationale?…). J’avais souhaité la faire refaire pour qu’elle témoigne de mon changement d’adresse dans Paris. Stupide démarche, car elle était valable jusqu’en 2017, mais très instructive expérience. J’aimerais vous en faire le récit complet, même si j’ai déjà évoqué ici cette aventure désormais bouclée.

Il y a un mois, de passage à Paris pour 48h, je suis allée dans une des annexes de la Préfecture de Police faire les démarches nécessaires. Munie de mon actuelle CI, des photos, de mon extrait de naissance et d’une quittance de téléphone pour prouver mon domicile. Bref, des documents dont le site de référence demande de se munir.

Procédure habituelle donc à travers les dédales administratifs où l’accueil n’est pas toujours chaleureux dans ces temps où notre identité est questionnée.

 » Alors, vous êtes de la Guadeloupe ou vous n’êtes pas de la Guadeloupe? » demandait un guichetier à une vieille dame un peu paumée du ton dont il me semble qu’on n’aurait pas demandé « êtes vous de Loire Atlantique, oui ou non? ».

J’observe, j’écoute, j’attends, comme tous ceux qui avant moi ont pris leur ticket. Une heure et demie. Temps raisonnable car il paraît que la moyenne est de deux heures. Lorsque mon tour vient, le monsieur derrière le guichet remarque que je suis née à l’étranger et me demande non pas si mes parents sont Français, mais si mes quatre grands-parents le sont: je lui fais reposer la question tant elle me semble maladroite, sinon ahurissante. A l’évidence, il cherchait seulement à savoir de quel côté familial il me fallait apporter la preuve de ma nationalité. Mais peut-être les responsables de ces nouvelles directives devraient-ils prendre le temps d’expliquer à leurs agents au contact du public, qu’il est des formules malheureuses, rappel de temps troubles.

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…avec cela ?

9 janvier 2010

Il n’y bien entendu pas de lien entre un gouvernement qui diabolise l’étranger et des lynchages…

67 blessés dans une chasse aux immigrés en Italie
NOUVELOBS.COM | 09.01.2010 | 15:47

31 étrangers, 19 policiers et 17 habitants italiens ont été blessés lors d’une véritable chasse aux étrangers menée par des habitants de Rosarno, dans le sud de l’Italie. Environ 50.000 ouvriers agricoles immigrés vivent dans le pays, la plupart du temps dans des conditions insalubres.

Un nouvel immigré a été légèrement blessé par un tir de fusil de chasse à quelques kilomètres de Rosarno, en Calabre (sud de l’Italie), a indiqué samedi matin 9 janvier la police qui a donné un nouveau bilan de 67 blessés dans les incidents ayant éclaté jeudi soir et qui ont été suivis d’une chasse aux étrangers.
Une enquête a été ouverte après le tir samedi matin, a ajouté la police. Sur les 67 blessés, 31 sont des étrangers dont deux ont été grièvement blessés vendredi soir à coups de barres de fer ; 19 des policiers ; et 17 des habitants italiens de cette localité, selon la même source. Six personnes, toutes des immigrés, sont encore hospitalisées. Les autres victimes souffraient de contusions ou de blessures légères.

Un précédent bilan, donné par l’agence de presse Ansa, faisait état de 38 blessés: 20 étrangers et 18 policiers.

Selon l’agence de presse Ansa, une centaine d’habitants armés de bâtons et de barres de fer ont érigé des barricades, notamment près d’un local où se trouvaient de nombreux immigrés. Certains charriaient des bidons d’essence et des massues. D’autres ont décidé d’occuper la mairie de Rosarno « jusqu’à ce que les immigrés soient éloignés ». « Qu’ils s’en aillent, il faut qu’ils aient peur », a déclaré à la télévision un jeune habitant de la ville, tandis qu’un autre expliquait: « C’est une protestation organisée ».

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Journal 10/09 : Réflexions sur l’actualité

9 octobre 2009

Lue dans la presse cet été (un seul journal : Libération) l’histoire de cette famille avec une petite fille née en France il y a quatre ans et demi.

Cette famille réside en France depuis 10 ans. Les parents travaillent et leur fille est inscrite à l’école. Mais ils ont été placés dans un centre de rétention avant d’être expulsés avec leur fille.

Monsieur Besson a déclaré : L’intérêt supérieur du mineur est bien de ne pas être séparé de ses parents, y compris au sein de centre de rétention…

Ces paroles devraient nous rappeler quelque chose…

— Daniel Rachline


Journal 10/09 : La Cimade n’interviendra plus dans l’ensemble des centres de rétentions administratifs

9 octobre 2009

La Cimade se sera battue jusqu’au bout devant la justice, mais a finalement perdu le monopole de l’accès aux étrangers sans papiers placés dans les Centres de Rétention Administratifs (CRA). Rappelons que le ministre Hortefeux décide d’une réforme en 2008, avec la division du “marché” de la rétention en huit lots. Sur ce point, son successeur, M. Besson, aura finalement gagné. Ce sont 6 associations qui interviendront dans les CRA selon une logique géographique. M. Hortefeux souhaitait également que la Cimade s’engage à “respecter une confidentialité”  ce qui aurait empêché toute action de témoignage. Sur ce point, le juge administratif a tranché en donnant raison à la Cimade en mai 2009, au motif que la confidentialité ne permettait plus d’atteindre, dans son intégralité, l’objectif fixé par le législateur (…) à savoir mettre les étrangers retenus à même d’assurer l’exercice effectif de leurs droits.

A première vue, la Cimade aurait remporté l’essentiel en préservant le droit de témoigner. Quant à la fin de son monopole, qui pourrait y voir à redire? La mise en œuvre de la concurrence entre les associations n’est-elle pas saine et positive? La théorie économique n’enseigne-t-elle pas que la situation monopolistique est contraire à l’intérêt général? C’est toute l’habileté de la rhétorique du ministère de l’immigration qui se manifeste à cet égard, avec l’utilisation des termes de “marché” et de “monopole”.

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