Journal de Juillet 2015: Rue des Rosiers – 32 ans après

(AFP)

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Lundi 9 août 1982. Quatre hommes, armés de pistolets mitrailleurs et vêtus de costumes clairs, descendent d’une voiture blanche et font irruption dans le restaurant de Jo Goldenberg, rue des Rosiers à Paris.

Après avoir lancé une grenade, ils tirent “dans le tas”. Le carnage ne dure que quelques minutes. Après, tranquillement, le commando remonte la rue, en continuant à tirer dans tous les sens. Finalement, ils réussissent à s’enfuir, laissant derrière eux six morts et 22 blessés. C’est l’attentat antisémite le plus grave depuis la guerre.

L’enquête va durer plus de 32 ans. Les premiers soupçons se portent sur le groupe de dissidents palestiniens d’Abou Nidal, mais la piste doit être abandonnée faute de preuves. Et aussi à cause du contexte géopolitique de l’époque, avec la guerre du Liban et Yasser Arafat bloqué à Beyrouth. Au fil des années, les pistes les plus fantaisistes se succèdent – aucune ne menant aux véritables responsables de l’attentat.

En 2007, le dossier est confié au juge Marc Trévidic. Il reprend à zéro. L’expertise balistique prouve que les armes, retrouvées au Bois de Boulogne, avaient déjà servi dans d’autres attentats en Europe – du groupe Abou Nidal. Plus tard, plusieurs membres ayant appartenu à ce groupe acceptent de parler sous X. Ils désignent trois ex-membres du groupe, formellement identifiés par des témoins survivants. L’un vit en Jordanie, l’autre dans les territoires occupés et le troisième en Norvège. En février, le juge délivre trois demandes internationales d’extradition. Le plus grand espoir se porte sur la Norvège, démocratie ouverte, similaire à la France, et qui collabore activement à la lutte contre le terrorisme.

C’était sans compter avec les lois locales. Le suspect a obtenu la nationalité norvégienne, et le royaume n’extrade pas ces propres citoyens. D’autre part, selon la loi norvégienne (modifiée depuis), le crime, si odieux soit-il, est prescrit.

­—Nous ne comprendrons pas que la Norvège protège une personne soupçonnée de terrorisme, déclare Guillaume Denoix de Saint Marc, président de l’Association française des victimes. Pour lui il doit y avoir un procès, même si le box des accusés doit être vide.

Coup de théâtre : c’est le suspect jordanien qui est arrêté. La France demande son extradition, mais cela peut prendre longtemps. N’empêche. L’espoir renaît du côté des victimes. Xavier Yon est l’un des survivants de l’attaque dans le restaurant Goldenberg. Il a aujourd’hui 75 ans et pour lui, l’annonce de l’arrestation d’un des principaux suspects est une vraie raison de se réjouir.

—Ce que nous voulons tous, c’est qu’il y ait un procès. Je veux personnellement participer à ce procès jusqu’à la fin. Je veux voir le visage de cet homme. C’est un événement qui a changé ma vie, un traumatisme considérable.

Après 32 ans d’attente, quelques mois de plus ou de moins n’ont pas d’importance. Un procès aura bien lieu un jour. Ne pas clore un tel dossier, et ne jamais cesser de rechercher les coupables sont des signes importants que la justice française donne aux terroristes. Ils ne doivent jamais se sentir à l’abri. Dans ce sens, l’enquête du juge Trévidic est exemplaire. L’attitude d’un pays comme la Norvège beaucoup moins.

 

Vibeke Knoop

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