Journal d’Avril 2012: compte-rendu de la séance du 26 Janvier 2012 du film « N’oubliez pas que cela fut »

Cinq classes de 2de, 3e et CAP venues de tous les horizons – environ 140 élèves -ont suivi la projection de ce film bouleversant où de jeunes juifs venus de France visitent et se font expliquer Auschwitz.

Certains de nos élèves, dont les familles ont tendance à assimiler juifs de France et Israéliens, étaient prêts à chahuter et à ricaner, mais la force des images, en particulier celles de petits enfants affamés, décharnés, au regard de vieillards, les a plongés dans un silence attentif et ému.

Ensuite notre témoin, Elie Buzyn, eut la force de répondre aux questions, même aux plus intimes, posées par les élèves. Et pourtant, quelle jeunesse fut la sienne: dès l’invasion de la Pologne en 1939, toute sa famille est transférée avec la plus grande brutalité dans le ghetto de Lodz. Lui a 10 ans. Devant ses yeux et ceux de ses parents, son frère de 22 ans et deux autres jeunes sont fusillés “pour l’exemple”. Son père n’avait pas vu le danger, confiant qu’il était en ces Allemands si cultivés, si raffinés. Il n’avait pas voulu quitter son pays où il se sentait si bien intégré. Dès l’âge de 11 ans et pendant 4 longues années, le jeune Elie est astreint au travail dans un camp aux conditions extrêmement dures.

1944: tous les survivants du ghetto sont transférés à Auschwitz dans des wagons à bestiaux surchargés. Dès l’arrivée, ses parents  et ses soeurs  sont sélectionnés à droite, lui à gauche, grâce au conseil d’un déporté qui lui souffle de dire qu’il a 18 ans. Sa résistance à un coup de poing dans le thorax a convaincu le “sélectionneur” qu’il avait bien les 18 ans avoués, lui qui n’en avait que quinze.

Deux fois, il échappe à une mort certaine: transféré à l’hôpital pour dysenterie, il fut sauvé par un homme en blouse blanche qui portait un insigne triangulaire de couleur violette et qui lui fit boire tous les quarts d’heure une boisson salvatrice.

De retour dans son baraquement, il apprend que les hommes au triangle violet étaient des témoins de Jéhovah. Plus tard, comme chirurgien orthopédiste, il acquerra la réputation de faire le maximum pour les opérer sans les transfuser, conformément à leur croyance.

Puis c’est la longue marche de la mort vers Buchenwald. Il a les pieds gelés. Il s’échappe de l’hôpital où l’on voulait l’amputer. Là encore ses camarades réussissent à le sauver en se relayant à ses côtés pour lui tremper les pieds dans de l’eau alternativement chaude et froide. Pendant de nombreuses années après sa libération, il a souffert cruellement des séquelles de ses gelures jusqu’à ce qu’il ait la force de s’obliger à faire de la course à pied. Et, finalement, il a même réussi à courir le marathon de New York!

Nos élèves lui posent de nombreuses questions sur sa vie d’adulte, ses sentiments à l’égard des bourreaux, sa réinsertion dans la vie active. Il explique comment il a dû faire une case hermétique dans son cerveau, contenant tous les drames qu’il a vécus, pour avoir l’esprit libre et ne pas transmettre son fardeau à ses enfants. Mais, la nuit, la case s’entr’ouvre et les cauchemars sont là.

Pour n’avoir pas à répondre à des questions indiscrètes ou par trop émouvantes, il a fait enlever son tatouage. Et ainsi, pendant des dizaines d’années, il a vécu sans qu’aucun de ses collègues de travail n’imagine son parcours. Ses parents disparus, il les garde au plus profond de lui-même. Il avait dit que jamais il ne retournerait sur le sol d’Allemagne ou de Pologne, “recouvert” des cendres de tous les siens. L’idée de retourner en pèlerinage à Auschwitz lui était insupportable, mais quand son fils ainé a manifesté l’intention d’y aller, alors il l’a accompagné. Et, depuis lors, il y emmène ses petits-enfants à tour de rôle quand ils atteignent l’âge de 13 ans. Maintenant, à 83 ans, sans relâche, il accomplit son devoir de mémoire en accompagnant des groupes à Auschwitz et en allant témoigner auprès des jeunes comme il le fait aujourd’hui.

Et à la question « Avez-vous voulu vous venger de vos bourreaux? », il répond: « A la libération des camps, on nous avait tendu des mitraillettes mais nous avons refusé de nous en servir. Les assassins ne doivent pas être assassinés: ils doivent être jugés. Mais la plus belle de mes vengeances contre le nazisme a été de revivre, de fonder une famille et de voir mes enfants prendre la relève.»

Hélène Eisenmann

 

 

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2 Responses to Journal d’Avril 2012: compte-rendu de la séance du 26 Janvier 2012 du film « N’oubliez pas que cela fut »

  1. Le devoir de mémoire, un acte absolument nécessaire.

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