Journal 10/09 : Frères d’ombre et de lumière

En célébrant le 150ème anniversaire de la naissance de Knut Hamsun cette année, la Norvège semble désormais prête à oublier ses symphaties pronazies. Tout comme la France blanchit Louis Ferdinand Céline.

Ils ne se sont jamais rencontrés. Mais dans “Le Pont de Londres”, Céline lui rend hommage, en nommant un voilier  “Le Roi Hamsun”.

Hamsun, né en 1859, grandit sur l’île de Hamarøy, dans le Nord, mais s’exile dès 15 ans aux Etats-Unis, exercant tous les métiers. Autodidacte, il se nourrit de livres: Strindberg, DostoÏevski, Twain… mais préfère avant tout la vie paysanne, la nature et la terre.

Le roman “La Faim” (1890) le rend célèbre du jour au lendemain. Il a lui-même vécu des hallucinations et des carences physiques et mentales semblables au héros, mais s’intéresse avant tout à “l’infinie variété des mouvements de ma petite âme”.

Avec “La Faim”, Hamsun entre dans la cour des grands. Le roman incita Henry Miller à écrire. André Gide y vit l’ un des grands livres de la littérature européenne  et Arthur Koestler une nouvelle facon d’écrire.

En 1920, il obtient le Prix Nobel. La gloire littéraire est désormais assurée. Mais l’homme intrigue. Il méprise les systèmes démocratiques, tout comme Nietzsche. Germanophile, il détesta l’Angleterre, lui préfèrant l’autoritarisme, la jeunesse et l’avenir allemand.

Son homologue francais, Céline, verse carrément dans l’antisémitisme, notamment dans “Bagatelles pour un massacre”.  Chez Hamsun, c’est plus indirect. Il soutint le parti nazi norvégien dès 1936, et les Allemands sous l’Occupation. Icône nationale, il appela ses jeunes compatriotes à déposer les armes. En 1943, il se rendit chez Hitler, et fit don de sa médaille Nobel à Goebbels. Il demanda bien à Hitler d’améliorer les conditions de vie des Norvégiens, mais écrit en même temps une nécrologie élogieuse à sa mort. Se sentant trahis, ses lecteurs brûlèrent ses livres.

Pour leur éditeur norvégien, Gordon Hølmebakk, Céline et Hamsun furent des artistes avec des antennes politiques déficientes, des fascistoides, tout comme Ezra Pound, Gertrude Stein, TS Eliot, voire Pirandello, qui donna sa médaille Nobel à Mussolini.

A la fin de la guerre, Céline s’enfuit. Hamsun, âgé de 86 ans, fut assigné à résidence à Nørholm, jugé pratiquement fou par les psychiatres. Condamné finalement à une amende, il mourut en 1952. En 1951, Céline revint en France, après son jugement, suivi de son amnistie. “Morts” politiquement, ils se retrouvent au sommet de la littérature mondiale.

En 1977, les romans de Céline sont finalement publiés en Pléiade; une forme de consécration. Les Norvégiens hésitent. Hamsun est un cas, un complexe.

Mais en 2009, la Norvège décide enfin de le célébrer. Ce qui n’empêche pas l’éternel débat de reprendre. On n’en finit jamais avec Hamsun. Ni avec Céline.

Tous deux sentent le soufre.

Vibeke Knoop

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