Journal 10/09 : « Alias Caracalla » de Daniel Cordier

Daniel Cordier, résistant de la première heure, secrétaire de Jean Moulin pendant la guerre, sera l’infatigable défenseur de sa mémoire et son historiographe. Aujourd’hui il nous livre son autobiographie depuis sa naissance en 1920 jusqu’à l’arrestation de Jean Moulin en Avril 1943.

Dans ce livre passionnant, Cordier dépeint sans fard son milieu d’extrême droite, viscéralement antisémite et au maurrassisme exacerbé. Quand à 19 ans il rejoint la France Libre dès le 18 Juin, il croit rester fidèle à ses idéaux d’Action Française. Jean Moulin, que de Gaulle avait chargé d’unifier tous les mouvements de la Résistance, le recrute comme son secrétaire personnel. A ce poste terriblement exposé, il connaîtra tous les dirigeants des réseaux avec leur héroïsme, leurs petits travers ainsi que les luttes de pouvoir et les rivalités.

Au fil des pages se dessinent les relations exceptionnelles, presque filiales, qui se tissent entre un homme dans la force de l’âge et ce tout jeune combattant qui ne connaîtra de son chef que son nom de guerre, Rex.

Progressivement, sous l’influence de Jean Moulin, Cordier remet en question ses idées maurrassiennes. C’est ainsi qu’étant amené à héberger pour une nuit un Juif en péril — peut-être le premier qu’il ait jamais rencontré — il découvre avec étonnement que son protégé n’a ni le nez, ni les doigts crochus et même qu’il a l’élégance de laisser un mot de remerciement lorsqu’il quitte discrètement le logement où Cordier l’a accueilli.

L’influence de Jean Moulin s’exerce aussi sur son éveil au monde. Il l’initie, entre autres, à la peinture, lui qui ne connaissait rien de plus beau que les chromos des calendriers des PTT.

Le livre prend fin à l’arrestation de Jean Moulin. On aurait aimé qu’il se poursuivre tant Caracalla, le surnom donné à Daniel Cordier par Roger Vailland dans Drôle de Jeu, nous a émus et fascinés. Sachez seulement qu’après guerre, dans la droite ligne de Jean Moulin, il ouvrira une galerie de tableaux et que, tout récemment, il vient de faire don de sa collection personnelle au Centre Pompidou. Une belle et noble personnalité!

— Hélène Eisenmann

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :