Journal de Juillet 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 21 mai 2013

19 juin 2013

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Séance du 21 mai 2013

Thème : le terrorisme

Débatteur : Me. William Bourdon

Deux volets dans ce film : le terrorisme nord-irlandais et l’erreur judiciaire. Le débatteur était Me William Bourdon, spécialisé dans les atteintes aux Droits de l’Homme, qui a défendu un certain nombre de terroristes, notamment les Français de Guantanamo, ainsi que des jeunes de banlieue détenus pendant des mois. Il a participé à la rédaction d’ouvrages collectifs sur la difficulté, pour les démocraties, de lutter contre le terrorisme sans céder à la barbarie, ayant toujours à l’esprit la phrase de Voltaire: “Préférer 100 coupables en liberté à un innocent en prison”.

La lutte contre le terrorisme peut-elle justifier les mauvais traitements (torture, détention prolongée, faux témoignages, preuves “fabriquées ”)? Bien évidemment non. A ce sujet, que penser de l’usage de drones, qui permettent d’assassiner sur un simple clic, sans aucun procès? On met là le doigt dans un engrenage dangereux avec atteinte aux droits universalistes de l’homme. Serait-ce un terrorisme d’Etat?

Pourquoi voit-on des suspects qui, sans être torturés, avouent des crimes qu’ils n’ont pas commis? Tout simplement parce qu’ils sont à bout, et ils “craquent”. Des aveux contre une souffrance infinie, le troc est malsain, il est certes rare, mais il existe!

Les Français de Guantanamo n’étaient pas très malins, beaucoup trimbalaient des problèmes identitaires, mais simplement, ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment (tout comme le héros du film). Mais il est vrai que pour un avocat, il est difficile de “tenir” sans céder à la colère ou au découragement. Et inévitablement, dans une lutte contre le terrorisme où il ne faut pas se laisser guider par l’émotion, il y a des innocents qui “trinquent”.

Autre chose: avec l’IRA, en Irlande, il y a eu des négociations, alors qu’avec certaines organisations terroristes d’aujourd’hui (AQMI, par exemple), on sait dès le départ qu’aucune négociation n’est possible; sans parler de l’auto radicalisation de certains…

Un des effets de l’hyper terrorisme est de conduire les démocraties à se saborder. C’est ainsi que certains intellectuels ont conceptualisé l’idée que “la fin justifie les moyens”, ce qui n’a jamais été démontré.

Dans le cas de Guantanamo, il est évident qu’Obama a échoué, qu’il n’a pas tenu sa promesse, ceci pour différentes raisons:

-Il n’avait la  majorité ni au Sénat ni à la Chambre des Représentants.

-Il n’a pas eu le courage politique d’affronter l’opinion publique.

Or, Guantanamo est un double fiasco:

-Fiasco d’image, car l’image des détenus a fait des dégâts considérables dans l’opinion publique arabe.

-Fiasco technique: sur 780 détenus, seuls 12 sont en voie d’être jugés, et beaucoup ne peuvent être renvoyés dans leurs pays.

Certes, face à un nouvel ennemi, il est normal que la loi s’adapte, mais l’avocat ne saurait en aucun cas transiger sur les deux principes fondamentaux que sont les droits de la défense et l’interdiction de la torture.

Question délicate: y a-t-il un “terrorisme légitime”? On doit répondre par la négative, tout en sachant que les choses peuvent évoluer:

-Certains ont été terroristes pendant plus de 30 ans, puis négociateurs de paix (Arafat).

-Des résistants français ont certes commis des crimes, et ont été plus tard “légalisés” par leur pays.

Quelle que soit la forme prise par le terrorisme, un curseur est infranchissable: il ne doit pas faire de victimes civiles. Ainsi, les opposants au régime iranien ne commettent d’attentats que contre des cibles militaires ou institutionnelles.

En fait, il n’y a pas de définition internationale du terrorisme, mais on peut penser que l’hyper terrorisme pourra un jour relever de la Cour Pénale Internationale.

Et l’on termine en revenant au film: dans une démocratie, on ne condamne jamais quelqu’un sans preuves. D’autre part, il ne faut pas fabriquer chez les policiers une “culture de l’impunité” (car aucun des policiers anglais qui ont torturé et fabriqué des preuves n’a jamais été inquiété ni puni).

Le film était certes long, mais très beau et très émouvant. Le débat aura été plus bref, mais clair et explicite, malgré la complexité du sujet.

Que tous en soient remerciés, c’était une belle matinée Mémoire 2000.

Guy Zerhat

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Journal d’Avril 2012 : Guantanamo

17 avril 2012

Prisonniers à Guantanamo (base militaire américaine à Cuba)

Cela fait dix ans que le centre de détention tant décrié de Guantánamo fut ouvert à Cuba par les autorités américaines, dans le cadre de lutte contre le terrorisme, après le 11. septembre. 171 personnes y sont toujours détenues (sur 779) . 8 sont mortes sur place, 90 ont été libérées. La France en a accueilli 9.

Jamais libres

Le premier d’entre eux, Lakdhar Boumediene d’Algérie, a vécu 7 ans dans cet enfer. Sans nom, ni identité, juste un numéro (10005). Saber Lahmar, également algérien, est resté six mois de plus. Aucune charge n’avait été retenue contre eux, et ils n’ont jamais été condamnés. Finalement reconnus innocents, ils vivent désormais en France. Ni l’un, ni l’autre n’arrive à s’en sortir. Ils ont le sentiment de ne plus exister.

Lakdhar Boumediene (à gauche) et Saber Lahmar (à droite) dans les locaux d'Amnesty International France en Janvier 2012

Ils m’ont tout pris. Mon passeport, tous mes papiers, et volé mon identité. Aujourd’hui, je suis apatride. L’Algérie ne me reconnaît plus comme algérien, et la France ne veut pas m’accorder la nationalité francaise. Je ne suis plus rien. Ici pour moi, c’est comme Guantánamo – en plus grand, dit Lakdhar Boumediene. Pour Saber Lahmar, la France est comme un grand Guantánamo…

Lakdhar est fatigué. Il n’a que 46 ans, mais la silhouette est déjà voûtée et la poignée de main sans force. Là bas, il a attrapé le bacille tuberculeux – pour l’instant à l’état latent. Il n’arrive pas à quitter Guantánamo – mentalement. Quand il se lave les mains, il voit les cicatrices des menottes. Ses nuits sont encore hantées de souvenirs d’humiliations, torture et grèves de la faim. Comme Saber, il fut nourri de force, attaché sur une chaise. Les soldats américains les nourissaient avec une sorte de bouillie à travers une narine. Souvent, ça passait par la voie respiratoire et dans les poumons.

Quand ils voient un soldat américain à la télévision, il croient voir ceux qui se penchaient sur eux, pour les nourrir de force. Ils ont encore des séquelles physiques et psychiques de leur séjour.

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Le dossier pédagogique de “L’honneur d’un capitaine” de Pierre Schoendoerffer est en ligne

20 février 2012

Séance du jeudi 15 mars 2012

Thème : La guerre d’Algérie

L’honneur d’un capitaine de Pierre Schoendoerffer

Débatteurs : Daniel Rachline et Guy Zerhat (anciens d’Algérie)

Le dossier pédagogique cliquez ICI




Journal de Juillet 2011: la nuit du 4 juillet

9 août 2011

Le soir du 3 juillet 1987, il faisait une chaleur torride à Lyon. Une atmosphère écrasante, moite, dans l’attente du verdict du procès de Klaus Barbie. Nous étions nombreux autour du Palais de Justice, nous croisant sans cesse dans les rues aux alentours. Journalistes, avocats, parties civiles, mais aussi beaucoup de curieux. Attente presque sans mots en attendant ceux des jurés et de la cour. Moment d’histoire lorsque Klaus Barbie entre une dernière fois dans la salle d’audience, cette fois pour entendre le verdict. Après deux mois d’audience, mais plus de 40 ans après le faits.

A l’aube du 4 juillet, la Cour d’Assises juge l’ancien chef de la Gestapo de Lyon coupable. Coupable de la rafle du 9 février 1943, au siège de l’Union Générale des Israélites de France, ainsi que de celle des 44 enfants juifs et 6 adultes d’Izieu du 6 avril 1944 et enfin la déportation de 600 juifs le 11 août 1944. Coupable de crimes contre l’humanité, Klaus Barbie, dit Klaus Altmann, est condamné à la perpétuité. Il accueille le verdict le visage impas-sible. Pas un mot ne sort de ses lèvres fines, pas un mouvement. Cependant, le mépris rode. Cet homme n’a que faire de cette justice. Klaus Barbie sort de la salle comme il y est entré, menotté et entouré de gendarmes français. Il a hâte de regagner sa cellule, sa dernière demeure.

Dehors, la foule est encore plus nombreuse. Elle scande : Vergès, Vergès. L’avocat de Barbie a du mal à avancer devant ce mur d’hostilité. Les projecteurs éclairent son visage effrayé. Des coups fusent. Ce soir là, la foule l’aurait lynché, sans la protection des gendarmes. Trop de haine contenue. Trop de souvenirs douloureux. Certains auraient voulu en finir avec Klaus Barbie. C’est Vergès qui encaisse.

Je n’ai jamais oublié. Correspondante à l’époque du journal norvégien Dagbladet, j’ai suivi le procès, aux moments forts. L’arrivée de Klaus Barbie, à ce moment là avec un petit sourire aux lèvres. Dénonçant déjà un ”climat de lynchage”, et privant les parties civiles de la confrontation tant attendue.

Et la veille du procès, la découverte d’Izieu, où les avocats ont voulu se rendre, avec Sabine Zlatin, seule survivante. Toute sa vie, elle a attendu ce procès. Enfin pouvoir crier à Barbie, ou en l’occurrence à Vergès : “c’étaient quoi ces 44 enfants? Des terroristes? Des résistants? Non, des innocents!”

A l’époque, tout le procès fut enregistré. 145 heures. Arte vient de sortir un coffret de 6 DVD, coédité avec l’INA sous la direction de l’historien Dominique Missaka. Il faut tout regarder, comme le film ”Shoah” de Claude Lanzmann. Tout est là. Les crimes de l’offi-cier SS, les souvenirs des victimes, les réquisitoires et les plaidoiries. Il n’y a qu’un absent. Klaus Barbie.

Vibeke Knoop

 


Les films sur la 2ème Guerre Mondiale en plan de métro

28 janvier 2010

Vu sur le site des Clionautes :

C’est une excellente initiative que nous propose le magazine Télérama sur son site internet. La rédaction a répertorié 150 films sur la Seconde guerre Mondiale, sous la forme d’un plan de métro interactif ; les films étant classés par thèmes et parfois en sous-genres : thème de la résistance, films de commandos, guerre sur le front de l’Est…

Le mode d’emploi est simple : en cliquant sur n’importe quel titre, vous aurez la description de la « famille » à laquelle appartient le film. Les « correspondances », c’est-à-dire les titres appartenant à plusieurs familles, font l’objet d’un développement. Il suffit également de cliquer dessus pour en saisir l’essentiel.

Pour accéder au plan, cliquer ICI.


Les rendez-vous de Ciné Histoire à La Pagode : des films à voir ou à revoir…

9 décembre 2009

L’association Ciné Histoire et le cinéma parisien La Pagode poursuivent leur cyle « Silences d’Etat et falsifications de l’histoire » en 2010.

La Pagode, 57 bis rue de Babylone – 75007 Paris
Métro: Saint François Xavier / Sèvres Babylone
Tarif : 5 euros, carte UGC/MK2 et Le Pass acceptée

Projection du film « L’histoire officielle » de Luis Puenzo, le samedi 16 janvier 2010 à 10h00.

Résumé : Buenos Aires, 1983. Une enseignante d’histoire dont le mari s’est enrichi grâce à ses liens avec les militaires, découvre que la petite fille qu’ils ont adoptée cinq ans plutôt est peut-être la fille d’un de ces couples « disparus ». Elle commence alors une enquête qui fait peu à peu tomber en morceaux le bel ordonnancement de sa vie.

Débat en présence d’Alicia Bonet Krueger, présidente du Collectif argentin pour la mémoire


Projection du film « Katyn » d’Andrzej Wajda, le samedi 13 mars 2010 à 10h00.

Résumé : Wajda raconte l’histoire de ce secret d’Etat qui dura cinquante ans, le massacre des officiers et personnalités polonaises par l’armée russe en 1940 à travers les récits et le point de vue de leurs épouses, leurs soeurs et leurs filles.

Débat animé par Alfred Grosser, Professeur émérite des Universités à l’école des Sciences Politiques de Paris


– Projection du film « L’Aveu » de Costa Gavras, le samedi 29 mai 2010 à 10h00.

Résumé : A Prague, en 1951, un homme est persécuté par le système malgré son passé irréprochable. Sa femme finit par le désavouer en public et il finit par avouer des crimes non fondés. Il sera réhabilité en 1956.

Débat en présence de Costa Gavras (sous réserve) et de Lise London (sous réserve)


Ciné-Histoire : L’Aveu, le 29 mai 2010

3 novembre 2009

Programme ICI.