Journal d’Avril 2016: réflexions sur l’annulation de notre séance-débat sur le thème du Civisme

30 mars 2016

51KW0E823XLCHAOS

Séance du 17 mars 2016 ANNULE

Thème : le civisme

Dans un premier temps, nous avions programmé pour cette même date, le film “24 jours” avec pour débat: l’antisémitisme. Ce film avait déjà été proposé aux enseignants l’année dernière, et n’avait eu aucun succès. Tout comme cette année. Nous avons donc décidé de le déprogrammer en faveur du film “Chaos” qui traite de l’indifférence devant la violence faite à l’encontre d’une prostituée.

Malheureusement il n’y a pas eu davantage de réservation pour ce film et la séance a été annulée.

Nous avons constaté depuis plusieurs années, que certains thèmes comme l’antisémitisme ou les atteintes aux femmes, ont du mal à trouver un public. 
Cet “air du temps” est très préoccupant et il nous est difficile de convaincre les professeurs qui, nous semble- t-il, n’osent pas proposer à leurs élèves ce genre de séances, par souci de “paix sociale”.

Nous continuerons malgré tout notre travail et essaierons encore et encore, de convaincre.

Mémoire 2000


Journal de Janvier 2016: « Le fils de Saul »

26 janvier 2016

arton30263-86873Lui aussi, le fils de Saul, appartenait à un groupe de juifs hongrois qui à la fin de la guerre se croyaient en sécurité. Déporté de Hongrie il avait à son arrivée subi la sélection et s’était retrouvé du côté de ceux destinés à la chambre à gaz parce qu’ils étaient en plus, trop jeunes ou trop vieux ou trop faibles pour pouvoir être affectés aux travaux forcés.

Son père fictif affecté au service des Sonderkommandos l’a vu arriver et a décidé de le soustraire au sort commun qui était celui des fours crématoires après le passage à la chambre à gaz.
Il faut croire à cette fiction pour suivre ce parcours jusqu’au bout et voir, pour la première fois, la reconstitution du parcours mensonger imposé aux victimes à mille lieux d’imaginer qu’ils iraient jusque là. Ce parcours qui commence par le passage au vestiaire, où l’on invitait les victimes à déposer leurs vêtements en les invitant à se souvenir de l’endroit où ils les avaient laissés pour les retrouver après les douches, et pouvoir enfin ingurgiter une soupe chaude qui les attendait.

Ce parcours qui se termine par l’extraction des cadavres entassés dans les chambres à gaz pour être dépouillés de leurs dents en or et traînés jusqu’à l’entrée des fours crématoires.
On doit rendre grâce au réalisateur Laszlo Nemes d’avoir trouvé tout seul à son âge, à la lecture des témoignages que les Sonderkommandos ont laissés et enfouis pour la postérité, le moyen de le montrer sans sombrer dans le documentaire ou dans le mélo.

Claude Lanzmann qui n’avait rien voulu montrer pour faire comprendre par le verbe seulement la réalité, peut dormir tranquille, “Le fils de Saul“ ne l’a pas trahi.
 Serge Klarsfeld qui avait accepté d’honorer notre séance de sa présence avec Beate, en a convenu, mais il a fait ressortir à la fois l’importance et le tragique de ces messages laissés par des victimes contraintes elles-­‐mêmes de commettre l’irréparable, avant de subir le même sort. Ce message, ils l’ont laissé pour l’humanité afin qu’on sache ce qui s’était passé, que les nazis voulaient à tout prix nier et effacer. Ce que les autres, les valides retenus pour le travail forcé, ne pouvaient pas savoir ni même imaginer.

C’est ce message que nous a livré Nicolas Roth, Hongrois de Debrecen déporté à l’âge de 16 ans et qui a survécu après avoir appris en arrivant seulement, le sort réservé à ses parents. Son extraordinaire confiance en l’humanité malgré ce qu’il a vécu force l’admiration et nous interpelle sur la manière dont nous pourrons après lui transmettre le message. Il était là aussi au mois de décembre dernier à l’audience contre Soral avec Isabelle Choko et Elie Buzyn que nous avons eu le privilège d’écouter à plusieurs reprises cette année notamment lors de la diffusion dans les collèges, lors de la restriction des sorties scolaires, après la projection du film «N’oubliez pas que cela fut».

Ce soir là il est encore venu avec les siens pour nous raconter qu’à l’âge de quinze ans, alors qu’il avait vu ses parents partir vers la chambre à gaz, il avait voulu les rejoindre. Mais il a survécu seul et avec un courage inouï, après la marche de la mort, après Buchenwald, il reprit l’existence d’une vie suspendue pendant près de huit ans avant de passer le bac et de devenir médecin. Mais c’est lui qui nous a fait comprendre l’importance pour les juifs de la préservation du corps humain qui vient de la terre et doit y retourner. Le défi de Saul Auslander devenait alors compréhensible et la tradition juive l’emportait sur la machine inexorable de disparition des morts.

On gardera longtemps le souvenir de cette séance, mais on ne peut pas s’empêcher de penser à l’après et à la manière dont il faudra user pour la transmission de la mémoire aux jeunes générations.
Dieu les préserve encore longtemps pour qu’ils nous conduisent sur ce chemin.

Une fois de plus Mémoire 2000 ne s’est pas trompée, même si nous sommes seuls à le savoir.

Bernard Jouanneau


Notre programme Cinéma-Débat pour l’année 2015-2016 est en ligne!

7 septembre 2015

CLIQUEZ SUR CE LIEN POUR ACCÉDER AU PROGRAMME DE L’ANNÉE ET CONSULTEZ NOTRE PAGE « CINÉMA »


Journal de Juillet 2015: compte-rendu de notre séance Cinéma du 16 avril 2015

7 septembre 2015

3610150606075_230Séance du 16 avril 2015

Thème : le vote des femmes (70 ans)

Débattrice : Michèle Dominici

 

Les suffragettes, ni paillasson, ni prostituées

Michèle Dominici, réalisatrice de ce documentaire nous a fait le cadeau de sa présence ce matin et s’est prêtée avec beaucoup de compétence et d’humilité, aux interrogations des élèves de 3° du collège Camille Sée. Merci à elle.

Le film retrace l’histoire de la révolution des femmes en Grande Bretagne dès 1884, et le parcours de 5 suffragistes et suffragettes, qui ont consacré leur vie au combat pour l’égalité hommes-femmes et pour obtenir le droit de vote.

Attentifs pendant la projection, les élèves ont été très vifs et intéressés pendant le débat. Beaucoup de questions sur le combat lui-même, sur la torture dont il est fait mention dans le film (gavage forcé des femmes qui faisaient la grève de la faim), la soumission aux maris, pourquoi ce sous-titre? La motivation de Mme. Dominici pour cet engagement…

“Il est nécessaire de rafraîchir les mémoires, dit alors Michèle D., le féminisme n’est pas toujours bien vu, j’avais envie de lui redonner une certaine noblesse. L’histoire se répète, le film a des résonnances avec les événements d’aujourd’hui : rôle politique des Femen, les immigrés payent des impôts mais n’ont pas le droit de vote, exactement comme ces femmes qui décident lors d’une manifestation de ne plus payer leurs impôts tant qu’elles n’auront pas accès au suffrage : “No vote, no tax”. Quant au “gavage”, les Américains le pratiquent encore à Guantanamo.

A propos du sous-titre, il n’est pas d’elle : au début du film, on aperçoit une femme : Rebecca West qui dit “on ne me considère femme que, si je suis paillasson ou prostituée”, il était intéressant de reprendre l’image qui fait résonnance avec “ni putes, ni soumises”, mouvement créé en 2003 en France par F. Amara, pour lutter contre les violences faites aux femmes.

– Y-a-t-il eu un combat en France pour les droits de vote des femmes? demande une élève.

-Alors que la France avait été l’un des premiers pays à instaurer le suffrage universel en 1789, les femmes étaient considérées comme “citoyens passifs”, exclusion du droit de vote maintenue par la Constitution de 1791. Leur identité était subordonnée à celle de leurs maris ! Malheureusement, une autre guerre (1939-1945) semble avoir été nécessaire pour que les hommes se rendent compte que leurs femmes, résistantes, messagères clandestines, activistes contre l’ennemi, méritaient qu’elles aient au moins le droit de vote ! Celui-ci a été acté en 1944 par le gouvernement provisoire du général de Gaulle à Alger ; les femmes ont voté pour la 1ère fois en 1945. Mais ce n’est qu’en 1967 que les femmes, en France ont pu détenir un compte en banque sans l’autorisation du conjoint.

Une élève s’étonne de la répression policière et en particulier de la facilité avec laquelle les femmes se laissaient embarquer.

-Il faut savoir, répond M. Dominici, qu’à cette époque, il n’y avait aucun moyen de communication. Donc, la seule façon de se faire entendre était de provoquer des procès, qui étaient relayés par la presse écrite. C’était alors un formidable espace pour revendiquer et faire savoir leur lutte à toute la population. Tandis que les “réformistes” passaient des heures interminables au Parlement, les “activistes” avaient un autre mode d’action, dont celui-ci.

Un autre élève, demande enfin si, dans le monde, il y a eu d’autres luttes de femmes pour le droit de vote.

-Depuis l’Antiquité, les femmes ont toujours été exclues des procédures démocratiques. Partout dans le monde (encore actuellement dans certains pays), elles ont été l’objet d’une discrimination abominable, et c’est à force de manifestations, toujours pacifiques, sans heurts, mais avec des arguments de poids, qu’elles ont réussi à se faire entendre.

Le droit de vote nous appartient désormais. Je pense que ces élèves en ont pris conscience ce matin et que, jamais, ils n’oublieront d’aller voter lorsqu’ils auront l’âge requis!

 

Joëlle Saunière


Journal de Janvier 2015: compte-rendu de notre séance débat du 9 octobre 2014

2 mars 2015

Pour notre première séance du 9 octobre, nous avions prévu de présenter le film “24 JOURS” et de traiter du thème de l’antisémitisme. N’ayant eu aucune réservation, nous avons du changer notre programmation et avons choisi de projeter le film :

3700551756810_600Sur le chemin de l’école

Thème : l’éducation

Débattrice : Madame Mesuret

 

Quel bonheur ce fut de voir “Sur le chemin de l’école” choisi, in extremis, en remplacement de “24 jours” sur la dramatique affaire Ilan Halimi, qui n’avait pas trouvé son public.

Ce film, par la beauté de ses paysages, de l’Inde à la Patagonie en passant par l’Afrique, et qui montre des familles se saignant aux quatre veines pour que leurs enfants puissent aller à l’école coûte que coûte, est vraiment enthousiasmant.

La vie, dans ces familles, est des plus rustiques. L’école est très loin. C’est une école comme autrefois. On y est en uniforme et on participe solennellement au lever du drapeau. On est fier d’en faire partie et on rêve, comme tout un chacun, de devenir maîtresse ou médecin. Mais par quel chemin gagne t-on l’école ?

Au Kenya, on y va à la course, pendant 4 heures. L’uniforme doit être impeccable. Il a été lavé avec l’eau récupérée en creusant dans le sable. Le trajet peut être semé d’embûches: Attention, dit le père, si vous rencontrez des éléphants sur le chemin, ne faites pas de bruit et cachez vous vite.

Au Maroc, aussi, on y va à pied. Trois filles doivent marcher pendant des kilomètres sur des sentiers escarpés avec de mauvaises chaussures. L’une d’elles se tord le pied mais il faut continuer. Une autre transporte une poule vivante pour l’échanger contre quelque nourriture.

En Patagonie, on y va à cheval, bien sûr, même quand on n’a que six ou huit ans.

En Inde, deux des enfants tirent le fauteuil roulant du troisième, à travers routes sablonneuses et rivières. Nous, spectateurs, sommes épuisés à les regarder, mais eux trois gardent le sourire.

Nos élèves, comme nous-mêmes, ont été emballés par ce film et le manifestent par des applaudissements nourris.

Madame Mesuret mène le débat et c’est une grande chance, parce qu’elle est venue avec sa classe d’élèves étrangers non francophones à qui elle apprend à lire et à écrire le français. Le périple de tous ces jeunes illustre à merveille celui des enfants du film. Ils viennent de pays lointains. Il leur faut absolument apprendre pour pouvoir s’en sortir, d’autant qu’ils sont peut-être sans ressources ou même sans papiers.

Elèves, enseignants, accompagnants de Mémoire 2000, nous sommes tous très émus de les entendre, dans un français encore hésitant, conter leurs parcours acrobatiques.

L’école française les accueille. Elle les confie à des professeurs qualifiés et passionnés.

C’est vraiment formidable.

Conseil d’amie : courez voir ce film ou procurez-vous un DVD pour le regarder en famille.

Hélène Eisenmann


Journal de Janvier 2015: compte-rendu de notre séance-débat du 20 novembre 2014

2 mars 2015

les-sentiers-de-la-gloire-avis-le-bric-a-brac-de-potzinaLES SENTIERS DE LA GLOIRE

Séance du 20 novembre 2014

Thème : La guerre de 14/14 (100 ans)

Débattrice : Madame Benistant

Qui se souvient que ce film, présenté une seule fois en Belgique en 1958, réalisé en 1957 et retiré de l’affiche jusqu’en 1975 date à laquelle ce film américain a été enfin autorisé à sortir en France ?

En effet, l’histoire d’une mutinerie pendant la guerre de 14/18 a été jugée trop critique contre l’armée et ses dirigeants. Certains spécialistes y avaient vu une œuvre anti-française réalisée à dessein par les Américains.

Mais Stanley Kubrick s’en est défendu en déclarant “ce film n’est en aucun cas ni pour ni contre l’armée, au maximum c’est un film contre la guerre”.

C’est un film dur, aussi dur que le sujet qu’il traite. Aussi les jeunes qui assistaient à la séance (ils étaient près de 150) semblaient heureux que l’un de leurs professeurs d’histoire présents leur donne des explications. En effet c’est Mme Benistant, du Collège Georges Duhamel, qui s’était proposée de remplacer le débatteur défaillant ce matin là et elle l’a fait avec énergie et en apportant beaucoup de précisions sur le sujet traité.

Nous l’en remercions vivement !

Venons en aux questions : Marion, élève de 3ème, est terriblement choquée que l’on ait exécuté trois soldats choisis par hasard. Hélas cela s’est produit plusieurs fois et notre débattrice précise qu’il y a eu environ 650 exécutions par représailles ou soi-disant insubordination. Parmi les moments les plus terribles montrés dans ce film, celui-ci dépasse tous les autres en horreur…

Certains élèves tiennent à faire remarquer qu’il y a une grande différence entre le front, les tranchées où les soldats se meuvent dans la boue parmi les rats, alors que dans le grand château à l’arrière, on voit les officiers discuter sans fin. Parmi eux, le Colonel Dax, (Kirk Douglas, superbe !) est le seul messager entre ces deux mondes.

Le bombardement des ses propres troupes ordonné par l’un des officiers provoque évidemment la stupéfaction chez nos jeunes spectateurs…

Manon, toujours elle, fait remarquer que dans ce film sur la guerre en majorité franco-allemande, on entend une seule voix de cette nationalité, celle d’une femme qui chante pour les soldats français…

Le moment fort du film, l’attaque de la colline, alors que les officiers savent très bien qu’elle est surement imprenable, fait réagir les élèves qui ont découvert l’incompétence des généraux qui, pour la gloire, n’hésitent pas à envoyer “les torses contre les mitrailleuses”. Notre débattrice conclut en citant les batailles les plus meurtrières, Verdun, la Somme, qui ont fait des milliers de victimes et en cite les chiffres terribles qui impressionnent nos jeunes spectateurs. Ceux-ci vont quitter la salle en silence, mais ils n’en auront pas fini avec cette guerre qui est non seulement à leur programme mais aussi dans tous les médias actuels et dans toutes les commémorations. Gageons que les images si dures qu’ils ont découvert ce matin resteront dans leur mémoire et leur donneront envie d’en savoir plus sur cette page affreuse de l’histoire.

Claudine Hanau


Journal de Janvier 2015: compte-rendu de notre séance sur « Pétain »

2 mars 2015

en25906Mémoire 2000 avait programmé pour le mardi 9 décembre, un film sur le Maréchal Pétain. Malheureusement, plusieurs classes qui avaient effectué une réservation ont dû, au dernier moment, renoncer à venir pour des raisons administratives.

Les membres de Mémoire 2000 ont néanmoins assisté à la projection de ce film, et cela nous a conforté dans notre décision de le projeter de nouveau aux élèves des lycées et collèges au cours de l’année 2015. Il s’agit en effet d’un film documentaire très instructif et en tous points remarquable, réalisé par Paule Muxel et Bertrand de Colliers, comprenant des documents d’époque filmés, alternant avec de nombreuses interventions d’historiens de renom et de personnages politiques (Henry Rousso, Robert Paxton, Marc Ferro, Robert Badinter, Denis Peschanski…). Nous pensons qu’il complètera utilement l’enseignement dispensé par les professeurs d’histoire.

Guy Zerhat