Compte-rendu de la séance du 15 novembre, rédigé par Arlette Weber avec la contribution de notre intervenante Laure Ferry

Les garçons et Guillaume à table !

Un film de Guillaume Gallienne (France et Belgique, 2013)

Deux classes de seconde du lycée professionnel Pierre Lescot (78001) étaient présentes avec leurs enseignants.

Après une introduction par Jacinthe Hirsch sur la présentation de l’association et du film (rappel du double rôle de Guillaume Gallienne fils /mère), les élèves ont semblé très attentifs durant le film mais la fin a été accueillie dans un grand silence.

L’intervenante Laure Ferry, psychologue en CMP et CMPP, a eu beaucoup de mal à lancer la discussion et peu d’élèves se sont exprimés : le film les a-t-il déroutés ? C’est fort possible au vu de l’excitation des élèves pendant les scènes autour de l’homosexualité supposée de Guillaume. La fin du film où le héros se révèle hétérosexuel a déçu la 1ère rangée de garçons qui a préféré se retirer dans un sommeil prudent durant tout le débat après s’être montrés réactifs aux scènes chaudes. La pudeur a-t-elle bloqué la parole ?

Un premier garçon prend la parole, il interviendra à plusieurs reprises ensuite. Pour lui, le fait que Guillaume se ressente femme vient du fait qu’il a été conditionné. On l’a habitué à se penser fille, il est prisonnier de cette image. « Mais, conclut-il, il a un « engin » ça ne peut pas être une fille. »

Puis une fille précise : « En fait, Guillaume est adolescent, quand on est adolescent, on ne sait pas trop ce que l’on est, on se cherche, on hésite. »

Laure Ferry souligne l’intérêt de ces deux interventions et questionne « Qu’est-ce que ça veut dire, d’être une fille ? »

Les réponses portent sur le physique. 

Puis, le premier garçon explique la différence entre une fille et un garçon : l’homme est fort, il ne pleure pas, il défend les filles, ils ont une force mentale qui les amène à se dépasser.

Des filles expriment leur désaccord quant au fait d’être sensibles ou de pratiquer des sports de défense. Le même garçon parle du courage des femmes lors des accouchements, car elles endurent de grandes souffrances dans ces moments. 

Laure Ferry reprend. Au-delà de tous les signes physiques et organiques, il y a quantité de traits qui ne sont pas le physique. Il y a des représentations sociales de ce que doit être une fille ou un garçon. Par exemple, dans notre société encore, on pense que les garçons doivent être courageux et forts, alors qu’on attendra des filles qu’elles soient douces et empathiques. 

Un autre garçon tient à préciser : « Vous avez fait une généralité en disant que durant l’adolescence, on ne sait pas bien qui on est, qu’on se pose la question de notre orientation sexuelle. Mais il y a beaucoup d’ados pour qui ce n’est pas une question. Ils sont bien sûrs de ce qu’ils sont. » Il porte la parole d’un grand nombre silencieux. 

Laure Ferry précise que dans la construction de soi, il n’y a pas que l’anatomie. Il y a toutes les identifications qui sont en jeu. Et que même l’anatomie est définie selon certains critères qu’on pourrait questionner. 

A propos des représentations du masculin et du féminin, Rose parle des amazones, guerrières du Bénin qui sont sélectionnées pour leur courage, adresse et force physique et mentale. Personne ne semble connaitre cette catégorie. 

Laure Ferry ramène le débat sur les attentes de la société en citant une recherche de Carol Gilligan qui a étudié des groupes d’enfants et qui a constaté que les normes de genre se construisaient avec la socialisation à l’école. Par exemple, jusqu’à 4 ou 5 ans, il n’y a pas de différences notables entre les comportements des garçons et des filles. Progressivement, les garçons apprennent que pleurer c’est la honte, et qu’il ne faut pas le faire sinon on « passe pour une fille ». La masculinité ou la féminité, ce sont des choses qui se construisent, et qui ne sont pas innées. 

Un garçon précise: « on doit éviter de pleurer, sinon, les autres, ils vont se foutre de toi ». 

Le même jeune dit que c’est important d’apprendre à devenir un homme car les femmes aiment les hommes virils qui ne se comportent pas comme des enfants.

Laure Ferry tente alors de rebondir sur ces allégations : « mais qu’appelez-vous viril ? »

Le garçon qui parle intervient : « Si je perds quelqu’un que j’aime et que je pleure, je risque la dépression. Pleurer en public c’est risqué. C’est intime, je garde ma souffrance pour moi. »

Une jeune fille affirme son désaccord « on est tous humains et on a le droit de pleurer »

Laure Ferry revient sur le moment du film ou Guillaume dit effectivement cette phrase en s’adressant à sa mère : « Les garçons, ça pleure pas. » On voit bien comment ces injonctions sociales s’infiltrent partout. 

Si on prend l’exemple du film, la lecture de Guillaume Gallienne pour expliquer les questionnements qu’il a eu autour à la fois de son identité de genre et son orientation sexuelle trouvent leur origine dans son besoin à lui de se différencier de ses frères, et le besoin de sa mère d’avoir une fille. Ca, c’est son point de vue à lui. Ce qui est en tout cas intéressant, c’est que ça nous permet d’entendre que la question des identifications, et des assignations par l’autre ont des effets sur les personnes. 

Un garçon intervient pour dire que si Guillaume se prend pour une fille, c’est parce qu’il a envie d’être un garçon. Il pense que chez les homosexuels, il y en a qui font les filles et d’autres qui font les hommes. Il suppose qu’un homme efféminé homosexuel est en fait un homme qui veut être une femme. Laure explique qu’il est important de dissocier le sexe biologique, les identités de genre, et les orientations sexuelles. 

Un garçon demande ce qu’est la transidentité. 

Laure Ferry explique qu’une personne trans est une personne qui a été assignée soit garçon soit fille à la naissance. C’est à dire que les médecins, à partir de l’observation des organes génitaux visibles du bébé, ont déterminé un sexe. Mais que les personnes trans ne s’identifient pas au genre qui leur a été assignées. Elles peuvent aussi si elles le souhaitent décider d’engager des protocoles médicaux : cela peut inclure un protocole hormonal, c’est-à-dire soit des œstrogènes dans le cas des femmes trans, soit de la testostérone dans le cas des hommes trans. Ou encore une mastectomie, ou encore une réassignation sexuelle, c’est-à-dire une opération génitale. Par ailleurs, les personnes trans peuvent faire des démarches pour changer administrativement leur genre de naissance ainsi que leur prénom. Mais il n’est pas nécessaire d’engager ces protocoles pour être une personne trans. 

Elle précise aussi qu’ils existent tout un champ des possibles concernant la question de la transidentité et de l’orientation sexuelle. On peut être homosexuel sans aucune envie de s’engager dans une transition, on peut être hétérosexuel et trans, on peut être homosexuel et trans, etc… 

Laure Ferry conseille pour ceux que cela intéresse une mini-série documentaire sur You Tube : « Océan ».

Laure Ferry conclue sur l’idée que le parti pris du film était de décrire le parcours d’un garçon qui avait dû lutter dans sa famille pour qu’elle accepte son hétérosexualité. Et qu’il est important de pouvoir renverser le propos et se rappeler qu’encore aujourd’hui, être homosexuel ou trans est souvent mal accepté par les familles et la société et qu’il y a encore beaucoup de discriminations faites à ces personnes-là. 

Les élèves étaient très réservés et ont eu du mal à répondre aux questions soulevées par les adultes. 

Il ressort néanmoins que pour ceux qui ont pris la parole le déterminisme biologique ainsi que les stéréotypes de genre étaient très présents dans leur propos.

De plus, il est également très vraisemblable que la famille de Guillaume était à mille lieues de leur monde et que ce « mode relationnel » ne leur parlait pas du tout. 

Nous avons été surprises par l’intervention d’un jeune homme parlant du conditionnement dès la naissance : « Si on est élevé comme un terroriste, on devient un terroriste ». 

Est-il aisé dans cet âge adolescent de concevoir l’idée de libre-arbitre ? 

Comme lors de chaque séance, nous ne pouvons évaluer ce qui restera de ces échanges. Les professeurs continueront la réflexion dans les classes avec l’espoir d’une mise en question des représentations normées entendues lors de ce débat. 

Arlette Weber, avec la contribution de notre intervenante, Laure Ferry

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