Journal d’octobre 2019 : notre séance-débat sur le racisme anti noir

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Séance du 8 octobre 2019

Thème : Le racisme anti noir

Débatteurs : Audrey Celestine et Dr Daniel Talleyrand.

Green book, Livre vert, guide touristique indiquant les hôtels et restaurants autorisés “aux gens de couleur” : The negro travelers’.

 

 

C’est l’histoire (vraie) de la relation entre le pianiste afro-américain Don Shirley et le “videur” italo-américain “Tony Latchach“ – de son vrai nom Frank Anthony Vallelonga. Les deux hommes se retrouvent ensemble sur les routes de l’Amérique profonde : celles, ségrégationnistes, du sud du pays, dans les années 60, à l’occasion d’une tournée de concerts.

Le sophistiqué Don Shirley a besoin d’un chauffeur garde du corps, alors que le bourru Tony Latchach a besoin d’argent. Les deux hommes, tous deux imbus de leur personne, vont apprendre à s’apprivoiser malgré leurs préjugés respectifs (l’un, raciste, envers les Noirs ; l’autre, hautain envers les prolos).

Le débat était animé, en binôme par Audrey Célestine, maître de conférence à Lille III, spécialiste des questions d’identités, de racisme de racialisation et de sociologie de la mémoire, ainsi que par le Docteur Daniel Talleyrand, pédiatre – santé communautaire, fondateur de l’association “Maison d’Haïti-France”, lieu d’échange et de partage entre la France et Haïti.

Salle comble ce mardi 7 octobre, 230 élèves, des adultes assis par terre, faute de place, on n’avait jamais connu une telle affluence ! Cependant, dès les premières images, le silence s’est imposé et c’est dans un respect total pour le film que pendant 2h10, nous n’entendons que les respirations ponctuées parfois de rires à l’évocation de la méconnaissance du chauffeur (il parle de l’opéra “les orphelins”, alors qu’il s’agit d’Orphée aux enfers, par exemple…). Salve d’applaudissements à la fin de ce film magnifique.

Une première interrogation de Moussa, élève de 3°: Y-a-t’il toujours du racisme aux Etats-Unis comme on le voit dans le film ?

– Certes, les préjugés ont baissé, répond Audrey Célestine, mais le côté systémique fait toujours partie du paysage américain. Dans les faits, le racisme s’exerce encore malgré l’illégalité. Date cruciale de l’Histoire des Etats-Unis : l’abolition de l’esclavage en 1865 a paradoxalement marqué pour la communauté noire le vrai début du combat pour l’égalité. Instaurés par un Sud revanchard, les codes noirs ont débouché sur la ségrégation et instauré un climat de terreur.

Emmanuel : Y-a-t’il actuellement une différence entre racisme Nord et Sud ?

– La ségrégation a commencé dans le Nord mais a été plus marquée dans le Sud par la suite, répond Daniel Talleyrand, mes ancêtres haïtiens ont fait la guerre auprès des américains, ils étaient ensuite à la bataille de Savana avec l’armée française. L’indépendance des USA n’a pas été proclamée d’un seul coup (1776). Les Haïtiens sont allés se battre seuls puisqu’ils étaient indépendants, ils ont fondé Chicago ! Prenons un peu le temps de la réflexion entre Blancs et Noirs !

Applaudissements de la salle. Visiblement, les enfants sont touchés par ce médecin haïtien qui prend la peine de leur parler avec son cœur.

Quelle est l’origine du racisme ? demande un garçon, avez-vous une réponse claire ?

– Le racisme, enchaine A. Célestine est ancré dans une haine pour celui qui est différent. Il y a 5 siècles, débarquait le premier groupe d’Africains pour remplacer les indiens (les peaux rouges), tous massacrés parce que différents. Ils ont été réduits à l’esclavage, il fallait des bras pour couper les cannes à sucre et faire les travaux durs des champs de coton en particulier ; en Haïti, ce sont également des noirs qui ont remplacé les Indiens. Quand l’esclavage a été aboli, la haine n’a pas disparu. Quand on parle de “Blancs” et de “Noirs”, on continue de diviser le monde ; les catégories raciales sont des constructions historiques. A la question d’une jeune fille : une des raisons données pour justifier l’esclavage : les noirs ont-ils une meilleure résistance au travail ?

– C’est une absurdité répond D. Talleyrand, après que les Amérindiens furent tous décimés par les Blancs, on a entendu tout et son contraire. Ne perdez pas de vue que l’esclavage est du travail forcé, le racisme justifie un système économique favorable aux exploiteurs. Les enfants, dès 14 ans, étaient enrôlés pour ce travail forcé gratuit bien entendu. Des millions de Noirs sont morts au travail après moins de 5 ans d’esclavage ! (rappel du Code Noir). Au Brésil, la reproduction intensive d’êtres humains était pratiquée précisément pour le renouvellement d’esclaves morts au travail !

Pourquoi, les esclaves ne se révoltaient –ils pas ?

– En effet, on pourrait penser que c’était simple vu le nombre : en 1789, il y avait 450 000 Noirs, 30 000 Métis, soit 1 Blanc pour 15 Noirs. Mais les armes étaient du côté des Blancs tout puissants. Cependant, une révolte plus sourde existait. Les femmes, par exemple avortaient dès qu’elles se savaient enceintes pour ne pas fournir de “chair d’esclaves”, empoisonnaient les maîtres avec des plantes trouvées sur place etc. Les propriétaires terriens ont eu peur du pourcentage élevé d’esclaves qui pourraient se révolter, ce qui a d’ailleurs aboutit plus tard à la guerre de Sécession.

Une élève demande : quand considère-t-on qu’on a un propos raciste ?

1 – La loi : le racisme et les propos racistes sont punis par la loi

2 – Le contexte d’énonciation imaginaire. Dans certains pays, parler de “pastèque” à propos d’un être humain est considéré comme propos raciste, dans d’autre c’est la banane…

3 – Ce qui se passe actuellement aux USA est préoccupant. Trump s’inscrit dans un contexte ancestral, le courant fort est le nativisme (né sur le territoire), et éliminant tout ce qui n’est pas anglo-saxon, ainsi que les catholiques et les juifs.

4 – Les catégories raciales changent. Dans le film on observe que l’italien n’est pas identifié comme blanc mais est traité de “moitié nègre”.

book_714_thumbnail_frEnfin une jeune fille pose la question suivante : Les enfants ne naissent pas racistes, qu’est-ce qui fait qu’au cours des siècles, ils le soient devenus ?

– En effet un enfant ne fait aucune différence quant à la couleur de peau de ses petits camarades, l’important pour eux étant de s’identifier.

Enfin, il n’est pas nécessaire d’avoir inventé des choses extraordinaires pour avoir le droit d’être reconnu. Le listing de tous ces Noirs formidables reconnus parce que sur le devant de la scène, est inutile. S’ils n’avaient rien inventé qui nous soit familier au quotidien, cela justifierait-il qu’on en fasse des sous-humains…? Jamais je n’ai douté de leur humanité. Nul besoin à moi de la prouver.”  a conclu notre débattrice Audrey Célestine,  auteur de Une famille française aux éditions Textuel, 2018 (cliquez sur le lien)

 

Joëlle Saunière

 

 

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