Journal de Janvier 2020 : notre séance-débat sur la chute du mur de Berlin

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Good bye Lenin

Séance du 19 novembre 2019

Thème : La chute du mur de Berlin (30 ans)

Débattrices : Marie-Claude Ferber et Dominique Gelin

 

 

La famille Kerner vit à Berlin-Est. Le père a fui en 1978 vers l’Ouest et ne donne plus de nouvelles. La mère s’investit alors dans la vie politique du régime communiste du pays.

En octobre 1989, elle est invitée pour les cérémonies de commémoration du 40°anniversaire de la RDA. Devant une manifestation d’étudiants où elle aperçoit son fils, elle est victime d’un infarctus et tombe dans le coma pendant 8 mois.

A son réveil, ses enfants lui cachent la vérité, car ils craignent que le choc lui soit fatal : Le mur de Berlin est tombé le 9 novembre 1989 !…

Un feu d’artifice accompagnant les cendres de la mère est la dernière image de ce film, quasiment couvert par les applaudissements des élèves qui sont  sous le charme (ou le choc ?) pendant les deux heures de projection.

En effet, la version originale (allemand, sous-titré français) n’a pas semblé gêner les élèves bien que nous ayons accueilli deux classes UPE2A, c’est-à-dire non francophones, pour lesquelles le concept du film en allemand pouvait sembler plus compliqué.

Cependant, les questions restaient “muettes”, difficile peut-être de comprendre ce film aux multiples thèmes : la répression, le mensonge, le manque de liberté etc.

Nos deux débattrices, Marie-Claude Ferber ainsi que Dominique Gelin, ont alors pris la parole et ont expliqué leur enfance  ainsi que leurs voyages respectifs en RDA, avant l’effondrement du régime communiste.

On a vu dans le film qu’il était difficile de trouver des produits non fabriqués en RDA, par exemple, lorsque la mère se réveille, elle demande des cornichons du Spreewald et du café Mocca fix. Son fils fait les poubelles pour trouver les anciens emballages…

A la question d’une élève : Pourquoi ne pas dire la vérité aux enfants à propos du père ?

Dominique Gelin explique que le père était parti, non pas pour suivre une autre femme, comme la mère le fait croire à ses enfants, mais puisqu’il n’était pas inscrit au parti communiste, sa carrière était bloquée, la STASI veillait.  Le rideau de fer empêchait les deux mondes (capitalisme et communisme) de se rencontrer. Donc la mère craignait de se faire retirer ses enfants et d’être elle-même emprisonnée.

Et que s’est-il passé après pour le père ?  demande un élève…

C’est un film et non pas une “série”, le scénario est terminé ; cela dit on voit le père à la fin qui est présent pour la dispersion des cendres de son ancienne femme.

L’infirmière Lara explique la vérité à la mère, pourquoi ?

C’était une manière de l’amener doucement vers la vérité. Il ne faut pas oublier, nous dit M-C Ferber, que les Hongrois avaient ouvert leur frontière quelques mois auparavant, quelques Allemands fuyaient vers l’Ouest, puis le gouvernement a lâché du lest petit à petit. A Berlin, on a gagné la liberté mais du jour au lendemain, il n’y avait plus rien dans les boutiques (on le voit dans le film), la liquidation des produits de l’Est s’est faite en une nuit pour les remplacer par ce qui venait de l’Ouest : Coca Cola, burger… très chers. D’autre part, les Allemands de l’est découvrent ce que signifient le chômage, la crise du logement, les prix des loyers qui s’envolent ! Beaucoup de femmes ont émigré à l’Ouest, mais ont vite déchanté : pas de crèches pour leurs enfants, difficultés pour se loger, les fonctionnaires n’avaient pas les mêmes salaires s’ils venaient de l’Est, enfin en découvrant la liberté, elles perdaient une certaine qualité de vie qu’elles avaient à l’Est. Ostalgie dit-on si souvent, néologisme de nostalgie…

Pourquoi la mère est choquée quand elle entre dans l’ascenseur ? Vous n’avez rien remarqué ?  demande D. Gelin. Dans cet ascenseur, il y avait une croix gammée, ce qui était impensable en Allemagne de l’Est car le pays avait organisé dès l’après-guerre une dénazification et réalisé un important travail de mémoire.

Pourquoi ce mur ?

Il faut se souvenir qu’après la guerre (1939/1945), l’Allemagne fut partagée entre 4 pays : les Russes à l’est, les Américains au centre, les Anglais au nord et les Français au sud. Les Russes avaient organisé les études gratuites pour tous. Les étudiants une fois formés partaient tous à l’ouest. Les Russes imaginèrent donc ce mur pour éviter les fuites de cerveaux, mur de la paix disaient-ils, mur de la honte pour le reste du monde !

Angela Merkel  accueille les migrants mieux que quiconque en Europe. Mais l’AfD (parti d’extrême droite sur l’échiquier politique allemand) s’oppose à la CDU,  l’AfD utilise le mal être d’un peuple qui s’est senti envahi par l’Est d’une part et par les migrants d’autre part. Actuellement, les problèmes de propriété ne sont toujours pas réglés : pendant la guerre, ce sont les juifs qui ont été spoliés, puis avec la fuite des Allemands de l’est, la situation est devenue encore plus complexe quand des appartements vides ont été réoccupés. Et cela n’est toujours pas réglé.

Enfin, une professeure interpelle les deux débattrices : Avez-vous des éléments de comparaison entre les deux Allemagne, enfin je veux dire, avez-vous quelques anecdotes?

-Lorsque j’étais étudiante à Berlin ouest, j’avais quelques relations à l’est. Un jour je me suis rendue chez des amis à l’est, il fallait bien entendu s’inscrire au commissariat en amont et se désinscrire en partant. Cette fois, j’avais oublié de me désinscrire. Les gardes m’ont empêchée de repartir, malgré de longues palabres, j’ai dû dormir sous une tente en attendant le lendemain matin, heure à laquelle je pouvais me rendre au commissariat.

-Une blague circulait en RDA, pour obtenir une voiture (Trabant, unique modèle autorisé), il fallait la commander à la naissance de l’enfant pour avoir une chance qu’il l’ait quand il serait en âge de passer son permis de conduire ! C’est pour cette raison que dans le film, la mère est très étonnée que son fils ait réussi à avoir sa Trabant en moins de trois ans !

Mais ce que je peux vous dire, c’est qu’il y avait une grande solidarité entre tous. Le contact humain était plus fort que les biens matériels.

C’est sur cette note d’espoir positif que nous avons terminé la séance à la satisfaction exprimée de tous.

Un grand merci à Dominique Gelin et à Marie-Claude Ferber qui ont si bien illustré cette période mal connue 30 ans après.

Joëlle Saunière

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