Journal de Juillet 2019 : notre séance-débat du 14 mai 2019

 

Elephant_Man

 

 

 

The Elephant Man

Séance du 14 mai 2019

Thème : Le handicap

Débattrice : Nadine Eisenmann

 

 

 

 

 

John Merrick, l’homme éléphant, hideusement déformé, est exhibé dans des foires par son “propriétaire”.
 Un jeune chirurgien réussit à le faire admettre dans son hôpital et se bat pour lui rendre sa dignité d’homme. Ceux qui l’exploitent tâchent de le récupérer. Ce chef d’œuvre de David Lynch nous fait vivre l’évolution du regard sur cet objet de terreur qui se révèle le plus sensible des hommes.

Nadine Eisenmann, notre débattrice, a été secrétaire générale de l’Institut des jeunes sourds. Elle propose d’échanger autour de ce que l’on ressent, peur ou sympathie pour ce personnage. Dans un premier temps, les élèves ne sont pas prêts à exprimer leurs sentiments et évoquent le contexte historique ou questionnent sur la réalité de cet homme éléphant. Nadine Eisenmann interroge alors : “Est-ce un monstre ?” “Un moment très émouvant pour moi, dit une élève, c’est lorsqu’il dit : – Je suis un être humain”. Un autre: “J’ai compris que c’est le fait d’être aimé, l’attention qu’on nous porte qui fait de nous des humains. “
Puis le débat revient sur les personnages, ceux qui éprouvent de l’empathie pour John Merrick. Mais aussi, ceux qui viennent le voir dans sa chambre d’hôpital, la bonne société invitée le jour et la foule emmenée, la nuit, par le gardien qui fait payer la visite au monstre. Une élève conteste le classement des personnages en deux catégories, ceux qui auraient de l’empathie et ceux qui vont au spectacle de l’horreur. Elle précise : “On voit une évolution des personnages, ceux qui éprouvent d’abord de la peur puis progressivement de la sympathie, comme la jeune infirmière.” Le débat revient vers la question du handicap à notre époque. Une jeune fille : “Face à un handicapé, j’ai peur de mes propres réactions, d’en faire trop ou d’être maladroite.” “Souvent, notre ignorance peut nous amener à avoir de mauvaises réactions. C’est parce que l’on ne comprend pas.”

Nadine Eisenmann explique qu’un handicap invisible, comme la surdité, peut aussi susciter des réactions agressives : “pourquoi il ne réagit pas quand je lui parle !” Une élève note : “ Maintenant, on a l’impression qu’on va être plus ouvert d’esprit, mais on continue d’avoir des réactions de rejet.” Une autre propose : “Plus jeune on est confronté au handicap, mieux on le comprend.” Les élèves de Camille Sée évoquent les élèves autistes de la classe d’Ulis: “C’est bien qu’il y ait cette classe au collège, ça m’a appris, maintenant je suis habituée, je n’ai pas de réaction disproportionnée. Tous les élèves reçoivent une information à l’entrée en 6°”. Quelqu’un propose : “Les relations avec un handicapé seront différentes selon la proximité que l’on a avec lui, si c’est quelqu’un de notre famille, on le comprendra mieux qu’un inconnu.” Un autre n’est pas d’accord : “on peut très bien rejeter un handicapé dans sa propre famille”. Un garçon évoque son expérience : “En CM1 CM2, j’étais ami avec un enfant différent. J’essayais de l’aider mais je voyais bien que les autres me critiquaient et me rejetaient si j’allais avec lui. Je l’aidais quand les autres ne me voyaient pas.” Un camarade le critique de ne pas avoir eu le courage de le défendre malgré les moqueries des autres. Il lui est rappelé le poids de la pression du groupe, encore plus important à cet âge. Une fille rappelle l’importance de l’éducation, ce sont les parents qui apprennent à ne pas rejeter un handicapé. “Oui, reprend celui qui a évoqué son expérience en CM2, mais l’éducation, c’est difficile, ça prend du temps, parce qu’un enfant, c’est très têtu, ça préfère écouter ses camarades que ses parents.”

Le débat a été nourri et se prolongera. Mais après coup, je me demande si le choix de ce film autour d’un cas si spectaculaire était approprié pour traiter du regard porté sur le handicap. Les collégiens ont manifesté une grande aisance dans le débat, sachant confronter des points de vue contradictoires mais le thème proposé passait parfois au second plan devant l’intensité émotionnelle de cet objet d’effroi devenu si attachant.

Jacinthe Hirsch

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