Journal de Juillet 2018 : La montée des démocraties illibérales en Europe centrale

A l’occasion du colloque de JCALL, “Israël, la démocratie menacée”, Jacques Rupnik, directeur de recherche à Sciences Po Paris, a présenté l’évolution de ces démocraties d’Europe centrale qui mettent en cause les fondements de la démocratie. Il souligne d’abord le paradoxe des liens étroits d’Israël avec les gouvernements de Hongrie, de Pologne, de Tchéquie et Slovaquie.

Qu’est-ce qu’une démocratie illibérale ? Le concept est proposé par Fareed Zakaria, journaliste américain, spécialiste des relations internationales.

Trois points essentiels caractérisent cette dérive : le premier, c’est le fait de se dispenser de la séparation des pouvoirs, ce qui fait l’état de droit. Ces gouvernements s’arrogent le monopole des institutions politiques contre les institutions qui régulent et qui contrôlent. Ainsi, en Hongrie, des attaques sont lancées contre la Cour Constitutionnelle.

Le second point, c’est le contrôle des médias, dans l’audiovisuel public. En Hongrie encore, le gouvernement prétend créer une commission spéciale chargée de veiller à l’objectivité dans les médias mais cette commission est dirigée par un proche du pouvoir qui contrôle ainsi le discours politique.

Le troisième point concerne la société civile. En Hongrie, les ONG sont soumises à l’obligation de déclarer le montant et la source de leurs financements. Depuis plusieurs années, les fondations Open Society du milliardaire américain George Soros sont la cible des critiques de Viktor Orban. Celui-ci mène une campagne de dénonciation contre un “réseau international sournois commandé par Soros, “financier de Wall Street”. Il n’a même pas besoin de préciser “financier juif”, le sous-entendu est clair pour tous. En mai, peu de temps après la conférence de Jacques Rupnik la menace devient telle pour les personnels d’Open Society, en Hongrie, que George Soros doit prendre la décision de déplacer le siège des fondations Open Society de Budapest à Berlin. En Hongrie, de grandes affiches “Stop Bruxelles” “Stop Soros” avaient envahi les murs.

Ces trois actions combinées, visent à laminer toute opposition politique. Dans la sphère de la culture, les subventions sont supprimées aux institutions culturelles qui ne suivent pas la ligne du gouvernement. Tout cela accompagne la montée d’un nationalisme ethnique qui prend appui sur le contexte de la crise migratoire avec l’idée d’une nation à protéger contre les invasions extérieures.

Cet antilibéralisme se déploie aussi autour des questions de société. Tout ce qui s’apparente au multiculturalisme, à la théorie du genre, au mariage gay doit être démoli au nom de la défense de la famille et de la nation appuyée sur un socle chrétien. L’Europe est vue comme la porte ouverte à tous ces courants de pensée à combattre.

Pourquoi ces États d’Europe centrale à la situation économique florissante sont-ils si sensibles aux discours nationalistes et xénophobes ? C’est une question de démographie. Ces petits états récents se sentent vulnérables, ils ne sont pas assez nombreux. Ils ont vécu des exodes importants : 15 à 20 pour cent de leur population a émigré. Arrivent des migrants du Moyen-Orient et avec eux l’angoisse de la disparition de la Nation.

En Europe centrale, l’arrivée de Trump et du Brexit ont été salués comme des victoires. Orban exulte : “Après 89, on pensait que l’Europe était notre avenir, maintenant nous sommes l’avenir de l’Europe.” Le président tchèque se réjouit : “Je suis le Trump tchèque”. Il s’agit aussi d’états homogènes n’ayant pas eu de migrants d’Afrique ni du Moyen-Orient, pour des raisons historiques. Ce nationalisme d’homogène garde sa composante antisémite. En Pologne, demeure un antisémitisme sans juifs. Après 20 ans d’effort pour accommoder l’apport des juifs en Pologne, le gouvernement vient de produire une loi qui proscrit l’appellation de “camps d’extermination polonais” suggérant que les Polonais aient pu participer à ces crimes. Cette loi “mémorielle” a été votée pour protéger l’honneur de la Pologne. Le débat historiographique est banni par la loi.

En Hongrie, le parti de Victor Orban a dévalisé le magasin Jobik. Ce parti d’opposition xénophobe et antisémite se redéfinit maintenant comme parti de centre droit.

Fragile démocratie européenne, menacée à l’Est par ces dérives xénophobes et maintenant au sud en Italie avec les soubresauts de la formation d’un gouvernement d’alliance entre la Ligue (extrême droite) et le mouvement 5 étoiles (M5S antisystème).

Saluons le courage du Président Sergio Mattarella qui s’est posé en gardien intransigeant de la Constitution en refusant le 27 mai, la nomination du ministre de l’économie Paolo Savona. Il s’est ainsi posé comme garant des engagements européens et démocrates de son pays. Mais les péripéties de la crise gouvernementale en Italie sont loin d’être terminées. Et la santé démocratique de l’Europe est toujours menacée.

Jacinthe Hirsch

 

 

 

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