Journal de Janvier 2018 : “Syrie, le cri étouffé” de Manon Loizeau, coécrit avec Annick Cojean

Unknown

Maryam, l’une des femmes qui témoignent 

C’est un documentaire saisissant et remarquable que France 2 a diffusé mardi 12 décembre dans “Infrarouge”.

Sa réalisatrice, Manon Loizeau, reporter de guerre et prix Albert Londres, reconnue notamment pour son travail sur la guerre de Tchétchénie, a donné à entendre les témoignages de femmes syriennes violées pendant la guerre civile syrienne par les troupes de Bachar El Assad.

D’une grande délicatesse et pudeur dans la réalisation, monté suivant une chronologie précise du développement de la guerre civile, avec des images clandestines des premières manifestations pacifiques contre le régime syrien en 2011 réprimées dans le sang, la réalisatrice a permis à ces femmes d’évoquer l’impensable, l’effraction de la violence la plus effroyable dans leur corps et celles de leurs compagnes de captivité, une violence d’autant plus sidérante que le corps de la femme est sacré et sacralisé par l’Islam. “Il ne restait plus rien à prendre de moi, même mon âme avait disparu” témoigne l’une d’entre elles. “Le viol est pire que la mort” pour une autre qui ne s’est pas suicidée, à la différence de nombreuses femmes, parce qu’elle a des enfants.

Ces femmes, opposantes au régime syrien, évoquent les centres officiels et clandestins de torture et d’assassinat qui existent toujours aujourd’hui en Syrie et dans lesquels elles ont été incarcérées.

Leurs paroles constituent l’acte d’accusation le plus fort et bouleversant contre le régime de Bachar El Assad qu’il nous ait été donné d’entendre. Le régime actuel a délibérément décidé de briser la société syrienne en ciblant et violant les femmes engagées et les femmes de combattants, et en répandant la terreur, à l’instar de Daech, qui a également recouru aux viols des femmes Yézidis et chrétiennes notamment.

Le cri de ces femmes est d’autant plus étouffé, mais un peu moins désormais grâce au travail de Manon Loizeau et Annick Cojean, que la société clanique et traditionnelle syrienne rejette les femmes violées et leur fait porter la faute de leur viol.

L’une de ces femmes, Maryam, aujourd’hui réfugiée en Turquie avec ses cinq enfants, a vu sa propre mère la déclarer morte et son mari demander le divorce. Une autre femme évoque une jeune fille vierge, violée par les hommes de Bachar, et tuée après sa libération par son propre père “lavant” son honneur…

Ce documentaire nous fait aussi penser à toutes les femmes victimes de viols de guerre aujourd’hui de par le monde, en particulier les femmes Rohingya en Birmanie ces dernières années, les centaines de milliers de femmes de la République Démocratique du Congo depuis bientôt trois décennies…

L’information rigoureuse et la médiatisation sans manipulation sont l’une des rares, voire la seule bouée de sauvetage de ces femmes à travers le monde. Maryam, l’une des femmes syriennes qui témoigne si courageusement dans ce documentaire, va être soutenue financièrement pour l’école qu’elle a fondée à l’attention des fillettes mariées de force dans les camps de réfugiés : l’appel aux dons en sa faveur lancé par Manon Loizeau et Annick Cojean sur les réseaux sociaux a été largement entendu. Une lueur d’espoir malgré tout…

Rose Lallier

 

 

 

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