Journal de Janvier 2018 : compte-rendu de notre séance-débat autour du film « Laïcité Inch’Allah » de Nadia El Fani

cvbSéance du 14 novembre 2017

Thème : laïcité en pays arabe

Débattrice : Mme Nadia El Fani, réalisatrice du film

 

 

“Laïcité Inch’ Allah “est un documentaire sur la vie en Tunisie en 2010 pendant le ramadan, étendu, 3 mois plus tard, aux images de la révolution contre Ben Ali.

C’est notre débattrice, Nadia El Fani, qui en a été la courageuse réalisatrice.

Par un micmac trop long à expliquer, il n’y eut qu’une classe pour participer à cette séance : 25 élèves “de la diversité” en terminale technique au lycée Fresnel dans le 15° arrondissement, 23 garçons et 2 filles. Le débat fut étonnant, marqué par une agressivité progressivement sensible.

Contrairement à certaines autres séances, les questions n’ont pas manqué. Les garçons ont beaucoup parlé. Les filles, elles, n’ont pas ouvert la bouche.

“Comment avez-vous réussi à faire ce film en plein ramadan ?”

– Le ramadan m’a permis de voir que ceux qui ne le font pas doivent se cacher, mais qu’à la rupture du jeûne, tout le monde se retrouve. La religion entraîne beaucoup d’hypocrisie.

“Vous rendiez-vous compte des conséquences que pouvait avoir ce film ?’

– Les conséquences n’ont été que pour moi. Ce fut extrêmement dur. Une campagne de haine. J’ai même eu une plainte au pénal pour insulte à l’Islam et aux Musulmans. Ils ont saccagé le cinéma où avait eu lieu la projection. Alors que je suis à moitié tunisienne, pendant six ans je n’ai pas pu retourner en Tunisie où j’étais honnie. Tous mes films ont été interdits. Même en France, dans ce pays démocratique, j’ai eu des difficultés. Je voulais donner à ce film le titre Ni Allah ni Maitre, par analogie avec le journal d’Auguste Blanqui, Ni Dieu Ni Maitre. Mais, par peur des violences et pour qu’on accepte de passer le film, j’ai dû changer son titre en Laïcité Inch’Allah.

Dans la salle, une personne d’un certain âge, extérieure au groupe, prend la parole :

“Je vis en Angleterre. C’est la plus grande démocratie au monde, même si le chef de l’Etat est aussi le chef de la religion. On y vit beaucoup mieux qu’en France. On peut porter le voile en toutes circonstances et faire la prière au travail.

Elle est contrée avec force par notre débattrice qui explique qu’en Angleterre on est en train d’accorder aux Musulmans le droit de juger des mariages et des divorces selon la charia. C’est déjà le cas pour l’héritage, qui peut être très inégalitaire au profit des hommes.

Les garçons, après cette chaude discussion, se sentent encouragés à exprimer fermement leurs vues : “De tout temps les femmes ont été inférieures aux hommes”, dit l’un. “Pour les femmes il faudrait voir le verre à moitié plein. On ne peut pas leur donner tout d’un coup”, dit un autre. Et un troisième : “Vous êtes athée, vous ne pouvez pas avoir un vrai regard sur la religion et d’ailleurs, dans votre film, sur la laïcité, vous ne faites parler que des filles.”.

Nadia El Fari se défend courageusement. Elle fait face de tous côtés, Elle explique que, si ce sont les filles qui s’expriment, c’est parce qu’elles ont tout à y gagner. Elle défend à nouveau la laïcité avec force. La laïcité, pour un Etat, permet à toutes les religions d’exister sans que l’Etat s’en occupe. Puis, avec un brin d’humour et l’accent “beur” : “La laïcité, ne l’oubliez jamais, c’est : pas de kippa, pas de croix, pas de voile, hé, mes frères!”.

Aura-t-elle été entendue ?

Hélène Eisenmann

 

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