Journal d’Octobre 2017 : Fake news, nos démocraties menacées?

Le terme de “Fake news” a fait son apparition depuis quelques années, selon lequel nous vivrions désormais dans l’ère de la “post-vérité”, de “fausses nouvelles” présentées comme vraies et diffusées de manière virale via les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, Instagram etc…

Rappelons que la diffusion de fausses rumeurs n’est pas apparue avec la création des réseaux sociaux et que si le rôle fondamental des médias est de vérifier et recouper les informations, et d’établir les faits, l’histoire récente a montré que des médias parmi les plus illustres du monde ont été instrumentalisés pour diffuser des “fausses nouvelles” (charnier de Timisoara, affaire des couveuses au Koweït, armes de destruction massive en Irak etc.).

La multiplication de déclarations manifestement fausses – songeons à des affirmations du candidat puis du Président Donald Trump aux Etats-Unis, présentées par lui comme des “faits alternatifs“, ou encore la diffusion de fausses nouvelles sur l’immigration par des militants de l’AFD pendant la campagne législative allemande – est cependant un phénomène nouveau par son caractère massif et systématique. Dès lors, le travail de “fact checking”, de vérification des faits par les journalistes est devenu indispensable. La constitution de la rubrique des “Décodeurs” du Monde ou encore “Désintox” de Libération, la création du “CrossCheck” par Google en collaboration avec des médias comme l’AFP, Le Monde etc. pour l’élection présidentielle française, répondent à cette nécessité.

Mais ces initiatives ne suffiront probablement pas à rétablir la confiance d’une partie importante des citoyens envers les médias et les journalistes, ni à réconcilier les jeunes avec les médias traditionnels. Ces médias traversent une crise profonde, résultant d’une concentration extrême (en France, dix milliardaires possèdent la majorité des médias), de la révolution du numérique et de la précarisation des conditions de travail et de vie d’une majorité des journalistes.

Un autre phénomène à l’oeuvre depuis quelques années contribue également à la défiance envers les médias et à l’efficacité de leur lutte contre les fausses nouvelles, ainsi qu’au renforcement des théories conspirationnistes : la constitution de géants numériques privés en situation de quasi-monopoles, en particulier les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Ces géants investissent dans la presse, de manière indirecte ou directe comme pour le patron d’Amazon, Jeff Bezos, deuxième fortune mondiale, qui a acheté l’influent Washington Post.

Leur pouvoir est immense et la décision prise par Google, en avril dernier, de modifier son algorithme de recherche utilisé pour près de 93% des recherches sur internet effectuées dans le monde, a suscité une vive polémique. Ben Gomes, le vice-président de Google en charge du moteur de recherche, a déclaré que les modifications de l’algorithme étaient une réaction au “phénomène des fausses nouvelles, où le contenu du Web a participé à la diffusion d’informations manifestement trompeuses, de mauvaise qualité, offensantes ou carrément fausses”. Google a également recruté près de 10 000 personnes chargées de juger du sérieux des informations postées sur internet et de créer une liste de sites jugés peu fiables ou conspirationnistes. Le problème est que des sites internet progressistes, socialistes ou pacifistes renommés ont enregistré une chute importante de leurs résultats de recherche Google, suite à la modification de l’algorithme de Google…

Facebook a développé son propre outil (un drapeau rouge) pour alerter ses abonnés de la diffusion de fausses nouvelles publiées sur leur fil d’information. L’Allemagne a décidé de rendre les réseaux sociaux responsables de ce qui y est publié. En octobre prochain, ils disposeront de 24 heures pour retirer les commentaires ne respectant pas la Constitution allemande (incitant à la haine, au racisme et à l’antisémitisme notamment), sous peine d’importantes amendes. Là également, si la lutte contre les idées xénophobes et racistes est indispensable, le risque existe que le débat démocratique soit  pour partie aseptisé par un excès de prudence de la part des entreprises du net.

La lutte légitime contre les “fausses nouvelles” aboutit paradoxalement au risque de l’imposition d’une censure politique à l’échelle planétaire, censure qui pourrait être inspirée par la pensée “politiquement correcte”, et à la naissance d’un monde orwellien.

L’existence d’une presse plurielle, libre et indépendante des pouvoirs économiques et financiers, telle qu’elle fut établie en France à la Libération, est une nécessité vitale pour nos démocraties. La polémique actuelle sur les “fausses nouvelles” doit nous inviter à une réflexion renouvelée sur cet enjeu essentiel.

Rose Lallier

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