L’éditorial du journal: mourir à Alep

En Syrie où Daesh s’est implanté en 2014, Bachar Al Assad qui mène le combat contre son propre peuple a trouvé en Vladimir Poutine un allié de taille auquel le monde entier ne sait ni ne peut résister.

Le sinistre bilan, en ce début d’année est catastrophique: 300 000 morts depuis 2011, 6 000 000 d’exilés dont l’Europe ne sait que faire et à ALEP, la ville martyre 250 000 habitants retenus prisonniers de leur ville qui n’est déjà plus qu’un vaste champ de ruines : rien que pour le mois d’octobre, on a décompté 370 civils tués dont 68 enfants et pour le mois de novembre 750 dont 118 enfants ont été tués sous les bombardements, les missiles, roquettes, obus, bombes à fragmentation, barils de gaz toxiques déversés par l’armée syrienne appuyée par ses supporters iraniens, irakiens et afghans, avec le renfort des russes.

Face à cette descente aux enfers dont l’ampleur est connue depuis des mois, la communauté internationale parait impuissante, convoquant des réunions à répétition dont l’aboutissement est toujours le même : condamnations solennelles et communiqués indignés. Jamais et nulle part depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la guerre froide, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, figures de proue de l’occident n’ont semblé aussi faibles, face à une Russie devenue seule maître du jeu. L’aviation russe et les hélicoptères mènent des bombardements massifs pour terroriser la population et tout particulièrement les hôpitaux, se rendant coupable de crimes contre l’humanité. Le crime de guerre est devenu la norme à peu prés tolérée par tout le monde, hors quelques belles âmes droit-de-l’hommistes.

« Arrêtez ce carnage » s’insurgent les 223 organisations humanitaires internationales de toutes confessions qui ont lancé un appel mondial : « Nous appelons urgemment les Etats membres de l’ONU à intervenir, en demandant une session extraordinaire d’urgence de l’ONU pour exiger la fin de toutes ces attaques illégales à Alep et dans le reste de la Syrie et garantir l’accès humanitaire immédiat et sans entrave pour acheminer l’aide à tous ceux qui en dépendent. Les Etats membres devraient aussi considérer comment traduire en justice les auteurs de ces crimes, les plus graves qui se puissent commettre, quel que soit le camp d’où ils proviennent. »

Rien n’y a fait dès lors que toutes les résolutions du conseil de sécurité se heurtent au veto des Russes et des Chinois, et même après la prise d’Alep le vendredi 9 décembre, les tirs ont repris et la population civile prisonnière reste consignée sous les tirs croisés.

Que faire ? Comment réagir ? « La France ne peut pas rester silencieuse face à ce qui parait être l’un des plus grands massacres de civils depuis la seconde guerre mondiale »  déclare notre ministre des affaires étrangères.

S’il ya quelque chose à faire, est-ce à nous de le faire ?

Face à la barbarie, à l’inhumanité, à la violence et à l’indifférence des militaires chargés par le régime de Bachar Al Assad et celui de Vladimir Poutine d’expurger la Syrie des « terroristes » inspirés par Daesh.

Comment rester indifférent à l’accumulation des attaques qui atteignent les populations civiles, détruisent les écoles et les hôpitaux et affament la population ?

Comment se résigner au veto de la Russie rejointe par la Chine à toutes les résolutions proposées par le conseil de sécurité tendant à instaurer un cessez-le-feu qui permette au moins l’instauration de couloirs humanitaires ?

Tout en le déplorant, on peut se borner à condamner ces agressions contre la population, en se disant qu’on n’y pourra rien, que c’est malheureusement le lot de toutes les guerres et qu’on ne peut pas assumer « tous le malheurs du monde », alors qu’en définitive les adversaires finiront bien par se réconcilier et vivre ensemble.

Mais nous, les simples citoyens qui regardons passifs le spectacle fugitif de ces atrocités ou plus exactement les débris qui en restent, pourrons-nous dire comme en 1942 que nous ne savions pas ?

On peut toujours changer de chaîne et se réfugier dans les délices des primaires, après avoir passé les fêtes en famille.

On peut envoyer de l’aide humanitaire aux ONG ; sans être sûr qu’elle parviendra à leur destinataire, ouvrir notre porte pour accueillir plus généreusement qu’on ne l’a fait jusqu’alors, les Syriens qui viennent demander l’asile, malgré l’hostilité et la frilosité des partis politiques préoccupés seulement de leur réélection.

En parler aux enfants et répondre à leurs questions, comme on le fait à Mémoire 2000, et pourquoi pas participer à cette marche sur Alep qui s’est organisée depuis Berlin et a déjà reçu plus de 5000 volontaires prêts à la rejoindre pour se mêler sur place à la population syrienne, en pariant que les bombardements cesseront des lors que les Syriens ne seront plus seuls ?

Et pourquoi ne pas déposer plainte pour « crimes contre l’humanité », en attendant que l’on reconnaisse que l’Humanité c’est nous, et que c’est elle qui est la première victime de ces crimes d’un nouveau genre ?

L’ouverture d’une instruction en France à raison de la compétence universelle des juridictions françaises aurait au moins l’avantage de montrer à la face du monde que tout le monde est concerné.

Bernard JOUANNEAU

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :