Journal de Juillet 2015: “Terrorisme / Résistance : D’une confusion lexicale à l’époque des sociétés de masse” de Gérard Rabinovitch

ob_ed4d8d_terrorisme-rabinovitchTerrorisme / Résistance : D’une confusion lexicale à l’époque des sociétés de masse, de Gérard Rabinovitch*, Editions Le bord de l’eau

Il faut prendre le temps de lire attentivement le livre du philosophe et sociologue Gérard Rabinovitch, court en nombre de pages mais d’une densité et d’une importance capitale pour aujourd’hui et pour demain. Cet ouvrage reprend et prolonge les réflexions du philosophe dans son livre De la destructivité humaine, fragments sur le Béhémoth, rappelant l’importance éthique de bien nommer les choses, et s’attelant à dé-intriquer la confusion aujourd’hui existante entre les termes de terrorisme et de résistance.

Commençant par l’analyse généalogique et philosophique du concept de résistance et de terrorisme, “entrés dans la sémantique politique moderne à la même période, pendant la Révolution française”, Gérard Rabinovitch analyse finement le concept de résistance, dérivé et inspiré par la lutte contre la tyrannie, dont les origines premières peuvent être trouvées dans le récit biblique de la sortie d’Egypte et de la libération d’avec la servitude, et dont le modèle contemporain reste celui de la Résistance aux forces nazies. Mais c’est surtout dans son analyse du concept de terrorisme que le travail du philosophe est novateur et salutaire par les éclaircissements qu’il procure. Gérard Rabinovitch pointe précisément les effets pratiques et sémantiques du recours à la terreur par les robespierristes pour poursuivre la Révolution : il peut être considéré comme légitime d’utiliser la terreur pour la poursuite d’un Bien supérieur…. Bolchéviques et révolutionnaires en tous genres, y compris religieux, se prévaudront désormais de cet héritage. La confusion lexicale entre les termes de résistance et de terrorisme trouve ici son origine.

Fidèle aux enseignements de l’école de Francfort, Gérard Rabinovitch poursuit ensuite son analyse en s’aidant des apports de la sociologie et de l’histoire. Il analyse les effets de cette confusion sémantique sur l’homme et la civilisation, en articulant précisément les prémices mortifères que furent la guerre des Boers ou la guerre de Namibie notamment, avec les cassures fondamentales dans la civilisation qu’ont produit la guerre de 1914-18 et ses effets de brutalisation, laissant par milliers des cadavres sans sépultures, et les totalitarismes fascistes, stalinien et surtout nazi qui, considérant l’homme comme un “rebut”, un “déchet”, exterminèrent des populations civiles entières, l’Allemagne nazie commettant le génocide des Juifs et des Tziganes. Et il poursuit son analyse sur les effets contemporains de cette confusion lexicale, dans laquelle le terrorisme se drape de la légitimité de la résistance : effets prenant les formes des dérives contemporaines, où l’héroïsation de la violence et de la mort conduisent à la congruence grandissante de la mafia, de la pègre et des terroristes, avec notamment la transformation de nombreuses guérillas en narco-guérillas et narco-fondamentalistes…

“Le terrorisme distribue la mort et donne sa mort pour la mort. Alors que la résistance et son héroïsme font don de sa mort probable, et porte la mort sur l’ennemi, pour la vie.” L’une des distinctions conclusives de Gérard Rabinovitch nous convoque à ne rien céder à ceux qui refusent de faire la nette différence entre terrorisme et résistance. “Ils sapent le sens de l’esprit de la Résistance, son éthique pratique, lui ôtent son droit dans la civilisation, et la civilisation de son droit”.

Ce livre est dédié aux combattants FTP-MOI de Lyon, Paris, Toulouse (dont le père et l’oncle de l’auteur furent des membres actifs), aux résistants tchèques Jan Kubis et Jozef Gabcik qui jouèrent un rôle décisif dans l’exécution du général SS Reinhard Heydrich en 1942 à Prague, et aux Justes des Nations. Emouvante et significative réunion, grâce à l’auteur, de ces hommes et de ces femmes qui luttèrent, parfois au prix de leurs vies, pour que les forces de vie et de la civilisation l’emportent finalement sur les forces de la destruction et de la mort.

Rose Lallier

Gérard Rabinovitch est un philosophe et sociologue français. Il est chercheur au CNRS, membre du CERSES, et chercheur associé au Centre de recherche “Psychanalyse, médecine et société” de l’ université Paris VII-Denis Diderot. Il enseigne dans plusieurs établissements universitaires français.

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