Haïti, un destin tragique qui n’est pas une fatalité

19 avril 2010

Paru dans le journal d’Avril 2010

Le séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier dernier laisse une impression de désolation humaine absolue : 230 000 morts, des dizaines de milliers de blessés et plus d’un million de sans abri.

Ce cataclysme a frappé un Etat haïtien faible et dépendant de l’aide internationale pour financer son budget et assurer la sécurité du pays. Il a achevé de ruiner le pays le plus pauvre des Amériques, avec ses 9 millions d’habitants et sa superficie presque équivalente à la Belgique, où l’espérance de vie est de 52 ans, le taux de chômage de 60% et la déforestation menace gravement l’agriculture. Un double paradoxe retient l’attention. Haïti a longtemps figuré parmi les pays les plus aidés au monde par habitant et a pourtant vu son PIB diminuer significativement au cours des dernières décennies, Haïti a une élite culturelle d’exception et 80% d’analphabètes. Ce double paradoxe permet d’éclairer la situation actuelle et l’horizon des possibles.

Toussaint Louverture lisant aux esclaves la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen

Ces paradoxes trouvent leurs causes dans le passé. Haïti est né sous les auspices les plus glorieux qui soient. En 1791, Toussaint Louverture accomplit l’universalité de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Les révolutionnaires français sont contraints d’y abolir l’esclavage en 1793. En 1802, Napolélon fait arrêter Toussaint Louverture qui mourra en captivité en France, mais le peuple reprend la lutte pour son son indépendance sous la direction de Jean-Jacques Dessalines. Les troupes françaises sont défaites et Haïti proclame son indépendance le 1er janvier 1804. En 1825, le roi Charles X envoie des troupes et le président haïtien Boyer est contraint de dédommager la France et les colons en échange d’une reconnaissance de l’indépendance de son pays. Haïti paiera longtemps des indemnités qui pèseront très lourdement sur le pays.

Dès le milieu du XIXème siècle, Haïti sombre dans l’instabilité politique. Les legs de la révolution et l’indépendance sont pourtant durables, de nombreux Haïtiens ressentent légitimement une fierté patriotique chevillée au coeur et la fécondité des intellectuels haïtiens y trouve ses racines. Mais les structures culturelles héritées de l’esclavage continuent de peser lourdement. Le dualisme de la société haïtienne perdure jusqu’à aujourd’hui.

L’Etat est côtier et occidentalisé, militarisé et brutal, et il a instauré des rapports d’exploitation et d’exclusion de la masse rurale “africaine” qui constitue le “pays en dehors”. Jusqu’à aujourd’hui, quelques familles métisses et francophones détiennent l’économie, détournent une partie de l’aide internationale et n’investissent quasiment pas dans le pays, tandis que la paysannerie créole s’est “habituée” à l’incurie de l’Etat souvent vu comme son ennemi.

La présidence des Duvalier (1957-1986) constitue un tournant dramatique et pousse l’élite intellectuelle à l’exil. Les Duvalier instaurent une dictature sanglante en s’appuyant sur les “tontons macoutes”, une milice qui ne touche aucun salaire et vit de l’extorsion et du crime organisé. Duvalier père s’appuie sur une idéologie raciste, le “noirisme”, qui oppose les noirs aux mulâtres et réactive les démons du passé de l’esclavage. Les libertés civiles sont supprimées, la corruption s’étend à tout l’appareil d’Etat, pillages, exécutions sommaires et viols deviennent le quotidien. L’arbitraire et l’impunité détruisent les liens sociaux et conduisent au repli identitaire.

Paysans haïtiens préparant une parcelle

L’élection du Président Aristide en 1991 fait naître de grands espoirs, mais la violence d’Etat et des milices privées reprennent rapidement après son retour en 1993. Le Président Aristide instrumentalise l’histoire et la mémoire du peuple haïtien en demandant la restitution par la France des indemnités de 1825 (près de 21 milliards d’euros) et des réparations au titre de l’esclavage. Sa seconde présidence s’achève dans la violence et l’impunité de sa milice, les “chimères”. Et rien n’a changé pour la population rurale qui vit toujours dans le “pays en dehors”, pauvre, analphabète et enclavée.

La solidarité internationale après le tremblement de terre peut contribuer à construire les infrastructures de la démocratie que sont les routes, les écoles, l’électricité… Mais le futur des Haïtiens dépendra avant tout d’eux-mêmes. Depuis quelques années, on assiste à l’émergence d’une conscience nationale et non plus nationaliste ou “noiriste”, à travers une opposition civile, le maintien de médias d’information et d’opinion indépendants, l’essor de chambres de commerce plus soucieuses qu’auparavant de l’intérêt collectif.

Cette évolution permet d’espérer la réconciliation de l’Etat et de la nation haïtienne, indispensable au développement du pays. Les élites haïtiennes, qu’elles vivent dans le pays ou en diaspora, peuvent relever ces défis. Des personnalités politiques comme Michelle Pierre Louis pourraient incarner un pouvoir démocratique respectueux du peuple et de la société civile. Les nombreux intellectuels et artistes haïtiens peuvent créer un imaginaire collectif débarrassé des spectres du passé.

Haïti n’est pas condamné à la tragédie. Entendons les paroles de Michèle Montas, ancienne porte-parole de l’ONU et veuve du grand journaliste Jean Dominique assassiné en 2000, qui affirmait après le séisme : “Haïti est bien vivante et personnellement j’ai une confiance illimitée dans la capacité du peuple haïtien à réinventer son avenir.

Rose Lallier


Le Sahara occidental, la dernière colonie en Afrique

23 mars 2010

Débat des vendredis de la Teinturerie

Vendredi 26 mars 2010 de 19 heures et 21 heures au 24 rue de la Chine, Paris 20e (Métro Gambetta)

Débat présenté par Daniel Dayot qui a participé sur place à une « Mission d’observation des droits humains » en 2009 et qui a vécu pendant 4 ans au Maroc


Le chef de la censure, le brûleur de livres, écarté de la direction de l’UNESCO

22 septembre 2009

Lu sur JDD.fr :

Unesco: Hosni barré
La Bulgare Irina Bokova a été élue à la direction générale de l’Unesco. Elle a été préférée à l’Egyptien Farouk Hosni.

La polémique a eu raison de Farouk Hosni. L’ancien ministre égyptien de la Culture n’a pas été élu à la tête de l’Unesco. La diplomate bulgare Irina Gueorguieva Bokova lui a été préférée. Il aura fallu cinq tours de scrutin pour pourvoir le poste de directeur général de cette organisation onusienne. Ce choix doit encore être validé le 15 octobre par la conférence générale de l’Unesco.

La femme de 57 ans a finalement recueilli 31 voix, contre 27 pour Farouk Hosni de 71 ans. Si le vote ne donnait pas de majorité, il aurait été procédé à un tirage au sort. La nouvelle directrice générale a tenté de tourner la page de cette élection à rebondissements, appelant tout le monde à travailler ensemble. L’Egypte a, quant à elle, exprimé quelque amertume. Son candidat était accusé d’avoir tenu des propos antisémites. « La déception ne vient pas de la qualité du gagnant, c’est qu’on ait barré la route à un courant culturel. Le monde arabe et musulman n’a jamais eu la chance d’accéder à la tête de l’Unesco alors que l’Europe l’a eue plusieurs fois », a déclaré le directeur de campagne du candidat égyptien, Nasser Hossam. « L’avoir pendu pour deux mots, c’est génial », a-t-il ajouté.

Proche du président Hosni Moubarak, soutenu par l’Union africaine et la Ligue arabe, Farouk Hosni aurait été la première personnalité arabe à diriger l’organisation. Sa candidature a été vivement combattue par la communauté juive. En France, elle a été dénoncée par tribunes de presse interposées par le prix Nobel de la paix Elie Wiesel, les intellectuels Claude Lanzmann et Bernard-Henri Lévy ou encore l’ancienne présidente du Parlement européen Simone Veil. Farouk Hosni avait déclaré en 2008 qu’il brûlerait lui-même les livres en hébreu s’il en trouvait dans les bibliothèques égyptiennes. Il a ensuite à plusieurs reprises regretté ses propos, prononcés dans l’enceinte du Parlement égyptien lors d’une altercation avec un député des Frères musulmans.


Journée internationale de la démocratie

15 septembre 2009

Le 8 novembre 2007, l’Assemblée générale a proclamé le 15 septembre Journée internationale de la démocratie, et invité les États Membres, le système des Nations Unies et les autres organisations régionales, intergouvernementales et non gouvernementales à célébrer cette Journée. La Journée internationale de la démocratie est l’occasion de réexaminer l’état de la démocratie dans le monde. La démocratie est un processus autant qu’un objectif, et seule la pleine participation et l’appui de la communauté internationale, des organes de gouvernance nationaux, de la société civile et des individus, permettront de faire de l’idéal démocratique une réalité universelle.

Au Siège de l’ONU, l’Assemblée générale a prévu de célébrer la première Journée internationale de la démocratie le 15 septembre 2008 au matin. Le Président de l’Assemblée générale, S.E. M. Srgjan Kerim, et le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, participeront à la cérémonie. Le Fonds des Nations Unies pour la démocratie organisera dans l’après-midi un symposium à l’auditorium de la bibliothèque Dag Hammarskjöld pour proumouvoir la démocratie et les activités du Fonds.


Retour sur Durban

15 août 2009

Tiré de notre journal numéro 61 de juillet 2009.

La conférence mondiale sur le racisme qui s’est tenue à Genève en avril dernier s’est soldée par l’adoption d’un texte final amélioré par rapport à Durban 1, puisqu’il n’est fait aucune référence à la “diffamation des religions” et qu’il ne comporte pas de condamnation d’Israël.

La conférence fut en revanche une tribune pour Ahmadinejad et son idéologie antisémite et négationniste. Prévoyant les dérapages du président iranien, plusieurs grandes démocraties : les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Israël, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas, avaient décidé de ne pas participer à la conférence. Restaient quelques démocraties européennes, dont la Grande-Bretagne et la France qui avaient prévenu que leurs diplomates quitteraient la salle à la moindre provocation iranienne. Cela ne tarda pas.

Ahmadinejad a notamment déclaré qu’“après la fin de la Seconde Guerre mondiale, [les Alliés] ont eu recours à l’agression militaire pour priver de terres une nation entière sous le prétexte de la souffrance juive (under the pretext of Jewish suffering). Ils ont envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et d’autres parties du monde pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée”. Seule la Norvège, par la voix de son représentant, fit un discours remarquable qui démonta la rhétorique de la haine du président iranien, immédiatement après ce dernier.

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