Retour sur Durban

Tiré de notre journal numéro 61 de juillet 2009.

La conférence mondiale sur le racisme qui s’est tenue à Genève en avril dernier s’est soldée par l’adoption d’un texte final amélioré par rapport à Durban 1, puisqu’il n’est fait aucune référence à la “diffamation des religions” et qu’il ne comporte pas de condamnation d’Israël.

La conférence fut en revanche une tribune pour Ahmadinejad et son idéologie antisémite et négationniste. Prévoyant les dérapages du président iranien, plusieurs grandes démocraties : les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Israël, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas, avaient décidé de ne pas participer à la conférence. Restaient quelques démocraties européennes, dont la Grande-Bretagne et la France qui avaient prévenu que leurs diplomates quitteraient la salle à la moindre provocation iranienne. Cela ne tarda pas.

Ahmadinejad a notamment déclaré qu’“après la fin de la Seconde Guerre mondiale, [les Alliés] ont eu recours à l’agression militaire pour priver de terres une nation entière sous le prétexte de la souffrance juive (under the pretext of Jewish suffering). Ils ont envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et d’autres parties du monde pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée”. Seule la Norvège, par la voix de son représentant, fit un discours remarquable qui démonta la rhétorique de la haine du président iranien, immédiatement après ce dernier.

Pour ce qui concerne la personne d’Ahmadinejad, l’affaire est entendue. Il est un antisémite revendiqué qui appelle régulièrement à la destruction d’Israël, et le monde entier découvre ces derniers jours qu’il n’hésite pas à recourir à sa police religieuse pour tirer sur des manifestants pacifiques qui dénoncent une fraude électorale très vraisemblable. Mais son discours doit être analysé d’autant plus précisément qu’il rencontre une audience politique — il a été applaudi à Genève — et populaire dans le monde arabe notamment, mais aussi dans une partie de l’extrême gauche européenne.

Passons rapidement sur la dimension négationniste du discours, habile d’ailleurs, puisqu’Ahmadinejad évoque la souffrance juive sans la qualifier et au moyen d’une formulation à double sens. Les faits sont établis par les historiens du monde entier et il n’y a pas à discuter avec les négationnistes, leurs délires relevant de la pathologie mentale. Examinons en revanche l’accusation d’Etat colonialiste et raciste.

La vision d’Ahmadinejad sur les conditions de la création d’Israël est particulièrement délirante, puisque chacun sait que la puissance colonisatrice britannique s’est violemment opposée aux combattants juifs jusqu’aux dernières heures de son mandat en Palestine. Les juifs de Palestine ont obtenu la création de l’Etat d’Israël en 1948 par la lutte armée. Mais l’idée sous-jacente qu’Israël serait une colonie occidentale née de la Shoah, les Palestiniens “payant” pour les crimes commis en Europe, est assez répandue. Cette idée ne résiste pas à l’examen des faits, même s’il est indéniable que l’Occident fut favorable après la Shoah à l’idée d’une terre-refuge pour les juifs du monde entier.

Rappelons quelques repères historiques essentiels. Il y a toujours eu une présence juive en Palestine depuis l’exil qui a succédé à la destruction du second Temple et la prière “l’année prochaine à Jérusalem” fait partie de la liturgie juive depuis deux mille ans. Le sionisme est né dans les années 1890 dans le mouvement des nationalités, avec l’émergence du concept du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (soulignons que les Palestiniens se réclament légitimement de ce même concept pour la création d’un Etat palestinien). L’émigration juive en Palestine s’est faite principalement avant la première guerre mondiale et dans les années 1920 et 1930. La Palestine fut fermée par les Britanniques en 1939 aux millions de juifs sionistes européens qui auraient pu y trouver refuge. A cet égard, nous devons plutôt parler de millions de personnes qui manquèrent à la création de l’Etat d’Israël…

Quant à l’accusation d’Etat raciste, rappelons brièvement qu’Israël est la seule démocratie et le seul Etat de la région qui garantit la liberté de culte (juif, chrétien et musulman) et que la société israélienne est multiculturelle et multiethnique (juifs d’origine sépharade, ashkénaze, indienne, éthiopienne etc., arabes, druzes, circassiens).

Le conflit israélo-palestinien est un conflit territorial qui remonte à 1948. Ceux qui cherchent à le tirer du côté d’un prétendu conflit colonialiste ou raciste rendent un bien mauvais service aux Israéliens et aux Palestiniens.

— Rose Lallier

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