Notre dossier d’accompagnement pour le film de notre séance du 19 mars « Les femmes du Bus 678», préparé par Joëlle Saunière et Patricia Paperman

Le film

Les femmes du bus 678 est un film de Mohamed Diab, sorti en 2010, un an avant les printemps arabes. Le film raconte comment trois femmes qui ne se connaissent pas – Fayza, Seba et Nelly dont les vies sont socialement très différentes – réagissent aux harcèlements dont elles sont la cible. Ensemble, après s’être rencontrées, elles tentent d’obtenir la reconnaissance par leur entourage, par la police, par la justice, de la violence dont elles sont victimes. Le film retrace les stratégies des femmes pour obtenir justice, que ces violences sexuelles soient sanctionnées. Le film montre la façon dont l’entourage impose aux femmes l’obligation de garder le silence, et dont les hommes réagissent à la situation où la femme est pour eux devenue « souillée ».

Le réalisateur 

Extrait du dossier Les femmes du bus (ci-joint)

Mohamed Diab, né en 1978 à Ismaïlia (Est du Caire), est l’un des plus importants jeunes scénaristes en Égypte. Diplômé de la Faculté de commerce et gestion, il travaille au Caire dans une banque étrangère mais, en 2004, il vend son premier script. Sa passion pour l’écriture et le cinéma le pousse à partir aux États-Unis en 2005, pour étudier le scénario à la New York Film Academy. Il écrit plusieurs scénarios : Real Dreams (2007), The Island (2007), The Replacement (2009) et Congratulations (2009). En 2011, il reçoit un prix Webby pour son rôle dans la révolution égyptienne. 

En 2010, il tourne son premier long-métrage les Femmes du bus 678, pour lequel il obtient les Prix du public et du Jeune public, au festival Cinémed de Montpellier en 2011. Dans l’entretien du dossier de presse, Mohamed Diab explique les raisons pour lesquelles il a réalisé ce film. Tel un documentariste, il a suivi en 2008 l’un des rares procès pour harcèlement en Égypte, celui de Noha Rushdi, qui a fait condamner son agresseur à trois ans de prison. Il a multiplié les entretiens avec des victimes, analysé des cas issus de milieux sociaux différents et tiré quelques conclusions : « En Égypte, le harcèlement sexuel prospère sur trois facteurs : la foule et la promiscuité dans les espaces publics ; la pauvreté, qui empêche les jeunes couples d’acheter un logement et crée une grande frustration sexuelle ; enfin, la honte qui pèse sur les victimes. Elles craignent de dénoncer leur agresseur et le harcèlement est nié ». Pour lui, le harcèlement sexuel n’a « rien à voir avec l’islam ». « La preuve ? Les deux autres pays où le harcèlement est devenu un fléau sont le Mexique et l’Inde. Le terreau, ce sont les conditions économiques. » Il affirme encore : « Je suis musulman, pratiquant et laïc. Je suis pour la liberté d’expression et l’égalité entre les hommes et les femmes. À aucun moment le Coran ne dit qu’il faut traiter les femmes comme des êtres inférieurs. (…) Tant que la pauvreté n’a pas disparu, il faut que les victimes osent porter plainte. C’est la solution de court terme pour faire reculer le harcèlement. » Depuis, il a réalisé trois autres films : Eshtebak (2016), Amira présenté à Venise en 2021 et Moon Knight (2022) pour les studios Marvel. 

L’animatrice du débat avec les élèves

Marie Darrieussecq, marraine du Quartier du Livre 2023 (©Olivier Dion)

Marie Darrieussecq qui animera la discussion après la projection est écrivaine, traductrice et psychanalyste. Son premier roman Truismes, publié en 1996 aux éditions P.O.L. alors qu’elle est âgée de 27 ans, relate la métamorphose d’une femme en truie. Ce premier roman rencontre un succès mondial. Marie Darrieussecq a écrit près d’une vingtaine de romans, notamment Clèves (publié en 2011 aux éditions P.O.L.) qui raconte la transformation d’une adolescente avec l’arrivée des premières règles et la découverte de la sexualité, et Fabriquer une femme (publié en 2024 aux éditions P.O.L.) qui raconte l’entrée dans la vie adulte de deux amies adolescentes dans les années 1980.

Élements de contexte

– Un article scientifique sur la lutte contre le harcèlement en Égypte:

M. Tillous et P. Lachenal , sociologues,  décrivent le contexte social et politique dans lequel s’inscrit la reconnaissance du harcèlement comme problème public et la lutte contre le harcèlement sexuel en Égypte. Marion Tillous a travaillé sur une comparaison des réseaux de métro comportant des voitures réservées aux femmes dans plusieurs métropoles, dont Le Caire. Perrine Lachenal a analysé l’émergence des pratiques d’auto-défense. 

https://books.openedition.org/ugaeditions/17845?lang=fr

-Un entretien avec Safaa Mondiq, sociologue, sur la domination masculine en Egypte , publié en 2012 dans Égalité :

https://memoire2000.org/wp-content/uploads/2012/10/dossier-pc3a9dagogique-les-femmes-du-bus-678.pdf

Harcèlement :  une des formes des violences faites aux femmes

(Extrait:  https://www.vie-publique.fr/eclairage/19593-la-lutte-contre-les-violences-faites-aux-femmes-etat-des-lieux)

Les violences subies par les femmes constituent l’une des violations des droits humains les plus répandues dans le monde.

L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) a adopté en 1993 la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Elle définit la violence à l’égard des femmes comme tous les “actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée” (article 1er).

Ces violences peuvent prendre des formes très diverses :

  • violences domestiques (coups, violences psychologiques, viol conjugal, féminicide) ;
  • harcèlement ou agression sexuelle (viol, avances sexuelles non désirées, harcèlement dans la rue, cyber-harcèlement) ;
  • mariage précoce et forcé  ;
  • mutilation génitale féminine ;
  • trafic d’êtres humains (esclavage, exploitation sexuelle).

Ces violences constituent la manifestation la plus aiguë de l’inégalité hommes-femmes. La déclaration des Nations unies les lie explicitement à la domination des hommes et à la subordination des femmes.

La reconnaissance de ces violences comme un problème public est relativement récente en France. La première enquête nationale ENVEFF publie ses résultats en 2003

Il s’agit de la première enquête nationale qui porte sur des violences sexuées, c’est-à-dire visant les femmes en tant que telles. Elle montre que le phénomène atteint des femmes de tous les milieux, dans la vie privée, dans les espaces publics comme au travail. Par ailleurs, l’image traditionnelle et trop restrictive de la femme battue doit être sérieusement revue. Au sein du couple et de la famille, les femmes concernées sont confrontées à de multiples agressions qui peuvent être physiques mais aussi verbales, psychologiques et sexuelles.

La première enquête sur la violence à l’égard des femmes dans les États membres de l’Union européenne a été menée en 2014 auprès de 42 000 femmes. Il en ressort qu’une sur trois a subi au moins une forme de violence physique ou sexuelle depuis l’âge de 15 ans et qu’une femme sur deux a déjà été victime d’une ou plusieurs formes de harcèlement sexuel. Mais le signalement de ces abus aux autorités reste faible.

Le gouvernement a organisé, à l’automne 2019, le premier Grenelle contre les violences conjugales, sur la base d’un constat : en France, une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint. Une stratégie nationale de lutte contre les violences conjugales a été annoncée à l’issue des discussions et la loi du 30 juillet 2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales retranscrit les conclusions du Grenelle (par exemple, en cas de violence au sein du couple, inscription automatique des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes les plus graves au fichier judiciaire).

La réponse pénale s’est focalisée depuis 2018 sur le viol et les violences domestiques. Un arsenal de mesures de protection a été mis en place (voir arretonslesviolences.gouv.fr).

La conscientisation dans l’espace public des violences sexuées est pour une large mesure le fait des actions de collectifs féministes comme le Collectif Féministe contre le Viol, #Noustoutes

Ces violences bousculent nombre d’idées reçues sur les rapports hommes femmes et restent de ce fait un sujet sensible.

Pour aller plus loin

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