L’éditorial : Séparés Ensemble

COVID : le préfixe co, du latin cum, signifie ensemble. Nous sommes face au vide des questions sans réponse. Ensemble et séparés, distanciation sociale oblige. Les pays riches ont pris avec plus ou moins de retard les mesures de confinement protectrices contre la propagation exponentielle de la pandémie. Mais qu’en sera-t-il dans les pays qui ne disposent pas de structures de santé solides ? Des pays où l’économie informelle domine ? Les mesures de confinement risquent d’affamer les populations de travailleurs invisibles, non protégés par l’état. Et comment dans nos pays riches maintenir l’idéal de solidarité à l’intérieur de nos communautés et avec les autres sur la planète ?  Peut-on s’accrocher à l’espoir que pour la première fois en Europe, les dirigeants ont donné primauté à l’humain sur l’intérêt économique ?

Honteux

Sur France Inter le 25 mars, un sujet : “Solidarité avec les soignants, oui mais pas chez moi”. Un voisin de l’hôpital Tenon signale dans sa résidence, un appartement libre qu’une infirmière peut louer. Elle reçoit les clés, mais des copropriétaires s’opposent : “j’étais à mille lieues d’imaginer des réactions semblables” dit ce témoin bouleversé. Il réussira plus tard, à mettre ces logements à disposition des personnels de l’hôpital voisin. Les mails des copropriétaires craignant pour leur santé sont odieux. Dans les jours qui suivent, ces attitudes de rejet des soignants se multiplient. En même temps, se développent l’entraide et le soutien concret apporté aux personnels de santé. 

Ampleur du défi

Face au risque d’hécatombe, la métaphore de la guerre est reprise par les chefs d’Etat. Mais la menace est invisible, à l’envers d’une guerre et de son vacarme d’armes. L’ennemi, c’est le contact, les gestes affectueux. Ce qui se joue à l’échelle de la planète, c’est notre angoisse commune, humaine, de la mort. Et la pensée terrifiante que l’on risque de ne pouvoir accompagner ses proches dans les derniers moments. Les religions ont toujours répondu à la peur de la mort par la promesse d’un au-delà qui impose devoir moral ici-bas et soumission au divin qui pourvoit à tout. Les responsables des trois religions monothéistes ont cependant envoyé des recommandations de distanciation sociale, pendant que certains ultras religieux continuent d’exiger de se rassembler, et d’ignorer les recommandations des scientifiques. Comme la droite antiscience américaine qui dénonce les entraves à la religion et s’impatiente de voir repartir l’économie.  

L’Europe, comme la Chine auparavant, fait appel aux experts scientifiques. Le message prend du temps pour monter à nos cerveaux. ”Dis, quand comprendras-tu ?” chantent deux soignants émus sur l’air de Barbara et sur nos réseaux sociaux. En Italie, puis en France, chaque soir, nous applaudissons le courage des soignants. Ils sauvent des vies par un effort au-delà du possible et subissent les pertes dans leurs rangs. Ils sont les héros en action, obligés d’assumer le triage de la catastrophe pour sauver le plus de vies et remettre sens et ordre dans le chaos. Mais le reste de la population n’est pas condamné à la passivité. Chacun est invité à mobiliser ses ressources créatives, de sa place particulière. Les professeurs inventent une nouvelle façon d’enseigner, Radio France, notre service public, multiplie les ressources, pour répondre aux questions inimaginables, début mars, de la vie confinée. On invente, on bricole. Des Italiens fabriquent des valves artificielles avec des imprimantes 3D pour remédier à la pénurie de respirateurs. Sans parler de ces maires, de ces chefs d’entreprises petites ou grandes qui exhument des stocks de masques oubliés dans des réserves. Il n’y a pas que des voleurs de respirateurs, ou des chasseurs d’infirmiers, la société montre des trésors de solidarité et citoyenneté. 

Ici, Maintenant

Mémoire 2000 doit interrompre provisoirement ses actions, les projections de mars, avril et sans doute mai n’auront pas lieu. La visite à Drancy, non plus.  Au minimum, ce journal d’avril parait sur les écrans de ceux qui nous suivent. Non pas que notre parole puisse agir contre la menace d’une gravité inconnue en France depuis 1945. A la relecture, nos pages qui parlent du monde d’avant, paraissent déconnectées du réel actuel, elles portent la trace de ce monde juste avant. Mais la vie continuera malgré les deuils. L’Histoire ne s’arrête pas. La sortie progressive du confinement se fera, nous l’espérons, dans une solidarité reconstruite à partir des leçons de mars 2020.

Jacinthe Hirsch, Présidente de Mémoire 2000

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