Journal d’Avril 2017: Génocides, laisser et rendre sa place à la parole

Le colloque du B’nai Brith auquel Mémoire 2000 a pris part le 5 mars a été l’occasion de rendre sa place à la parole, comme instrument de la mémoire, de la transmission et de la prévention des génocides. Elle entretient mieux que tout autre la mémoire qui tend à s’estomper.

Cette parole dont Sam Braun s’est affranchi pendant 40 ans avant de la prendre (voir l’art de J. Hirsch) nous est revenue comme une nécessité dès le début des travaux avec R. Waintrater (auteur de “Sortir du génocide”) qui aborde le traumatisme des victimes qui ne peuvent s’en sortir que par la parole : celle des témoignages en public qui leur permet de “se ramener à l’humain” après qu’ils aient entrevu et affronté la mort (A .David) : la leur, celle de leurs familles, celle de leur peuple et tout compte fait celle de l’Humanité.

Cette invitation pressante trouve ici son expression saisissante : “Il faut envelopper les morts dans le linceul des mots.” Tous insistent sur la nécessité de permettre aux survivants de se raconter pour eux-mêmes, comme pour l’humanité, afin qu’elle n’oublie pas.

Quant à la transmission qui doit s’effectuer par le travail de mémoire accompli par les historiens en nombre présents à la tribune : M. Kabanda, Y. Ternon, et R. Kevorkian, B. Adjemian, V. Duclert et D. Gakunzi, dont on retrouvera les interventions éclairées dans les actes du colloque. Ils admettent tous que la recherche historique doit rester libre, mais ils prennent soin de le distinguer du “devoir de mémoire” qui reste équivoque. Yves Ternon (voir “L’anatomie d’un crime“) qui porte la parole au nom de tous depuis 50 ans, qui énonce les cinq composantes : la destruction physique, la désignation d’un groupe humain, l’étendue du groupe et le délit d’appartenance, et l’intention criminelle qui se traduit par la volonté de détruire le groupe par la mise en œuvre d’un plan concerté, n’a pas de mots assez durs pour condamner les négationnistes qui cherchent à effacer ces critères qui permettent de caractériser les génocides : qu’il s’agisse de Faurisson ou de J.M Le Pen, en leur reprochant de continuer les génocides qui à cause d’eux, ”ne se terminent jamais”.

Le seul moment où il fallait se taire : celui lors duquel on a vu des images insoutenables de l’accumulation des cadavres Tutsis entassés et mutilés en plein air. C’est ici le langage du photographe (Giulia Kessous) qui nous restitue des images qui parlent d’elles mêmes, mais aussi celui des bandes dessinées actuellement présentées au Mémorial de la shoah qui rendent la mémoire accessible aux plus jeunes.

Quant à la prévention dont on se préoccupe depuis 1948, le recours à la justice internationale devra attendre 1945 avec le TPMI de Nuremberg, on doute fortement qu’il ait atteint son but. Tout au moins faut-il le croire.

A retenir particulièrement les travaux d’Alain Chouraqui, directeur et animateur du camp des Milles, qui avec son équipe a détecté la bonne méthode : celle qui consiste à résister (voir l’ouvrage du même nom) en présence des phases successives de la montée des génocides qui se retrouvent dans tous.

Là encore et ce fut la conclusion, la parole en justice des survivants et celle des associations qui défendent la mémoire doit retrouver sa place car si la justice ne peut suffire à enrayer et prévenir, elle est présente et il nous appartient de nous en servir au lieu de la servir, sans se contenter des rites et des commémorations.

Mémoire 2000

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