Journal d’Avril 2015: La minute de silence

La minute de silence, est, avec “La Marseillaise”, le mode de réaction favori des politiques et des associations. Mais elle ne leur appartient pas. Elle appartient aux morts auxquels, par ce geste symbolique, on entend témoigner de notre respect. C’est bien peu comme la sonnerie aux morts ou la flamme du soldat inconnu que l’on vient rallumer, en silence. Nul ne devrait pouvoir la perturber, ni la contester et ceux qui la troublent devraient se voir rappelés, si ce n’est à l’ordre, à la décence.

Et pourtant c’est arrivé dans quelques établissements qui l’avaient imposée aux élèves. On ignore encore précisément pour quelle raison. Quoiqu’il en soit il faudrait qu’ils sachent que cette minute de silence, ce n’était pas “Charlie” contre “le prophète”, c’était un hommage aux 12 victimes froidement assassinées qui n’auraient plus l’occasion de prendre la parole pour répondre et que les drapeaux en “berne” durant trois jours, c’était le deuil de la Nation pour les 17 victimes de la semaine, dont les quatre juifs de l’hyper-casher de la porte de Vincennes.

Encore eut-il fallu qu’on leur explique, alors qu’il semble, qu’on le leur ait imposé d’autorité, parce que la Ministre l’avait décidé, à en croire ce que relate cette enseignante de cinquième : “On n’a pas reçu d’aide de la part du ministère ni de la direction, juste le jour de la minute de silence, la directrice nous a distribué la lettre envoyée par le ministère. On était libre de faire comme on voulait. Coup de bol, je n’ai pas eu à en parler, c’était l’heure du cours de gym !!”

Pour en avoir vécu une qui m’a laissé des souvenirs, je peux dire le poids qu’elle a pesé au début du procès Faurisson à la première du tribunal, dans la salle d’audience où a été condamnée Marie-Antoinette, Robert Badinter qui était présent pour défendre avec moi la LICRA, a brièvement rappelé la raison pour laquelle il ne prendrait pas la parole et a réussi à faire observer une minute de silence. C’était au mois de mai 1981, il a su faire comprendre que c’était par respect pour les six millions exterminés, parmi lesquels figurait son père.

Je ne suis pas prêt de l’oublier.

Bernard Jouanneau

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