Journal de juin 2014: une défaillance de l’école républicaine

Interviewé récemment sur son film retraçant le calvaire du jeune Ilan Halimi, le réalisateur Alexandre Arcady s’est déclaré stupéfait d’apprendre, de la bouche d’un membre de l’Education Nationale, que dans les établissements scolaires publics de la Seine Saint-Denis, il n’y avait plus d’élèves portant un patronyme juif. Mais vous retardez, Monsieur Arcady ! Cela, on le sait depuis plus de dix ans. En effet, en 2004, un rapport de l’Education Nationale sur “les signes d’appartenance religieuse dans les établissements publics”, nous apprenait que le phénomène était largement enclenché, et se développait à une allure foudroyante. Ce Rapport Obin, disponible sur Internet, n’a jamais été rendu public, on comprend bien pourquoi… (CLIQUEZ ICI POUR TÉLÉCHARGER LE RAPPORT OBIN EN PDF)

Les auteurs précisent d’entrée qu’“il existe à ce sujet un refoulement, un déni généralisé de la part de nombreux responsables et membres du personnel d’éducation…Les informations circulent très mal sur cette question à l’intérieur de l’Education Nationale, ce qui fait que les informations recueillies sont en-deçà de la réalité, tant la tendance de nombreux professeurs, de conseillers d’éducation ou de personnels de direction est, en ce domaine, de celer une part de leur réalité professionnelle…Souci d’éviter tout conflit, et surtout toute couverture médiatique”. Sans parler de la mauvaise note susceptible d’être attribuée par le Rectorat…

Plus loin, il est fait état d’une “banalisation des insultes à caractère antisémite, qui ne semble, en moyenne, que peu émouvoir les personnels et les responsables. Ensuite, ce sont des menaces et agressions”.  On approuve les persécutions ou l’extermination des Juifs. L’apologie du nazisme et de Hitler n’est pas exceptionnelle. Si bien qu’on assiste à un “regroupement des élèves d’origine juive, dont la sécurité n’est plus assurée, dans nombre d’établissements privés ou communautaires”. La République qui favorise le communautarisme, on ne nous aura rien épargné ! Plus loin : “Le racisme anti-maghrébin a très nettement été supplanté par le racisme anti-juif, ce qui entraine sous nos yeux une stupéfiante et cruelle réalité : en France, les enfants juifs — et ils sont les seuls dans ce cas— ne peuvent pas, de nos jours, être scolarisés dans n’importe quel établissement”. Avançons : “En 1996, le Principal d’un collège de Lyon a été obligé de réaliser le départ en cours d’année des deux derniers élèves juifs de son établissement”. Réjouissant, n’est-ce pas ? Et encore : “Devant les contestations fréquentes des programmes, on assiste à une autocensure des enseignants, qui décident de ne pas aborder telle question sensible du programme”. Mieux encore : “Etes-vous aidés, dans ces questions, par vos inspecteurs ?”, leur demande-t-on. La réponse a été partout “un NON sonore et sans appel”. En outre, on ne décèle aucune volonté de s’opposer aux atteintes à la laïcité, ce principe fondateur de la République. Et les enquêteurs en tirent une conclusion : “Un effort important pourrait être fait dans ce domaine si une volonté politique nationale venait structurer et stimuler l’action des responsables académiques”. Plus loin : “L’école doit jouer un rôle d’intégration, et non de discrimination, d’opposition et même d’aggravation des relations entre des groupes rivaux”. Comme le rappelait le Haut Conseil à l’Intégration : “ L’école républicaine doit plus que jamais être le creuset où se fabrique le vivre-ensemble, au-delà de la simple coexistence et de la tolérance des différences”. Et l’on rappelle une dernière fois que “l’école française est faite pour éduquer, pour intégrer, pas pour rejeter”.

C’est évident, on en est très loin : l’école républicaine a entièrement failli à sa tâche, elle a rejeté des petits Français que l’on n’a pas su – ou voulu – protéger. Car le tragique de l’histoire, c’est que pas un enseignant, pas un conseiller d’éducation, pas un chef d’établissement, pas un inspecteur d’académie qui se soit ému officiellement de cette situation. Sans parler des hommes politiques concernés, de droite ou de gauche. On peut d’ailleurs raisonnablement penser que certains n’étaient pas vraiment mécontents d’assister à cet exode, les pulsions antisémites revenant facilement en surface, surtout en ces temps tourmentés.

Il y a quelques mois, lorsqu’il a été question d’expulser quelques dizaines de Roms en situation irrégulière, certains n’ont pas eu de mots assez durs pour stigmatiser l’action du Ministre de l’Intérieur. Or là, je me permets de rappeler qu’il s’agissait de jeunes Français, qui n’avaient eu que la mauvaise idée d’être nés juifs.

Et les auteurs du rapport de conclure : “Cette clarté dans les convictions, cette unité d’action, cette fermeté dans les principes et sur les règles de droit devraient aussi pouvoir se retrouver au niveau académique. C’est là où on a transigé, où on a reculé, passé des compromis, que nous avons constaté les dérives les plus graves et les entorses les plus sensibles à la laïcité. Cette stratégie de la paix et du silence a des conséquences désastreuses sur les établissements scolaires”. Sur un sujet aussi difficile et aussi grave, puisqu’il concerne la cohésion nationale et la concorde civile, soulignons qu’il est chez les responsables deux qualités qui permettent beaucoup, et qu’on devrait davantage rechercher, développer et promouvoir à tous les niveaux. Ce sont la lucidité et le courage. Deux vertus qui, hélas, se font rares au plus haut niveau. Les auteurs du rapport n’étaient pas pessimistes, mais simplement réalistes, constatant que les “territoires perdus de la République” n’ont fait que s’étendre. Ce qui a pu surprendre M. Arcady, mais qui n’incite vraiment pas à l’optimisme.

Guy Zerhat

Interviewé récemment sur son film retraçant le calvaire du jeune Ilan Halimi, le réalisateur Alexandre Arcady s’est déclaré stupéfait d’apprendre, de la bouche d’un membre de l’Education Nationale, que dans les établissements scolaires publics de la Seine Saint-Denis, il n’y avait plus d’élèves portant un patronyme juif. Mais vous retardez, Monsieur Arcady ! Cela, on le sait depuis plus de dix ans. En effet, en 2004, un rapport de l’Education Nationale sur “les signes d’appartenance religieuse dans les établissements publics”, nous apprenait que le phénomène était largement enclenché, et se développait à une allure foudroyante. Ce Rapport Obin, disponible sur Internet, n’a jamais été rendu public, on comprend bien pourquoi…

Les auteurs précisent d’entrée qu’“il existe à ce sujet un refoulement, un déni généralisé de la part de nombreux responsables et membres du personnel d’éducation…Les informations circulent très mal sur cette question à l’intérieur de l’Education Nationale, ce qui fait que les informations recueillies sont en-deçà de la réalité, tant la tendance de nombreux professeurs, de conseillers d’éducation ou de personnels de direction est, en ce domaine, de celer une part de leur réalité professionnelle…Souci d’éviter tout conflit, et surtout toute couverture médiatique”. Sans parler de la mauvaise note susceptible d’être attribuée par le Rectorat…

Plus loin, il est fait état d’une “banalisation des insultes à caractère antisémite, qui ne semble, en moyenne, que peu émouvoir les personnels et les responsables. Ensuite, ce sont des menaces et agressions”.  On approuve les persécutions ou l’extermination des Juifs. L’apologie du nazisme et de Hitler n’est pas exceptionnelle. Si bien qu’on assiste à un “regroupement des élèves d’origine juive, dont la sécurité n’est plus assurée, dans nombre d’établissements privés ou communautaires”. La République qui favorise le communautarisme, on ne nous aura rien épargné ! Plus loin : “Le racisme anti-maghrébin a très nettement été supplanté par le racisme anti-juif, ce qui entraine sous nos yeux une stupéfiante et cruelle réalité : en France, les enfants juifs — et ils sont les seuls dans ce cas— ne peuvent pas, de nos jours, être scolarisés dans n’importe quel établissement”. Avançons : “En 1996, le Principal d’un collège de Lyon a été obligé de réaliser le départ en cours d’année des deux derniers élèves juifs de son établissement”. Réjouissant, n’est-ce pas ? Et encore : “Devant les contestations fréquentes des programmes, on assiste à une autocensure des enseignants, qui décident de ne pas aborder telle question sensible du programme”. Mieux encore : “Etes-vous aidés, dans ces questions, par vos inspecteurs ?”, leur demande-t-on. La réponse a été partout “un NON sonore et sans appel”. En outre, on ne décèle aucune volonté de s’opposer aux atteintes à la laïcité, ce principe fondateur de la République. Et les enquêteurs en tirent une conclusion : “Un effort important pourrait être fait dans ce domaine si une volonté politique nationale venait structurer et stimuler l’action des responsables académiques”. Plus loin : “L’école doit jouer un rôle d’intégration, et non de discrimination, d’opposition et même d’aggravation des relations entre des groupes rivaux”. Comme le rappelait le Haut Conseil à l’Intégration : “ L’école républicaine doit plus que jamais être le creuset où se fabrique le vivre-ensemble, au-delà de la simple coexistence et de la tolérance des différences”. Et l’on rappelle une dernière fois que “l’école française est faite pour éduquer, pour intégrer, pas pour rejeter”.

C’est évident, on en est très loin : l’école républicaine a entièrement failli à sa tâche, elle a rejeté des petits Français que l’on n’a pas su – ou voulu – protéger. Car le tragique de l’histoire, c’est que pas un enseignant, pas un conseiller d’éducation, pas un chef d’établissement, pas un inspecteur d’académie qui se soit ému officiellement de cette situation. Sans parler des hommes politiques concernés, de droite ou de gauche. On peut d’ailleurs raisonnablement penser que certains n’étaient pas vraiment mécontents d’assister à cet exode, les pulsions antisémites revenant facilement en surface, surtout en ces temps tourmentés.

Il y a quelques mois, lorsqu’il a été question d’expulser quelques dizaines de Roms en situation irrégulière, certains n’ont pas eu de mots assez durs pour stigmatiser l’action du Ministre de l’Intérieur. Or là, je me permets de rappeler qu’il s’agissait de jeunes Français, qui n’avaient eu que la mauvaise idée d’être nés juifs.

Et les auteurs du rapport de conclure : “Cette clarté dans les convictions, cette unité d’action, cette fermeté dans les principes et sur les règles de droit devraient aussi pouvoir se retrouver au niveau académique. C’est là où on a transigé, où on a reculé, passé des compromis, que nous avons constaté les dérives les plus graves et les entorses les plus sensibles à la laïcité. Cette stratégie de la paix et du silence a des conséquences désastreuses sur les établissements scolaires”. Sur un sujet aussi difficile et aussi grave, puisqu’il concerne la cohésion nationale et la concorde civile, soulignons qu’il est chez les responsables deux qualités qui permettent beaucoup, et qu’on devrait davantage rechercher, développer et promouvoir à tous les niveaux. Ce sont la lucidité et le courage. Deux vertus qui, hélas, se font rares au plus haut niveau. Les auteurs du rapport n’étaient pas pessimistes, mais simplement réalistes, constatant que les “territoires perdus de la République” n’ont fait que s’étendre. Ce qui a pu surprendre M. Arcady, mais qui n’incite vraiment pas à l’optimisme.

Guy Zerhat

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