Journal d’Avril 2014: Editorial

POURQUOI SE TAIRE ?

La question est posée et elle n´est pas nouvelle. Il nous a paru invraisemblable que le plus grand nombre se soit tu quand il aurait fallu parler et protester. Ce n’était pas si simple et il ne sert à rien de jeter des pierres dans le jardin de nos prédécesseurs. Il y a eu des “justes” qui l’ont fait, mais peu de clercs qui ont parlé.

On l’a suffisamment révélé et dénoncé pour ne pas hésiter aujourd’hui à se déterminer si l’occasion s’en présente. Or elle se présente, la montée de l’antisémitisme défendue par les tenants de la liberté d’expression, les manifestations de rue lors de  ce “jour de colère” du 26 janvier ont vu réapparaître des appels à la haine  que l’on croyait inimaginables, la distribution libre de la presse d’extrême droite sous la bannière de Rivarol ne se retient plus mais l’on tarde à se mobiliser pour réagir, en se disant que c’est aux autres de le faire.

Les  élections municipales approchant, le FN en a profité pour gagner du terrain sans que l’on réagisse suffisamment. Chacun de nous est bien persuadé que nous courons à la catastrophe et s’en lamente, en se demandant ce que l’on pourrait faire, comme si c’était aux autres de le décider.

Les autres, quels autres ? Pas ceux qui sont aux affaires. Ils ont trop à faire. NON. Nous qui n’avons rien à faire même si nous ne nous sentons pas menacés, il y  en a qui le sont. Et ça nous laisse indifférents. Leurs problèmes nous dépassent, celui des Roms en particulier mais maintenant  aussi  celui des juifs que l’on voudrait voir “dehors”.

J’ai proposé que l’on se mobilise pour entraver la distribution de Rivarol qui véhicule sans vergogne l’antisémitisme. Dieudonné et Soral, on s’en occupe, mais l’antisémitisme qui se répand sur le net, dans les kiosques, dans les maisons de la presse et dans les grandes surfaces, ça nous est étranger.

J’ai lancé une alarme le 12 février, en invitant tous les citoyens qui se sentent concernés à réagir en faisant savoir sur les réseaux sociaux auxquels ils sont affiliés, qu’ils cesseront de se rendre dans les centres commerciaux qu’ils fréquentaient, dès lors que la presse de haine continuerait d’ y être mise en vente. Les poursuites déclenchées par le signalement de la LICRA  ne suffiront pas à enrayer le processus qui a déjà produit ses effets dans les urnes les 23 et 30 mars.

La manifestation tardive du 19 mars nous a de nouveau rassemblés sur le parvis des droits de l’homme. Les discours et les interventions ardentes des uns et des autres rassurent, mais ce sont les autres qu’il faut convaincre et c’est à nous de le faire, au quotidien, en utilisant les outils de communication dont nous disposons et qui sont à notre portée. Nous avons raté l’occasion de le faire avant les élections, maintenant qu’elles sont passées il nous faut les prendre en compte. La montée du Front National paraît être la révélation de ces élections municipales. Elle occupe en tous cas le devant de la scène. Elle traduit à nouveau une “(ir)résistible ascension”. Ce n’est pas faute de l’avoir vue venir, cette vague risque un temps de nous submerger. Il n’est plus temps d’en rechercher les causes, mais en revanche, il est nécessaire d’en mesurer les effets. Confronté à la réalité, le FN va devoir affronter comme les autres les difficultés du moment, mais la gestion municipale ne lui confère pas les pouvoirs d’orienter la politique différemment. Le respect du à l’expression du suffrage universel et à la démocratie nous obligent à compter avec eux.

Faut-il et à quoi bon leur parler? Un instant de folie, l’idée m’en est venue. On m’en a dissuadé. Ils n’ont rien à nous apprendre que nous ne sachions déjà et il y a bien peu de chances qu’ils nous écoutent, pressés qu’ils sont de prendre en mains les destinées du pays. Non décidément, nous n’avons rien à leur dire. Il nous faut plus que jamais les combattre.

En revanche, nous devons continuer plus que jamais à défendre nos valeurs et mieux que nous ne le faisons, et en convaincre les élèves auxquels nous nous adressons.

Les séances de cinéma ne sont plus suffisantes. Il nous faut en plus trouver un autre langage : le leur, en utilisant leurs moyens de communication, le net et les textos. Les programmes de nos projections, les débats qui ont lieu dans la salle, les visites et les rencontres laissent des traces et créent des occasions, pourquoi les garder pour nous, ou pour le journal qui paraît tous les trois mois ?

Mémoire 2000 est maintenant sur Facebook. Beaucoup d’entre eux aussi. C’est un lien qu’il nous faut exploiter.

J’invite tous les membres de Mémoire 2000 à en faire l’expérience.

Bernard Jouanneau

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