Retour à Berlin

Lu dans le JDD :

« Hitler n’a pas été le seul à refuser de saluer mon grand-père »

Jesse Owens, athlète noir américain, avait marqué les JO de 1936 organisés en Allemagne nazie. Vendredi, à Berlin, dans le cadre des mondiaux 2009, sa petite-fille va remettre les médailles du concours du saut en longueur.

Marlene Dortch avait 16 ans à la mort de Jesse Owens, son grand-père. C’est là, en 1980, à 45 ans, qu’elle a enfin compris. « Je savais, depuis que j’étais gamine, qu’il était célèbre, explique-t-elle au JDD. Mais à la maison, il ne parlait pas de son passé. On le voyait comme notre grand-père, pas comme Jesse Owens. A sa mort, j’ai enfin compris, notamment en lisant les milliers de lettres reçues de gens racontant ce qu’il avait représenté pour eux, à quel point il les avait encouragés à poursuivre leurs rêves. »

Jesse Owens a marqué le sport et l’histoire. En remportant quatre médailles d’or (100 m, 200 m, 4×100 m et saut en longueur) aux Jeux olympiques de 1936 à Berlin, dans l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler, l’athlète américain a fait voler en éclat la thèse de la supposée supériorité aryenne. Mieux, les 110 000 spectateurs de l’Olympiastadion ont scandé son nom, provoquant la fureur du Führer. Soixante-treize ans plus tard, le stade olympique de Berlin accueille les Mondiaux d’athlétisme. Afin d’honorer la mémoire d’Owens, les organisateurs ont choisi d’inviter sa petite-fille. Samedi prochain, Marlene Dortch remettra les médailles du saut en longueur. Elle aurait souhaité pouvoir partager ce moment avec son grand-père: « Il aurait été ravi de me voir participer à cet événement, c’est un très grand honneur. »

« Hitler n’a pas été le seul à refuser de saluer mon grand-père »
Elle sera accompagnée par l’Allemand Kai Long, le fils de Luz Long, l’adversaire d’Owens dans l’épreuve du saut en longueur, lui aussi entré dans l’histoire. En difficulté lors des éliminatoires après avoir « mordu » ses deux premiers sauts, Owens avait reçu l’aide surprenante de Long, qui lui avait conseillé d’allonger sa foulée pour son dernier essai. Qualifié de justesse, l’Américain avait ensuite remporté la finale devant l’Allemand, avant d’entamer un tour d’honneur avec ce dernier, provoquant l’indignation des cadres nazis et de Hitler, qui refusa de serrer la main du « nègre ».

« Hitler n’a pas été le seul à refuser de saluer mon grand-père », souligne Marlene Dortch. Le président Franklin Roosevelt ne prendra jamais la peine d’envoyer un télégramme ou de recevoir le héros de Berlin à la Maison-Blanche. Jesse Owens n’était pas considéré comme un citoyen à part entière dans une Amérique en pleine ségrégation, où sa couleur de peau le forçait à voyager à l’arrière des bus et lui interdisait l’accès à certains restaurants.

« Mon grand-père était patriote, il aimait son pays, précise Marlene, une avocate qui travaille pour la Commission fédérale des communications. Mais il voulait que tout le monde soit traité de la même manière et s’est battu pour ça. J’aurais aimé qu’il assiste à l’élection de Barack Obama. Il aurait été tellement content de voir un Noir à la Maison-Blanche! » Aujourd’hui, c’est Llewellyn, le propre fils de Marlene, qui reprend le flambeau familial. D’après elle, il est « rapide comme l’éclair » et, à 7 ans, répète sans cesse qu’il peut courir plus vite que son fameux arrière-grand-père, qu’il a découvert sur YouTube.

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