Compte-rendu du débat sur le film It’s a free world de Ken Loach, le jeudi 2 avril 2009, débat animé par maître Jacoby.
Maître Jacoby engage le débat. Il explique que les problèmes d’exploitation des situations dramatiques de milliers de personnes immigrées (auxquelles, au temps du Thatchérisme, le Royaume Uni avait à faire face, et auxquelles faisait allusion le film) se retrouvent maintenant dans différents pays occidentaux. Face à l’immigration africaine, des pays de l’Est, etc., nos gouvernements n’ont pas de réponse réelle.
Il demande aux élèves d’exprimer ce qu’ils ont ressenti devant ce film « dur ». Les questions fusent de la part des enseignants et des élèves.
Une enseignante souhaite connaître plus précisément en s’adressant à l’Avocat lui-même s’il existe des lois internationales de protection, et si oui quelles sont-elles ?
Maitre Jacoby :
Depuis la seconde guerre mondiale, l’immigration (d’abord d’Espagne, ensuite du Portugal et après d’Afrique etc.) s’est tellement développée, que la France et les pays occidentaux ont fermé leurs portes devant cette immigration massive en raison notamment de la nécessité de trouver des solutions au logement, à la scolarisation etc. La question est très complexe. On a commencé en France à en prendre conscience en 1960, quand des Africains sont morts brûlés par un feu allumé dans une cave, un soir de Noël par un très grand froid.
Lui-même s’est personnellement occupé de réfugiés politiques durant plusieurs années. Ces hommes et ces femmes qui réclament l’asile politique en France doivent présenter leurs dossiers devant la Cour Nationale du Droit d’Asile dont l’instruction peut prendre plus d’un an. En attendant le verdict, ils se sont installés avec leur famille et, la plupart du temps, même si leur dossier est rejeté, ils restent en France comme immigrés clandestins.
Les avocats essaient toujours de présenter un recours. Tout un mécanisme juridique est mis en place pour éviter leur expulsion.
Une autre enseignante, étayant les paroles de maitre Jacoby, témoigne : les familles d’enfants scolarisés ne sont pas toujours expulsées grâce à la mobilisation des enseignants aidés par les associations. Elle engage tous les assistants à cette séance à faire preuve de citoyenneté et à militer, y compris avec Mémoire 2000. L’action militante et la force réactive des citoyens devant des actes injustes peut faire changer les décisions et arrêter la mécanique juridique.
Maitre Jacoby rappelle que, pendant la guerre, des Juifs ont été sauvés grâce à certains Français non-juifs qui n’ont pas hésité à contrecarrer des lois inhumaines.
Une enseignante raconte à ce propos la façon dont l’élève Kadialy menacé d’expulsion a pu, grâce à Mémoire 2000, rester en France, poursuivre sa scolarité et avoir ses papiers en règle.
A la question sur les « bonus » que les policiers recevraient, en fonction du nombre des expulsions d’étrangers réussies, aucune réponse n’est assurée. Nous n’en savons rien !
La deuxième partie du débat s’est organisée autour des poursuites qu’on devrait conduire auprès des grands entreprises de travail clandestin (allusion au film où Angie et Rose ont été influencées parce qu’elles avaient la preuve que les gouvernements ne faisaient rien contre ces entreprises).
Maitre Jacoby fait remarquer que les dénoncer c’est par la même remettre les immigrés aux mains de la police. La loi concernant la délation, qui punirait les personnes qui logent les immigrés n’est heureusement pas appliquée. Cependant il semble absurde de maintenir des lois qui ne sont pas appliquées.
Est ensuite abordé le délicat problème des centres de rétention, comme il en existe à Malte et ailleurs et sur la manière dont sont considérés les clandestins dans les centres de rétention.
Maitre Jacoby fait remarquer la subtilité du langage: maintenir en « rétention » n’est pas maintenir en « détention ». Tout le monde reconnaît volontiers qu’il y a perte de la liberté pour les « retenus » dans un pays comme la France (en principe) « pays des droits de l’homme. »
Daniel Rachline demande qu’on diffuse auprès du plus grand nombre de personnes le Rapport d’Amnesty international publié en avril 2009.Tout le monde peut se le procurer sur internet;La presse en a fait un large écho.
La salle réfléchit aux rapports des citoyens français avec la police. Visiblement, des élèves et des enseignants ont assisté à des scènes où la police tenait des propos racistes et qu’ils racontent…
Un consensus se fait pour demander à chacun de porter plainte devant des manquements irrecevables et de se faire accompagner par des témoins.
Une enseignante décrit comment des policiers se sont comportés lors d’une visite dans son établissement scolaire des Ministres de l’Education et de la santé accompagnant le président Sarkozy. L’émotion est à son comble.
On a rappelé, s’il en était besoin, que nous devons tous continuer à militer et à jouer notre rôle de citoyen pour dénoncer les moyens d’intimidation utilisés contre les faibles…
Ce fut un bon débat auquel tout le monde a pu participer. Chacun s’est senti concerné face à l’actualité de la question débattue.
Nous signalons qu’actuellement passe dans les salles un autre film Welcome sur ce même problème.
