Compte rendu de notre séance du 4 novembre 2025

Pas de vagues.
Un film de Teddy Lussi-Modeste, novembre 2024
Séance du 4 novembre 2025 Les 3 Luxembourg.

Une classe de 4ème du collège Pasteur de Villejuif.

D’autres classes ont annulé leur visite au dernier moment.  
Débat mené par Clémence Habbaba, professeure d’histoire géographie au collège François Villon Porte de Vanves.

Fondatrice du collectif d’enseignants : Éducation Numérique Raisonnée.

Restitution du débat. C.H. désigne Clémence Habbaba

Commentaires sur le film et le fonctionnement du harcèlement

Après avoir constaté avec les élèves l’état d’angoisse ressenti à la fin du film Clémence Habbaba demande une définition du harcèlement.  Les réponses fusent : « s’acharner sur quelqu’un à longueur de journée » « C’est quand c’est répétitif » « c’est quand ça ne s’arrête pas, il y en a plein ». « le prof, à plusieurs reprises il se fait menacer de mort. »

C. H. – Vous avez raison, c’est long, ça dure longtemps et ça s’aggrave. Racontez ce qui se passe.

Les élèves racontent la scène du déjeuner au kebab et expliquent comment Leslie croit que le prof la drague quand il dit que l’eau est fraîche en la regardant. Ils expliquent aussi qu’il y a deux élèves jalouses parce qu’elles n’ont pas été invitées au kebab à cause de leurs mauvaises notes.

CH rappelle que le film commence en classe pendant un commentaire sur un poème de Ronsard où il est question de la séduction et que la scène au kebab s’est déroulée avant. Les élèves retrouvent la scène « le prof il dit que la fille (Leslie) est belle … Elle va faire une lettre avec les copines qui n’ont pas été au kebab et qui l’ont incitée… Dans la lettre il y avait de fausses accusations, elle accuse le prof de la draguer. »


C. H. La lettre est très grave parce que Leslie est mineure. Cette lettre va être prise au sérieux.
⁃ oui, ils disent au frère de venir et devant lui elle n’ose rien dire, pas dire que ce n’est pas vrai. Elle a trop peur.  

Il est ensuite question de la vidéo où l’on voit Julien, le prof danser en boîte de nuit avec son copain.

 Les élèves réagissent :
⁃ Quand Leslie voit la vidéo de son prof avec son mec, elle est un peu gênée.
⁃ Quand elle a vu la vidéo elle comprend qu’elle a fait une grosse bêtise
⁃ Les élèves vont « afficher » le prof avec la vidéo
C.H. Qu’est-ce qu’on attaque quand on met cette scène sur un réseau ?
⁃ ça raconte son intimité. C’est sa vie privée.
C.H. Exactement ! Pensez-vous que s’il avait révélé son homosexualité ça l’aurait protégé ?
⁃ non ça ne l’aurait pas protégé. C’est mal vu.
C.H. Voyons maintenant les réactions des adultes
⁃ le directeur dit qu’il veut le protéger mais il ne fait rien.
⁃ Au fur et à mesure on voit que ses collègues vont le lâcher.  

⁃ le film il est pas réaliste. Normalement les profs ils sont soudés, ils ne laisseraient pas un collègue se faire attaquer comme ça. Dans notre collège ça ne se passe pas comme ça.
C.H. Que veut le frère de Leslie ?
⁃ Que le prof soit viré du collège direct.
C.H. Le principal n’a pas fait son travail de protection auprès du professeur.
⁃ Le principal a menti : il n’a pas envoyé sa lettre, il n’a pas porté plainte alors qu’il pouvait.
⁃ Dans le film ils ont trouvé la fille parfaite pour faire du mal au prof.
C.H. Oui Leslie n’est pas bien avant, les harceleurs voient en elle quelqu’un de faible donc peut-être victime. Le prof est aussi débordé progressivement par les élèves. C’est une cible facile.
⁃ C’est angoissant parce que tout le monde le croit coupable, personne ne l’aide.


C.H. Le film s’arrête sur cela, le prof est débordé par la situation, il ne contrôle plus rien pendant l’alerte. Il reste avec ses élèves mais il est perdu.

Dans le harcèlement il y a un ou plusieurs harceleurs et une victime. La victime est le bouc émissaire. Le professeur se retrouve en situation d’infériorité. Il perd le contrôle.

-Les élèves, ils profitent que le prof est tout gentil.
⁃ Son amoureux est toujours là mais Julien devient méfiant de tout.
⁃ En cours, l’élève rebelle se lève sans demander la permission et n’obéit plus au prof.


C.H. Dans mon collège, on voit ça souvent. Une situation où quelqu’un est désigné comme le coupable. Et il faut du temps pour éclairer la situation. C’est le principe du bouc émissaire, celui qui apporte le malheur et qu’il faut chasser. Ça a toujours existé, on désigne un responsable du problème. Là, Julien (le professeur) est désigné comme coupable et responsable du harcèlement. En conseil de discipline, on a quantité de situations où il faut tirer au clair qui est harcelé, qui mobilise le groupe contre quelqu’un.

Le harcèlement peut s’exercer aussi sur tout un groupe que l’on juge responsable de tous les malheurs : les juifs, les arméniens, les étrangers les immigrés…

Avant de passer au harcèlement sur les réseaux sociaux, une question pressante :

– C’est une histoire vraie ? ça veut dire que le professeur il n’avait plus de vie ?

C.H. : C’est exactement ça !

Harcèlement et cyber harcèlement

C.H. Un élève utilise sa tablette ou son smartphone en moyenne, cinq heures par jour. C’est une moyenne, cela veut dire que certains l’utilisent moins d’une heure par jour et d’autres plus de 10 heures. Quel est l’âge de la majorité numérique ?

– 15 ans

C.H. Quand vous avez des conversations sur un réseau, quand vous l’effacez, est-ce vraiment effacé ?

– Oui je peux supprimer pour moi et supprimer pour tous.

C.H. Non, Les conversations sur les réseaux ne sont pas effacées, elles sont enregistrées dans un serveur appartenant à Google, Facebook ou au réseau chinois TikTok. Partout les données sont stockées dans d’énormes DATA CENTER. Où sont les data center ? Dans d’immenses locaux, plus grands que votre collège. Et cela consomme une grande quantité d’énergie, il faut constamment les refroidir. C’est pourquoi ils sont souvent installés dans des régions froides. Ce n’est pas virtuel, ce sont de très grandes constructions. A qui appartiennent ces data center ?

– A l’état

C.H. Non, à des organismes privés

– Vous êtes prof d’histoire géo, comment vous savez tout ça si vous n’êtes pas prof de techno ?

C.H. Dans mon collège, un élève a été photographié sur les toilettes puis cette photo a été mise sur les réseaux et l’élève a été harcelé. C’est devenu très violent. Tout le collège était concerné, on a porté plainte à la police. Les parents ont été convoqués et on leur a rappelé qu’ils sont responsables parce que ce sont les parents qui donnent l’accès aux réseaux sociaux.

– Et puis quoi encore ?

C.H. Les parents doivent donner la permission pour accéder aux réseaux

– Pourquoi ?

C.H. les enfants peuvent tomber sur des sites pornos ou violents, qui sont interdit aux moins de 15 ans. Notre association demande que les téléphones portables soient interdits avant 15 ans. Les parents doivent protéger leurs enfants.

– Les élèves harcelés, des fois, ils changent de lycée

C.H. – C’est très difficile après de se réadapter. On devient très méfiant de tout le monde, on ne veut plus retourner au lycée. Si jamais on est harcelé, il faut tout de suite en parler à un adulte. Si on est témoin d’un harcèlement et qu’on ne dit rien, on est coupable de non-assistance à personne en danger. Et si on relaie, on est complice. Connaissez-vous des modes de jeux agressifs ?  

– Le jeu de baisser le pantalon des autres et que tout le monde regarde et se moque. Ya ça dans notre collège

C.H. C’est TikTok qui propose jeux » agressifs. Comme le petit pont massacreur. Cela maintenant existait avant mais la mode est lancée par Tik Tok.  Le jeu du massacreur. Le jeu d’étrangler Tous, ces jeux viennent de TikTok.

Une élève témoigne, en primaire, elle a été harcelée, elle raconte ce qu’elle endurait sans arrêt : t’es moche, t’es laide, t’es bête, elle était très malheureuse, mais ne pouvait rien dire : si tu le dis, tu vas être massacrée. Refus d’aller à l’école, grande peur, elle n’avait pas d’amis.

C.H. Comment t’en es-tu sortie ?

– ça a été mieux au collège.

Un élève demande comment s’est passée la suite du film dans la réalité.

C.H. Le film annonce que le scénario est tiré d’une histoire vraie. Le réalisateur a vécu cette histoire, été harcelé lorsqu’il était professeur de français. A partir de son expérience, il a écrit le scénario, mais il n’est pas démoli comme le montre la dernière scène du film. Il n’y aura pas d’épisode 2 de pas de vagues. Ce professeur a réussi à adapter ce moment en un film.

Un élève harcelé, du coup se fait lui-même harceleur, ça peut tourner.

Des pistes pour se protéger des réseaux sociaux.

C.H. – que peut-on faire à la place du temps passé sur son téléphone portable ?

Les réponses sont multiples : -du sport – du foot – de la danse – des activités extérieures.

C.H. C’est bien, dans ces activités, on est ensemble. A votre âge on a besoin des autres. Comment faire en sorte de ne pas y passer trop de temps ? On peut regarder son temps d’écran. Que peut-on faire aussi ?

– On peut parler avec sa famille et on peut interdire le téléphone à table.

C.H. il faut utiliser le contrôle parental

Une réponse indignée – ça, c’est Niet !!

C.H. Si !! c’est le travail des parents. Je protège mes enfants en contrôlant leur temps d’écran.

– Non, si on interdit, après plus tard, ils vont le faire plus.

C.H. Plus tard, on a grandi, on a plus de 15 ans et on voit les choses de façon différente, un enfant de trois ans traverse la rue, si on ne lui interdit pas, il va se faire écraser.

Le téléphone c’est comme une jungle, il y a des hameçonneurs, ils mettent 12 minutes pour coincer un jeune ! Avec des photos, des stories. Le téléphone est dangereux, même pour un adulte mais si vous n’êtes pas sur les réseaux, vous êtes protégés. En 20 ans de professeure, le moment le plus grave c’est à partir du moment où les élèves ont eu accès aux réseaux sociaux. Depuis l’apparition des smartphones, il y a beaucoup plus de conseils de discipline. Les enfants veulent toujours faire plus que ce qui est autorisé, mais les parents ne laissent pas les enfants jouer seuls avec les couteaux de cuisine. Avec Tik tok, la capacité scolaire des enfants dégringole. Les enfants perdent des heures de sommeil. Il ne faut pas de téléphone dans les chambres. Il y a une épidémie de myopie due aux écrans. L’obésité progresse et elle raccourcit l’espérance de vie.

 – on utilise pourtant les écrans au collège ?

C.H. Oui mais pas pour aller sur les réseaux sociaux. Dans le cadre d’une activité pédagogique avec des adultes autour.

Savez-vous que les enfants chinois n’ont le droit qu’à deux heures par jour de portable ?

On devient prisonnier de notre machine, on perd la liberté et le sens critique.

Le sujet a pris une place importante dans le débat public et jusqu’à l’Assemblée Nationale.

Notre public était malheureusement peu nombreux mais vraiment impliqué dans l’échange autour du harcèlement et de l’accès aux réseaux sociaux.

Joyeux applaudissements avant de quitter la salle. L’après-midi même, les élèves ont travaillé avec leur professeur d’histoire et produit des dessins à propos du harcèlement. Marie Lecoeur et Jacinthe Hirsch

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