Tribune libre de Colette Gutman :
Le 20 novembre 2008, l’Assemblée mettait fin aux ajouts successifs de commémorations, tout en sauvegardant les dernières qui avaient été décidées.
La République s’était jusqu’à présent « contentée » de trois fêtes porteuses d’unité nationale : le 14-juillet, le 11-novembre, le 8-mai. Six journées commémoratives ont été ajoutées, consacrées pour la plupart à des groupes particuliers de victimes : le 16 juillet (persécutions antisémites), le 10 mai (mémoire de l’esclavage et de la traite). D’autres dédiées à la mémoire combattante : Indochine, Algérie, journée Guy Môquet.
Question : faut-il que la législation s’en mêle, ou doit-on laisser aux seuls historiens le soin de décider de ce qui doit être ou non commémoré ? Loi Gayssot, loi Accoyer, loi Taubira… au départ il y avait la loi Gayssot, destinée à lutter contre le révisionnisme et la négation de la Shoah, formes déguisées d’antisémitisme. Puis est venue, selon Pierre Nora, une série de lois « sanctionnant la mise en cause de faits plus lointains de l’histoire, à l’abri de toute analyse historique ». C’est ici qu’intervient le cœur de la polémique : comment garantir qu’il ne puisse pas y avoir de manipulation, de la part de tel ou tel pouvoir en place ? Autre interrogation : la place importante que fait le pouvoir à l’histoire du passé n’est-elle pas en proportion inverse de celle que la France occupe dans l’histoire présente ?
Qui décide quoi ? Le pouvoir en place ou le tribunal de l’opinion, au risque de dérapages dangereux ?
Jean Daniel a écrit, dans un éditorial sur ce sujet, que l’histoire : « Il y a ceux qui la font et ceux qui la subissent. Ceux qui l’accompagnent comme témoins et d’autres qui la contemplent pour la raconter ».
Pour compliquer le tout, ajoutons-y une boutade répandue chez les historiens : qui sait de quoi hier sera fait ?
Colette Gutman
