Vu dans Sud Ouest:
Moment d’émotion, samedi, devant l’école de Lussant où était dévoilée une plaque commémorative rendant hommage à un « juste » parmi les justes, M. Jean Vaur, instituteur à Lussant.
En 1942, deux soeurs, Rachel et Francine, 6 et 8 ans, avaient grâce à son courage pu fuir Paris avec leur mère et échapper à la déportation. Survivantes, elles ont retrouvé à cette occasion, avec la joie que l’on devine, les familles Vaur et Moi qui leur avaient permis, au péril de leur propre vie, d’échapper au sort des porteurs de l’étoile jaune.
Avec beaucoup de modestie, ces familles lussantaises étaient demeurées discrètes sur cet acte de courage déjà presque oublié. C’est un providentiel concours de circonstance qui l’a mis en lumière.
À Paris, l’année dernière, à la Sorbonne, lors d’une conférence de la Fondation sur les enfants cachés durant l’occupation, une personne de l’assistance a révélé l’histoire de deux soeurs et de leur mère soustraites, in extremis, de la rafle de Belleville, le 6 juillet 1942, puis convoyées sous de faux papiers et hébergées à Lussant par des personnes au grand coeur.
Rachel et Francine étaient là
Jean Gonny, président d’Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation, et Jacques Georges, président d’honneur, en partenariat avec Jacques Gontier, maire de Lussant, et Thierry Crampette, directeur de l’école communale, ont souhaité que soit remémoré le courage de ces Lussantais. Invitées, Rachel et Francine, les deux petites filles, aujourd’hui sexagénaires, s’y sont associées avec joie.
Confinée temporairement par la tempête sous le préau de l’école, la cérémonie a été d’une grande simplicité avec le chant des enfants de l’école, mais surtout, le récit de la bouche même de Rachel, de ce que, avec sa soeur et sa mère, elles avaient vécu en ce début de juillet 1942.
Avec une émotion difficilement contenue, ce professeur d’histoire retraitée, entourée de Francine sa soeur, de Madeleine Remondière, née Moi, qui avait 15 ans à l’époque, de Lysiane Maquérel, petite-fille de M. et Mme Vaur, des enfants, petits-enfants de Victor et Adrienne Moi, a raconté leur histoire.
Laquelle avait débuté avec la peur quand la police française vient, un matin de juillet 1942, chercher leur père qui, déporté, mourra à Auschwitz. Elle dit aussi comment leur mère avait courageusement obtenu du policier la journée de répit qui leur avait permis de fuir ; leur errance de cache en cache, chez une couturière du quartier, une maison d’enfant, puis chez une institutrice, Mme Devauchelle, aux Lilas. C’est elle, fille de M. Vaur, instituteur à Lussant, qui fera le lien avec son père pour organiser leur voyage en Charente-Maritime.
Une exposition
Pour prolonger ce message, et parallèlement à l’exposition sur la déportation présentée à la Corderie royale de Rochefort (voir notre édition du 20 janvier), est présentée par les élèves de CM2, à l’école, une autre exposition qui raconte en images, photos, documents originaux et textes, l’arrivée et la vie de la famille Segal à Lussant, la scolarisation de Rachel et Francine dans la classe de M. Vaur, les conditions de vie auprès de Victor et Adrienne Moi.
