Le Conseil de sécurité bannit le viol «tactique de guerre»

Vu dans La Tribune de Genève:

NATIONS UNIES

Une résolution exige la fin des violences sexuelles lors de conflits armés et fait du viol planifié une question de sécurité internationale.

OLIVIER BOT | 21 Juin 2008 | 00h05

Le viol? C’est aussi une question de sécurité internationale. L’adoption unanime par le Conseil de sécurité de l’ONU, jeudi, à New York d’une résolution qui reconnaît que le viol est une «tactique de guerre» inhumaine marque une révolution dans les esprits.

«Cela veut dire que le viol de guerre n’est plus banalisé, considéré comme inévitable, lors d’un conflit armé. Et qu’il ne relève pas seulement de la responsabilité individuelle d’un agresseur ou de la sphère privée d’une victime», commente Florence Tercier Holst-Roness au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Genève.
Faire remonter les informations

Mieux: les gardiens de la paix du monde veulent se saisir de ces viols massifs, planifiés, en exigeant dans leur texte «que les parties en conflit y mettent fin immédiatement et totalement». Le signal aux instigateurs de ces crimes est fort. Le ton est peremptoire. Les quinze membres du Conseil ont demandé au secrétaire général de l’ONU de désormais «faire remonter les informations sur le recours à ces violences sexuelles».

Cette condamnation internationale changera-t-elle quelque chose? Oui, pense Michel Roy, qui anime depuis l’an dernier, pour le Secours catholique, l’Observatoire international du viol utilisé comme tactique de guerre. «La Cour pénale internationale, jusqu’ici saisie dans de rares cas individuels, va pourvoir poursuivre à une autre échelle», commente-t-il.
40 viols par jour

Il voit même dans la réforme, l’an prochain, du statut de Rome de 2005 (qui installait la Cour pénale internationale), l’opportunité d’inscrire la recevabilité de plaintes collectives, et d’ouvrir ainsi à la réhabilitation de toutes les victimes.

Le CICR qui a ouvert 29 maisons d’écoute dans la région du Kivu, au Congo RDC (40 viols par jour dans ce seul pays), sait l’ampleur des dégâts de cette arme. «Quand un viol a lieu dans un village, une nuit, ce sont six villages qui déménagent dès le lendemain, aux alentours; des familles et des liens communautaires détruits; des populations humiliées. C’est une méthode de guerre efficace», constateFlorence Tercier. Dans ces maisons, on soigne et accompagne psychologiquement et socialement des femmes blessées dans leur chair, souvent rejetées par leur propre communauté, après des viols commis le plus souvent au grand jour, devant leur famille.

Loin de New York, cette résolution peut aussi servir à consolider les actions de prévention, dont plusieurs aspects sont -détaillés dans le texte. Le CICR expérimente déjà ce type de programme sur le terrain. Il informe les soldats de l’armée régulière et des groupes armés de la législation sur le viol, «crime de guerre, crime contre l’humanité et constitutif du crime de génocide», selon la Cour pénale internationale. Il intervient aussi auprès des autorités locales afin d’exclure, par exemple, ceux dont on sait qu’ils ont violé.

La question n’est plus taboue. Est-elle plus brûlante aujourd’hui? Les viols de guerre sont certes plus nombreux dans les conflits régionaux. Mais ils ne datent pas d’hier. Celui de Nankin en Chine, commis à grande échelle par les troupes japonaises en 1937, est entré dans les livres d’histoire. Puisse la résolution de 2008 y entrer aussi.
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