Vu dans 20 Minutes du 3 juin 2008:
C’était juste hier, mais cla semble d’un autre âge. Pour France 2, Lizland Films a achevé il y a quelques semaines le tournage d’un téléfilm sur l’affaire Finaly. A travers l’histoire de ces enfants juifs baptisés en 1948, et cachés de couvent en couvent pour ne pas les rendre à leur famille de « déicides », c’est une France toute proche, mais oubliée, qui surgit. Celle où l’antisémitisme est encore une pulsion quotidienne, même après l’horreur de la Shoah. Celle où un catholicisme prosélyte et acharné rythme encore une grande part de la vie sociale.
Au centre de l’affaire, Antoinette Brun, fossilisée de convictions, interprétée par une Charlotte de Turckheim méconnaissable. « A l’époque, cette affaire a eu un retentissement énorme. Médiatiquement, c’était l’équivalent d’une mini-affaire Dreyfus », souligne l’historienne Catherine Poujol, auteur des Enfants cachés, publié chez Berg International. Et les relations entre juifs et catholiques en seront durablement marquées.
La productrice Elisabeth Arnac a porté le projet pendant plusieurs années « Je voulais montrer l’égarement où peut mener l’absence de respect de la foi des autres. Au nom d’une religion, des gosses ont été traités de manière cruelle : ballottés, cachés. A une époque où l’on fait le procès de l’islam, il est intéressant de constater les errements de la religion catholique, il y a à peine soixante ans, avant Vatican 2. »
Volontairement, le lieu du tournage a collé aux lieux des événements, dans la région Rhône-Alpes « pour faire circuler l’authenticité », note Elisabeth Arnac et restituer l’ambiguïté ordinaire de l’affaire. Antoinette Brun, qui kidnappe les enfants, est une résistante qui les a sauvés pendant la guerre. Le cardinal Gerlier, qui couvre longtemps le scandale, est un antinazi actif. « Pour soustraire ces enfants à la justice française, Gerlier a réactivé le même réseau qui avait caché et donc sauvé de la mort des centaines d’enfants juifs pendant la guerre ! », raconte Catherine Poujol. D’Israël, les frères Finaly ont donné leur accord pour voir incarner cette histoire en fiction. Une histoire qu’ils considèrent aujourd’hui ne plus leur appartenir en propre, mais qui s’écrit comme « une page de l’histoire des Juifs ».
Anne Kerloc’h – ©2008 20 minutes
