Plus de pub pour l’expo trouble sur la joyeuse Occupation

POLÉMIQUE.
Vous ne verrez plus cette affiche
Camille Neveux

samedi 19 avril 2008 | Le Parisien

La mairie de Paris vient d’annoncer la suppression de la campagne d’affichage présentant une exposition de 270 clichés réalisés sous l’occupation allemande.

LA PHOTOGRAPHIE représente une poignée de Parisiennes souriantes et apprêtées, vêtues de robes cintrées et chaussées de hauts talons, en goguette dans les rues de Paris, au milieu des officiers de la Wehrmacht. Réalisée sous l’occupation allemande par le photographe français André Zucca – accrédité par le magazine de propagande nazie « Signal » – cette affiche illustrant l’exposition « les Parisiens sous l’Occupation », va progressivement disparaître des rues de la capitale.

En pleine polémique sur la mise en scène de l’exposition, l’Hôtel de Ville a décidé, hier, de supprimer la campagne d’affichage annonçant les 270 photographies en couleur de Zucca, exposées jusqu’au 1 e r juillet à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), à deux pas de la rue des Rosiers.

Une manière de couper court aux critiques, incriminant plus l’absence de commentaires historiques autour des photos que la mise au jour de ces documents, jamais dévoilés au public…

« Derrière ces clichés si brillants, l’ignominie était en marche »

« Le titre est mauvais, car l’exposition ne présente qu’une facette de Paris sous l’Occupation, reconnaît Christophe Girard, adjoint de Bertrand Delanoë chargé de la Culture et élu PS du IV e , qui souhaite également que « l’exposition s’arrête plus tôt que prévu ». Beaucoup d’habitants du Marais, choqués par cette vision joyeuse de la guerre, sont venus me manifester leur désapprobation. » Dans les allées de la bibliothèque, où les photos sont répertoriées par quartier – Bastille, Ménilmontant, les Grands Boulevards… – les commentaires vont effectivement bon train. « Ah, enfin une preuve de l’Occupation ! » grince ainsi Yves, 69 ans, en observant les deux seules photos où apparaît une étoile jaune, épinglée sur la poitrine d’une homme et d’une femme vêtus de noir. « Et pendant ce temps, 11 500 enfants et 76 000 déportés juifs de France partaient en fumée. Derrière ces clichés si brillants, l’ignominie était en marche », renchérit un autre visiteur sur le livre d’or, « dérangé » par ces photographies présentant un Paris joyeux, lumineux et tranquille, loin des scènes d’arrestation et des longues queues devant les épiceries en période de rationnement.

Consciente du « manque de commentaires et de recul », la mairie avait déjà tenté de rectifier le tir il y a quinze jours, en modifiant les notes de certaines photos et en ajoutant un feuillet explicatif à l’entrée estampillé « Avertissement » – en français, en anglais et bientôt en espagnol – pour compléter la biographie du photographe et « contextualiser l’exposition ». « La pellicule couleur nécessitait une lumière forte, ce qui contribue à l’impression d’un Paris constamment ensoleillé et coloré », met en garde la notule, dont le quotidien britannique « The Times » se fait d’ailleurs l’écho. Paradoxe de cette polémique, les photographies de Zucca ont attiré, depuis le 20 mars, quelque 10 000 visiteurs… Un record pour la Bibliothèque historique.

« Les Parisiens sous l’Occupation ». Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 22, rue Mahler (IV e , M° Saint-Paul). Ouvert du mardi au dimanche, de 11 à 19 heures. Entrée à 4 €. Renseignements : 01.44.59.29.60 ou http://www.paris.fr

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