Communiqué de Mémoire 2000:
La proposition faite trois jours après le dîner du CRIF par sa directrice de cabinet de confier la mémoire d’un enfant juif déporté et victime de la barbarie nazie à une classe plutôt qu’à chaque enfant de CM2, ne rend pas la décision du président Sarkozy plus acceptable ni plus compréhensible.
Libre à chacun de se prononcer sur la question de prendre le temps de la réflexion voire même de changer d’avis.
Le Bureau de Mémoire 2000 s’est réuni. Il a reconnu dans son ensemble que la suggestion d’origine, telle qu’elle a été formulée par le Président de la République du dîner du CRIF, était inacceptable et à la limite dangereuse et que si elle procédait d’une louable intention, elle n’était pas sérieusement pratiquable
Bien d’autres se sont prononcés et la plupart de manière hostile et défavorable. Il semble que le Président se soit fourvoyé. Pour nourrir la réflexion sur le sujet, Mémoire 2000 tient à faire valoir :
-Que cette transmission assumée par les déportés survivants qui ont accepté de témoigner et continuent de le faire, par les associations comme les nôtres et par les enseignants et par les moyens de communication audiovisuels doit être entretenue, promue et encouragée par les pouvoirs publics et par les collectivités territoriales.
-Que la disparition progressive des déportés survivants n’empêchera pas que cette transmission qui ne relève pas des pouvoirs publics se perpétue.
-Que les enfants de 10 ans ne sont pas en situation, quelles que soient leur origine et la formation qu’ils reçoivent d’assumer une telle charge même collectivement au sein d’une classe et sous l’égide d’un professeur qui collecterait ou dirigerait leurs initiatives.
-Que la prise en charge individuelle ou collective de la mémoire d’un enfant juif mort en déportation risque de donner lieu à des dérives incontrôlables. (Discrimination dans le choix des “enfants morts” pris en charge ou “adopté” à titre posthume. Rivalités et concurrences des enfants victimes d’autres génocides ou d’autres exactions à tort ou à raison qualifiées de crimes contre l’humanité. Absence de sépulture. Absence de toute relation avec les familles des “enfants” choisis).
-Que les enseignants doivent rester libres, dans le cadre des programmes qui leur sont imposés par l’éducation nationale de la manière dont ils assurent la transmission du savoir et qu’un tel engagement, lourd de conséquences et qui doit se perpétuer dans le temps, n’est envisageable que s’il procède d’une volonté libre et réfléchie.
-Que l’idée même de prise en charge (ou d’adoption posthume) d’un enfant mort par d’autres enfants à deux générations de distance procède d’une démarche quasi religieuse dont il n’est pas certain qu’elle puisse être universelle et partagée par tous. Cette prise en charge imposée aurait une vertu rédemptrice annonciatrice de la résurrection des morts annoncée par l’Eglise catholique ; comme la faute elle-même dont les enfants d’aujourd’hui auraient à assumer la culpabilité. Alors que selon la Thora, c’est la vie qui doit être avant toute chose privilégiée et prise en charge.
Enfin, l’initiative du Président qui, au passage, ne dispose pas du pouvoir de l’imposer, n’aurait finalement comme seul intérêt de saluer somme il se doit l’admirable entreprise de Serge Klarsfeld dans son travail de recherche. Il y avait d’autres manières de l’honorer et il n’est pas certain qu’il en éprouve le besoin.
Elle révèle malgré tout une certaine propension frano-française à s’approprier la Shoah à la face du monde en laissant entendre aux enfants auxquels elle s’adresse que les enfants juifs n’ont eu à subir la barbarie qu’en France ; alors malheureusement que l’Europe tout entière en a été victime.
