On a beau avoir l’habitude, nos jeunes spectateurs trouvent toujours le moyen de nous étonner par leurs questions : ainsi après la projection de ce film formidable qu’est La vie des autres (on se dispensera de vous le raconter !) un élève a le plus sérieusement du monde demandé au débatteur s’il existait une Stasi en France !…
A cette question pas si impertinente et qui en dit long sur les rapports des jeunes et de la police, il a répondu non bien sûr et a tout de suite abordé les raisons historiques de la création de la Stasi : insécurité des gouvernants de l’époque, surveillés de près par les Russes et qui avaient besoin d’une police forte, au courant de tout ce qui se passait dans le pays et particulièrement dans les milieux intellectuels.
Le Pr. Schönleber s’est présenté lui-même comme Allemand, ayant vécu à Berlin Ouest mais allant souvent de l’autre côté du Mur, pour sentir ce qui s’y passait lorsque il était étudiant et trouvait la vie à l’Ouest un peu monotone !
Il a raconté notamment combien il était compliqué d’aller à l’Est, même pour un étudiant préparant sa thèse et qu’il s’était fait arrêter plusieurs fois quelques heures au poste frontière, à fin d’interminables vérifications.
Plusieurs questions ont concerné l’accès aux archives de la Stasi : ont-elles été détruites? Peut-on y accéder facilement ? Non, la Stasi n’a pas réussi à les détruire, et une loi a décidé de mettre les documents en libre accès. On a constaté que même Helmut Köhl avait été sous surveillance…Quand l’écrivain Reiner Kuntz, a été consulter les documents le concernant, il a trouvé une armoire pleine et en a fait un livre. Notre débatteur explique que l’acteur Wiesner (le policier dans le film qui est mort d’un cancer cette année) a été bouleversé d’apprendre que sa propre épouse l’avait fait surveiller…
Autre question classique car les élèves veulent toujours savoir si les coupables ont été punis. Que sont donc devenus ces hommes et ces femmes qui passaient leur temps à espionner à dénoncer ? On apprend alors que les principaux gouvernants, y compris leur chef, Honnecker, n’ont été ni jugés ni condamnés. De nombreux policiers ont fui à l’Ouest où ils se sont fondus dans la population.
La salle devient encore plus attentive à la question suivante qui touche ce qui les préoccupe toujours : « Est-ce que c’est une histoire vraie ? » Le débatteur explique aux jeunes que bien que ce soit une fiction, le film est basé sur des faits réels. Connaissant bien lui-même l’histoire de la police politique, il a d’ailleurs été l’un des consultants auprès du réalisateur de ce film. La seule différence qui a été remarquée par certains critiques ayant bien connu le fonctionnement de cette police réside dans le fait qu’un officier « traitant » n’agissait jamais seul et que ses « co-équipiers » ne l’auraient jamais laissé aller jusqu’au bout de son revirement !
Enfin, un élève a voulu savoir s’il y avait une certaine liberté d’expression en RDA. Oui et non a répondu le Pr. Schönleber. Il y avait des tabous et il était dangereux d’évoquer certains sujets. Plus grave encore, et là les jeunes spectateurs vont se rendre compte de la dureté du régime, les enfants des personnes qui quittaient clandestinement la RDA étaient placés dans des familles sûres, et même souvent adoptés !
Ainsi le débat, en apportant beaucoup d’explications et de faits concrets a remarquablement prolongé une séance particulièrement instructive, suivie avec beaucoup d’intérêt et d’émotion par les élèves qui se rappelleront sans doute cette matinée.
Nous en avons pour preuve ce que nous a écrit l’un des professeurs présents : il avait commencé à aborder la question avant la séance en présentant des documents que nous lui avions fait parvenir, a ensuite discuté avec ses élèves du sujet du film et enfin décidé avec eux des nous écrire afin de nous remercier !
–Claudine Hanau
