Guantanamo : jusqu’à 100 détenus ni libérés ni poursuivis

Lu sur RTL Info
Entre 50 et 100 détenus de Guantanamo sont jugés trop dangereux pour être libérés mais sont aussi impossibles à inculper, selon le secrétaire américain à la Défense, qui met le doigt sur une inextricable situation juridique et diplomatique pour l’administration Obama.

« La question est de savoir ce que nous allons faire des 50 à 100 (détenus) que nous ne pouvons ni libérer ni juger » devant des tribunaux américains, qu’ils soient civils ou militaires, a-t-il affirmé jeudi au cours d’une audition au Congrès. M. Gates a dans le même temps demandé au Congrès un budget exceptionnel de 50 millions de dollars « qui nous permettrait d’entreprendre des constructions si nous en avions besoin pour ces détenus ».

Alors que le président Barack Obama a décrété la fermeture du centre de détention de Guantanamo d’ici janvier 2010, cette enveloppe pourrait financer la construction d’une nouvelle aile ou d’aménagements au sein d’un prison américaine existante, fédérale ou militaire, pour recevoir des détenus, a précisé un responsable militaire américain sous couvert de l’anonymat. Tout en précisant que le ministère de la Justice était chargé de réexaminer la totalité des dossiers des détenus, un par un, le secrétaire à la Défense a assuré que « nous avons commencé à discuter cette semaine des détenus qui ne peuvent être transférés vers d’autres pays et ne peuvent être traduits devant des cours fédérales ».


Un porte-parole du ministère américain de la Justice a refusé de commenter les propos de M. Gates. Le ministère de la Justice demande au Congrès 30 millions pour mener à bien cette tâche. L’existence d’une « troisième » catégorie de détenus faisait déjà partie de la rhétorique du Pentagone sous l’administration Bush, observe Sharon Bradford Franklin, experte auprès du Constitution project à Washington. Mais, « comment sait-on que quelqu’un est dangereux », objecte-t-elle. « Si c’est à partir d’éléments recueillis sous la torture, nous savons que ce n’est pas entièrement fiable et si ce n’est pas sur cette base, s’il existe des preuves crédibles, alors ne devrions-nous pas les réunir et être en mesure d’inculper cette personne ? « , explique-t-elle.

« Très peu de détenus pourront être poursuivis » parce que les preuves contre eux sont très fragiles, estime de son côté le major Barry Windgard, qui défend Fayiz al-Kandari, un Koweiten inculpé de « complot » et de « soutien matériel au terrorisme ». En 25 ans de carrière, il certifie n’avoir « jamais vu des éléments à charge aussi fragiles pour justifier une incarcération illimitée ».

Pour l’heure, M. Gates a admis envisager l’emprisonnement de ces détenus sur le sol américain, au risque de s’attirer les foudres des élus locaux. « Je m’attends à voir arriver sur mon bureau 535 motions avant la fin (de l’année) affirmant +pas dans mon district, pas dans mon Etat+ », a-t-il ironisé.

Mais il n’est pas sûr que l’administration Obama, pressée de toutes parts tant par les organisations de défense des droits de l’homme que par les avocats, prenne le risque d’enfermer indéfiniment sans charge qui que ce soit. Détenir quelqu’un sans charge n’est « pas constitutionnel », rappelle Mme Franklin. Au-delà, « la manière dont ils ont traités ces gens et les politiques qui ont justifié la torture ont créé un casse-tête illégal et moral », commente-t-elle à propos des années Bush. « Les décisions politiques et l’analyse juridique vont être très complexes et très importantes pour mettre le pays en conformité avec le droit et pour notre image dans le monde ».

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