Journal d’Avril 2017: “Réflexions sur l’antisémitisme” sous la direction de Dominique Schnapper, Paul Salmona et Perrine Simon-Nahum

1 avril 2017

Mise en page 1Depuis une dizaine d’années, la France connaît les actes antisémites les plus graves depuis la seconde guerre mondiale (hormis les attentats pro-palestiniens), cela dans un climat délétère où des slogans tel “mort aux juifs” sont scandés lors de manifestations et où des célébrités se répandent sur Internet, notamment Twitter, en invectives antisémites effrayantes… C’est ce contexte qui a conduit le MAHJ et la BNF à organiser en mars 2016 le colloque “L’antisémitisme en France – XIX°-XXI° siècle” réunissant chercheurs et acteurs de terrain qui a nourri ce livre. La vingtaine de contributions mettent en perspective historique et sociologique la spécificité, la plasticité et les invariants de l’antisémitisme français, depuis les années 1890, jusqu’à la réapparition de l’antisémitisme contemporain dont les chercheurs tentent de saisir les filiations et la singularité.

Relevons plus particulièrement la contribution d’Emmanuel Debono sur le pic d’antisémitisme lié à la crise des Sudètes et les accords de Munich (1938), où les juifs furent accusés de vouloir la guerre et d’être favorables à l’Allemagne nazie… Celle de Joëlle Allouche-Benayoun sur l’antijudaïsme dans l’Algérie coloniale, avec l’étude du trop méconnu pogrom de 1934 à Constantine (25 morts), fomenté par des antisémites français et commis par des musulmans… La contribution de Valérie Igounet éclairant 70 ans de négationnisme, depuis Bardèche, Garaudy, Faurisson jusqu’à Dieudonné aujourd’hui, qui réunit antisémites d’extrême-droite et d’extrême-gauche et les antisionistes, nombreux dans les quartiers populaires. Celle de Jean-Pierre Obin, Inspecteur général de l’Education nationale, dont le rapport de 2004 sur l’antisémitisme dans les quartiers populaires fut passé sous le boisseau, et le déplacement massif des élèves juifs des établissements publics de ces quartiers vers d’autres écoles.

Celle de Georges Bensoussan qui conclut que l’enseignement de la Shoah (y compris les visites à Auschwitz) n’est pas un instrument très efficace aujourd’hui…

L’étude de l’antisémitisme français contemporain ne signifie nullement adopter un point de vue qui verse dans le déterminisme culturel, en particulier pour les Français de culture musulmane. L’antisémitisme français a une longue histoire, et il réapparaît avec force chaque fois que la société est fragilisée, dans son économie et dans ses institutions politiques. Il est la maladie de notre démocratie, dont il vise à saper les fondements et à nier l’égalité et la fraternité qui sont au coeur du pacte républicain. L’antisémitisme n’est pas le problème des juifs, il concerne chaque Français et il est le problème de tous les citoyens. 

Rose Lallier


Journal d’Avril 2017: Racisme anti-chinois

1 avril 2017

racisme-anti-chinoisDepuis quelques années, les violences ont augmenté de façon sidérante à l’encontre des Chinois, des Asiatiques de Paris et de sa banlieue. Mais les pouvoirs publics n’ont pas l’air de trouver cela inquiétant. Les associations soi-disant antiracistes (subventionnées par l’Etat) ne s’alarment guère : ceci n’est pas un problème.

Ce racisme n’a pas de fondements idéologiques ou historiques, il est plutôt conjoncturel, c’est simplement une manifestation de méfiance envers la population d’une nouvelle grande puissance dont on sait finalement peu de choses. Pour le président de la LICRA, le tiercé gagnant de la lutte contre le racisme reste les “valeurs sûres” que sont la communauté musulmane, les noirs et les juifs. Donc, ne nous affolons pas, et circulez, il n’y a rien à voir !

Que l’on nous permette de voir les choses autrement : ce racisme antichinois est bel et bien présent chez nous, où existent déjà des tas de blagues douteuses du type “les chinois ne se sentent plus bridés”, et “rire jaune” comporte aujourd’hui une connotation xénophobe et raciste incontestable. Crainte diffuse de la concurrence chinoise, présence chinoise qui se manifeste plus qu’avant, rapports ambivalents avec les autres population immigrées : ce sentiment de xénophobie légère est lié à un phénomène d’envie, du fait d’une certaine réussite économique des Chinois qui, en période de crise, commencent à apparaître comme des boucs émissaires. Alors que, si les Chinois qui vivent en France conservent quelques éléments de leur culture d’origine, ils ont nettement tendance à adopter la culture française, si bien que les demandes de naturalisations sont de plus en plus nombreuses.

Il y a quelques mois, une recrudescence de ces violences a entraîné le décès d’un ouvrier chinois à Aubervilliers. Chaque jour, on recense une vingtaine d’agressions de Chinois. Agressions qui sont le fait de jeunes descendus des cités. Si bien que le maire communiste d’Aubervilliers reconnaît alors un “racisme ciblé”. Et pourtant, une fois de plus, les associations prétendument antiracistes (LICRA, MRAP, Ligue des Droits de l’Homme) sont demeurées aux abonnés absents.

Bien sûr, cette communauté asiatique attise les convoitises : diable, voilà des gens qui travaillent d’arrache-pied, se comportent avec discrétion, scolarisent scrupuleusement leurs enfants pour œuvrer à leur réussite sociale. Assimilés, travailleurs, ils dérangent une certaine population qui, par jalousie, bêtise, racisme aussi, leur fait porter le chapeau de son échec. Dans certains quartiers, la réussite dérange. D’autant plus que les Chinois ont (à tort ou à raison, peu importe) la réputation de porter sur eux de l’argent liquide. Alors, évidemment, c’est moins difficile et plus tentant que de vendre du shit : là, on a directement le fric, avouez que c’est pratique et alléchant ! En outre, les feux de poubelles, les voitures vandalisées, les barres de métal, les mortiers même, tout est bon pour “punir” ces travailleurs qui dérangent. Le quartier de Belleville et les cités des banlieues nord (comme Aubervilliers) sont les principaux champs d’action. Et devant toutes ces violences, que font les associations antiracistes ? Rien ! Le pauvre Monsieur Deng Chaolin l’ouvrier d’Aubervilliers qui y a laissé la vie, ne sera jamais célèbre. En outre, on n’est pas près de voir, dans les éventuelles et rares manifestations, des pancartes avec “Yellow lives matter”. Puisqu’on vous dit que cela n’existe pas, que ce sont des phénomènes sans gravité.

On va donc de lâcheté en démission, et je suis sûr que bientôt on nous dira que “les Chinois l’ont bien cherché”, que “ce n’est pas grave“…

Air connu, mais air vicié, quasiment irrespirable ! Il est des moments où l’on à du mal à être Français…

Guy Zerhat

 


Journal d’Avril 2017: Trois débattrices…

1 avril 2017

Pour la première fois, nous avons projeté un film dans un Collège de grande banlieue (Courbevoie). Cela sur trois demi-journées, avec trois débattrices différentes (et excellentes).

– La première était Mme Baba-Aïsa, remarquable comme toujours. Le film traite du harcèlement sexuel dont sont victimes les femmes du Caire. Cette séance a été la plus intéressante, avec des élèves attentifs et plutôt curieux. Ils ont bien réalisé que dans certains pays les femmes sont victimes d’une éducation sexiste, sous l’influence de la société et de la famille. Un viol est moins puni qu’un vol, et la femme qui se rebelle contre ces pratiques est méprisée. Notre débattrice leur a bien martelé que les femmes ont droit à la dignité, à la liberté et à l’égalité. En France, la loi sur le harcèlement sexuel ne date que de 2013. Toutefois, dans les relations hommes/femmes, il persiste des inégalités, à commencer par l’école, lors de la récréation, qui se poursuivent dans la famille et l’espace professionnel. En Egypte, rien n’a changé dans les mœurs, mais l’Etat a franchi une première étape : l’agression sexuelle est punie d’un emprisonnement qui peut aller jusqu’à 5 ans. En résumé, élèves curieux et attentifs, posant de bonnes questions.

– L’après-midi, la débattrice était Madame Carole Mann. Séance assez décevante, avec des élèves très indisciplinés, d’où l’intervention fréquente (et assez inefficace) de leurs professeurs. Quelques interventions intéressantes : si les filles restent muettes devant les tentatives d’agression, même verbales, c’est par timidité, parce qu’elles n’osent pas parler. Des préjugés sont tombés : par exemple, alors que souvent on dit que la femme qui porte des tenues trop courtes est vite catégorisée comme “pute”, dans le film, la femme agressée qui veut se venger est une femme voilée ! Sont alors passés en revue le viol, la répudiation et les lois religieuses, les préjugés, la censure (le film a été longtemps été interdit en Egypte !). Et nos élèves ont appris que dans certains pays nordiques, le congé de maternité est le même pour les hommes et pour les femmes, alors qu’en France, on a attendu 1945 pour que les femmes votent !

– Le lendemain matin, troisième séance, avec comme débattrice notre très chère Jacinthe Hirsch. Les filles ont été plus participantes que les garçons. Tous ont apprécié l’attitude du commissaire, qui vient d’être père d’une fille, et qui comprend d’autant mieux la gravité du harcèlement sexuel, dont pourrait être victime sa propre fille. Tous ont admis que le réalisateur du film s’était fixé pour enjeu de faire changer les préjugés qui voient la femme comme responsable des agressions quelle subit, et porte le déshonneur sur sa famille si elle porte plainte.

Pour résumer, si notre intervention a pu faire réfléchir quelques élèves, garçons et filles, nous aurons touché notre salaire.

Cette expérience a certes été profitable et utile, mais nous ne saurions la renouveler. Outre les difficultés logistiques, les élèves, dans leurs établissements, sont agités et indisciplinés, alors que dans notre belle salle parisienne, ils sont sages, curieux et disciplinés, heureux de sortir de leur “boîte” et d’être à Paris.

Un grand merci à nos trois débattrices pour leur courage et leur compétence.

Guy Zerhat

 

 

 

 


Journal d’Avril 2017: Génocides, laisser et rendre sa place à la parole

1 avril 2017

Le colloque du B’nai Brith auquel Mémoire 2000 a pris part le 5 mars a été l’occasion de rendre sa place à la parole, comme instrument de la mémoire, de la transmission et de la prévention des génocides. Elle entretient mieux que tout autre la mémoire qui tend à s’estomper.

Cette parole dont Sam Braun s’est affranchi pendant 40 ans avant de la prendre (voir l’art de J. Hirsch) nous est revenue comme une nécessité dès le début des travaux avec R. Waintrater (auteur de “Sortir du génocide”) qui aborde le traumatisme des victimes qui ne peuvent s’en sortir que par la parole : celle des témoignages en public qui leur permet de “se ramener à l’humain” après qu’ils aient entrevu et affronté la mort (A .David) : la leur, celle de leurs familles, celle de leur peuple et tout compte fait celle de l’Humanité.

Cette invitation pressante trouve ici son expression saisissante : “Il faut envelopper les morts dans le linceul des mots.” Tous insistent sur la nécessité de permettre aux survivants de se raconter pour eux-mêmes, comme pour l’humanité, afin qu’elle n’oublie pas.

Quant à la transmission qui doit s’effectuer par le travail de mémoire accompli par les historiens en nombre présents à la tribune : M. Kabanda, Y. Ternon, et R. Kevorkian, B. Adjemian, V. Duclert et D. Gakunzi, dont on retrouvera les interventions éclairées dans les actes du colloque. Ils admettent tous que la recherche historique doit rester libre, mais ils prennent soin de le distinguer du “devoir de mémoire” qui reste équivoque. Yves Ternon (voir “L’anatomie d’un crime“) qui porte la parole au nom de tous depuis 50 ans, qui énonce les cinq composantes : la destruction physique, la désignation d’un groupe humain, l’étendue du groupe et le délit d’appartenance, et l’intention criminelle qui se traduit par la volonté de détruire le groupe par la mise en œuvre d’un plan concerté, n’a pas de mots assez durs pour condamner les négationnistes qui cherchent à effacer ces critères qui permettent de caractériser les génocides : qu’il s’agisse de Faurisson ou de J.M Le Pen, en leur reprochant de continuer les génocides qui à cause d’eux, ”ne se terminent jamais”.

Le seul moment où il fallait se taire : celui lors duquel on a vu des images insoutenables de l’accumulation des cadavres Tutsis entassés et mutilés en plein air. C’est ici le langage du photographe (Giulia Kessous) qui nous restitue des images qui parlent d’elles mêmes, mais aussi celui des bandes dessinées actuellement présentées au Mémorial de la shoah qui rendent la mémoire accessible aux plus jeunes.

Quant à la prévention dont on se préoccupe depuis 1948, le recours à la justice internationale devra attendre 1945 avec le TPMI de Nuremberg, on doute fortement qu’il ait atteint son but. Tout au moins faut-il le croire.

A retenir particulièrement les travaux d’Alain Chouraqui, directeur et animateur du camp des Milles, qui avec son équipe a détecté la bonne méthode : celle qui consiste à résister (voir l’ouvrage du même nom) en présence des phases successives de la montée des génocides qui se retrouvent dans tous.

Là encore et ce fut la conclusion, la parole en justice des survivants et celle des associations qui défendent la mémoire doit retrouver sa place car si la justice ne peut suffire à enrayer et prévenir, elle est présente et il nous appartient de nous en servir au lieu de la servir, sans se contenter des rites et des commémorations.

Mémoire 2000


Journal d’Avril 2017: « Otage de marque » d’Antoine Billot (Ed. Gallimard)

1 avril 2017

82e20a9059c16661bcfa8ae4d5543025938e3f1aC’est en 1943, que Léon Blum est déporté au Falkenhof, une dépendance du camp de concentration de Buchenwald, en tant qu’”otage de marque” des Allemands qui envisagent de l’utiliser comme monnaie d’échange en cas de besoin.

A son retour, il refuse le poste de ministre que lui propose le général de Gaulle, avant d’accepter quelques mois plus tard de présider un éphémère cabinet socialiste. Mais choqué tant par les attaques de la presse communiste qui lui reproche d’avoir vécu sa déportation “dans un palais” que par les combines du monde politique, il se retire définitivement et meurt d’un infarctus le 30 mars 1950 à l’âge de 77 ans.

Buchenwald, Falkenhof, 3 avril 1943 : Arrivée

“En arrivant à Falkenhof, …où il résidera désormais, Little Bob (surnom donné à Blum dans sa jeunesse) ne ressent d’abord qu’un immense dégoût dont il imagine qu’il procède, ce dégoût, du voyage sinueux qu’il vient d’endurer depuis que l’avion qui les a conduits, lui et cinq autres otages, de France en Allemagne, s’est posé à Weimar, la ville de son cher Goethe, la même où erre encore, soucieux et effaré, le fantôme de Johann Eckermann, un voyage tout en courbes, en arabesques boisées, en trajectoires torses, un voyage dont le déploiement inquiétant, d’une clarté primaire, celle de la vielle, à une obscurité de plus en plus profonde, lui a un peu soulevé le cœur, un voyage durant lequel il s’et tenu ramassé dans un coin du camion militaire venu le chercher à l’aérodrome, loin de tous, civils comme soldats, un mouchoir écrasé sur la bouche, les yeux aussi plissés que ceux d’une vigie inquiète en haut de son phare un soir de tempête, afin de distinguer, par-delà les hêtres nombreux qui s’agrégeaient dans la nuit jusqu’à ne plus donner corps qu’à une seule forme, indivisible – on aurait dit une longue enceinte de pierres noires étrangement hirsutes -, afin de distinguer enfin quelque chose : maison, cabane, abri de chasseur, quelque chose qui signalait l’humanité même infime du lieu…”

Sortie de Buchenwald, 4 mai 1945 : Départ

“…La joie fébrile et encore une fois indécise qui l’inonde à l’instant de recouvrer la liberté, tout cela, le souffle automatique comme les blessures, lui enseigne que ce ne peut être que dans la douleur, par la douleur, que la chair se réconcilie avec l’être, que l’homme le plus humble comme le plus noble n’est jamais davantage l’intime de lui-même que dans la souffrance et cette souffrance qui le révèle à son propre regard, Little Bob comprend alors que c’est elle qui le fait juif aux yeux des autres, ses bourreaux comme ses libérateurs, c’est elle qui symbolise la logique paradoxale de son identité, là où le singulier se confond avec l’universel, là où l’exemplarité voisine avec l’altérité ; il se dit qu’en les écrouant, en les humiliant, en les persécutant, lui, Mandel, Jeanne et tous les autres, on les a relégués en eux-mêmes, livrés à eux-mêmes, en les affranchissant comme s’apprêtent de le faire les soldats et les partisans qui pénètrent à l’instant dans l’hôtel, c’est équipés d’une souffrance rémanente qu’on les rendra au monde et qu’on leur rendra le monde.

Qu’ils la contestent ou qu’ils la confessent, cette souffrance sera désormais tout ce qu’ils possèdent : leur bien.”

Colette Gutman


Journal d’Avril 2017: Les migrants en Europe et le sommet de la Valette du 3 février 2017

1 avril 2017

Alors que la xénophobie et le racisme progressent partout en Europe, l’Union européenne est confrontée à sa plus grave crise migratoire depuis 1945 avec l’arrivée de personnes migrant pour des raisons socio-économiques, principalement en provenance des Balkans et d’Afrique subsaharienne, et celle de personnes migrant en raison de conflits politiques, de guerres et d’États défaillants, en particulier de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak, du Soudan et de Somalie.

Malgré leurs engagements, les Etats membres n’ont relocalisé qu’un nombre infime de réfugiés politiques depuis la Grèce et l’Italie ; les frontières sont contrôlées entre la France et l’Italie, l’Europe de l’Est et la Grèce. L’accord de 2016 passé entre l’UE et la Turquie a considérablement réduit le passage des réfugiés depuis la Turquie vers la Grèce, la police et les gardes-côtes turcs les en empêchant. L’objectif du sommet de la Valette est d’empêcher le passage des migrants depuis l’Afrique du nord, en particulier la Libye et l’Egypte, vers l’Europe. “Il est temps de fermer la route allant de la Libye à l’Italie” a ainsi déclaré Donald Tusk, réélu à la présidence du Conseil Européen. Rappelons qu’en 2016, près de 180 000 migrants sont parvenus en Italie, dont 25 000 mineurs isolés, et plus de 5 000 personnes sont mortes noyées pendant leur traversée.

L’UE va désormais financer les camps de migrants en Afrique, contraindre les migrants à déposer leur demande d’asile depuis ces mêmes pays, et détourner le regard de la violence extrême dont ces personnes sont victimes. Une enquête récente de l’OIM (organisme des Nations unies en charge des migrations) révèle que près de 70% des migrants africains ont été victimes des mafias, notamment en Libye : ces personnes ont été emprisonnées arbitrairement et ont subi des violences physiques, notamment sexuelles pour les femmes. Un trafic d’organes se développe à partir de l’Egypte et des migrants sont forcés de vendre notamment un rein pour payer leur passage vers l’Europe.

Cette violence extrême se poursuit pour des migrants arrivés en Italie : ils tombent sous la coupe des mafias nigérianes et italiennes, comme à Ballaro, le centre-ville de Palerme en Sicile, où le marché de la drogue et des centaines de jeunes femmes sont “tenus” par la mafia nigériane, elle-même sous le contrôle de Cosa Nostra…

Aucune politique à la hauteur des causes de ces migrations n’est pour le moment envisagée. Pire encore, les pays européens se referment sur eux-mêmes et l’on voit resurgir des camps d’internement, comme en Hongrie : les réfugiés et les migrants seront désormais parqués dans de grands conteneurs maritimes prévus pour 200 à 300 personnes, les camps seront sécurisés par de clôtures de fil de fer barbelé et des tours de guet. Alors que le président Trump va faire construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique, et expulser des millions d’immigrés, son administration vient d’annoncer la réduction de 50% de l’aide au développement et du financement des agences de l’ONU. Le proche futur se précise. La fermeture complète de nos frontières et le rejet des migrants et des réfugiés hors de nos pays, sans solidarité avec les pays les plus pauvres, auquel cas nous perdrions nos valeurs et l’essentiel de ce qui nous constitue, ou bien le maintien de l’accueil des réfugiés et la mise en oeuvre d’une coopération ambitieuse avec les pays du sud, dont chacun sait qu’ils seront les plus durement frappés par les effets du réchauffement climatique qui conduira des millions de personnes à se déplacer.

Rose Lallier

 

 

 


Journal d’Avril 2017: Génocide des tutsis au Rwanda

1 avril 2017

La cour d’assises de Seine-Saint-Denis a confirmé en appel le 3 décembre 2016 la condamnation à 25 ans de réclusion criminelle de Pascal Simbikangwa.

Cet ex-capitaine de gendarmerie est le premier Rwandais condamné en France en 2014 pour génocide et complicité de crime contre l’humanité. Il a été jugé coupable d’avoir organisé des barrages à Kigali au passage desquels les tutsis étaient exécutés, et d’avoir livré des armes, des instructions et des encouragements aux miliciens hutus génocidaires.

Le condamné a clamé son innocence et ses avocats ont annoncé qu’ils vont se pourvoir en cassation.

 

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Nous saisissons l’occasion pour recommander le livre de Stéphane Audoin-Rouzeau: « Une initiation Rwanda 1994 -2016 », aux éditions du Seuil.