Journal de Juillet 2019 : Il y a mille ans exactement: l’exode des Rroms

16 juillet 2019
Flag_of_the_Romani_people.svg

Le drapeau du peuple Rrom

Comme le rapporte l’historien britannique Cunningham: « La situation est dominante et avant l’utilisation du canon, la hauteur à elle seule du fronton de la ville devait avoir fait de Kannauj une forteresse puissante et impressionnante ». Kannauj avait été la capitale du nord de l’Inde au 7ème siècle de notre ère (à l’époque de l’empereur Harsha) et était demeurée depuis un centre culturel, spirituel, artistique et économique majeur, et même une pomme de discorde entre les trois principales dynasties indiennes: les Pala, les Rashtrakuta et les Gurjara-Pratihara.

En fait, le sultan venait dans cette ancienne ville impériale à la recherche d’artistes et d’artisans, dont il avait besoin pour élever sa capitale locale Ghaznī au Zaboulistan au rang de plus belle ville du monde. Auparavant il avait seulement pillé les petits royaumes voisins pour des biens matériels mais après 1010 il change: apparemment la visite du poète Abdul Qasim Firdousi à sa cour en 1010 a modifié sa conception, puisqu’il se décide à plonger au cœur de l’Inde pour y capturer des artisans et des artistes de haut niveau.

Le 21 décembre 1018, il pénètre dans les sept forteresses de Kannauj (une cité de 6 km de long sur les rives du Ganges), ses hommes saccagent et pillent toute la ville, riche et célèbre pour ses 10 000 temples de toutes tailles, et après quelques semaines d’affrontements dans les zones environnantes, il retourne à Ghaznī avec 53 000 prisonniers « riches et pauvres, de teint clair et sombre […] pour la plupart des nobles, des artistes et des artisans, par familles entières », 385 éléphants et 16 énormes chars remplis de bijoux.

Ces captifs déplacés de force – en particulier des musiciens et des danseurs de temple, mais également des artisans, des architectes et des parfumeurs hors pair, formeront le noyau de ce qui deviendra par la suite le peuple rrom. Du fait qu’ils n’ont pas répondu aux exigences du sultan en matière artistique, ils ont été vendus à de riches familles du Khorasan, où ils ont rencontré les Turcs (dynastie des Seljouks) alors en route pour l’Asie mineure, la Turquie d’aujourd’hui.

Après la bataille de Dandanaqan (1040), toutes les trois populations (Indiens, Khorassaniotes et proto-Turcs) ont poursuivi leur route vers l’est, sur Bagdad, puis vers le nord, vers les terres byzantines, où les soldats pouvaient enfin piller librement, car ce n’était pas des pays musulmans.

Les preuves linguistiques indiquent que la région d’origine des Rrom était relativement restreinte (le royaume de Kannauj) et que le départ s’est produit en une seule fois. Cependant, d’autres populations (perses, turques, etc.) se sont mêlées par la suite aux prisonniers de Kannauj et en ont gonflé le nombre.

C’est en 1064 qu’ils arrivent à Ani, capitale de l’Arménie d’alors, que les Seljouks prennent, puis en 1071 ces derniers prennent Manzikert, petite mais significative forteresse byzantine. C’est là que se changent toutes les relations entre l’Asie et l’Europe, puisque la terreur ainsi semée (notamment avec la prise de Jérusalem par les Seljouks en 173) va déclencher les croisades.

On connaît la suite…

Marcel Courthiade, Professeur à l’Inalco

Yasmina Bouhafs-Chicotot


Journal de Juillet 2019 : En ce temps-là, l’amour, de Gilles Segal

16 juillet 2019

f-2ad-5cf7bbe24df6c

 

 

 

 

En ce temps-là, l’amour

de Gilles Segal

Mise en scène : Christophe Gand

Au théâtre de la Contrescarpe.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un spectacle bouleversant, une écriture sublime, à ne pas rater.

Z. vient tout juste d’être grand-père. Il décide d’enregistrer pour son fils, sur bandes magnétiques, un épisode de sa vie gravé à jamais dans sa mémoire, mais qu’il n’a jamais révélé ; sa rencontre avec un père et son jeune garçon, dans le train… qui les conduisait aux camps de la mort.

Le temps du trajet, ignorant le chaos qui s’installe de jour en jour dans le wagon, ce père va profiter de chaque instant pour transmettre à son enfant l’essentiel de ce qui fera de lui un homme !

Tous les thèmes philosophiques sont abordés : la liberté, la solidarité, le travail, la persévérance… la leçon va durer sept jours, le temps d’arriver à Auschwitz.

L’acteur, David Brécourt, seul en scène, est prodigieux.

Joëlle Saunière


Journal de Juillet 2019 : Memoria, 1939-2019, les 80 ans de l’exil espagnol. Les oubliés de l’histoire

16 juillet 2019
retirada

Réfugiés espagnols arrivant en France (Le Perthus à la frontière franco-espagnole), 1939

De nombreuses associations ont organisé des événements pour commémorer le triste anniversaire de la Retirada, lorsque des milliers d’espagnols contraints de quitter leur pays en prise aux griffes du fascisme, ont traversé les Pyrénées dans les conditions hivernales très dures pour y recevoir un “accueil” indigne.

C’est en février 1939 qu’environ 500 000 espagnols ont fui la mort semée sur leur terre par le dictateur Franco et ses acolytes. Avec femmes et enfants, ils traversèrent les Pyrénées dans l’espoir d’être accueillis en France. Les autorités françaises  ouvrent alors des camps de concentration pour les recevoir (Argelès, Rieucros, forteresse de Colioure etc…) ainsi que des camps disciplinaires en Algérie et Tunisie, pour les plus “rebelles” !

Ces camps sont dans un état d’hygiène déplorable, rats, puces, pas de point d’eau, rien à manger, bagarres, enfants orphelins laissés seuls, errant, s’accrochant aux barbelés dans l’espoir sans doute d’être soutenus ?

En 1939, quand la seconde guerre mondiale éclate, nombreux sont ceux qui décident de combattre le fascisme européen, leur ennemi depuis 1936.

Peu d’alternatives s’offrent à eux : la Compagnie de Travailleurs Etrangers (CTE) affectés à la construction d’ouvrages militaires et construction de routes (la route des Espagnols). D’autres s’évadent et prennent le maquis. Ils sont les premiers poursuivis par la police de Vichy et déportés à Mathausen, un des camps les plus durs (aucun survivant en 1945).

Ils portent le fameux triangle bleu des apatrides et la lettre S pour Spanien. C’est l’élimination par l’épuisement au travail.

A partir de 1941, les espagnols sont parmi les premiers gazés (kommando de Mathausen).

Les médecins nazis les utilisent, comme cobayes pour leurs expériences médicales qui menèront à la solution finale. Ces assassinats sont répertoriés dans les registres comme “morts spéciales”, désignées sous le code “14f13”, les convois sont appelés transfert vers le “sanatorium de Dachau” et plus tard “camp de convalescence” !

Ils ont pris part aux luttes contre le fascisme, pour la liberté et ont continué à lutter contre toutes les dictatures, en particulier la dictature franquiste qui a sévi en Espagne jusqu’en 1975 !

Ne les oublions pas !

Ce wagonnet, témoin de cette période, honore les travailleurs espagnols qui ont contribué à l’empierrement des routes dans le Briançonnais.

Merci à la ville de Pontis (04) de remettre ce courage à l’honneur.

Joëlle Saunière


Journal de Juillet 2019 : Le foot au féminin…

16 juillet 2019
FBL-WOMEN-WC-2019-FRA

Crédit : FRANCK FIFE / AFP

Ces derniers temps, il aurait fallu être sourd et aveugle pour échapper aux commentaires et images concernant la coupe du monde de football féminin.

L’équipe de France féminine a remporté un énorme succès sans doute mérité, et c’est très bien ainsi. Ce sport naguère essentiellement masculin, se féminise comme bien d’autres. Est-ce bien? Mal? On n’est pas là pour en juger.

Que des jeunes femmes aient envie de jouer au foot, au rugby ou qu’elles s’exercent à l’haltérophilie, c’est leur choix, il n’y a rien à dire et c’est tout à fait respectable.

Ce qui, personnellement, me parait plus gênant, ce sont les commentaires : l’accès des femmes à ce genre de sports est devenu le symbole de la conquête de l’égalité homme/femme. Enfin les femmes sont des “hommes comme les autres”!

Comme si, pour certains, les femmes, pour accéder à l’égalité doivent en passer soit par le reniement, soit par l’effacement de toute différence. Il convient de faire comme si la différence des sexes n’était pas structurelle, mais “fabriquée” ou culturelle et à ce titre, destinée à être gommée.

En ce sens je suis totalement d’accord avec Alain Finkielkraut qui a été voué aux gémonies pour n’avoir rien dit d’autre que ce qui parait être une évidence, mais qu’il est malvenu de voir aujourd’hui, à savoir que l’égalité ne doit pas mener à l’indifférenciation.

Est-ce vraiment misogyne, et rétrograde que de reconnaitre qu’il existe bien des différences entre les hommes et les femmes ? L’interchangeabilité est-elle possible ou souhaitable ?

Comme toutes les différences, la différence des sexes devrait être considérée comme une richesse et son abolition ou sa négation, comme une perte pour nos sociétés.

Aussi, si nous devons être intransigeants et lutter farouchement pour accéder à l’égalité des conditions, ne devrions nous pas également essayer de préserver la différence des sexes et accepter d’accorder à chacun d’entre eux un espace particulier ?

« La pluralité humaine a le double caractère d’égalité et de distinction », disait Hannah Arendt.

Et Saint-Exupéry notait aussi fort joliment : “Nos différences, loin de nous léser, doivent nous enrichir.”

Avaient-ils tort ?

Lison Benzaquen


Journal de Juillet 2019 : Usage excessif de la force contre les Gilets Jaunes

16 juillet 2019

ob_daa405_flash-ballLes techniques de maintien de l’ordre lors des manifestations des Gilets Jaunes ont fait l’objet de condamnations internationales, que ce soit par des ONG comme Amnesty International, mais aussi par des institutions comme le Conseil de l’Europe et le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU en la personne de l’ancienne Présidente du Chili, Michelle Bachelet, qui demande une “enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force”.

Les violences auxquelles sont confrontées les forces de l’ordre, violences qui les visent parfois directement, ne doivent pas être minimisées.

Mais le nombre élevé de blessés et la gravité des blessures causées posent la question des techniques de maintien de l’ordre en France.

Selon le recensement non exhaustif réalisé par le journaliste David Dufresne, l’usage de la force par les policiers et gendarmes français lors des manifestations des Gilets jaunes a causé un décès, 308 personnes blessées à la tête dont 24 éborgnées, des centaines de blessés dont 5 personnes qui ont perdu une main.

Parmi les 843 personnes qui ont déposé plainte contre les forces de l’ordre, notamment pour des blessures causées par des tirs de LBD, se trouvent 115 journalistes (y compris des correspondants étrangers), 47 personnes mineures, 27 passants et 33 Médics (médecins ou infirmiers soignant bénévolement les blessés pendant les manifestations).

L’usage du lanceur de balles de défense (LBD), utilisé par l’armée britannique en Irlande du Nord dans les années 1970 et 80 et par la seule police et gendarmerie françaises en Europe, doit être condamné. Le Conseil de l’Europe a demandé la suspension immédiate de son utilisation. Mais le ministre de l’Intérieur et et le secrétaire d’Etat à la sécurité ont continué de défendre son usage…

Dans ce contexte, Amnesty International recommande et soutient le documentaire “Gilets jaunes, histoire d’une répression d’Etat” que l’on peut visionner sur internet à l’adresse suivante :  https://www.youtube.com/watch?v=3MjuoDpKLfI

Si l’ONG de défense des droits de l’homme (et nous-même) ne partage pas l’intégralité des analyses et points de vue exprimés dans le film, elle le recommande en raison des nombreux témoignages de manifestants, mais aussi de journalistes, d’avocats et de sociologues, d’un syndicaliste policier et d’un ancien ministre de l’Intérieur, qui éclairent l’inquiétante dérive sécuritaire et punitive en France depuis plusieurs années, et particulièrement depuis le début du mouvement des Gilets jaunes.

Le ministère de l’Intérieur a lancé le 17 juin dernier une grande réflexion sur le maintien de l’ordre “à la française”. Nous suivrons avec attention la publication en septembre prochain d’un nouveau “schéma national” pour les forces de l’ordre. C’est du droit de manifester sans être blessé, et donc du droit de manifester tout court, dont il est tout simplement question.

Rose Lallier


Centième éditorial

18 avril 2019

 

Juin 1992, naissance de Mémoire 2000 créé par un groupe de militants antiracistes. Janvier 1993, numéro 1 du journal.

Avril 2019 numéro 100. Drôle de titre : Mémoire 2000, en 2019.

 

Vous avez dit Mémoire ?

L’Histoire du XX° siècle a produit des crimes sans commune mesure avec les siècles précédents. “N’oubliez pas que cela fut *” dit Primo Lévi dans le poème qui ouvre Si c’est un homme paru en 1947. Pour les fondateurs, il s’agit de transmettre la mémoire aux jeunes. Leur projet : mettre en actes la lutte pour les droits de l’homme, faire prendre conscience des dangers du racisme, de l’antisémitisme, des discriminations. Une fois par mois, les élèves parisiens et de proche banlieue viennent voir un film et poser leurs questions aux spécialistes ou témoins que nous invitons. Dans ces années 90, Mémoire 2000 écrivait : “les jeunes ont tout à découvrir de ce que la télé ne leur montre pas”. Aujourd’hui, les jeunes sont submergés de fausses informations accessibles par les réseaux sociaux. Que fait-on ? On continue, une séance après l’autre avec les professeurs, les films et les débatteurs.

 

Vous avez dit 2000 ?

En 1992, 2000 paraissait loin, on ouvrait des bars de l’an 2000, on fondait Mémoire 2000 et l’on rêvait de pourfendre l’intolérance et les préjugés. Le troisième millénaire  allait tirer les leçons des horreurs de l’Histoire du XX° siècle. Le 11 septembre 2001, le monde entier assiste en direct à l’effondrement des tours du World Trade Center. Crime spectaculaire mis en œuvre par des adeptes d’une intolérance majeure, qui veulent anéantir devant l’humanité entière les rêves des droits de l’homme. Les jeunes que nous accueillons aujourd’hui sont nés après le 11 septembre. Beaucoup croient aux théories du complot et sont persuadés que les attentats sont une machination des juifs, ou des Américains. Il importe toujours de sauvegarder la mémoire des mécanismes toujours renaissants qui conduisent à la haine,  au rejet de l’autre. Mémoire 2000 continue.

Pour ce centième numéro, nous avons feuilleté les archives de Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000 qui nous a quittés en juin 2017. Aperçu dans les pages intérieures.

Jacinthe Hirsch

(* “N’oubliez pas que cela fut” est le titre du documentaire de Stephan Moskowicz présenté aux élèves lors de notre séance-débat du 19 mars 2019)


Journal N° 100 : il était une fois

18 avril 2019

A l’occasion du centième numéro de notre journal, nous avons voulu, sans nostalgie mais avec émotion, faire un petit voyage de mémoire dans l’histoire de notre association…

Au commencement était une équipe de militants antiracistes qui décidèrent, sous la houlette de Bernard Jouanneau, alors président de la Fédération de Paris de la LICRA, de fonder une association originale qui s’adresserait essentiellement aux jeunes.

Pourquoi ? pour les former aux droits de l’homme et leur faire comprendre l’intérêt qu’il y a pour tous à assurer la protection, la défense et plus particulièrement la nécessité à résister à la xénophobie, au racisme, à l’antisémitisme et à toutes les formes de discriminations.

Comment ?  En leur transmettant par l’image, notre mémoire, celle reçue en héritage et qui constitue le fil conducteur des générations.

Mais pas seulement la nôtre ! Celle de tous les hommes et de toutes les femmes, de tous les temps, sous toutes les latitudes, qui ont défendu la reconnaissance des droits de l’homme, au péril de leur vie ou de leur liberté.

La mémoire pour que l’histoire serve à quelque chose…

Et voilà … Ce qui fut pensé fut réalisé et le 16 juin 1992, naissait officiellement Mémoire 2000.

Peu de temps après, le 19 juillet 1992, Mémoire 2000 faisait son entrée dans les médias en participant à l’émission spéciale sur TF1 consacrée à la rafle du Vel d’Hiv avec autour d’Anne Sinclair, Bernard Jouanneau, Laurent Fabius, Alain Touraine, André Froissard, Jean Kahn, Michel Noir… et des enfants qui avaient préparé leur participation dans des ateliers dirigés par Mémoire 2000.

Dès le début Mémoire 2000 a à cœur de favoriser les rencontres entre les jeunes et les adultes, notamment de prestigieux intervenants, spécialistes ou témoins, avec lesquels ils peuvent librement débattre.

Des milliers d’élèves ont pu ainsi s’enrichir  et bénéficier de ces échanges. Mais ces échanges ne sont pas à sens unique, car si nous,  adultes, avons beaucoup à enseigner aux jeunes, ceux-ci ont également beaucoup à nous apprendre et nous devons encore et encore les aider pour qu’ils évitent plus tard nos erreurs et se souviennent de nos conquêtes et de nos espoirs.

Dès le début aussi, Mémoire 2000 a édité un “journal” trimestriel avec la régularité d’un métronome.

Des comptes-rendus, des articles de fond, des “coups de gueule”…  qu’il serait intéressant de relire aujourd’hui…

Et nous voilà au numéro 100 !

Ce n’est pas si mal.

Nos actions…

Et puis nous avons mené des  actions. Nombreuses, variées quelquefois spectaculaires.

Nos films mensuels, bien sûr, dans des salles prestigieuses souvent “prêtées” par des exploitants qui nous ont fait confiance et nous ont aidés par leur générosité. Il est temps de les en remercier.

Des avant-premières, des festivals annuels, des voyages de mémoire, des participations à des initiatives de la ville de Paris, un “faux procès” mené contre la communauté internationale après les génocides perpétrés en ex-Yougoslavie et au Rwanda, de vrais procès intentés contre le négationniste Faurisson,  Le Pen, Dieudonné ou Soral … des participations à tant de manifestations et combien d’autres actions menées par une équipe dynamique, enthousiaste, toujours sur la brèche…

Le cinéma

Citons quelques uns de nos amis qui ont mis leurs salles à notre disposition :

Au tout début, Jean-Jacques Zilbermann avec le magnifique Max Linder,  Jean Henochsberg nous confia la mythique Pagode et le Racine, Sophie Dulac pour l’Escurial, la ville de Paris Le Forum des Images,  la salle Jean Dame,  etc…Et aujourd’hui dans les pas de son père, David Henochsberg met à notre disposition la superbe salle Beauregard à Saint-germain des Près …

Nous ne pouvions rêver mieux pour donner aux élèves le meilleur!

Dans ces salles nous avons au cours de ces 27 années, projeté plus de 240 films… traité de tous les thèmes ayant trait au racisme, l’antisémitisme et aux Droits de l’homme,  invité une multitude de débatteurs de grande qualité que nos jeunes n’auraient jamais eu l’occasion de rencontrer autrement. Entre de nombreux autres, citons Robert Badinter, Marek Halter, Lucie et Raymond Aubrac, Costa-Gavras, Annette Wieviorka, Jean-Claude Carrière, Guy Bedos, William Bourdon, Aldo Naouri,… des journalistes, des historiens, des artistes des juristes … des témoins dont la parole s’éteint aujourd’hui, mais dont, nous en sommes certains, les témoignages auront su toucher, émouvoir et surtout enseigner aux jeunes qui ont eu la chance de les entendre, que le racisme et l’intolérance mènent inévitablement à la  barbarie.

Des participations

Très vite nous avons participé à des actions collectives notamment avec la Mairie de Paris qui, dès 1993 nous conviait à présenter un stand dans “le village des droits de l’homme,” sur les quais de Paris. Là encore, grand succès et des plateaux formidables pour échanger avec les jeunes sur les droits de l’homme durant toute une semaine…

La justice

Une des actions de Mémoire 2000 dont nous sommes particulièrement fiers,  car inédite dans l’histoire des associations, c’est la constitution avec des lycéens de ce que nous avons appelé “le tribunal de la bonne conscience” pour interpeller la communauté internationale sur les génocides qu’elle a laissé s’accomplir…

Cela se déroule en 1996, Mémoire 2000 au terme de plusieurs mois passés à préparer une douzaine d’élèves de  terminale de l’établissement Jean-Baptiste Say,  a tenu son audience dans la salle de la Cour d’Assises du Palais de justice de Paris et a rendu un verdict instructif pour toutes les générations.

C’est donc dans le décor impressionnant de la Cour d’Assises que ce samedi 11 mai 1996, se tient le procès de la communauté internationale pour non assistance aux victimes de génocide sur le territoire de l’ex-Yougoslavie de 1991 à 19965 et sur le territoire du Rwanda de 1990 à 1994.

Le jury composé des 12 élèves écoutera l’acte d’accusation, les réquisitions, la défense  et répondra après délibération, aux 36 questions posées par l’accusation.

Pour donner une idée du sérieux de ce procès, citons quelques personnes venues témoigner à la barre :  Marc Agi, secrétaire général de la Fédération Internationale des droits de l’homme, Marc Benda, “ancien casque  bleu” en Bosnie, Me. William Bourdon, Annie Faure, médecin humanitaire,  Augustin Gatera, Président de la communauté rwandaise en France, Me Henri Leclerc, Robert Namias, journaliste,  Daniel Sibony, psychanaliste et bien d’autres encore qui nous excuseront de ne pas pouvoir tous les citer

Cette journée inoubliable a laissé des traces et marqué pour la vie certains qui ont décidé là de ce qu’ils allaient être.

En dehors de cette action judiciaire spectaculaire, mais fictive, Mémoire 2000 a mené de vraies actions en justice conte le négationniste Faurisson, le Pen, le Quid, Dieudonné, Soral… Des actions réussies…Dernière en date: condamnation de J.M. Le Pen, en cassation en avril 2018, pour la seconde affaire du “détail”.

N’oublions pas aussi le combat mené durant sept années et couronné de succès, pour que les anciens déportés d’origine étrangère, devenus français après la guerre, puissent être, au même titre que les déportés français, indemnisés. Justice a été rendue.

 

Les festivals

Et puis nous avons  enchainé des festivals annuels sur des thèmes  importants comme “les droits de l’enfant”, “L’an 2000 : 2000 ans de mémoire”, “Le racisme : les 5 continents du racisme”,  “Danger des idées de l’extrême droite”, ”Actualité de la déclaration universelle des droits de l’homme : les exigences de la dignité”…Tous ces festivals se déroulant chacun sur une semaine entière avec des projections et des débats avec les jeunes…

Les manifs

Mémoire 2000 a manifesté à Paris et ailleurs – beaucoup, souvent, toujours contre l’injustice et l’intolérance et pour les droits de l’homme et la dignité humaine… Le trajet Bastille République, n’a pas de secret pour les militants de Mémoire 2000!!

Les voyages

Des voyages de mémoire, il y en eut régulièrement avec les élèves : à Izieu, au Struthof, Auschwitz, Caen,  Drancy, au Camp des Milles, et ailleurs…

 

Des avant-premières…

Des avant-premières, des soirées prestigieuses, des débats, des concerts, des initiatives quelquefois couronnées de succès, d’autres fois pas…Comment résumer 27 ans de militantisme et d’actions foisonnantes? Difficile… Il n’y a là qu’un très léger aperçu.

Nous ne pouvons pas évoquer toutes ces années sans avoir une pensée pour ceux qui nous ont accompagnés et qui sont partis trop tôt : Elyette Rodrigues, formidable militante méthodique et efficace a beaucoup œuvré pour les festivals; Luc-Marie Jouanneau, communiquant, a aidé à la “visibilité” de l’association, toujours avec élégance et raffinement; Marc Naimark, jeune américain qui avait opté pour la France nous a offert sa vélocité intellectuelle et son imagination; Janine Buhler a dirigé, un temps, la commission cinéma avec rigueur et sérieux; Françoise Flieder, très impliquée fournissait des dossiers pédagogiques complets, documentés et très intelligents; Colette Gutman, journaliste, a beaucoup participé à la rédaction du journal; puis Daniel Rachline, militant de la première heure, notre trésorier, personnage passionné haut en couleur; et Bernard Jouanneau, notre président fondateur, infatigable, toujours sur le pont, sans lequel Mémoire 2000 n’aurait pas été ce qu’elle est…Ils nous manquent, nous ne les oublions pas.

Et maintenant ?

Une chose est sûre nous poursuivrons l’idée première avec nos projections et nos débats avec les lycéens et collégiens, nous ferons encore des voyages accompagnés de jeunes, nous porterons des projets nouveaux et ambitieux et plus que jamais  nous lutterons contre l’intolérance, l’injustice et les atteintes aux droits de l’homme…

Les jeunes n’ont pas fini de nous voir et de nous entendre!!!!

Alors, rendez-vous au numéro 200 ?