Journal de Janvier 2020 : Les mots forts d’Angela Merkel à Auschwitz-Birkenau

11 janvier 2020

A la veille du 75ème anniversaire de la libération d’Auschwitz, dans une Europe où les extrêmes-droites donnent de la voix, la question se pose plus que jamais de savoir comment transmettre la mémoire des crimes nazis. Chaque rappel de l’antisémitisme d’Etat qui a sévi en France entre 1940  et 1945 semble faire progresser l’idée qu’il n’y en a que pour eux, les juifs qui seraient toujours les privilégiés.

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Angela Merkel à Auschwitz, le 6 décembre 2019

Angela Merkel a effectué une visite à Auschwitz, le 6 décembre 2019, la 1ère, pour le dixième anniversaire de la Fondation Auschwitz-Birkenau. La chancelière s’était déjà rendue à Buchenwald en 2009,  à Ravensbrück en 2010 et à Dachau en 2013 et 2015. Dans son discours prononcé aux côtés du premier ministre polonais, elle reprend des paroles fortes sur “la responsabilité perpétuelle de l’Allemagne dans la rupture civilisationnelle que constitue la Shoah”. Elle rappelle que ce camp situé en Pologne, où furent assassinés 1,1 million de personnes dont un million de juifs, se trouvait “dans une région annexée en 1939 par le Reich”. “Se souvenir des crimes, nommer leurs auteurs et rendre aux victimes un hommage digne, c’est une responsabilité qui ne cesse jamais.” Angela Merkel dénonce les “dangers du révisionnisme historique”. Elle dénonce aussi un “racisme préoccupant”, une ”intolérance galopante” et la montée d’un “antisémitisme qui menace la vie juive en Allemagne et en Europe“. Elle ne nomme pas le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), mais il est aisé de reconnaître ce parti d’opposition qui n’a de cesse de dénoncer la repentance et dont le président d’honneur qualifie le nazisme de “fiente d’oiseau à l’échelle de mille ans d’histoire glorieuse”.

Terrible paradoxe des “années Merkel” : depuis son arrivée au pouvoir en 2005, la mémoire des crimes du nazisme s’est intensifiée. Quatre lieux de mémoire  ont été inaugurés: le Mémorial aux juifs assassinés d’Europe, le Mémorial aux homosexuels persécutés pendant la période nazie, le centre de documentation Topographie de la terreur et le Mémorial aux Roms victimes du nazisme. Mais dans le même temps, le racisme et l’antisémitisme ont progressé de façon spectaculaire et 91 députés AfD siègent désormais au Bundestag. La politique d’accueil des réfugiés menée par la chancelière a contribué à cette progression de l’extrême droite.

Le voyage de madame Merkel, ses paroles prononcées à Birkenau ont une importance historique. Mais tout se passe comme si l’invitation à assumer les crimes du passé provoque pour beaucoup l’effet inverse : le discours de la honte de l’Allemagne devient un combustible bienvenu pour les populistes qui réclament le retour de la glorieuse Allemagne.

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Notre amie Isabelle Choko, déportée à Auschwitz, sera notre Grand témoin et débattrice le 28 janvier 2020

Pour autant, il est essentiel de continuer à transmettre cette “rupture civilisationnelle” que fut la Shoah.

A Mémoire 2000, nous persévérons à notre petite échelle, en janvier nous avons programmé Au revoir les enfants de Louis Malle, Isabelle Choko, déportée à Auschwitz rencontrera les lycéens et collégiens que  les professeurs ont inscrits en nombre.

L’échange vivant avec les derniers témoins demeure essentiel.

 

Jacinthe Hirsch


Journal de Janvier 2020 : Appel

11 janvier 2020

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La Présidente


Journal de Janvier 2020 : Julian Assange, la liberté de l’information et de la presse gravement menacés

11 janvier 2020

« Les lanceurs d’alerte sont les défenseurs fondamentaux des droits de l’homme au XXIe siècle, époque où la culture du secret, les affaires à huit clos, la désinformation, le manque d’accès à l’information, la surveillance des individus type “1984”, l’intimidation et l’autocensure, ont conduit à des violations flagrantes des droits de l’homme » (Alfred de Zayas, avocat américain retraité auprès du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et ancien secrétaire du Comité des droits de l’homme de l’ONU), et ces défenseurs des droits de l’homme, les journalistes et le droit fondamental à l’information seraient gravement menacés si Julian Assange est extradé en février 2020 du Royaume-Uni vers les États-Unis.

Les journaux français et européens ne couvrent selon nous que trop partiellement, et parfois même très imparfaitement, les enjeux fondamentaux pour la presse et le droit à l’information qui se jouent aujourd’hui avec « l’affaire Julian Assange », même si un appel international des journalistes en faveur de la libération d’Assange vient d’être publié.

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Julian Assange donne une conférence de presse depuis le balcon de l’ambassade d’Equateur en GB en mai 2017 (crédit : Reuters)

Julian Assange est un cybermilitant australien de 47 ans qui a fondé en 2006 le site internet WikiLeaks. WikiLeaks offre aux lanceurs d’alerte l’anonymat technologique, c’est-à-dire la possibilité pour ces lanceurs d’alerte d’envoyer des documents sans risquer d’être identifiés ni de voir l’identité de leurs sources révélée (les grands journaux offrent tous aujourd’hui la possibilité de soumettre des documents de façon anonyme). WikiLeaks, Julian Assange et l’équipe autour de lui, furent parmi les premiers à comprendre les implications d’Internet pour le droit à l’information et le journalisme, avec le souci fondamental de protection des sources, et l’émergence du « quatrième pouvoir » au XXIe siècle : la protection des sources et des lanceurs d’alerte qui envoient leurs documents par internet, la mise en réseau des journalistes et des journaux pour leur permettre de travailler collectivement,  la publication par ces journaux d’informations dignes d’intérêt pour les citoyens du monde entier.

C’est ainsi que WikiLeaks s’est spécialisé dès la fin des années 2000 dans l’analyse et la publication de documents officiels ou classifiés, concernant en particulier la corruption, les crimes de guerre et l’espionnage :

En 2007, WikiLeaks publie le manuel de procédure normalisé de la prison de Guantanamo et les « Kenya Files », un rapport d’enquête secret de 2004 du gouvernement kenyan qui documente la corruption de l’ancien président Daniel Arap Moi (soutenu par les États-Unis) et ses proches collaborateurs qui ont détourné des centaines de millions de dollars. Cette publication déclenche la colère des citoyens kenyans.

En 2008, WikiLeaks publie notamment les « Swiss Banking Secrecy Files », des documents des îles Caïmans de la banque privée suisse Julius Baer, divulgués par le lanceur d’alerte Rudolf Elmer, qui détaillent les comptes de milliers de grandes entreprises et de très grandes fortunes mondiales et l’existence d’une évasion fiscale à grande échelle. La même année, WikiLeaks et Julian Assange publient des photographies et vidéos censurées par le gouvernement chinois sur la répression du soulèvement populaire au Tibet de 2008 ; et le « Manuel des coups d’État des États-Unis » qui exposent la manière dont les Etats-Unis utilisent le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’OCDE pour faire pression sur les gouvernements étrangers.

Ces publications attirent l’attention des autorités américaines dès cette même année 2008, et la direction de l’évaluation du contre-espionnage en ligne du Ministère de la Défense publie une note secrète qui détaille une stratégie de destruction de Wikileaks. Ce document recommandait des mesures pour saper le “sentiment de confiance “ envers WikiLeaks, en particulier par « l’identification, l’exposition, la cessation d’emploi, les poursuites criminelles, les poursuites judiciaires contre des initiés actuels ou anciens, des fuyards ou des lanceurs d’alerte ».

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Des victimes des déchets toxiques versés par Trafigura (rapport Minton) manifestent à Abidjan en 2016 (crédit : Issouf Sanogo)

En 2009, WikiLeaks publie des documents sur la corruption entre politiciens et hommes d’affaires péruviens dans des contrats pétroliers, sur la crise financière en Islande, sur l’évasion fiscale de la banque anglaise Barclays. Julian Assange publie également le rapport Minton, rapport secret des Nations-Unies, qui révèle que l’entreprise helvétique Swiss Trafigura a déversé des produits toxiques dans une décharge sauvage qui a touché plus de 100 000 personnes à Abidjan (Côte d’Ivoire).

L’année 2010 est celle de la célébrité mondiale de WikiLeaks et de Julian Assange, avec la publication de :

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image extraite de la vidéo « collateral murder » 

– la vidéo « Collateral Murder » qui montre le meurtre de 18 personnes civiles à Bagdad (Irak) dont deux journalistes de Reuters, par un hélicoptère militaire américain.  A la demande du Président Obama, la source de Julian Assange est identifiée et arrêtée : il s’agit du soldat américain Bradley (Chelsea) Manning qui sera condamné pour espionnage (transgenre devenu une femme, Chelsea Manning sera graciée après 7 ans de prison par le même Président Obama, avant d’être emprisonnée à nouveau par le Président Trump en 2019 pour qu’elle témoigne contre Julian Assange).

– les « Afghan War Logs », soit près de 91 000 rapports sur la guerre en Afghanistan de 2004 à 2010. Ces documents éclairent notamment des crimes de guerre commis par des soldats de l’OTAN (ils donnent aussi une image dévastatrice des Talibans). Pour cette publication, Julian Assange et son équipe s’associent à  trois grands journaux qui publient ces documents :  le New York Times (États-Unis), le Guardian (Royaume-Uni) et Der Spiegel (Allemagne).

– les « Iraq War Logs », soit près de 400 000 documents secrets américains sur la guerre en Irak qui révèlent la mort de plus de 65 000 civils et le recours à la torture dans les centres de détention.

– les « Cablegate », soit près de 250 000 câbles diplomatiques américains en provenance de 150 pays. Pour cette publication, WikiLeaks s’est associé à cinq grands journaux (New York Times, The Guardian, der Spiegel, Le Monde  (France) et El País (Espagne) qui travaillent sur les documents diplomatiques américains, dont 6% (16 656 câbles) sont classés « secrets » et 4,33% d’entre eux sont étiquetés « NOFORN »  (ne doivent pas être rendu disponible aux ressortissants non américains). Les journaux établissent sur la base de ces documents que  les États-Unis ont espionné le Secrétaire général des Nations-Unies (ONU) de l’époque, Ban Ki-moon, et les autres hauts représentants du Conseil de sécurité des Nations Unies (Chine, Russie, France et Royaume-Uni) ; les États-Unis ont secrètement bombardé le Yémen ; l’Arabie Saoudite a demandé aux Américains d’attaquer l’Iran ; des cyber-terroristes Chinois ont attaqué Google et des entreprises américaines ; la Russie et ses services de renseignements utilisent des chefs mafieux pour des opérations etc.

Dès la publication de ces documents, certains médias qui ont critiqué Julian Assange pour la divulgation d’informations classifiées se sont opposés à des poursuites pénales, comme le Washington Post dans un éditorial de 2010 : « Ce n’est pas le rôle du gouvernement d’inculper quelqu’un qui n’est pas un espion et qui n’est pas légalement tenu de garder des secrets. Cela criminaliserait l’échange d’informations et mettrait en danger des organisations médiatiques responsables qui examinent et vérifient les informations et prennent au sérieux la protection des sources et des méthodes lorsque des vies ou la sécurité nationale sont menacées » (les documents publiés par les journaux et WikiLeaks ont ainsi été “caviardés” pour assurer la sécurité des personnes).

***

Pourtant, dès cette année 2010, les États-Unis ont poursuivi sans relâche Julian Assange pour pouvoir le juger.

En août 2010, Julian Assange est accusé d’agression sexuelle mineure (il aurait retiré un préservatif sans leur consentement) par deux femmes suédoises qui reconnaissent des relations sexuelles librement consenties avec lui. C’est le début d’une procédure judiciaire que la première procureure suédoise de cette affaire voulait abandonner dès 2013 et que la justice suédoise a finalement définitivement classée sans suite en 2019. Alors qu’il est au Royaume-Uni en juin 2012, Julian Assange craint d’être arrêté par la police anglaise, extradé en Suède puis aux États-Unis. Il se réfugie en juin 2012 à l’ambassade d’Equateur à Londres. En août 2012, le président équatorien Rafael Correa lui accorde l’asile politique (il lui accordera la nationalité équatorienne en 2017). Mais Julian Assange ne peut plus quitter l’ambassade sans risquer d’être arrêté et risquer l’extradition. Pendant 7 années, il restera confiné à l’intérieur de quelques dizaines de mètres carrés.

Des voix s’élèvent partout dans le monde, comme celle de l’avocate générale de Human Rights Watch en 2018 : « Nous sommes de plus en plus préoccupés par son accès aux soins médicaux. Son asile devient de plus en plus difficile à distinguer d’une détention. Le Royaume-Uni a le pouvoir de résoudre les problèmes d’isolement, de santé et d’enfermement de l’intéressé (Julian Assange) en supprimant la menace d’extradition pour publication de fuites dignes d’intérêt ».

En avril 2019, le nouveau président d’Equateur, Lenin Moreno, sur demande américaine, retire l’asile et la nationalité équatorienne à Julian Assange. La police anglaise l’arrête immédiatement et l’incarcère dans la prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres. Il y purge une peine de 50 semaines de prison pour violation des conditions de sa liberté provisoire en 2012, en attendant l’audience sur son extradition vers les États-Unis.

La santé de Julian Assange s’est considérablement détériorée depuis ses années de réclusion dans l’ambassade équatorienne et son incarcération à Londres. Craig Murray, ancien ambassadeur britannique, John Pilger, célèbre journaliste et cinéaste d’investigation australien, ont témoigné de l’état de santé très dégradé de Julian Assange lors de son audition devant le juge britannique et lors de visites en prison. Le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils Melzer (un universitaire suisse, auteur et praticien du droit international) , a exprimé son inquiétude face à la dégradation continue de la santé de Julian Assange depuis son arrestation et demandé sa libération. Dans un rapport publié le 1ernovembre 2019, Nils Melzer écrit : « A moins que le Royaume-Uni ne change d’urgence de cap et n’améliore sa situation inhumaine, l’exposition continue de M. Assange à l’arbitraire et aux abus pourrait bientôt lui coûter la vie. »

***

L’administration Obama voulait arrêter Julian Assange après la publication des documents sur la guerre en Afghanistan et en Irak. Mais la Présidence Obama savait qu’il était impossible de distinguer l’activité de WikiLeaks -la publication de documents secrets- de celle des médias traditionnels, qui est protégé par le premier amendement de la Constitution américaine.

Sous la Présidence Trump, les chefs d’inculpation ont été modifiés. Julian Assange est poursuivi depuis le 23 mai 2019 pour espionnage en vertu d’une loi de 1917.  Il risque désormais 175 ans de prison, lors d’une procédure devant un grand jury qui lui interdit d’invoquer ses motivations et qui ramène les droits de la défense à zéro.

« Pour la première fois dans l’histoire, le gouvernement entame une procédure criminelle contre la publication d’informations véridiques. C’est une attaque directe contre le premier amendement et une escalade inouïe des attaques de l’administration Trump contre le journalisme », a alerté la principale organisation américaine de protection de la liberté d’expression (ACLU).

Malgré une réputation ternie aux yeux de certains par la publication par WikiLeaks en 2016 de documents nuisibles à la campagne présidentielle d’Hillary Clinton (certains accusent Julian Assange d’avoir contribué à l’élection de Donald Trump), le risque de voir Julian Assange expulsé vers les États-Unis et y être condamné à la prison à vie inquiète au plus haut point. La Fédération Internationale de Journalistes a pris position en faveur de Julian Assange, ainsi que de grands journaux. Des intellectuels, des défenseurs des droits humains, des juristes, des députés européens, des citoyens partout dans le monde, prennent la défense d’Assange et demandent sa libération. C’est bien la liberté d’information et la liberté de la presse qui sont en jeu.

L’audience cruciale devant la justice britannique, qui autorisera ou non son extradition, est fixée à février 2020.

Rose Lallier


Journal de Janvier 2020 : Enseignement et fait religieux

11 janvier 2020

Voilà bien des mots que rien ne rassemble et que cependant certains aimeraient associer. Or, la contradiction entre ces deux termes est évidente, et les rassembler serait à la fois dangereux et contre-productif. Cela étant, et puisque les mots ont un sens, qu’en est-il dans ce cas ?

Enseigner, et c’est une noble tache, qui consiste à transmettre à autrui des connaissances, dans l’état actuel des choses . A l’école publique, laïque et républicaine, l’école qui fabrique des citoyens,  l’enfant doit apprendre à lire, à écrire, à compter ; il apprend aussi l’existence des autres peuples, leur histoire et leur géographie. On lui enseignera également l’histoire des religions. Il apprend, en somme, à connaître le monde dans lequel il va évoluer. Ce qu’il apprend, c’est du concret, du vérifiable, qui lui servira tout au long de sa vie.

Si ses parents désirent lui enseigner le contenu des religions, ils s’adresseront pour cela à l’école religieuse de leur choix.  Cela permettra peut-être d’échapper aux interminables autant que stériles débats sur telle ou telle pratique supposée religieuse (port du voile, par exemple, ou d’autres signes religieux).

Mais, répétons-le : cela ne saurait se faire à l’école publique, obligatoire, gratuite,  laïque et républicaine.

Tout bien pesé  il nous a semblé salutaire de connaître le credo de l’écrivain afghan Atiq Rahimi (Prix Goncourt) qui nous dit : “Je suis bouddhiste parce que j’ai conscience de ma faiblesse, je suis chrétien parce que j’avoue ma faiblesse, je suis juif parce que je me moque de ma faiblesse, je suis musulman parce que je condamne ma faiblesse, je suis athée si Dieu est Tout-Puissant “.

Un Sage, vous dis-je…

Guy Zerhat


Journal de Janvier 2020 : Et le théâtre alors ?

11 janvier 2020

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Méphisto Rhapsodi à la Manufacture des œillets à Ivry

Texte de Samuel Gallet, mise en scène Jean-Pierre Baro

 

 

Une réécriture du roman de Klaus Mann à propos de Méphisto. Qu’est-on prêt à sacrifier à la bête immonde pour conserver son confort, son bien être, son pouvoir ?

Une troupe de théâtre répète une pièce de Tchékhov dans la salle municipale de Balbek, petite ville française.

Pendant ce temps, les luttes sociales, la thèse du grand remplacement de la “race” blanche, grondent aux portes de la ville.

Ce sont ces questions brûlantes d’actualité que Samuel Gallet aborde dans cette écriture moderne du roman.

Quel est le sens du projet de ces acteurs qui travaillent Tchékhov avec acharnement pour plaire à la directrice du théâtre, pendant que l’extrême droite est si prête de prendre le pouvoir ?

Ou comment le leader des acteurs, obsédé par le nombre de rappels potentiels, préfère finalement partir à la Capitale afin d’assouvir son besoin de reconnaissance.

Quel sens donner entre le Monde réel préoccupant et l’entre-soi du milieu théâtral ?

Toutes ces questions sont posées : jusqu’où sommes nous capables de nous soumettre au “Diable” ( Méphisto), pour conserver nos privilèges ?

Jusqu’à quelles compromissions sommes- nous prêts à aller ?

Peut-être pas de réponses claires et définitives, mais en s’aidant du théâtre…qui sait ?

 Joëlle Saunière


Journal de janvier 2020 : compte-rendu de notre AG du 2 décembre 2019

11 janvier 2020

 

Le Lundi 2 décembre 2019 à 19 heures a débuté l’Assemblée Générale annuelle de Mémoire 2000, présidée par Jacinthe Hirsch.

I) RAPPORT MORAL DE LA PRESIDENTE

En préambule, la présidente réinterroge sur le sens de notre action et de son fonctionnement dont il est difficile de mesurer les effets. Seule la conviction demeure qu’il convient toujours de transmettre les leçons du passé  proche et de proposer un échange.

Puis vient le bilan de l’action de l’année:

I. Séances cinéma et débat

II. Journal et communication

III. Voyage à Pithiviers du 27 mai 2019

 IV. Action dans le Val de Marne

En conclusion, pour 2019 encore, nos propositions trouvent écho auprès des enseignants qui construisent des projets avec leurs classes.

-Notre journal sort régulièrement tous les trois mois.

-Cependant une préoccupation demeure, notre nombre, nous sommes peu nombreux et il devient difficile de tenir nos objectifs. Il devient urgent d’accueillir de nouveaux membres actifs dans nos réunions mensuelles pour maintenir nos actions.

II) RAPPORT FINANCIER DU TRESORIER

Constatation d’une baisse importante du renouvellement des adhésions.

Nous finissons 2019 avec un solde positif, mais si les subventions se font attendre et que les cotisations continuent de baisser, la situation financière de l’association va très vite poser problème.

Les deux rapports sont approuvés à l’unanimité.

L’assemblée procède au changement d’adresse du siège social qui se tiendra désormais au : 25 Boulevard du Temple 75003 Paris

L’intégralité des rapports moral et financier est à la disposition des adhérents qui en feront la demande au secrétariat.


Editorial d’octobre 2019 : Une famille française, identité multiple

11 janvier 2020

Notre programme commence avec le film “Green book” de Peter Farrelly, sur le thème du racisme dans le Sud ségrégationniste des Etats-Unis.  Le débat sera animé par Audrey Célestine, spécialiste des questions raciales en France et aux Etats-Unis, maîtresse de conférence en sciences politiques à l’université de Lille III. Née à Dunkerque, elle grandit à Fort de France, elle étudie à Sciences Po Paris, puis à Baltimore. Une ville qui lui “donne envie de réfléchir à la complexité de la question raciale”. En 2018, elle publie chez Textuel “Une famille française, Des Antilles à Dunkerque en passant par l’Algérie.”

book_714_thumbnail_frDans cet essai, elle étudie les parcours de trois générations des années 1930 à aujourd’hui, à partir de fragments recueillis dans sa famille. On circule de Marie-Galante à Dunkerque, de Fort de France à Paris, de Toulon à Oran, de Marseille à la Guinée équatoriale en passant par l’Andalousie.

Elle donne ainsi à voir des histoires traversées par la guerre, l’exil, la migration, l’ascension sociale et le déclassement. Au cours de ce quasi siècle, elle observe le rôle du présent puis du passé colonial dans la vie de français ordinaires. De son enfance à Fort de France, elle garde le souvenir du SERMAC, le service municipal d’action culturelle, lieu d’échange entre la jeunesse et les artistes, cinéastes, acteurs, musiciens, plasticiens de toute l’Atlantique noire. Ce lieu de formation et de rencontre est né de la volonté d’Aimé Césaire de sortir d’une forme d’aliénation culturelle. Elle y trouve des armes pour être “debout”. Grâce au SERMAC, elle vit une rencontre entre son histoire et l’Histoire en jouant dans une pièce de théâtre qui célèbre l’abolition de l’esclavage. Sous la direction du metteur en scène Ousmane Seck elle joue une petite esclave et comprend l’esclavage sans victimisation ni tabou. Elle n’est pas une esclave, elle joue un rôle, mais un rôle important qui lui fait comprendre le lieu où elle vit.

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Audrey Célestine, auteure et chercheuse

Son propos nous importe particulièrement, en cette époque où les discours de rejet prennent le devant de la scène politique. Audrey Célestine dénonce l’aveuglement à la couleur, le rouleau compresseur de l’assignation raciale. Elle souhaite démythifier le récit national faisant de la France un pays blanc aux prises avec le danger du “grand remplacement”.  Elle donne à voir les négociations permanentes pour trouver un sens à ce que l’on “est” et ce que sont “les autres”. Et ainsi tenter de comprendre les multiples facettes de l’identité.

 

Jacinthe Hirsch, Présidente de Mémoire 2000


Journal d’octobre 2019 : notre séance-débat sur le racisme anti noir

11 janvier 2020

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Séance du 8 octobre 2019

Thème : Le racisme anti noir

Débatteurs : Audrey Celestine et Dr Daniel Talleyrand.

Green book, Livre vert, guide touristique indiquant les hôtels et restaurants autorisés “aux gens de couleur” : The negro travelers’.

 

 

C’est l’histoire (vraie) de la relation entre le pianiste afro-américain Don Shirley et le “videur” italo-américain “Tony Latchach“ – de son vrai nom Frank Anthony Vallelonga. Les deux hommes se retrouvent ensemble sur les routes de l’Amérique profonde : celles, ségrégationnistes, du sud du pays, dans les années 60, à l’occasion d’une tournée de concerts.

Le sophistiqué Don Shirley a besoin d’un chauffeur garde du corps, alors que le bourru Tony Latchach a besoin d’argent. Les deux hommes, tous deux imbus de leur personne, vont apprendre à s’apprivoiser malgré leurs préjugés respectifs (l’un, raciste, envers les Noirs ; l’autre, hautain envers les prolos).

Le débat était animé, en binôme par Audrey Célestine, maître de conférence à Lille III, spécialiste des questions d’identités, de racisme de racialisation et de sociologie de la mémoire, ainsi que par le Docteur Daniel Talleyrand, pédiatre – santé communautaire, fondateur de l’association “Maison d’Haïti-France”, lieu d’échange et de partage entre la France et Haïti.

Salle comble ce mardi 7 octobre, 230 élèves, des adultes assis par terre, faute de place, on n’avait jamais connu une telle affluence ! Cependant, dès les premières images, le silence s’est imposé et c’est dans un respect total pour le film que pendant 2h10, nous n’entendons que les respirations ponctuées parfois de rires à l’évocation de la méconnaissance du chauffeur (il parle de l’opéra “les orphelins”, alors qu’il s’agit d’Orphée aux enfers, par exemple…). Salve d’applaudissements à la fin de ce film magnifique.

Une première interrogation de Moussa, élève de 3°: Y-a-t’il toujours du racisme aux Etats-Unis comme on le voit dans le film ?

– Certes, les préjugés ont baissé, répond Audrey Célestine, mais le côté systémique fait toujours partie du paysage américain. Dans les faits, le racisme s’exerce encore malgré l’illégalité. Date cruciale de l’Histoire des Etats-Unis : l’abolition de l’esclavage en 1865 a paradoxalement marqué pour la communauté noire le vrai début du combat pour l’égalité. Instaurés par un Sud revanchard, les codes noirs ont débouché sur la ségrégation et instauré un climat de terreur.

Emmanuel : Y-a-t’il actuellement une différence entre racisme Nord et Sud ?

– La ségrégation a commencé dans le Nord mais a été plus marquée dans le Sud par la suite, répond Daniel Talleyrand, mes ancêtres haïtiens ont fait la guerre auprès des américains, ils étaient ensuite à la bataille de Savana avec l’armée française. L’indépendance des USA n’a pas été proclamée d’un seul coup (1776). Les Haïtiens sont allés se battre seuls puisqu’ils étaient indépendants, ils ont fondé Chicago ! Prenons un peu le temps de la réflexion entre Blancs et Noirs !

Applaudissements de la salle. Visiblement, les enfants sont touchés par ce médecin haïtien qui prend la peine de leur parler avec son cœur.

Quelle est l’origine du racisme ? demande un garçon, avez-vous une réponse claire ?

– Le racisme, enchaine A. Célestine est ancré dans une haine pour celui qui est différent. Il y a 5 siècles, débarquait le premier groupe d’Africains pour remplacer les indiens (les peaux rouges), tous massacrés parce que différents. Ils ont été réduits à l’esclavage, il fallait des bras pour couper les cannes à sucre et faire les travaux durs des champs de coton en particulier ; en Haïti, ce sont également des noirs qui ont remplacé les Indiens. Quand l’esclavage a été aboli, la haine n’a pas disparu. Quand on parle de “Blancs” et de “Noirs”, on continue de diviser le monde ; les catégories raciales sont des constructions historiques. A la question d’une jeune fille : une des raisons données pour justifier l’esclavage : les noirs ont-ils une meilleure résistance au travail ?

– C’est une absurdité répond D. Talleyrand, après que les Amérindiens furent tous décimés par les Blancs, on a entendu tout et son contraire. Ne perdez pas de vue que l’esclavage est du travail forcé, le racisme justifie un système économique favorable aux exploiteurs. Les enfants, dès 14 ans, étaient enrôlés pour ce travail forcé gratuit bien entendu. Des millions de Noirs sont morts au travail après moins de 5 ans d’esclavage ! (rappel du Code Noir). Au Brésil, la reproduction intensive d’êtres humains était pratiquée précisément pour le renouvellement d’esclaves morts au travail !

Pourquoi, les esclaves ne se révoltaient –ils pas ?

– En effet, on pourrait penser que c’était simple vu le nombre : en 1789, il y avait 450 000 Noirs, 30 000 Métis, soit 1 Blanc pour 15 Noirs. Mais les armes étaient du côté des Blancs tout puissants. Cependant, une révolte plus sourde existait. Les femmes, par exemple avortaient dès qu’elles se savaient enceintes pour ne pas fournir de “chair d’esclaves”, empoisonnaient les maîtres avec des plantes trouvées sur place etc. Les propriétaires terriens ont eu peur du pourcentage élevé d’esclaves qui pourraient se révolter, ce qui a d’ailleurs aboutit plus tard à la guerre de Sécession.

Une élève demande : quand considère-t-on qu’on a un propos raciste ?

1 – La loi : le racisme et les propos racistes sont punis par la loi

2 – Le contexte d’énonciation imaginaire. Dans certains pays, parler de “pastèque” à propos d’un être humain est considéré comme propos raciste, dans d’autre c’est la banane…

3 – Ce qui se passe actuellement aux USA est préoccupant. Trump s’inscrit dans un contexte ancestral, le courant fort est le nativisme (né sur le territoire), et éliminant tout ce qui n’est pas anglo-saxon, ainsi que les catholiques et les juifs.

4 – Les catégories raciales changent. Dans le film on observe que l’italien n’est pas identifié comme blanc mais est traité de “moitié nègre”.

book_714_thumbnail_frEnfin une jeune fille pose la question suivante : Les enfants ne naissent pas racistes, qu’est-ce qui fait qu’au cours des siècles, ils le soient devenus ?

– En effet un enfant ne fait aucune différence quant à la couleur de peau de ses petits camarades, l’important pour eux étant de s’identifier.

Enfin, il n’est pas nécessaire d’avoir inventé des choses extraordinaires pour avoir le droit d’être reconnu. Le listing de tous ces Noirs formidables reconnus parce que sur le devant de la scène, est inutile. S’ils n’avaient rien inventé qui nous soit familier au quotidien, cela justifierait-il qu’on en fasse des sous-humains…? Jamais je n’ai douté de leur humanité. Nul besoin à moi de la prouver.”  a conclu notre débattrice Audrey Célestine,  auteur de Une famille française aux éditions Textuel, 2018 (cliquez sur le lien)

 

Joëlle Saunière

 

 


Journal d’octobre 2019 : “Mauvais juif” de Piotr Smolar aux éditions des Equateurs

11 janvier 2020

Equateurs1909_MauvaisJuifMauvais juif de Piotr Smolar aux éditions des Equateurs, 2019. (cliquez sur le lien)

Erosion intime et collective de la démocratie et de ses contre-pouvoirs.

Le livre commence par la rencontre à Jérusalem de Piotr Smolar avec Claude Lanzmann, “maître intimidant de la mémoire juive”, qui a interviewé trente-six ans auparavant son grand-père, Hersh Smolar. Celui-ci a fondé le réseau de résistance du ghetto de Minsk. Communiste passionné, il reste en Pologne après la guerre. Il finit par s’installer en Israël après les événements de 1968, la nouvelle vague d’antisémitisme qui conduit son fils, étudiant contestataire, en prison.

Piotr Smolar a lu les mémoires de son grand-père à 25 ans. Hanté par cette lecture, il souhaite retourner à cette histoire issue d’un passé sombre. Mais il diffère. 20 ans après, nommé correspondant du journal Le Monde en Israël en 2014, il ne peut plus échapper au “rendez-vous familial”. Il s’adresse à son grand-père. Pourquoi cette cécité devant les autorités communistes qui imposent après-guerre, une politique mémorielle opposant le Bien incarné par les communistes au Mal représenté par les nazis ? La résistance des juifs de Minsk doit-elle être effacée au profit des héros communistes ? Or, ce qui caractérise ce grand-père, c’est justement, le refus de la passivité, l’engagement actif dans la résistance. D’août 1941 à septembre 43, dix mille juifs ont pu fuir le ghetto grâce à l’organisation mise sur pied par Hersh Smolar. Après-guerre, l’URSS dénie la participation des juifs à la lutte contre les nazis.

Ce livre croise le parcours de trois générations.  Il est question de transmission et de loyauté envers ses origines. Les trois scènes se déroulent à Minsk pendant les années de guerre, à Varsovie dans les années soixante et aujourd’hui en Israël avec la brulante question de l’occupation. En 2014, 51 jours de guerre à Gaza ont fait deux mille cent morts côté palestinien et soixante-dix israéliens. La démocratie est mise sous tension par l’ethnicisation de la politique facilitée par la dérive identitaire de la droite israélienne. Piotr Solar se demande si son grand-père reconnaitrait le pays où il a immigré contre ses convictions premières.

En juillet 2018, lorsque meurt Claude Lanzmann, la bataille mémorielle en Pologne est aussi vive. Au mois de janvier, le parti ultraconservateur Droit et Justice a décrété une sanction pénale pouvant aller jusqu’à trois ans de prison contre toute personne imputant la responsabilité ou la coresponsabilité des crimes nazis à l’Etat ou à la nation polonaise. Les condamnations des Etats-Unis, d’Israël et de l’Europe sont immédiates. Quelques mois plus tard, la Pologne et Israël signent une déclaration commune supprimant ce délit. Le texte de cette déclaration contient cependant des contrevérités visant à blanchir la Pologne de ses crimes. Le centre Yad Vashem en dénonce les “erreurs graves et les tromperies”. La Pologne ne souhaite pas perdre la face en rejetant en juillet la loi décrétée en janvier. Les nécessités de la realpolitik  renvoient la “mémoire” aux orties.

Piotr Smolar interroge : est-il le mauvais juif pris pour cible à travers les réseaux sociaux lorsqu’il fait des reportages à Gaza ?

Lisez plutôt ce qu’il en dit :

Il n’existe pas de révélateur au sens photographique du terme permettant de mettre au jour une identité juive substantielle. Il n’y a qu’un dégradé infini et subtil. Ce qui lie les destins est souvent la volonté de préserver, quelle qu’en soit la forme, une petite lumière ; d’assurer la pérennité d’un héritage, malgré ses modifications au fil des décennies. Le lien entre toutes les nuances de ce dégradé, c’est le deuil des tragédies passées plutôt qu’une culture unique et homogène et un attachement sentimental plus ou moins intense à Israël, par les proches qui y vivent ou par la simple émotion de ce miracle de l’Histoire qu’est un foyer national.”

Plus largement il fait apparaitre l’érosion plus générale, pas seulement en Israël, de la démocratie :

Ces dernières années, l’assignation à résidence identitaire s’impose partout. Les pulsions nationalistes, l’ère néo tribale navrante, ont provoqué l’effacement d’un humanisme apaisé sans être naïf. La financiarisation du monde, la question migratoire, le vertige écologique donnent le sentiment qu’on vit entouré d’incendies. Quand on est angoissé, on cherche des remèdes simples. On désigne des boucs émissaires et les juifs ont toujours été tristement privilégiés sur ce plan. On est prêt à faire des sacrifices pour sa sécurité physique, culturelle, économique. La démocratie, les contre-pouvoirs, les valeurs libérales, l’idée de métissage et d’ouverture : on perçoit moins leur valeur et le privilège qui nous est donné d’en jouir. C’est ainsi que ces acquis se craquellent lentement. Il n’y a pas d’effondrement mais une érosion à la fois intime et collective.

Parler de droits de l’homme devient exotique, langue morte qu’on cultiverait avec des manuels à moitié déchirés. Chaque puissance du monde prétend dorénavant se draper dans sa spécificité. Depuis la guerre en Irak – ou celle au Kosovo, vue de Moscou –, les occidentaux ne font plus la leçon, ou ne sont plus jugés légitimes dans ce rôle d’instructeur. On discute en fonction de ses intérêts. L’universalisme est devenu une relique. Les tribus cognent sur leurs tambours. “

Jacinthe Hirsch


Journal d’octobre 2019 : Progression spectaculaire de l’extrême-droite allemande dans l’ancienne RDA

11 janvier 2020

La démocratie allemande est fragilisée par les scores importants de l’AfD lors des élections régionales de Saxe (autour de Leipzig, limitrophe de la République Tchèque et de la Pologne) et de Brandebourg (autour de Berlin) du 1er septembre 2019. Et l’on craint que le parti d’extrême-droite obtienne de nombreuses voix lors des élections régionales en Thuringe du 26 octobre prochain.

Le taux de participation a été élevé et si la CDU conserve la direction de la Saxe et le SPD celle du Brandebourg, l’AfD est désormais le deuxième parti de Saxe avec 27,5% des voix exprimées et du Brandebourg avec 22,8%. Une bien sinistre manière de commémorer le 80e anniversaire de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie, comme l’ont relevé les forces démocratiques allemandes.

L’étude de la composition des électorats suggère le remplacement progressif du parti conservateur (CDU) par l’AfD et celui du parti social-démocrate (SPD) par les Verts dans ces länder de l’ancienne Allemagne de l’Est : l’AfD a devancé la CDU chez les moins de 60 ans (idem pour les Verts par rapport au SPD), et est arrivé en tête chez les 18-24 ans. Le parti de gauche radical Die Linke, lointain héritier du parti communiste dirigeant la RDA, s’est quant à lui effondré.

Rappelons qu’à l’échelle nationale, lors des élections européennes de mai 2019, la CDU-CSU a recueilli 29% des voix, les Verts 20,50%, le SPD 15,80% et l’AfD “seulement” 11%.

L’AfD (Alternativ für Deutschland) est née en 2013 à la suite de la crise de la zone Euro. Il était à l’origine un “parti de professeurs” qui préconisait la fin de l’Euro et refusait toute solidarité financière avec les pays du sud de l’Europe. Avec la crise migratoire de 2015 et l’arrivée en Allemagne de plus d’un million de réfugiés, l’AfD est devenu anti-immigration et anti-islam, et a véritablement commencé son ascension électorale.

Alice Weidel

Alice Weidel, 40 ans, coprésidente de l’AfD 

Arrivé en troisième position aux élections législatives de 2017 avec 12,64% des suffrages exprimés, l’AfD est représentée au Bundestag par des figures “présentables”. Ainsi Alice Weidel, 40 ans, coprésidente du groupe parlementaire, ancienne banquière chez Goldman Sachs et Allianz, s’inspirant des théories économiques de Friedrich Hayek et prônant une politique économique ultralibérale (supression des impôts sur les successions, supression du salaire minimum, diminution de l’Etat social et des politiques keynésiennes de redistribution). Alice Weidel doute de l’impact des activités humaines dans le réchauffement climatique et s’oppose aux fermetures des centrales à charbon, essentiel dans le mix énergétique allemand. Considérant l’Islam incompatible avec l’Allemagne, elle veut limiter l’immigration aux seules personnes hautement qualifiées et a critiqué la politique migratoire d’Angela Merkel, accusant les églises protestantes et catholique d’être aussi aveugles dans leur soutien à cette politique qu’elles le furent dans leur soutien au Troisième Reich… Jeune, charismatique et intelligente, rompue aux pratiques de la communication politique, Weidel codirige le groupe AfD au Bundestag aux côtés de Alexander Gauland, 78 ans, qui a déclaré être  “fier des performances des soldats allemands durant les deux guerres mondiales”.

Ces deux dernières années, les personnalités les moins extrémistes ont quitté le mouvement et l’AfD s’est radicalisé sous l’influence du courant “L’Aile” (der Flügel), ultra nationaliste et proche des néonazis, qui est surveillée par les services de renseignement intérieur allemands depuis le début 2019.

Les résultats des élections du 1er septembre dernier révèlent qu’il y a bien un problème spécifique aux länder de l’ancienne RDA.

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Björn Höcke, 47 ans, chef de l’AfD de Thuringe (Crédit: JENS MEYER/AP)

C’est là que le parti anti-musulman, xénophobe et raciste “Pegida” a rassemblé le plus de sympathisants lors des manifestations de rue de 2014 et 2015 (son fondateur, Lutz Bachmann, a dû démissionner après qu’il a traité les étrangers de “bétail” sur Facebook et posté une photographie de lui grimé en Adolf Hitler). C’est toujours là que les dirigeants de l’AfD sont les plus ultras :  Andreas Kalbitz pour le Brandebourg est un néonazi, Jörg Urban pour la Saxe est proche du mouvement Pegida ; tous deux sont membres de “L’Aile“ que dirige Björn Höcke (le chef AfD de Thuringe) qui plaide pour que l’Allemagne opère “un virage à 180 degrés” dans son rapport au passé et a déclaré au sujet du Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe, situé à Berlin,  “Nous, Allemands, sommes le seul peuple au monde ayant planté au cœur de sa capitale un monument de la honte“…

Ce succès de l’AfD peut s’expliquer par son opposition à la fermeture des mines de charbon et des centrales à charbon (même si le chômage est très faible en ex-RDA comme dans le reste de l’Allemagne, en raison du vieillissement de la population), mais aussi son habileté à profiter du mécontentement diffus des anciens Allemands de l’Est contre ceux de l’Ouest : malgré d’importants investissements dans l’ancienne RDA, les inégalités relatives entre l’Est et l’Ouest subsistent ; les protections dont bénéficiaient les citoyens sous le régime communiste ont disparu, notamment la sécurité de l’emploi, désormais souvent précaire, ainsi que la politique généreuse envers les femmes qui élevaient des enfants. L’AfD, expert en Agitprop, a su se présenter comme l’héritier des défenseurs des droits civiques de 1989 qui ont permis la chute du mur de Berlin, et il exploite la perte de confiance de nombre de citoyens envers les partis politiques traditionnels et la presse, traitée de presse mensongère (Lügenpresse).

Mais il serait dangereux de sous-estimer le danger que représente l’AfD dans le reste de l’Allemagne.

Selon un récent sondage de l’institut d’études d’opinion Pew, 49% des Allemands se déclarent mécontents du fonctionnement actuel de leur démocratie, et la progression des théories conspirationnistes chez une partie de nos voisins d’outre-Rhin est similaire à ce que nous observons en France.

Une partie de l’électorat est en colère face à l’accueil d’un million de réfugiés en 2015 et aux investissements publics importants fait en faveur de leur intégration, notamment sur le marché du travail.

Les lois Hartz, mises en place au début des années 2000 sous le Chancelier Schröder, ont conduit à une forte augmentation de la pauvreté, et notamment à l’apparition de nombreux travailleurs pauvres. Rappelons que l’allocation chômage est réduite à 12 mois, que les chômeurs de plus d’un an dépendent de l’aide sociale, souvent inférieure à 350 euros et proportionnée aux avoirs des chômeurs, et qu’ils sont dans l’obligation d’accepter des “mini-jobs” ainsi que des “emplois à 1 euro” (payés de 1 à 2,50 euros l’heure pour 15 à 30 heures par semaine). L’introduction en 2015 par le gouvernement d’un salaire minimum de 8,50 euros brut, n’a pas eu les effets escomptés et le déclassement social d’une partie de la population est bien réel.

L’évolution du marché du travail avec la précarisation des emplois peu qualifiés fragilise de nombreuses personnes.

Les politiques de réduction des services publics ont accentué les fractures sociales, tandis que les inégalités sociales ont nettement augmenté ces vingt dernières années.

Dans ce contexte, la progression des idées néonazies et l’apparition de groupes néonazis sont réelles. Cela a d’abord été dénié. C’est ainsi que les trois membres du groupe NSU (national-socialisme underground) ont pu passer sous les radars de la police allemande entre 2000 et 2011 et commettre au moins dix meurtres racistes et deux attentats à la bombe…Les services de police ne croyait pas à la résurgence possible de groupes néonazi violents. La réédition en 2016 pour la première fois depuis la guerre de “Mein Kampf” a connu un grand succès (plus de 85 000 exemplaires). L’assassinat à son domicile personnel le 2 juin dernier de Walter Lübcke,  président de la région de Hesse (Frankfort) et favorable à l’accueil des réfugiés, abattu à bout portant par un jeune néonazi a fini par réveiller les esprits.  L’Allemagne découvre la réalité du danger qui la menace : près de 12 700 personnes sont désormais fichées comme néonazis actifs et violents, et la police a saisi des listes de personnalités à abattre en raison de leurs positions favorables à l’accueil des réfugiés. Aussi grave est la perméabilité d’une partie des électeurs de la CDU-CSU aux idées de l’AfD, ainsi qu’une partie des fonctionnaires de police et de l’armée…

L’Allemagne qui a mené depuis des décennies une politique de mémoire des crimes du national-socialisme se trouve confronté aujourd’hui à la résurgence des idées d’extrême-droite.

Notre voisin d’outre-Rhin n’a plus de majorité politique stable et la classe politique démocratique est conduite à nouer d’improbables alliances politiques pour gouverner le pays. Et la crise économique qui vient, avec la profonde remise en cause du modèle économique allemand fondé sur l’industrie automobile et la chimie, n’est pas pour rassurer nos amis démocrates allemands, ni le reste des Européens…

Rose Lallier


Journal d’octobre 2019 : Les manifestations à Hong Kong

11 janvier 2020

Rappelons que Hong Kong fut cédé aux Anglais en 1842 lors du traité de Nankin, premier d’une série de traités inégaux signés dans le cadre des guerres de l’opium qui ont ruiné la Chine pendant près de 100 ans, le “siècle de la honte” comme l’appellent les Chinois.

A l’issue de longs pourparlers en 1984 entre le dirigeant chinois Deng Xiaoping et la première ministre britannique Margaret Thatcher, il fut décidé que Hong Kong, colonie britannique, serait rétrocédé à la Chine en 1997. La République populaire de Chine et le Royaume-Uni décidèrent alors d’adopter le principe de “un pays, deux systèmes”. L’économie libérale et capitaliste de Hong Kong, sa monnaie, son système politique, son appareil judiciaire indépendant, ses langues officielles (Anglais et Cantonnais), sa culture occidentalisée, la liberté de mouvement et de pensée furent préservés et Hong Kong devint une région autonome spéciale. Cette phase de transition doit durer jusqu’en 2047, date à laquelle l’île devra intégrer le système continental chinois. Précisons aussi que la population de Hong Kong, composée de Chinois qui ont fui le continent après la victoire de Mao Zedong en 1949, la Révolution culturelle de 1966 et la répression de Tienanmen de 1989, est particulièrement sensible aux questions identitaires et attachée aux libertés civiques.

Au printemps dernier, Carrie Lam, cheffe de l’exécutif de Hong Kong, a déposé un projet de loi autorisant l’extradition. Jusqu’alors, les criminels réfugiés sur l’île ne pouvaient être extradés, ni jugés. D’un point de vue strictement juridique, le projet de la loi excluait tout crime politique et comprenait de nombreux garde-fous, mais les avocats et les défenseurs des droits humains ont vu dans ce projet une nouvelle mise en cause de l’indépendance de la justice hongkongaise et la population hongkongaise s’est mobilisée dès le début juin, manifestant chaque samedi, jusqu’à ce que le projet de loi soit retiré.

Depuis lors, les manifestations continuent pour protéger l’identité hongkongaise et obtenir des nouvelles avancées démocratiques, les manifestants réclamant des élections au suffrage universel, cela malgré la répression du pouvoir local et les menaces des dirigeants chinois.

A cette crise identitaire s’ajoute une crise sociale. Hong Kong est très inégalitaire et près de 20 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, certaines personnes âgées étant dépourvues de retraite ou des employés précaires habitant des logements-cages de moins de 5 m2. Cette crise du logement s’est aggravée avec l’arrivée de riches Chinois qui ont fait grimper les prix de l’immobilier. Les jeunes Hongkongais voient avec inquiétude l’arrivée de jeunes cadres chinois du continent, formés dans les meilleures universités américaines, qui occupent les postes les plus intéressants et les mieux rémunérés. A ces frustrations sociales s’ajoute la peur de l’avenir : si Hongkong reste un hub financier essentiel, l’île est désormais dépassée par la ville voisine de Shenzhen, où se sont implantés les entreprises technologiques (Tencent Holdings, Huawei etc.). Cette situation explique que la mobilisation de la population soit aussi massive. Et qu’une partie des manifestants se radicalisent, parfois violemment.

Alors que la République populaire de Chine va fêter son 80ème anniversaire le 1er octobre 2019, la situation reste plus que jamais délicate pour la Chine et Hong Kong. Les dirigeants chinois craignent qu’une répression trop violente entraîne un rejet de la Chine continentale par les Hongkongais, avec une évolution vers l’indépendance. De leurs côtés, les Hongkongais craignent de voir leur identité disparaître. Les autorités américaines, si elles soutiennent les aspirations démocratiques des manifestants, évitent de jeter de l’huile sur le feu. En dehors des bellicistes, personne ne souhaite que la situation dégénère…

Rose Lallier


Journal d’octobre 2019 : Un rêve? Le Paradis ?

11 janvier 2020

Rémy Ourdan, journaliste, correspondant de guerre au journal Le Monde, a publié du 11 au 16 août 2019, une “reportage” en six volets intitulé “Sarajevo-Jérusalem”.

Ce reportage qui fait un parallèle entre deux villes, Sarajevo et Jérusalem, est un petit bijou qui nous rappelle ce que nous savions, mais que nous avons vite fait d’oublier.

S’agissant de Sarajevo, elle a toujours eu la réputation d’une ville particulièrement accueillante ; elle est le symbole d’une cohabitation “multiethnique”. Accueillante, elle l’a été pour les juifs, ce qui lui a valu le surnom de “petite Jérusalem”. On y trouve rassemblés, des juifs venus s’installer là après l’Inquisition, et des non juifs, majoritairement musulmans qui vivent dans une harmonie et une amitié extraordinaires et naturelles.

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Enluminure de la Haggadah de Sarajevo, rédigée à Barcelone vers 1350

Cette ville a l’habitude des envahisseurs. Son passé “ottoman puis austro-hongrois a façonné son identité si particulière entre Orient et Occident”. C’est une ville provinciale à majorité musulmane, mais également chrétienne et “très juive”. Les religions s’y côtoient tranquillement et la vraie religion qui s’y pratique avec ferveur, est la douceur de la coexistence et surtout ce que les Sarajeviens appellent “komsiluk”, le voisinage. Rien ne peut surpasser la relation aux voisins, ni la religion, ni la nation, ni la communauté. A Sarajevo on se soucie avant tout de sa famille et de ses voisins, dans le respect des traditions et religions de chaque communauté.

Cette valeur cardinale a permis, durant la guerre, à des juifs de Sarajevo d’échapper aux nazis, car cachés et protégés par des “voisins” musulmans qui les ont accueillis et les ont inclus à leurs propres familles.

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Derviš Korkut (1888-1969), humaniste et orientaliste musulman qui sauva la Haggadah juive de Sarajevo

C’est grâce au “voisinage” que le fameux et inestimable manuscrit du 14e siècle connu sous le nom de “Haggadah de Sarajevo”, convoité par les nazis en 1942, a pu échapper à la destruction. Ce sauvetage on le doit au courage du bibliothécaire du musée de Sarajevo, Dervis Korkut, homme cultivé aimant l’histoire et les traditions, qui a caché ce livre au péril de sa vie.

Cette Haggadah une fois encore a été sauvée en 1992, alors que Sarajevo est bombardée par l’armée serbe et que le musée est en première ligne. Cette fois, Enver Imamovic, archéologue et historien, accompagné de Hamo Karkelja, conservateur de musée, arrivent après maintes péripéties à mettre l’ouvrage en sécurité dans un coffre de la Banque centrale, l’endroit le plus sûr de la ville.

C’est toujours cet état d’esprit qui a dicté à la communauté juive pendant la guerre de Bosnie, de lancer une “incroyable opération humanitaire organisant l’évacuation de 2500 Sarajeviens et portant assistance aux assiégés.” Ainsi, de nombreux “juifs sarajeviens”, en réalité surtout des musulmans ou des chrétiens, ont pu trouver refuge en Israël. A Sarajevo, on a une façon très particulière de pratiquer la religion : sans fanatisme, ni sectarisme.

Ces dernières années, il y eut certes, quelques graffitis antisémites sur des tombes juives, mais il y a été vite mis bon ordre.

Depuis tant de temps, et tant de guerres, Sarajevo a su conserver cette “paix ethnique” et son caractère universaliste.

Il semble que cette “grâce” propre à cette ville ne soit ni exportable, ni partageable : on peut le déplorer.

Imaginons un instant que toutes les villes puissent fonctionner comme Sarajevo… Ce serait un rêve, ou …le paradis!!!

Lison Benzaquen


Journal d’octobre 2019 : un livre à ne pas manquer, Les Amnésiques de Géraldine Schwarz

11 janvier 2020

Les-Amnesiques

 

 

 

Les Amnésiques

Livre à ne pas manquer 

Les trous de la mémoire européenne

 

Géraldine Schwarz est journaliste, auteure et réalisatrice de documentaires.  Franco-allemande, elle interroge l’histoire de sa famille sur trois générations. Côté allemand, des Mitlaüfer, ni victimes, ni bourreaux qui “marchaient avec le courant” sous l’ordre nazi. Côté français, un grand-père gendarme sous Vichy. Ce faisant, elle analyse les lacunes mémorielles sur lesquelles s’est construite l’Europe, en France mais aussi en ex-RDA, en Autriche et en Italie. Rendre les citoyens victimes de l’Histoire au lieu de les responsabiliser, n’est-ce pas ouvrir la voie aux populistes ?

Le livre est digne de la note d’intention qui en fait l’ouverture : “Ne pas me perdre dans le labyrinthe de la mémoire, dans ses oublis et ses mensonges, ses replis et ses trop pleins. Vaincre les violeurs de mémoire, les faussaires de l’histoire, les bricoleurs de fausses identités et de fausses haines, les cultivateurs de fantasmes narcissiques.” Elle croise les fils de l’histoire familiale et de la grande Histoire en soumettant son récit “à la sagesse des historiens, ces détecteurs de mensonges et de mythes.”  Elle ne veut pas moins que “comprendre ce qui était pour savoir ce qui est, rendre à l’Europe ses racines que les amnésiques tentent de lui arracher.”

Sorti en 2017 chez Flammarion, Les Amnésiques vient de sortir en poche dans la collection Champs. Il a obtenu le Prix du Livre Européen en 2018.

Jacinthe Hirsch

 


Journal d’octobre 2019 : Mon identité n’est pas un cliché

11 janvier 2020

Agir contre le racisme dans les collèges.

Le 21 juin 2019, au collège Camille Claudel de Villepinte a lieu la projection d’un clip de sensibilisation contre les discriminations ”Mon identité n’est pas un cliché.”

Les élèves de la 4ème Bien-Etre, acteurs des trois séquences, sont entourés de Mme Manijean, professeur de français et Mme Jean-Alphonse, assistante sociale. Ils voient l’aboutissement du travail d’une année entière.

Discrimination, un mot compliqué pour des élèves qui entrent en 4ème bien qu’ils soient nombreux à pouvoir en témoigner.

Au cours de l’année, ils vont s’approcher des idées reçues liées à la couleur de peau, au physique, à l’appartenance sociale. Durant le premier trimestre ils étudient L’île des esclaves et s’initient au jeu théâtral. Durant le second trimestre, ils participent à un atelier théâtre animé par l’association Les Konkisadors pour vivre et éprouver leurs réactions autour des discriminations. Le troisième trimestre est consacré à écrire le scénario et à le mettre en scène. Les élèves, à cette étape du projet, sont très impliqués et réussissent à tourner les trois séquences en une journée.

Pas si simple, à cet âge, d’oser jouer devant une caméra et d’affronter le regard des autres. Mais le pari est réussi, déjouer les clichés autour de l’identité.

Le conseil d’administration du collège est présent, les applaudissements sont chaleureux. Le clip réalisé avec l’aide du Conseil Régional pourra être utilisé auprès d’autres publics scolaires. Dans de nombreux établissements, des professeurs agissent pour rendre les jeunes sensibles aux clichés sur l’identité, c’est chaque fois un marathon pour mener à bien ces projets. Nous saluons leur engagement.

J.H


Journal d’octobre 2019 : Homophobie dans le sport et racisme anti-blanc

11 janvier 2020

Depuis quelques années déjà, l’homophobie est un sujet récurrent dans tous les stades où se déroulent des compétitions sportives. En août 2019, un match de football a été interrompu suite à des chants visant la Ligue Professionnelle de Football et à la présence de banderoles homophobes dans les tribunes.

Or, s’il y a une volonté louable de s’attaquer à l’homophobie dans les stades, on note surtout l’absence de travail préparatoire de cette même Ligue auprès des supporters. Car le chant insultant “la Ligue, la Ligue, on t’enc’…” est un chant récurrent.

Les supporters ultras se sentent discriminés. Ils dénoncent des huis-clos partiels prononcés par la LFP après l’utilisation de fumigènes, mais aussi des interdictions et restrictions de déplacement. Quand les matches sont arrêtés, les supporters ne vivent pas cela comme une mesure de lutte contre l’homophobie, mais comme une volonté supplémentaire de les écarter des stades. Donc, d’un côté des supporters qui se sentent agressés par les autorités, et de l’autre des dirigeants de clubs décidés à être plus sévères par rapport à certains comportements.  A partir de là, les chants insultants redoublent, manière de contester non pas la lutte contre l’homophobie mais la politique des autorités à leur égard.

Il faut sortir rapidement de cette spirale négative, ce que tente de faire la Ministre des Sports Roxana Maracinaenu, en dialoguant avec les associations de supporters, ceci en présence de la DILCRAH (Délégation Interministérielle pour la Lutte Contre le Racisme et l’Antisémitisme). Il  faut un plan d’action globale rassemblant les clubs, les Centres de Formation, les Associations de Supporters ; agir dans le sens de la prévention et de l’intégration des homosexuels dans le foot-ball (à ce jour, un seul ancien joueur pro a déclaré son homosexualité, car cet aveu n’est pas facile pour un joueur pro !) et le sport en général. Faire disparaître les comportements et les banderoles où l’agressivité, la grossièreté et une ironie affligeante et lamentable rivalisent de façon pitoyable. Et puis, pourquoi ne pas responsabiliser les clubs, les punir au portefeuille en déclarant le huis-clos pour certains matches, voire en leur infligeant des amendes substantielles ? La faiblesse et les discussions ne suffisent pas, il faut frapper fort. Les supporters y réfléchiraient à deux fois avant de récidiver, et les dirigeants feraient là un acte d’autorité, une autorité qui jusque là n’a été qu’illusoire.

Autre problème préoccupant : ces derniers mois, il a été fait état d’un prétendu “racisme anti-blanc” dans des quartiers de certaines villes de France. Des insultes (sale blanc, sale Français…), et même une chanson “Pendre les Blancs”.  Mais parle-t-on là vraiment de « racisme » ? Après tout, tous les racismes se ressemblent. Or, dans le cas qui nous intéresse, il ne s’agit nullement de discrimination à l’embauche ou au logement, pas de discours politique anti-blanc, pas de contrôles au faciès. Et pourtant, l’expression a fait florès, et certains faits incontestables donnent à réfléchir : à l’Université de Saint-Denis, on a pu lire des inscriptions du genre “Mort aux Blancs”, “Français= PD”, “Fuck White people”. Le terme “Français de souche” a été évoqué. En 2010, un sociologue a pu faire un état des lieux de cette forme de racisme qui se développerait dans certains quartiers de certaines villes de France. Il ne faut donc pas se voiler la face, et prendre conscience de ce phénomène qui existerait dans certaines villes, ce qui reste à vérifier.

Egalement à vérifier, cette affirmation d’un commentateur de football selon laquelle existe un racisme anti-blanc dans certains clubs de football de la région parisienne, où les jeunes joueurs blancs seraient maltraités (on ne leur parle pas, on ne leur passe pas la balle, on ne leur permet pas de se doucher avec les autres), c’est-à-dire des jeunes issus de l’immigration. Difficile à croire, mais comment est-ce possible ? Certes, particulièrement dans la région parisienne, la plupart des jeunes joueurs sont issus de l’immigration et adorent le football. D’autre part, beaucoup d’entre eux ne sont pas scolarisés, et le foot les passionne. Ils se rêvent en footballeurs pros, émules du grand Zinedine Zidane. Il est donc possible qu’ils ne voient pas d’un très bon œil des concurrents d’une autre origine. Donc, tout cela demande confirmation.

Un dernier mot, car décidément le football est à l’honneur : depuis les exploits de l’équipe de France féminine de football, le nombre de jeunes filles licenciées a bondi (de 55.000 à plus de 200.000). Décidément, Jean Ferrat avait raison : la Femme est l’Avenir de l’Homme.

Guy Zerhat