Journal d’Avril 2017: compte-rendu de notre séance-débat du 24 février 2017

1 avril 2017

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Nous trois ou rien

Thème : l’intégration

Débatteurs : M. et Mme Mitterrand (professeurs d’histoire)

 

Une centaine d’élèves, certains depuis peu de temps en France sont présents. Le réalisateur, Kheiron, raconte dans ce film, l’histoire de ses parents, Hibat et Fereshteh, exilés d’Iran. Le film commence sous le régime du shah. Hibat devient un héros car il refuse en prison de manger le gâteau d’anniversaire du shah.

Après la révolution, et le régime autoritaire et théocratique de Khomeiny, la famille s’exile en France. La suite se situe en Seine St Denis. Les parents de Kheiron s’impliquent fortement dans la vie locale. Le sujet est traité sur un mode comique, malgré les scènes violentes au début, l’humour allège le propos.  

Le débat démarre aisément.

Un garçon : Pourquoi a-t-il refusé de manger le gâteau dans la prison ?

Un autre : Ça veut dire quoi, le gâteau du chat ?

Mr Mitterrand: Le shah, c’était un roi et si le peuple marquait son mécontentement, il mettait les gens en prison. Hibat refuse de manger le gâteau du shah pour montrer son opposition. Du coup, il est très respecté.

Un garçon : Pourquoi il est allé en France, alors ?

Le débatteur : Le peuple avait chassé le shah mais à sa place c’est Khomeiny. Un autre pouvoir autoritaire qui ne veut pas de démocratie.

Une élève : le shah, c’était un musulman ?

La débattrice : Oui, un musulman modéré, qui ne gouvernait pas avec la religion. Vous avez vu ce qui change en Iran avec Khomeiny ?

Plusieurs : “ les femmes se voilent.” “La musique est interdite”.

Une professeure : Pourquoi Hibat part en France ? Parce qu’il risque la mort avec son fils et sa femme, en Iran. Avez-vous compris quel est ce petit cachet qu’il jette lorsqu’il quitte l’Iran ?

Une voix : C’est l’image de son passé qu’il laisse derrière lui quand il quitte son pays. Une autre : c’était un cachet pour se suicider ? 

La débattrice : Oui, c’est ça, du cyanure. S’il est pris, il le croque et il meurt. Pour ne pas dénoncer les autres sous la torture.

Un garçon : Pourquoi elle appelle son père et dit qu’elle ne reviendra pas ? 

Le débatteur : En France, ils ont un statut de réfugié politique. Ils ne sont plus en danger. Ils participent à la vie de la cité. Cette solidarité, ils la rendent à leur quartier. Que vont-ils apporter, d’abord aux femmes ?

Une fille : A être heureuses, à sortir, à avoir la belle vie.

Une élève réalise : cette histoire en fait, c’est un petit qui raconte l’histoire de son père ?

Sa professeure : Oui, le bébé qui quitte l’Iran avec ses parents, c’est lui qui raconte l’histoire, lui qui fait le film et qui joue le rôle de son père.

La débattrice : Ses parents étaient militants, Kheiron a été éducateur.

Un élève : on voit comment il parle aux 3 jeunes assis à côté du centre culturel où on a cassé les vitres. Au début, ils s’en moquent.

Une fille : mais après, Hibat leur montre que cet endroit, était pour eux.

Une professeure : vous avez entendu le message d’Hibat à Elyes, le délinquant qui a été en prison : “Il n’est pas trop tard”. On apprend plus tard qu’Elyes après un autre séjour en prison, est devenu un éducateur. Il a un travail, une famille.

La débattrice : Chacun doit prendre sa place dans la cité.

Une fille : On voit pendant la fête il y a des grandes photos de chacun accrochées sur les murs du quartier.

Un professeur : On n’est jamais condamné à l’échec. Avec ma classe de 3ème, nous faisons un atelier d’écriture de chansons. Le thème c’est l’exil. L’idée c’est de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va.

La débattrice conclut : Kheiron a commencé comme ça, il a fait du théâtre. Il a gardé la faculté de mettre de l’humour autour de chaque chose triste.

On dirait que ce film d’intégration réussie a touché ce public.

Jacinthe Hirsch

 

 


Journal d’Avril 2017: compte-rendu de notre séance-débat du 14 mars 2017

1 avril 2017

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Le Havre

Thème : l’immigration

Débattrice : Isabelle Cejars-Jenoc, responsable migrants mineurs à Amnesty International

 

2 classes de 4° et une UPE. Ces élèves, en France depuis peu, sont en classe d’accueil.

“Le Havre” présente la rencontre entre Marcel Marx, cireur de chaussure, et Idrissa, enfant échappé d’un container dans le port éponyme. La police le recherche, Marcel, aidé des voisins de ce quartier populaire, aide Idrissa à gagner l’Angleterre.

Kaurismaki écrit des dialogues précis, sans affect, tout se dit dans les regards et la construction du film.

Le débat s’ouvre avec la remarque candide d’un 4° “Je m’attendais à ce que le petit il va faire un câlin au monsieur.”

La débattrice : « Cette situation de jeune migrant n’a rien d’exceptionnel, il y a 28 millions de personnes qui quittent leur pays. La moitié de ces migrants sont des enfants”.

Une élève d’UPE témoigne : « Moi madame j’ai vécu la même chose. Partir sans savoir où tu vas, arriver dans un endroit où tu ne connais personne. Tu ne peux pas expliquer une chose pareille, c’est terrible. Ce film est très important pour moi. Je pense que ça va faire progresser.” La salle applaudit.

Une fille demande si c’est tous les jours que les policiers laissent les enfants partir comme dans ce film. La débattrice : “C’est un mineur isolé étranger. En France, la loi les protège, théoriquement. Ça n’est pas facile. L’enfant doit faire la preuve qu’il est seul et vraiment mineur. Beaucoup d’enfants se retrouvent à la rue parce qu’ils ne peuvent pas prouver qu’ils sont mineurs isolés. En France, il y a environ 9000 mineurs étrangers. À Paris, beaucoup d’enfants dorment à la rue. Les associations, les bénévoles leur viennent en aide.”

Un garçon veut comprendre la dernière scène où le commissaire s’assied sur la cale dans laquelle l’enfant est caché : “Le commissaire ferme les yeux. Pourquoi il ne dénonce pas l’enfant ? “

“Le metteur en scène est persuadé qu’il y a du bon dans chaque être humain.”

D’autres questions: “Comment a fait Idrissa, pour rencontrer le monsieur ?” “Pourquoi il est hors-la-loi alors qu’il aide ?” Et de nouveau : “Pourquoi quand le commissaire a vu le petit, il ne l’a pas arrêté ?”

Une intervenante : « Le commissaire donne l’impression d’être méchant, en réalité il protège Idrissa depuis le début. Lorsqu’Idrissa s’enfuit il empêche le policier de lui tirer dessus. Plus tard il prévient Marcel que les policiers vont l’arrêter. Il ne veut pas faire souffrir les innocents. Le mauvais personnage, c’est le voisin qui dénonce Marcel Marx.”

La débattrice lit le poème d’un soudanais qui a perdu deux amis pendant la traversée. Il s’est retrouvé à 15 ans à la rue. Il a écrit ce poème pour ses amis morts. Autre moment d’émotion.

Deux intervenants expliquent pourquoi les migrants sont poussés à partir, les guerres, les menaces sur leur vie mais aussi les famines.

Un professeur de Thiais : ”Nos élèves ont travaillé sur le sujet. C’est leur thématique de l’année : les parcours migratoires. Ils ont suivi le parcours de migrants venant de différents pays. Merci pour cette séance qui prolonge notre travail. »

Le débat a navigué entre le thème des migrants et l’explication du film. Le public a apprécié. Les élèves vont envoyer leurs réactions à ce film.

Jacinthe Hirsch

 

 

 


Journal d’Avril 2017: Sortir du silence d’Auschwitz : La dignité contre l’inhumanité, « Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu. »

1 avril 2017

PERSONNE-NE-M-AURAIT-CRU-JPGVendredi 27 janvier 2017, 70° anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, le témoignage de Sam Braun, est présenté au théâtre de l’épée de bois, mis en scène et interprété par Patrick Olivier. Mémoire 2000 y était.

Comment dire l’irreprésentable d’une barbarie planifiée et accomplie à l’abri des regards? Comment évoquer, 70 ans après, transmettre la mémoire de tous ces êtres traqués, soumis aux pires conditions de survie afin qu’ils deviennent non humains, objets voués à la destruction ? Le témoignage de Sam Braun, rescapé des camps de concentration et d’extermination, survivant à la marche de la mort, témoignage recueilli 60 ans après le retour d’Auschwitz, nous est présenté dans une mise en scène retenue qui s’efface devant la force des mots que Sam Braun a pu extraire de ce long silence pour dire l’insoutenable.

Sam Braun a été arrêté et déporté à Auschwitz avec sa famille par le convoi du 7 décembre 1943. Il avait 16 ans. Ses parents, sa petite sœur sont immédiatement gazés. Sam Braun est envoyé à Buna Monowitz, Auschwitz III. Il survit. En janvier 1945, le camp est évacué, commence alors la marche de la mort. Sam Braun échappe plusieurs fois à la mort. Epuisé il parvient à Prague où il est délivré par des résistants tchèques.

A son retour en France, il se tait, comme de nombreux déportés revenus. En 1945, personne n’était prêt à entendre la parole des “revenants”. Après une période de dépression, il fait ses études de médecine mais s’enferme dans le silence en même temps qu’il efface son passé de déporté.

Cependant, Sam Braun, 40 ans après, cède à l’insistance d’une amie professeure de lycée et accepte de témoigner devant ses élèves. Un matin prenant conscience de son âge, il se dit : “Tu es un lâche, mon vieux, car si tu ne vas pas parler aux enfants, c’est uniquement parce que tu ne veux pas souffrir. Tes parents, ta petite sœur et tous ceux qui sont morts là-bas, sont donc morts pour rien.” Il ajoute : “Non pas qu’il faille donner une justification à la mort de mes parents et de ma petite sœur.…” Mon devoir m’est alors apparu clairement : je devais utiliser cet évènement horrible pour essayer de rendre service aux jeunes, en leur permettant d’ouvrir les yeux sur le monde et la folie de certains hommes…”

Après 20 ans de témoignage, il rencontre un professeur, Stéphane Guinoiseau. Celui-ci lui demande d’enregistrer des entretiens afin que sa parole demeure. C’est ainsi que ce texte lui survit.

Après ce lent processus de retour, Sam Braun peut expliquer comment cette mise à l’écart a été nécessaire pour réussir à vivre : “Je ne suis maintenant ni la victime, ni le héros d’une histoire malheureuse……Mais pour arriver à cette normalité, je suis resté quarante années dans le silence d’Auschwitz “.

Dans cette petite salle de la cartoucherie de Vincennes, Philippe Olivier est seul en scène, entre une tombe et un rocher. L’insoutenable récit est suspendu par moments, par un violon et un accordéon, discrets, ils répondent dans une houle de douceur à la barbarie des images d’archives sur la porte du fond de la scène. Puis le noir revient et Patrick Olivier reprend le fil du récit insoutenable. Le crescendo de l’atroce suit la chronologie effroyable de ce qui a eu lieu. Pourtant, ce qui frappe dans ce témoignage, c’est la sobriété et la pudeur.

Sam Braun n’est plus, mais avant de mourir il a enregistré un message aux collégiens et lycéens, Patrick Olivier, à la fin du spectacle, lui cède la parole. Le visage bienveillant de Sam Braun apparait sur l’écran : “J’aurais voulu être avec vous pour partager un passé. Mais je n’ai pas pu, je le regrette bien.” Toute la force et la délicatesse de ce témoignage sont déjà dans ces mots : “partager un passé”.

Survivre au pire, se taire pendant quatre décennies, puis réussir à témoigner pour donner confiance en l’homme aux générations futures, tout cela est au cœur de cette représentation. On en sort bouleversé avec l’espoir que ce témoignage atteindra les générations futures.

Jacinthe Hirsch

 


Journal d’Avril 2017: “Réflexions sur l’antisémitisme” sous la direction de Dominique Schnapper, Paul Salmona et Perrine Simon-Nahum

1 avril 2017

Mise en page 1Depuis une dizaine d’années, la France connaît les actes antisémites les plus graves depuis la seconde guerre mondiale (hormis les attentats pro-palestiniens), cela dans un climat délétère où des slogans tel “mort aux juifs” sont scandés lors de manifestations et où des célébrités se répandent sur Internet, notamment Twitter, en invectives antisémites effrayantes… C’est ce contexte qui a conduit le MAHJ et la BNF à organiser en mars 2016 le colloque “L’antisémitisme en France – XIX°-XXI° siècle” réunissant chercheurs et acteurs de terrain qui a nourri ce livre. La vingtaine de contributions mettent en perspective historique et sociologique la spécificité, la plasticité et les invariants de l’antisémitisme français, depuis les années 1890, jusqu’à la réapparition de l’antisémitisme contemporain dont les chercheurs tentent de saisir les filiations et la singularité.

Relevons plus particulièrement la contribution d’Emmanuel Debono sur le pic d’antisémitisme lié à la crise des Sudètes et les accords de Munich (1938), où les juifs furent accusés de vouloir la guerre et d’être favorables à l’Allemagne nazie… Celle de Joëlle Allouche-Benayoun sur l’antijudaïsme dans l’Algérie coloniale, avec l’étude du trop méconnu pogrom de 1934 à Constantine (25 morts), fomenté par des antisémites français et commis par des musulmans… La contribution de Valérie Igounet éclairant 70 ans de négationnisme, depuis Bardèche, Garaudy, Faurisson jusqu’à Dieudonné aujourd’hui, qui réunit antisémites d’extrême-droite et d’extrême-gauche et les antisionistes, nombreux dans les quartiers populaires. Celle de Jean-Pierre Obin, Inspecteur général de l’Education nationale, dont le rapport de 2004 sur l’antisémitisme dans les quartiers populaires fut passé sous le boisseau, et le déplacement massif des élèves juifs des établissements publics de ces quartiers vers d’autres écoles.

Celle de Georges Bensoussan qui conclut que l’enseignement de la Shoah (y compris les visites à Auschwitz) n’est pas un instrument très efficace aujourd’hui…

L’étude de l’antisémitisme français contemporain ne signifie nullement adopter un point de vue qui verse dans le déterminisme culturel, en particulier pour les Français de culture musulmane. L’antisémitisme français a une longue histoire, et il réapparaît avec force chaque fois que la société est fragilisée, dans son économie et dans ses institutions politiques. Il est la maladie de notre démocratie, dont il vise à saper les fondements et à nier l’égalité et la fraternité qui sont au coeur du pacte républicain. L’antisémitisme n’est pas le problème des juifs, il concerne chaque Français et il est le problème de tous les citoyens. 

Rose Lallier


Journal d’Avril 2017: Racisme anti-chinois

1 avril 2017

racisme-anti-chinoisDepuis quelques années, les violences ont augmenté de façon sidérante à l’encontre des Chinois, des Asiatiques de Paris et de sa banlieue. Mais les pouvoirs publics n’ont pas l’air de trouver cela inquiétant. Les associations soi-disant antiracistes (subventionnées par l’Etat) ne s’alarment guère : ceci n’est pas un problème.

Ce racisme n’a pas de fondements idéologiques ou historiques, il est plutôt conjoncturel, c’est simplement une manifestation de méfiance envers la population d’une nouvelle grande puissance dont on sait finalement peu de choses. Pour le président de la LICRA, le tiercé gagnant de la lutte contre le racisme reste les “valeurs sûres” que sont la communauté musulmane, les noirs et les juifs. Donc, ne nous affolons pas, et circulez, il n’y a rien à voir !

Que l’on nous permette de voir les choses autrement : ce racisme antichinois est bel et bien présent chez nous, où existent déjà des tas de blagues douteuses du type “les chinois ne se sentent plus bridés”, et “rire jaune” comporte aujourd’hui une connotation xénophobe et raciste incontestable. Crainte diffuse de la concurrence chinoise, présence chinoise qui se manifeste plus qu’avant, rapports ambivalents avec les autres population immigrées : ce sentiment de xénophobie légère est lié à un phénomène d’envie, du fait d’une certaine réussite économique des Chinois qui, en période de crise, commencent à apparaître comme des boucs émissaires. Alors que, si les Chinois qui vivent en France conservent quelques éléments de leur culture d’origine, ils ont nettement tendance à adopter la culture française, si bien que les demandes de naturalisations sont de plus en plus nombreuses.

Il y a quelques mois, une recrudescence de ces violences a entraîné le décès d’un ouvrier chinois à Aubervilliers. Chaque jour, on recense une vingtaine d’agressions de Chinois. Agressions qui sont le fait de jeunes descendus des cités. Si bien que le maire communiste d’Aubervilliers reconnaît alors un “racisme ciblé”. Et pourtant, une fois de plus, les associations prétendument antiracistes (LICRA, MRAP, Ligue des Droits de l’Homme) sont demeurées aux abonnés absents.

Bien sûr, cette communauté asiatique attise les convoitises : diable, voilà des gens qui travaillent d’arrache-pied, se comportent avec discrétion, scolarisent scrupuleusement leurs enfants pour œuvrer à leur réussite sociale. Assimilés, travailleurs, ils dérangent une certaine population qui, par jalousie, bêtise, racisme aussi, leur fait porter le chapeau de son échec. Dans certains quartiers, la réussite dérange. D’autant plus que les Chinois ont (à tort ou à raison, peu importe) la réputation de porter sur eux de l’argent liquide. Alors, évidemment, c’est moins difficile et plus tentant que de vendre du shit : là, on a directement le fric, avouez que c’est pratique et alléchant ! En outre, les feux de poubelles, les voitures vandalisées, les barres de métal, les mortiers même, tout est bon pour “punir” ces travailleurs qui dérangent. Le quartier de Belleville et les cités des banlieues nord (comme Aubervilliers) sont les principaux champs d’action. Et devant toutes ces violences, que font les associations antiracistes ? Rien ! Le pauvre Monsieur Deng Chaolin l’ouvrier d’Aubervilliers qui y a laissé la vie, ne sera jamais célèbre. En outre, on n’est pas près de voir, dans les éventuelles et rares manifestations, des pancartes avec “Yellow lives matter”. Puisqu’on vous dit que cela n’existe pas, que ce sont des phénomènes sans gravité.

On va donc de lâcheté en démission, et je suis sûr que bientôt on nous dira que “les Chinois l’ont bien cherché”, que “ce n’est pas grave“…

Air connu, mais air vicié, quasiment irrespirable ! Il est des moments où l’on à du mal à être Français…

Guy Zerhat

 


Journal d’Avril 2017: Trois débattrices…

1 avril 2017

Pour la première fois, nous avons projeté un film dans un Collège de grande banlieue (Courbevoie). Cela sur trois demi-journées, avec trois débattrices différentes (et excellentes).

– La première était Mme Baba-Aïsa, remarquable comme toujours. Le film traite du harcèlement sexuel dont sont victimes les femmes du Caire. Cette séance a été la plus intéressante, avec des élèves attentifs et plutôt curieux. Ils ont bien réalisé que dans certains pays les femmes sont victimes d’une éducation sexiste, sous l’influence de la société et de la famille. Un viol est moins puni qu’un vol, et la femme qui se rebelle contre ces pratiques est méprisée. Notre débattrice leur a bien martelé que les femmes ont droit à la dignité, à la liberté et à l’égalité. En France, la loi sur le harcèlement sexuel ne date que de 2013. Toutefois, dans les relations hommes/femmes, il persiste des inégalités, à commencer par l’école, lors de la récréation, qui se poursuivent dans la famille et l’espace professionnel. En Egypte, rien n’a changé dans les mœurs, mais l’Etat a franchi une première étape : l’agression sexuelle est punie d’un emprisonnement qui peut aller jusqu’à 5 ans. En résumé, élèves curieux et attentifs, posant de bonnes questions.

– L’après-midi, la débattrice était Madame Carole Mann. Séance assez décevante, avec des élèves très indisciplinés, d’où l’intervention fréquente (et assez inefficace) de leurs professeurs. Quelques interventions intéressantes : si les filles restent muettes devant les tentatives d’agression, même verbales, c’est par timidité, parce qu’elles n’osent pas parler. Des préjugés sont tombés : par exemple, alors que souvent on dit que la femme qui porte des tenues trop courtes est vite catégorisée comme “pute”, dans le film, la femme agressée qui veut se venger est une femme voilée ! Sont alors passés en revue le viol, la répudiation et les lois religieuses, les préjugés, la censure (le film a été longtemps été interdit en Egypte !). Et nos élèves ont appris que dans certains pays nordiques, le congé de maternité est le même pour les hommes et pour les femmes, alors qu’en France, on a attendu 1945 pour que les femmes votent !

– Le lendemain matin, troisième séance, avec comme débattrice notre très chère Jacinthe Hirsch. Les filles ont été plus participantes que les garçons. Tous ont apprécié l’attitude du commissaire, qui vient d’être père d’une fille, et qui comprend d’autant mieux la gravité du harcèlement sexuel, dont pourrait être victime sa propre fille. Tous ont admis que le réalisateur du film s’était fixé pour enjeu de faire changer les préjugés qui voient la femme comme responsable des agressions quelle subit, et porte le déshonneur sur sa famille si elle porte plainte.

Pour résumer, si notre intervention a pu faire réfléchir quelques élèves, garçons et filles, nous aurons touché notre salaire.

Cette expérience a certes été profitable et utile, mais nous ne saurions la renouveler. Outre les difficultés logistiques, les élèves, dans leurs établissements, sont agités et indisciplinés, alors que dans notre belle salle parisienne, ils sont sages, curieux et disciplinés, heureux de sortir de leur “boîte” et d’être à Paris.

Un grand merci à nos trois débattrices pour leur courage et leur compétence.

Guy Zerhat

 

 

 

 


Journal d’Avril 2017: Génocides, laisser et rendre sa place à la parole

1 avril 2017

Le colloque du B’nai Brith auquel Mémoire 2000 a pris part le 5 mars a été l’occasion de rendre sa place à la parole, comme instrument de la mémoire, de la transmission et de la prévention des génocides. Elle entretient mieux que tout autre la mémoire qui tend à s’estomper.

Cette parole dont Sam Braun s’est affranchi pendant 40 ans avant de la prendre (voir l’art de J. Hirsch) nous est revenue comme une nécessité dès le début des travaux avec R. Waintrater (auteur de “Sortir du génocide”) qui aborde le traumatisme des victimes qui ne peuvent s’en sortir que par la parole : celle des témoignages en public qui leur permet de “se ramener à l’humain” après qu’ils aient entrevu et affronté la mort (A .David) : la leur, celle de leurs familles, celle de leur peuple et tout compte fait celle de l’Humanité.

Cette invitation pressante trouve ici son expression saisissante : “Il faut envelopper les morts dans le linceul des mots.” Tous insistent sur la nécessité de permettre aux survivants de se raconter pour eux-mêmes, comme pour l’humanité, afin qu’elle n’oublie pas.

Quant à la transmission qui doit s’effectuer par le travail de mémoire accompli par les historiens en nombre présents à la tribune : M. Kabanda, Y. Ternon, et R. Kevorkian, B. Adjemian, V. Duclert et D. Gakunzi, dont on retrouvera les interventions éclairées dans les actes du colloque. Ils admettent tous que la recherche historique doit rester libre, mais ils prennent soin de le distinguer du “devoir de mémoire” qui reste équivoque. Yves Ternon (voir “L’anatomie d’un crime“) qui porte la parole au nom de tous depuis 50 ans, qui énonce les cinq composantes : la destruction physique, la désignation d’un groupe humain, l’étendue du groupe et le délit d’appartenance, et l’intention criminelle qui se traduit par la volonté de détruire le groupe par la mise en œuvre d’un plan concerté, n’a pas de mots assez durs pour condamner les négationnistes qui cherchent à effacer ces critères qui permettent de caractériser les génocides : qu’il s’agisse de Faurisson ou de J.M Le Pen, en leur reprochant de continuer les génocides qui à cause d’eux, ”ne se terminent jamais”.

Le seul moment où il fallait se taire : celui lors duquel on a vu des images insoutenables de l’accumulation des cadavres Tutsis entassés et mutilés en plein air. C’est ici le langage du photographe (Giulia Kessous) qui nous restitue des images qui parlent d’elles mêmes, mais aussi celui des bandes dessinées actuellement présentées au Mémorial de la shoah qui rendent la mémoire accessible aux plus jeunes.

Quant à la prévention dont on se préoccupe depuis 1948, le recours à la justice internationale devra attendre 1945 avec le TPMI de Nuremberg, on doute fortement qu’il ait atteint son but. Tout au moins faut-il le croire.

A retenir particulièrement les travaux d’Alain Chouraqui, directeur et animateur du camp des Milles, qui avec son équipe a détecté la bonne méthode : celle qui consiste à résister (voir l’ouvrage du même nom) en présence des phases successives de la montée des génocides qui se retrouvent dans tous.

Là encore et ce fut la conclusion, la parole en justice des survivants et celle des associations qui défendent la mémoire doit retrouver sa place car si la justice ne peut suffire à enrayer et prévenir, elle est présente et il nous appartient de nous en servir au lieu de la servir, sans se contenter des rites et des commémorations.

Mémoire 2000