Journal de Juillet 2018 : Mémoria – Photographies de James Nachtwey Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 29 juillet 2018

3 août 2018

“J’en ai été témoin et ces images sont mon témoignage. Les évènements que j’ai enregistrés ne doivent pas être oubliés et ne doivent pas se répéter.”

738_nachtwey

James Nachtwey (crédit : Caroline Bouchier – Radio France)

James Nachtwey est depuis 40 ans, un exceptionnel photographe de la souffrance du monde.

Par ces images emplies de compassion et de bienveillance, nous sommes témoins de ces gouffres de souffrance et d’injustice déclenchés par les guerres au Salvador, au Liban en Tchétchénie, au Rwanda, au Darfour, en Afghanistan, en Irak, en Indonésie. Lorsqu’il découvre en Roumanie après la chute du mur de Berlin, les derniers cercles de l’enfer que sont les orphelinats, James Nachtwey est pétrifié comme nous le sommes devant cette réalité insoutenable : “Je voulais m’enfuir, je ne voulais plus regarder plus loin. Mais c’était devenu un test. Devais-je me dérober ou assumer l’entière responsabilité d’être là, avec mon appareil photographique ?”

Avec l’attentat du 11 septembre 2001, il saisit l’horreur dans son pays, dans l’occident riche. Il témoigne aussi des conséquences du racisme sur la criminalité aux USA et de la violence de la répression.

L’objectif de Nachtwey saisit toute la commune souffrance humaine : la famine, la maladie, la drogue, les victimes de la pollution et des catastrophes naturelles et maintenant, la tragédie des milliers de migrants qui fuient en Europe pour essayer de survivre. Mais toutes ces victimes ne sont pas des vaincus, ils expriment une grande dignité qui inspire un respect profond communiqué par ces images dont la beauté nous invite à ne pas oublier.

Jacinthe Hirsch

Publicités

Journal de Juillet 2018 : La montée des démocraties illibérales en Europe centrale

3 août 2018

A l’occasion du colloque de JCALL, “Israël, la démocratie menacée”, Jacques Rupnik, directeur de recherche à Sciences Po Paris, a présenté l’évolution de ces démocraties d’Europe centrale qui mettent en cause les fondements de la démocratie. Il souligne d’abord le paradoxe des liens étroits d’Israël avec les gouvernements de Hongrie, de Pologne, de Tchéquie et Slovaquie.

Qu’est-ce qu’une démocratie illibérale ? Le concept est proposé par Fareed Zakaria, journaliste américain, spécialiste des relations internationales.

Trois points essentiels caractérisent cette dérive : le premier, c’est le fait de se dispenser de la séparation des pouvoirs, ce qui fait l’état de droit. Ces gouvernements s’arrogent le monopole des institutions politiques contre les institutions qui régulent et qui contrôlent. Ainsi, en Hongrie, des attaques sont lancées contre la Cour Constitutionnelle.

Le second point, c’est le contrôle des médias, dans l’audiovisuel public. En Hongrie encore, le gouvernement prétend créer une commission spéciale chargée de veiller à l’objectivité dans les médias mais cette commission est dirigée par un proche du pouvoir qui contrôle ainsi le discours politique.

Le troisième point concerne la société civile. En Hongrie, les ONG sont soumises à l’obligation de déclarer le montant et la source de leurs financements. Depuis plusieurs années, les fondations Open Society du milliardaire américain George Soros sont la cible des critiques de Viktor Orban. Celui-ci mène une campagne de dénonciation contre un “réseau international sournois commandé par Soros, “financier de Wall Street”. Il n’a même pas besoin de préciser “financier juif”, le sous-entendu est clair pour tous. En mai, peu de temps après la conférence de Jacques Rupnik la menace devient telle pour les personnels d’Open Society, en Hongrie, que George Soros doit prendre la décision de déplacer le siège des fondations Open Society de Budapest à Berlin. En Hongrie, de grandes affiches “Stop Bruxelles” “Stop Soros” avaient envahi les murs.

Ces trois actions combinées, visent à laminer toute opposition politique. Dans la sphère de la culture, les subventions sont supprimées aux institutions culturelles qui ne suivent pas la ligne du gouvernement. Tout cela accompagne la montée d’un nationalisme ethnique qui prend appui sur le contexte de la crise migratoire avec l’idée d’une nation à protéger contre les invasions extérieures.

Cet antilibéralisme se déploie aussi autour des questions de société. Tout ce qui s’apparente au multiculturalisme, à la théorie du genre, au mariage gay doit être démoli au nom de la défense de la famille et de la nation appuyée sur un socle chrétien. L’Europe est vue comme la porte ouverte à tous ces courants de pensée à combattre.

Pourquoi ces États d’Europe centrale à la situation économique florissante sont-ils si sensibles aux discours nationalistes et xénophobes ? C’est une question de démographie. Ces petits états récents se sentent vulnérables, ils ne sont pas assez nombreux. Ils ont vécu des exodes importants : 15 à 20 pour cent de leur population a émigré. Arrivent des migrants du Moyen-Orient et avec eux l’angoisse de la disparition de la Nation.

En Europe centrale, l’arrivée de Trump et du Brexit ont été salués comme des victoires. Orban exulte : “Après 89, on pensait que l’Europe était notre avenir, maintenant nous sommes l’avenir de l’Europe.” Le président tchèque se réjouit : “Je suis le Trump tchèque”. Il s’agit aussi d’états homogènes n’ayant pas eu de migrants d’Afrique ni du Moyen-Orient, pour des raisons historiques. Ce nationalisme d’homogène garde sa composante antisémite. En Pologne, demeure un antisémitisme sans juifs. Après 20 ans d’effort pour accommoder l’apport des juifs en Pologne, le gouvernement vient de produire une loi qui proscrit l’appellation de “camps d’extermination polonais” suggérant que les Polonais aient pu participer à ces crimes. Cette loi “mémorielle” a été votée pour protéger l’honneur de la Pologne. Le débat historiographique est banni par la loi.

En Hongrie, le parti de Victor Orban a dévalisé le magasin Jobik. Ce parti d’opposition xénophobe et antisémite se redéfinit maintenant comme parti de centre droit.

Fragile démocratie européenne, menacée à l’Est par ces dérives xénophobes et maintenant au sud en Italie avec les soubresauts de la formation d’un gouvernement d’alliance entre la Ligue (extrême droite) et le mouvement 5 étoiles (M5S antisystème).

Saluons le courage du Président Sergio Mattarella qui s’est posé en gardien intransigeant de la Constitution en refusant le 27 mai, la nomination du ministre de l’économie Paolo Savona. Il s’est ainsi posé comme garant des engagements européens et démocrates de son pays. Mais les péripéties de la crise gouvernementale en Italie sont loin d’être terminées. Et la santé démocratique de l’Europe est toujours menacée.

Jacinthe Hirsch

 

 

 


Journal de Juillet 2018 : Pourquoi écrire ?

3 août 2018

Notre amie Nitsa Lew, compagne de longue date de Mémoire 2000, nous a envoyé ce joli et émouvant texte que nous tenons à vous faire partager.

 

« Dans les années quarante, ils se parlaient en yiddish,

L’ombre de Vilno ou de Warshé planait dans la maison,

Nous, les petits, on répondait en Français.

A Paris, sous les lois anti-juives qui régnaient,

Il était temps de fuir ou de se rendre à la raison.

Va-t’en Papa. Cache nous Maman.

Pourtant, devant nos fenêtres, voguaient les péniches.

La Seine, les bouquinistes, le Pont-Neuf et les amants,

Tous s’en foutaient, et à Notre-Dame l’on priait

Comme si de rien n’était. Moi, je m’imprégnais.

Plus tard, à l’école, quand on m’y envoyait,

Je ne jouais, ni ne parlais, mais surtout je lisais.

C’est ça qui m’a sauvée, qui m’a ouvert la ronde.

Comprendre, au-delà du Mal, la Beauté et le Monde.

Tant de souvenirs me reviennent, que je veux les dire

Aux autres et aux miens, ceux que je n’ai pu aimer,

Ni venger, ni consoler… Et pour ne pas en mourir. »

 

Nitsa Régine Lew

 


Journal de Juillet 2018 : Emmanuel Macron au Collège des Bernardins le 9 avril 2018 Conférence des évêques de France

3 août 2018

Petit rappel : extraits du discours du président de la République :

– “Le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé et il nous importe à vous (les évêques), comme à moi de le réparer”

– “Le président de la République se désintéressant de l’Eglise et des catholiques, manquerait à son devoir”

– Au sujet du colonel Beltrame : “Ce fut un acte de foi catholique ardente, prête à l’épreuve suprême de la mort. La France a été fortifiée par l’engagement des catholiques” etc., etc…

La-fin-de-la-laicite_visuel

Monsieur le Président,

Le lien n’a pas été “abîmé”, il a été rompu en 1905 grâce à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, votée en 1905. Depuis cette date, les français vivent en bonne intelligence avec les religieux, les agnostiques, les athées, avec le plus grand respect. Cette loi permettait d’assurer la liberté de conscience en garantissant le libre exercice des cultes.

Le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 rappelle la neutralité de l’Etat :

1 – “la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte”.

2 – “la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale”.

Cependant, le préambule de la constitution de 1946 réitère le principe de non discrimination : “nul ne peut être lésé dans son travail ou emploi, en raison des ses origines, de ses opinions ou de ses croyances”.

Je pourrais encore citer nombreuses lois concernant l’éducation, la santé, le travail (votées en 2004, 2010, 2013…) en rapport avec la laïcité de notre pays, mais je suppose, Monsieur le Président, que vous les maîtrisez mieux que quiconque !

Quel affront vous faites alors au peuple français ! Faudra-t-il de nouvelles manifestations pour faire respecter les lois ? Faudra-t-il de nouvelles Louise Michel et tant d’autres qui se sont battues il y a plus de 100 ans pour une éducation sereine, pour l’égalité des chances, des droits, quelles que soient les croyances ?

Non, Monsieur le Président, vous ne pouvez pas confondre “laïcisme et laïcité”, puisque vous connaissez parfaitement l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen :

“Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses, pourvu que leurs manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la loi”.

Il s’agit bien là aussi de la Liberté de croire ou ne pas croire au divin. Cette liberté est au cœur de la loi de 1905, puisqu’elle proclame dans son article premier : “La République assure la liberté de conscience”. J’espère de tout cœur que “la République en Marche” en prendra bonne note.

Monsieur le Président, “n’abîmez” pas notre laïcité !

Joëlle Saunière

 


Journal de Juillet 2018 : Rencontre

3 août 2018

ob_426097_xrm2z-1Mercredi 27 mars 2018, Mémoire 2000 (Jacinthe Hirsch, présidente – Joëlle Saunière, membre du bureau – Arlette Weber, membre du conseil) est reçue au Musée de la Résistance de Champigny-sur-Marne par Éric Brossard délégué pédagogique du musée et professeur relais travaillant avec le CNRD (Concours national de la résistance et de la déportation) et Daniel Martin travaillant au réseau Canopé qui édite des ressources pédagogiques transmédias (imprimées, numériques, mobiles, TV), répondant aux besoins de la communauté éducative.

Ils nous présentent tout d’abord le Musée actuel (Parc du Vercors à Champigny) qui accueille des classes, des chercheurs et des enseignants mais qui en raison de la petitesse des locaux ne peut pas organiser de conférences et ne peut pas exposer la totalité de ses documents, puis ils évoquent la nouvelle implantation prévue pour 2020 et enfin de leur action commune au sein du CNRD.

Nous abordons alors la possibilité d’un partenariat. En effet le Musée de la Résistance, Mémoire 2000 ainsi que le réseau Canopé et le CNRD œuvrent dans le même sens à savoir un devoir de mémoire auprès des scolaires, un travail cinématographique ainsi qu’un travail d’échanges langagiers entre jeunes et avec des intervenants.

Pour l’année 2018-019, le nouveau musée n’étant pas encore installé, nous choisirons ensemble un film qui entrera dans la thématique du CNDR de l’année scolaire. Nous fournirons aux classes inscrites une séance de cinéma et un débat avec une personnalité. Pour cela nous sommes en pourparlers avec le cinéma du Parc de Créteil ainsi que la municipalité de Champigny et le cinéma studio 66. Au cours de cette séance nous valoriserons deux courts-métrages ayant été primés aux concours précédents. Cette séance serait bien sûr en supplément du programme 2018-19 de Mémoire 2000.

L’équipe du musée étant très occupée par la nouvelle implantation, nous n’avons pas finaliser de partenariat mais l’idée est lancée pour que, une fois par trimestre, nous invitions des classes à une journée au musée avec visite, séance de cinéma et débat.

Bonne chance à ce projet.

Joëlle Saunière et Arlette Weber

Dernière minute :

On peut partir sur le principe d’un appui d’une démarche à l’automne 2018 auprès des collèges et lycées de Champigny autour du thème du Concours national de la Résistance et de la Déportation, dès qu’il sera précisément connu (autour de la répression). Le musée pourrait apporter une “expertise” sur le choix des films et lors des interventions lors des projections.


Journal de Juillet 2018 : “Welcome to Paristan”

3 août 2018

UnknownMémoire 2000 a eu l’agréable surprise d’être contactée par un jeune réalisateur iranien, Mohamad Reza Sahibdad, qui nous a proposé un documentaire sur les migrants afghans à Paris.

Très intéressés, nous avons reçu et écouté M. Sahibdad. Son expérience et son travail nous ont paru passionnants et nous sommes prêts à proposer son documentaire à notre public.

Cependant, avant cela, il nous faut visionner le film, ce que de nombreux membres du conseil n’ont pas eu le temps de faire.

Nous déciderons après, si nous projetterons ce document à des jeunes, en remplacement de la dernière séance de notre programme ou si nous organiserons une séance spéciale, en présence du réalisateur, pour nos adhérents et amis.

Nous vous tiendrons informés dès la rentrée.

Merci en tout cas à Mohamad Reza Sahibdad.

Mémoire 2000


Journal de Juillet 2018 : Un “manifeste” controversé

3 août 2018

Même si l’on est nombreux à avoir lu et suivi les effets de la publication le 27 avril dernier, dans “Le Parisien”, d’un “Manifeste contre le nouvel antisémitisme”, signé par plus de 300 personnalités, il ne semble pas inutile d’y revenir ici.

Ce manifeste rédigé par Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo, dénonce, à mon sens à juste titre, le silence des médias face à un antisémitisme qui n’est plus désormais, seulement l’apanage de l’extrême droite, mais – et c’est ce qui est nouveau – est alimenté et exercé souvent avec violence par la “radicalisation islamiste” qui sévit partout dans le monde.

Cette radicalisation, dont de nombreuses victimes sont les Musulmans eux-mêmes, aime à prendre pour cibles privilégiées les juifs affublés de tous les poncifs et accusés, comme il se doit, de tous les maux…Tout cela est bien banal.

Mais ce qui a valu les critiques les plus virulentes et qui en a “choqué” plus d’un, ce sont certains termes employés dans le texte.

Le manifeste parle, concernant les juifs de France, “d’épuration ethnique à bas bruit”.

Les mots “épuration ethnique” sont forts et renvoient à des souvenirs historiques dramatiques. Cependant à y regarder de plus près, on voit bien que dans certaines banlieues, quartiers et écoles de la République, les juifs ont dû “fuir” parce qu’en danger. Et ces quartiers, banlieues et écoles sont comme on aurait pu le dire il fut un temps, “judenfrei”. Cela ne peut-il amener à penser “un tantinet” à une forme “d’épuration ethnique” et “à bas bruit” car effectivement personne n’en parle ? Tout se passe de façon feutrée, discrète.

Admettons quand même que cette expression soit quelque peu excessive : mais n’est-il pas indispensable quelquefois de forcer le trait pour faire réagir et réfléchir ?

L’autre critique faite à ce manifeste, c’est qu’il mettrait en accusation les Musulmans de ce pays. Ce genre d’argument est dangereux et faux. Ce ne sont pas les Musulmans qui sont mis en accusation, c’est la radicalisation islamiste qui y est dénoncée et qui s’en prend aussi aux Musulmans. Des Musulmans libéraux, laïcs, réformateurs, lucides, eux, ne s’y sont pas trompés et nombre d’entre eux, dont des imams, ont signé le manifeste.

On le sait, la perfection n’est pas de ce monde et il est bien rare qu’il y ait consensus surtout sur des sujets aussi sensibles que le racisme, la religion ou l’antisémitisme. Ce qui est navrant c’est que l’on ne comprenne pas, encore aujourd’hui, qu’il est indispensable d’être unis dans un combat contre la “radicalisation” qui est mondiale, qui relève plus de la politique que du religieux et dont l’antisémitisme en est le symptôme essentiel, premier (ou dernier)…

Un tel déni ouvre une voie royale au fascisme… il n’est que de voir ce qui se passe actuellement en Europe !!!

Lison Benzaquen