Journal d’Avril 2020 : La culture et l’art pour nous soutenir pendant la période de confinement…

16 avril 2020

Alors que plus d’un habitant sur trois dans le monde et la majorité de la population française sont confinés chez eux pour cause de pandémie de Covid 19, alors que salles de spectacle, cinémas, théâtres, musées, et tous les lieux publics qui nous permettent de nous réunir et de nous rencontrer sont fermés, de nombreuses initiatives individuelles ou collectives permettent de nous réunir virtuellement et de retrouver une forme de vie collective. Le meilleur côté d’Internet se manifeste ici, en nous permettant de vivre ensemble et de partager des émotions, des sensations et des réflexions… Des initiatives qui célèbrent et incarnent le meilleur de l’humanité.

De nombreux musées peuvent être visités virtuellement et ont rendu leurs collections accessibles gratuitement. Comme le musée du Belvédère à Vienne (https://www.belvedere.at/en/collection) ou le musée du Louvre (https://www.louvre.fr/visites-en-ligne).

L’INA a rendu gratuite sa formidable plateforme d’archives pendant trois mois (https://institut.ina.fr/offres-services/madelen) ; l’Opéra de Paris met à la disposition du public des enregistrements de ses spectacles sur son site internet (https://www.operadeparis.fr) ; des distributeurs de films ou des chaînes de télévision payantes ont rendu une partie de leur catalogue accessible gratuitement (https://www.troiscouleurs.fr/curiosity-by-mk2/ pour MK2 ;  mais aussi Arte, Canal +, OCS, Universciné etc.)…

Des orchestres nationaux interprètent des œuvres en réunissant grâce à Internet chacun des musiciens restés confiné chez lui, comme l’Orchestre national de France (https://www.youtube.com/watch?v=Sj4pE_bgRQI&feature=youtu.be) ;

Des musiciens et des chanteurs offrent gratuitement des concerts sur les réseaux sociaux, notamment Facebook ; 

Des personnalités du monde de la culture partagent leur art avec le public qui le souhaiterait, comme Fabrice Luchini qui lit quotidiennement Les Fables de La Fontaine sur Instagram (https://www.instagram.com/fabrice_luchini_officiel/) ou le violoniste Renaud Capuçon (https://twitter.com/RCapucon ) ou encore le violoniste et l’humaniste Itzhak Perlman qui raconte chaque jour une histoire et interprète quelques mesures de violon (https://twitter.com/PerlmanOfficial )…


Journal d’Avril 2020 : La voix du Hirak en Algérie

16 avril 2020

Depuis un an, la voix du Hirak, émergence d’une contestation populaire, se fait entendre. Hirak signifie « mouvement ».

Le mouvement a pris naissance après l’annonce de la candidature de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, le 10 février 2019. Cette annonce déclenche des manifestations d’une ampleur inédite depuis des décennies.  Chaque vendredi, à partir du 22 février, durant l’hiver et le printemps 2019, des milliers de manifestants descendent dans les rues d’Alger et des grandes villes en exigeant le départ du Président malade et inaudible, symbole de la confiscation du pouvoir. Le 3 avril 2019, Bouteflika remet sa démission au Conseil constitutionnel et demande pardon aux Algériens. Le Hirak a obtenu son départ mais continue de réclamer une véritable rupture avec le système politique en place depuis l’indépendance, un système dominé par l’armée. La date de l’élection présidentielle, initialement prévue pour le 18 avril est reportée au 4 juillet mais sera annulée, faute de candidats. Le 15 septembre, Abdelkader Bensalah, le chef de l’Etat par intérim, annonce, dans un discours à la nation, que l’élection présidentielle aura lieu le 12 décembre. Cette date coïncide avec le calendrier exigé par le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée. Le mouvement de contestation s’oppose à la tenue de ce scrutin, tant que l’ensemble du “système” des décennies Bouteflika n’a pas quitté le pouvoir. Les manifestations reprennent, des dizaines d’opposants sont arrêtés. 

Retour sur un an de manifestations pour une transition démocratique en Algérie.

Jusqu’en décembre, le Hirak conteste une élection dont le déroulement est écrit d’avance avec pour finir, un Président marionnette dans les mains du général Salah, symbole de la permanence du système fossilisé. Avant les élections, deux contre-manifestations organisées par le gouvernement à renfort de cars venus de province ont rassemblé quelques centaines de personnes qui traitaient les opposants au régime de “traitres et d’agents de l’étranger”, réponse classique du régime en place, brandie avec la menace du retour de la décennie noire. Mais ces manifestants téléguidés n’ont pas pesé face à l’ampleur du Hirak qui voit dans les cinq candidats la continuité du système de confiscation du pouvoir.  Le 12 décembre, jour de l’élection présidentielle, a connu une abstention massive, 60% des électeurs n’ont pas voté et le jour même à Alger des milliers de manifestants ont bravé la police aux cris de “état civil, pas militaire” “ les généraux à la poubelle“.

Au lendemain des élections, le Président Abdelmadjid Tebboune a immédiatement déclaré vouloir “tendre la main” aux manifestants. Mais la demande de renouvellement des figures politiques et d’une transformation démocratique des institutions n’est pas acquise. Après des mois d’un peuple sans Président, voici élu le 12 décembre, un Président sans peuple. Derrière lui se profile toujours la figure de l’homme fort du pays, le général Salah. Mais le décès subit du général Salah, le 23 décembre a rebattu les cartes. Il était le dernier des combattants du front de libération de l’Algérie, proche de Bouteflika qu’il a convaincu de quitter le pouvoir et le véritable homme fort du régime. Réaction d’un militant du Hirak à cette annonce : “Nous n’avons rien contre l’homme, paix à son âme. C’est contre le système que nous luttons”. A son crédit, il n’a pas fait taire la voix du Hirak par un bain de sang. Sa disparition brutale n’a pas mis fin au mouvement. Les vendredis de manifestations continuent. Fin janvier, plusieurs dizaines de prisonniers poursuivis dans le cadre du Hirak ont été libérés mais une centaine reste en détention. Le procureur adjoint du Tribunal d’Alger centre a été muté pour avoir requis la relaxe de manifestants du Hirak et avoir réclamé une “justice indépendante”. La rencontre prévue jeudi 20 février à Alger de militants venus de tout le pays ainsi que de la diaspora, a été reportée faute d’autorisation. Les vendredi 21et samedi 22 février 2020, une vaste manifestation est prévue pour le premier anniversaire du Hirak, mais l’accès à Alger est réduit au compte-goutte pour empêcher les manifestants d’autres régions de participer à la marche dans la capitale. 

Le Hirak est inédit par son ampleur, sa durée et par sa diversité sociale mais comment survivra-t-il à son premier anniversaire ? Ce mouvement est inédit aussi par le choix de la non-violence et de la discipline. Les femmes sont présentes dans les manifestations, “aucune idéologie n’impose ses slogans” selon le sociologue Nacer Djabi, “les islamistes n’ont même pas les moyens d’imprimer leur couleur à ce mouvement”. Pour éviter les arrestations, le mouvement a choisi de ne pas désigner de leader mais il faudra bien que le mouvement se structure et s’organise pour durer. Le drapeau amazigh (berbère) est visible tous les dimanches place de la République à Paris, où se réunissent les opposants au régime, mais il est officiellement banni des cortèges en Algérie, bien qu’il soit une des composantes importantes du Hirak. 

Pendant un an, les réseaux sociaux ont accompagné ce mouvement d’opposition et contrecarré le discours officiel qui niait l’ampleur de la mobilisation. Une mobilisation virtuelle disparate et opiniâtre qui réunit les générations. Le Hirak apparait comme une réappropriation d’une mémoire nationale confisquée par le FLN depuis l’indépendance en 1962, comme le fait entendre le slogan “1962, indépendance du sol, 2019, indépendance du peuple”. Benjamin Stora, dans l’essai “Retours d’Histoire. L’Algérie après Bouteflika” décrit un nationalisme algérien pluriel où se mêlaient, au départ, religieux traditionnalistes, républicains et communistes. Il analyse le Hirak comme un ”retour du refoulé”. “Une histoire officielle a mis au secret des pans entiers de la guerre d’indépendance”. 

Aujourd’hui l’avenir est incertain. Les propos apaisants du Président Tebboune ont incité certains à laisser quelques mois au nouvel élu. Nombre de manifestants continuent à réclamer pacifiquement la disparition du système appuyé sur l’armée. Un an après la naissance du mouvement sa structuration est en dialogue : quel projet commun ? quels porte-parole ? Quels risques de répression ? 

Mars 2020, la répression se met en place, arrestations de militants, poursuites pour ”atteinte à l’unité nationale”, détention. Les prochains mois seront décisifs pour savoir qui du Hirak ou du système en place s’essoufflera. 

Et voilà que surgit la pandémie… 

Jacinthe Hirsch


Journal d’Avril 2020 : Tuerie d’Hanau, un retour du refoulé ?

16 avril 2020

Le 19 février, à Hanau en Allemagne, un homme de 43 ans se réclamant de l’extrême droite, a ouvert le feu dans des bars à chicha tuant neuf personnes essentiellement issues de l’immigration. Le suspect qui s’est ensuite donné la mort (avec sa mère) a laissé un manifeste et une vidéo qui, d’après le spécialiste du terrorisme au King’s College de Londres, Peter Neumann, ne laissaient place à aucun doute sur les motivations racistes et xénophobes du tueur. Il appelle notamment à « anéantir » la population d’au moins 24 pays, parmi lesquelles celles du Maghreb, du Moyen-Orient, d’Israël ou encore d’Asie du Sud, avançant des thèses racialistes.

Ces dernières années, dans toutes les démocraties européennes, on a vu se développer des thèses extrémistes et racistes. Mais, c’est en Allemagne qu’elles ont pris la forme la plus violente et ce, même si, d’après les renseignements fédéraux allemands, le nombre de militants d’extrême droite a diminué entre 1990 et 2020. En revanche le nombre de militants considérés comme violents a été multiplié par neuf, passant de 1400 en 1990 à 12700 aujourd’hui…Certains même, selon Nele Katharina Wissman, chercheure associée à l’IFRI, “sont prêts à mener des actions comme des attentats.”

Résultats surprenants pour un pays dont on aurait pu croire que grâce au travail mémoriel qu’il a fait sur le nazisme, serait à l’abri d’une récidive de dérives extrémistes.

Hélas, il n’en est rien et on a l’impression d’assister ici à un tragique “retour du refoulé”.

L’extrémisme de droite en Allemagne est constant dans l’histoire de l’après-guerre du pays, mais il semble, jusqu’à cet attentat, avoir été minimisé au prétexte de sa maîtrise particulière du passé, sous-estimant que ce pays a été à un point majeur le berceau de l’extrémisme de droite.

Il aura fallu attendre ces meurtres pour que les Allemands prennent conscience de la réalité de la menace.

Cependant alors que dans le passé proche l’on pouvait “facilement” repérer les militants d’extrême droite, aujourd’hui c’est devenu plus difficile car ces militants n’adoptent plus les codes néonazis des skinheads, ni les blousons de cuir et Doc Martens des années 1990. Habillés comme leurs contemporains, ils peuvent vivre dans des colocations difficiles à observer. Ils sont plus volontiers dans des “groupes d’amitié” (Kameradschaften) que la loi ne peut interdire.

« Cette augmentation des violences perpétrées par l’extrême droite s’explique en partie par le climat social », estime Nele Katharina Wissmann, qui ajoute qu’une “partie de la population a estimé, ouvertement, qu’il y avait trop de migrants et de musulmans en Allemagne”.

Ce discours xénophobe est largement porté par l’AfD très présente au Bundestag [le Parlement national] et dans les différents Länder, et vers qui se tournent aujourd’hui les regards. Le parti est accusé d’avoir créé en Allemagne un climat propice aux violences racistes avec son discours xénophobe décomplexé. Selon un sondage commandité par l’hebdomadaire Bild am Sonntag, 60 % des Allemands estiment que l’AfD a une responsabilité dans les attentats de Hanau.

Pour répondre à cette menace terroriste, les autorités allemandes ont mis en place de nombreuses mesures et envisagent même d’utiliser des procédés semblables à ceux qui existent pour lutter contre le terrorisme islamiste.

Si ces mesures sont nécessaires, elles ne produiront d’effet que dans quelques années. Ce qui semble le plus urgent et primordial est la lutte contre les discours xénophobes et racistes.

Ce combat ne concerne pas seulement l’Allemagne, mais toute l’Europe où comme dirait, Angela Merkel, “le poison” du racisme et de la xénophobie ne cesse de croître et d’embellir.

Lison Benzaquen


Editorial de Janvier 2020 : Bonne année!

11 janvier 2020

Retour sur les années 2010

Durant ces dix ans, la progression des populistes et des nationalistes a été spectaculaire : Trump, Bolsonaro et Salvini s’installent au pouvoir. En France, l’arrivée de Marine le Pen au second tour de la présidentielle de 2017 n’étonne presque plus, alors qu’en 2002 l’arrivée de son père au 2ème tour avait été un choc. En Europe de l’Est, les démocraties illibérales émergent, en Hongrie, Orban est largement élu en 2010 et en Pologne, le parti Droit et Justice revient au pouvoir en 2015. Cette montée des nationalismes xénophobes se manifeste aussi hors d’Europe, en Turquie avec Erdogan, en Inde avec la récente loi de Modi qui facilite l’accès à la citoyenneté indienne aux réfugiés uniquement s’ils ne sont pas musulmans.

Au milieu de cette décennie, les attentats de 2015 plongent la France dans la sidération. D’abord en janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, puis le 13 novembre où plusieurs attaques font 138 morts et nombre de blessés. Les attentats de Paris, revendiqués par l’Etat Islamique sont le début d’une longue série. Au fil des enquêtes, la France découvre l’embrigadement de djihadistes qui vont rejoindre l’Etat Islamique en Syrie. On s’accoutume à la présence de vigiles et de portique de sécurité à l’entrée des lieux publics. La menace terroriste est inscrite dans notre décor comme ces énormes blocs qui entourent les festivités publiques après l’attentat au camion bélier à Nice le 14 juillet 2016.

Les printemps arabes, mouvements de protestation contre des pouvoirs autoritaires, marquent aussi la décennie 2010. Février 2011, Moubarak quitte le pouvoir en Egypte. Cette même année, la contestation en Tunisie entraine la chute de Ben Ali et un fragile espoir de démocratie. En 2011 encore, la contestation violemment réprimée en Lybie aboutit à la chute de Kadhafi. La guerre civile éclate en 2011 en Syrie, les révoltes sont réprimées avec une extrême violence. Le chaos s’installe au Moyen-Orient. L’Etat Islamique s’implante en 2014, sur le territoire syrien, puis irakien, permettant à Bachar al Assad de dire qu’il combat les terroristes, alors qu’il écrase d’abord la rébellion modérée. Les printemps arabes sont aussi des laboratoires de la démocratie, comme en Tunisie et en 2019, en Algérie où le Hirak, mouvement de contestation qui tient depuis février, réclame sans violence une sortie du système contrôlé par l’armée. Pendant ces dix ans, le processus de paix entre Israël et la Palestine n’a pas avancé, mais plutôt reculé.

La décennie 2010 c’est aussi l’importance des migrations de masse. Les migrants fuient les guerres et la misère. La Méditerranée devient le cimetière de malheureux partis sur des embarcations de fortune. Les candidats à l’exil sont bloqués aux frontières. Venues de Lampedusa, Vintimille et Calais, les images nous font mesurer la détresse des exilés. La traversée de la Lybie est devenue éminemment dangereuse. Aux Etats-Unis, Trump veut construire un mur pour stopper l’arrivée des migrants venant du Mexique. La réponse à donner aux questions de migration est un enjeu politique majeur.

Depuis 2010, les réseaux sociaux ont conquis une place considérable. Ils favorisent les échanges instantanés, pour le meilleur et parfois pour le pire. #Metoo libère la parole des femmes, Facebook a favorisé le printemps tunisien. Les réseaux sociaux se font l’écho des scandales, ils amplifient la prise de conscience de l’urgence climatique, incarnée par Greta Thunberg. Mais Twitter et Facebook fabriquent des tribunaux médiatiques faisant fi des institutions judiciaires. Ils servent de déversoirs aux propos racistes et haineux. Chacun peut dégainer son tweet plus vite qu’il ne pense, à commencer par Donald Trump qui déverse sans filtre ses caprices en 280 signes.

Ceci n’est qu’un survol rapide, sans analyse. La complexité des évènements de cette décennie nous rappelle que l’Histoire n’est pas finie.

Mémoire 2000 choisit de la transmettre.

Jacinthe Hirsch     


Journal de Janvier 2020 : notre séance-débat sur la chute du mur de Berlin

11 janvier 2020

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Good bye Lenin

Séance du 19 novembre 2019

Thème : La chute du mur de Berlin (30 ans)

Débattrices : Marie-Claude Ferber et Dominique Gelin

 

 

La famille Kerner vit à Berlin-Est. Le père a fui en 1978 vers l’Ouest et ne donne plus de nouvelles. La mère s’investit alors dans la vie politique du régime communiste du pays.

En octobre 1989, elle est invitée pour les cérémonies de commémoration du 40°anniversaire de la RDA. Devant une manifestation d’étudiants où elle aperçoit son fils, elle est victime d’un infarctus et tombe dans le coma pendant 8 mois.

A son réveil, ses enfants lui cachent la vérité, car ils craignent que le choc lui soit fatal : Le mur de Berlin est tombé le 9 novembre 1989 !…

Un feu d’artifice accompagnant les cendres de la mère est la dernière image de ce film, quasiment couvert par les applaudissements des élèves qui sont  sous le charme (ou le choc ?) pendant les deux heures de projection.

En effet, la version originale (allemand, sous-titré français) n’a pas semblé gêner les élèves bien que nous ayons accueilli deux classes UPE2A, c’est-à-dire non francophones, pour lesquelles le concept du film en allemand pouvait sembler plus compliqué.

Cependant, les questions restaient “muettes”, difficile peut-être de comprendre ce film aux multiples thèmes : la répression, le mensonge, le manque de liberté etc.

Nos deux débattrices, Marie-Claude Ferber ainsi que Dominique Gelin, ont alors pris la parole et ont expliqué leur enfance  ainsi que leurs voyages respectifs en RDA, avant l’effondrement du régime communiste.

On a vu dans le film qu’il était difficile de trouver des produits non fabriqués en RDA, par exemple, lorsque la mère se réveille, elle demande des cornichons du Spreewald et du café Mocca fix. Son fils fait les poubelles pour trouver les anciens emballages…

A la question d’une élève : Pourquoi ne pas dire la vérité aux enfants à propos du père ?

Dominique Gelin explique que le père était parti, non pas pour suivre une autre femme, comme la mère le fait croire à ses enfants, mais puisqu’il n’était pas inscrit au parti communiste, sa carrière était bloquée, la STASI veillait.  Le rideau de fer empêchait les deux mondes (capitalisme et communisme) de se rencontrer. Donc la mère craignait de se faire retirer ses enfants et d’être elle-même emprisonnée.

Et que s’est-il passé après pour le père ?  demande un élève…

C’est un film et non pas une “série”, le scénario est terminé ; cela dit on voit le père à la fin qui est présent pour la dispersion des cendres de son ancienne femme.

L’infirmière Lara explique la vérité à la mère, pourquoi ?

C’était une manière de l’amener doucement vers la vérité. Il ne faut pas oublier, nous dit M-C Ferber, que les Hongrois avaient ouvert leur frontière quelques mois auparavant, quelques Allemands fuyaient vers l’Ouest, puis le gouvernement a lâché du lest petit à petit. A Berlin, on a gagné la liberté mais du jour au lendemain, il n’y avait plus rien dans les boutiques (on le voit dans le film), la liquidation des produits de l’Est s’est faite en une nuit pour les remplacer par ce qui venait de l’Ouest : Coca Cola, burger… très chers. D’autre part, les Allemands de l’est découvrent ce que signifient le chômage, la crise du logement, les prix des loyers qui s’envolent ! Beaucoup de femmes ont émigré à l’Ouest, mais ont vite déchanté : pas de crèches pour leurs enfants, difficultés pour se loger, les fonctionnaires n’avaient pas les mêmes salaires s’ils venaient de l’Est, enfin en découvrant la liberté, elles perdaient une certaine qualité de vie qu’elles avaient à l’Est. Ostalgie dit-on si souvent, néologisme de nostalgie…

Pourquoi la mère est choquée quand elle entre dans l’ascenseur ? Vous n’avez rien remarqué ?  demande D. Gelin. Dans cet ascenseur, il y avait une croix gammée, ce qui était impensable en Allemagne de l’Est car le pays avait organisé dès l’après-guerre une dénazification et réalisé un important travail de mémoire.

Pourquoi ce mur ?

Il faut se souvenir qu’après la guerre (1939/1945), l’Allemagne fut partagée entre 4 pays : les Russes à l’est, les Américains au centre, les Anglais au nord et les Français au sud. Les Russes avaient organisé les études gratuites pour tous. Les étudiants une fois formés partaient tous à l’ouest. Les Russes imaginèrent donc ce mur pour éviter les fuites de cerveaux, mur de la paix disaient-ils, mur de la honte pour le reste du monde !

Angela Merkel  accueille les migrants mieux que quiconque en Europe. Mais l’AfD (parti d’extrême droite sur l’échiquier politique allemand) s’oppose à la CDU,  l’AfD utilise le mal être d’un peuple qui s’est senti envahi par l’Est d’une part et par les migrants d’autre part. Actuellement, les problèmes de propriété ne sont toujours pas réglés : pendant la guerre, ce sont les juifs qui ont été spoliés, puis avec la fuite des Allemands de l’est, la situation est devenue encore plus complexe quand des appartements vides ont été réoccupés. Et cela n’est toujours pas réglé.

Enfin, une professeure interpelle les deux débattrices : Avez-vous des éléments de comparaison entre les deux Allemagne, enfin je veux dire, avez-vous quelques anecdotes?

-Lorsque j’étais étudiante à Berlin ouest, j’avais quelques relations à l’est. Un jour je me suis rendue chez des amis à l’est, il fallait bien entendu s’inscrire au commissariat en amont et se désinscrire en partant. Cette fois, j’avais oublié de me désinscrire. Les gardes m’ont empêchée de repartir, malgré de longues palabres, j’ai dû dormir sous une tente en attendant le lendemain matin, heure à laquelle je pouvais me rendre au commissariat.

-Une blague circulait en RDA, pour obtenir une voiture (Trabant, unique modèle autorisé), il fallait la commander à la naissance de l’enfant pour avoir une chance qu’il l’ait quand il serait en âge de passer son permis de conduire ! C’est pour cette raison que dans le film, la mère est très étonnée que son fils ait réussi à avoir sa Trabant en moins de trois ans !

Mais ce que je peux vous dire, c’est qu’il y avait une grande solidarité entre tous. Le contact humain était plus fort que les biens matériels.

C’est sur cette note d’espoir positif que nous avons terminé la séance à la satisfaction exprimée de tous.

Un grand merci à Dominique Gelin et à Marie-Claude Ferber qui ont si bien illustré cette période mal connue 30 ans après.

Joëlle Saunière


Journal de Janvier 2020 : notre séance-débat sur le handicap

11 janvier 2020

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Le huitième jour

Séance du 3 décembre 2019

Thème : le handicap

Débatteurs : Dany Dobrosz-Rybicki et Benjamin Durteste

 

Ce magnifique film, sorti voici quelques années, traite excellemment du douloureux problème du handicap. Le héros, Georges, interprété par Pascal Duquenne, est trisomique et exceptionnel. Le pré-générique nous fait entrer dans le film à travers sa vision du monde. Un monde naïf et tendre où l’on pleure la mort d’une fourmi, où l’on caresse les arbres et l’herbe et où de splendides cavaliers mongols sont la communauté protectrice d’origine.

Georges s’échappe de son institution, se perd sur une route de campagne, et c’est là qu’a lieu, sous la pluie, la rencontre accidentelle avec Harry (Daniel Auteuil) exécutive manager, robot souriant mécaniquement pour marteler le message commercial “Souriez, soyez fiers de vous et de votre réussite, soyez fiers de votre banque !”.

Comme il se doit dans ces duos qui ne devraient pas se rencontrer, c’est celui considéré comme l’incapable qui va sauver le soi-disant tout puissant. Harry a perdu le fil de sa vie de famille, sa femme l’a quitté, ses filles ne veulent plus lui parler. Georges va lui réapprendre le sens du lien.

Unknown-1Au début de la projection, il y a eu des rires, entre moquerie et malaise devant le ballet des danseuses trisomiques en tutu qu’observe avec tendresse Georges, amoureux de Nathalie. Mais à la fin, le public applaudit. Le débat ne portera pas sur le film. Nos débatteurs sont conscients du malaise particulièrement aigu chez les adolescents sur ces personnes différentes et savent qu’à cet âge, la moquerie sert de défense. Et ils en sont aussi douloureusement marqués. Mais ils feront tout pour que le malaise se dissipe et que la parole circule sans gêne.

Les deux débatteurs, Benjamin Durteste et Dany Dobosz-Rybicki sont membres de l’association HANDINAMIK (cliquez sur le lien pour accéder au site de l’association)

Benjamin, étudiant en master de philosophie précise tout de suite que son frère trisomique est plus âgé que lui, qu’il a donc toujours connu un monde avec un frère handicapé. Pour mettre à l’aise le public, il explique qu’il n’est pas là pour juger un comportement, que toutes les questions sont bienvenues. Bien sûr, les paroles blessantes adressées à son frère lui font mal. Il demande aux élèves s’il y en a parmi eux qui sont confrontés dans leur entourage à des personnes handicapées. Et très vite, beaucoup de mains vont se lever. Les échanges durent jusqu’à midi et nous serons obligés d’interrompre le dialogue pour libérer la salle.

Question : Cet élève, originaire du Maroc, a un cousin trisomique, et reconnaît qu’il n’avait pas envie de lui parler, que cela gênait son contact.

Réponse : C’est hélas très courant. Or, il faut savoir que, sur le plan intellectuel, certains handicapés sont plus brillants que les autres, mais leur problème, c’est justement le regard des autres. Les cadres sont les plus durs envers eux, ils n’ont pas de rejet, mais une gêne évidente. Et dans la plupart des cas, il y a un malaise, mais dès qu’on explique que la personne est handicapée, le comportement change, on est soudain plus compréhensif.

Question :  C’est le cas d’un garçon qui, suite à un accident, a subi l’amputation d’une moitié d’une jambe. Il porte généralement une prothèse, mais à la plage, on  regarde son moignon d’une drôle de façon. Or, malgré son handicap, il a appris à faire du vélo, et bien d’autres choses, notamment du tennis de table, où il excelle. Que peut-on faire pour lui ?

Réponse :  Il  faut  simplement le regarder, l’aider et l’admirer !

Question : Le problème du bégaiement est très délicat.

Réponse :  Là aussi, on peut les aider, notamment à l’aide d’Internet. Mais pour eux, il y a moins de rejet. Le problème est que parfois, ils parlent fort, mais là aussi, on peut les aider. C’est comme pour les non-voyants, qui souvent sont accompagnés, et donc mieux acceptés.

Dany Dobosz-Rybicki explique qu’elle est mère d’une enfant autiste qui a du mal à entrer en relation avec les autres. Elle raconte qu’elle a accepté, un jour, de venir avec sa fille à un grand pique-nique avec plusieurs enfants de l’âge de sa fille. Ses amies avaient insisté pour qu’elle vienne avec elle. Et celle-ci, combattant son malaise, est allée rejoindre le groupe de jeunes de son âge. Mais le cercle est resté fermé, elle n’a pas été accueillie. Personne ne lui a adressé la parole. Souvenir douloureux pour cette mère qui a vu le rejet dont son enfant était l’objet dans un groupe a priori bienveillant.

Question : Comment faire face aux moqueries ?

Réponse : Il faut expliquer calmement aux autres ce qu’est le handicap, et souvent les gens s’excusent. Car le handicap peut toucher tout le monde.

Question : Quel est le principal message du film ?

Réponse : Ce film nous dit que notre regard sur eux doit changer : le problème des handicapés, ce n’est pas seulement leur handicap, mais c’est le regard que nous portons sur eux. Or, ce problème est dans ”l’air du temps”. Il est notamment bien traité dans  l’excellent film “Hors Normes”, où l’autisme est abordé de façon remarquable. Et, lentement certes, les choses avancent : des restaurants et cafés sont aujourd’hui tenus par des  handicapés. D’autre  part, la présence dans une famille d’un handicapé suscite dans cette famille un surplus d’énergie, ce qui est très encourageant. Enfin, à Paris, Les Papillons Blancs (cliquez sur le lien) sont une association de familles en difficulté à cause d’un enfant handicapé. Et à HANDINAMIK, on s’efforce de vivre comme tout le monde, on rit, on est joyeux, on fait des fêtes !

Oui, c’est bien notre regard qui doit changer.

Ce film intelligent et généreux nous inspire une vraie réflexion, une remise en question de tous les instants. Regardons, comprenons, tendons la main, et aidons-les, ils en seront confortés, et grâce à eux,  nous nous sentirons meilleurs.

Guy Zerhat


Journal de Janvier 2020 : Trente ans après la chute du mur, la réunification mémorielle n’est pas acquise

11 janvier 2020

Le 30 octobre, le Goethe-Institut a  réuni une table ronde autour de Thomas Wieder, correspondant du Monde à Berlin. Juste avant le 30ème anniversaire de la chute du mur, l’intitulé était “de quelle manière nous souvenons nous de l’ex RDA ? Dans quelle mesure façonne-t-elle la réalité de l’Allemagne d’aujourd’hui ?

Les invités sont deux écrivaines nées en RDA : Kathrin Gerlof, née en 1962, aussi journaliste, Julia Schoch, née en 1974, et Emmanuel Droit, historien, professeur des universités, à sciences Po Strasbourg, auteur d’une thèse sur “la construction de l’homme socialiste nouveau dans les écoles de Berlin-Est” et auteur de Les polices politiques du bloc de l’Est aux éditions Gallimard (2019).

Thomas Wieder, de retour de Thuringe, évoque d’abord un télescopage entre l’actualité et le passé après les élections qui ont vu un quart de la population voter pour le leader de l’extrême droite. De même, en septembre dans le Brandebourg et la Saxe où les têtes de liste de l’AfD sont un ancien néonazi et un soutien du mouvement islamophobe Pegida. L’héritage de la chute du mur est utilisé de façon perverse par l’AfD qui fait campagne en mobilisant les souvenirs et les frustrations de l’identité est allemande.

30 ans après, la chute du mur demeure comme un passé qui ne passe pas. Les clichés sur les Allemands de l’Est et de l’Ouest sont toujours prégnants.

Première question : où étiez-vous le 9 novembre 1989 ?

Kathrin Gerlof était chez elle, devant sa fenêtre. Elle se souvient de sa surprise devant l’afflux de gens courant dans une direction interdite. Ils couraient vers le mur et le poste de contrôle. Pour certains, c’est la joie, pour d’autres, l’angoisse. Julia Schoch était encore à l’école en 1989, elle dormait le soir du 9 novembre. Les semaines suivantes, elle garde souvenir du désarroi des enseignants de RDA qui se demandaient : que doit-on enseigner désormais ?

Emmanuel Droit a travaillé pour sa thèse à partir de textes produits par des enfants. Leur vision, après la chute du mur,  ce sont les lumières et les produits de consommation. Pour lui, à cette époque, c’est l’image d’un Etat très militarisé qui rend les armes devant les manifestants. Le soulagement parce qu’il  n’y a pas eu de “solution à la chinoise” comme sur la place Tiananmen. Après la chute du mur, il s’est passé une repolitisation de la société et une conflictualisation nouvelle. Auparavant, il n’y avait pas de conflit sur la scène publique, les conflits étaient étouffés par le parti.

Thomas Wieder : Ressentez-vous une forme d’arrogance ouest-allemande?

Pour Kathrin Gerlof, il y a du ressentiment des deux côtés, il y a encore un monde d’incompréhension entre ceux de l’Est et ceux de l’Ouest. La transformation a été très rapide, ça c’est fait en quelques semaines,  bien trop rapide pour surmonter le sentiment de l’arrogance de l’Ouest. Brusquement un nouveau système s’est mis en place. Actuellement dire « nous les allemands de l’Ouest» lui semble difficile à dire. Qui est ce “nous” ? Ce ne sont pas que les électeurs de l’AfD. Les 60 % qui ne votent pas pour eux, qui sont-ils ? Il  a fallu trop vite perdre une mémoire commune, devenir invisible.

Pour Julia Schoch, beaucoup d’Allemands de l’est sont irrités. Le 18 mars 90, jour des premières élections démocratiques en RDA qui aboutiront à la réunification, le choix a été un choix de l’ordre par crainte de l’anarchie. Par la suite, il y a eu beaucoup d’investissement dans le béton, de la part de l’ouest, pas assez dans l’humain. Le sentiment de l’arrogance de l’Ouest venait de ce qu’il était dit : “oubliez votre passé, vous aviez les pieds dans l’ignorance”. Il est pénible de se faire dire que son passé est erroné.

Emmanuel Droit* évoque l’ouverture des archives de la Stasi qui a rendu visible l’anatomie des mécanismes de répression. La RDA est maintenant devenue un objet de recherche en histoire internationale. Pour mieux comprendre la vie à l’époque du rideau de fer, il faut mobiliser l’histoire sociale, sortir des généralités, sortir de l’image figée d’un pays.

Thomas Wieder : attendez-vous quelque chose des commémorations de la chute du mur, pour ce trentième anniversaire ?

Pour Kathrin Gerlof, ces cérémonies organisées d’en haut ne touchent pas les gens. Il n’y aura pas de spontanéité. Cela ne pourra pas favoriser le rapprochement. Elle sera soulagée lorsque ce sera fini. Elle ressent surtout de la diffamation dans les commentaires des résultats des élections en cours.

Pour Julia Schoch il n’est pas automatique de bien s’entendre. Deux systèmes différents se sont développés,  avec deux visions différentes, celle des communistes et des dissidents. Elle évoque ses enfants et leur vision de la RDA “une vieille paire de chaussures marron”. Pour elle, la RDA, ce sont des souvenirs vivants.

Au sortir de cette rencontre, il apparait que l’exercice mémoriel autour de la réunification allemande ne va pas de soi. Les mémoires convoquées ne sont pas les mêmes. Il reste un important travail aux historiens et à la société civile pour réunifier le passé.

Jacinthe Hirsch