Journal d’Octobre 2017: Le “détail” de Marine…

10 octobre 2017

Après la déclaration de Marine Le pen, sur la rafle du Vel d’Hiv : “s’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque. Ce n’est pas la France”, et l’indignation qu’elle a suscitée, notre amie Nitza Lew, rescapée du Vel D’hiv, lui adresse la lettre que nous reproduisons ici.

A Madame Le Pen Marine, le 12.avril 2017

Madame,

J’avais trois ans. J’étais Française, mais Juive, née à l’Hôtel Dieu, dans la l’Ile de la Cité à Paris. Lors de la Rafle du 16 juillet 1942, ce sont des Français armés, en uniformes, qui m’ont arrêtée. Dans le VEL D’HIV, ce sont des Français qui m’ont tenue prisonnière ; qui m’ont empêchée de boire, de manger, de m’évader. Qui voulaient me livrer aux nazis, qui voulaient donc me tuer, avec toute ma famille, Française de choix, de cœur et d’âme.

Mon père était un Héros de l’Aviation Française car en effet, il était Ingénieur d’aviation, avait participé à ce titre à l’invention des premiers hydravions chez Latecoere. Puis, il est devenu Pilote d’essais à l’Aeropostale à Toulouse. Il parait même que Mermoz ou Saint- Exupéry ne montait pas dans un avion si mon père, ce Héros, ne l’avait vérifié.

Je dis il paraît car la France, oui la France devenue majoritairement fasciste pour complaire à l’occupant, et non un autre pays, ( celui des quelques Héros de la Résistance), a participé à leur assassinat en les expédiant à Auschwitz dans des trains français. Donc, en ce qui concerne mon père,  je ne sais cela que par réputation. Personne n’étant revenu de là-bas, pour me raconter, me consoler, me venger…

Madame, il faudrait aussi dire à votre père, de si triste politique, que les chambres à gaz ne sont en aucun cas “un détail de l’Histoire”. Il conviendrait de lui rappeler que ce fut la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, qu’un génocide s’est perpétré de façon INDUSTRIELLE ! Le contraire d’un “détail”.

Mais je veux espérer que de votre part il s’agit d’une maladresse de paroles, et non d’un intérêt pour des votes extrêmes, quand vous dédouanez si facilement ces déshonneurs français durant la dernière guerre mondiale. Votre responsabilité de peut-être future Présidente de la République requiert, à mon avis d’enfant rescapée du Vel d’Hiv une explication circonstanciée, sinon un démenti pour rétablir la Vérité de l’Histoire et justement l’Honneur de la France.

Dans cet espoir,

Nitsa Régine Lew

P.S. Rien ne peut apaiser une victime, mais quand le fautif ne reconnaît pas sa faute, la victime est “revictimisée”.

Publicités

Journal d’Octobre 2017: La situation des migrants en Libye

10 octobre 2017

L’accord entre l’Union européenne et la Turquie de mars 2016 a abouti à la quasi fermeture de la route migratoire via la Grèce. Désormais, les migrants empruntent majoritairement la voie de la Méditerranée via la Libye qui est la plus meurtrière au monde.

Entonnoir libyen (2)Rappelons que la Libye est devenu un État défaillant depuis le renversement du colonel Kadhafi en 2011 et que les milices contrôlent le lucratif passage des migrants vers l’Europe. L’UNICEF et l’Organisation internationale des Nations Unies pour les migrations (OIM) ont publié le 12 septembre dernier un rapport intitulé “Un voyage épouvantable” dont les conclusions sont tragiques : sont apparus en Libye des marchés où les migrants de l’Afrique de l’Ouest sont vendus comme esclaves, les femmes migrantes sont battues, violées et affamées dans des prisons à ciel ouvert, les mineurs y sont particulièrement mal traités. Ce rapport documente le racisme dont les migrants subsahariens sont victimes en Libye, mais également en Europe.

Face à la montée des extrême-droites en Europe, l’Union européenne s’efforce de limiter l’arrivée des migrants, en sous-traitant à des pays africains une politique d’endiguement qui s’appuie sur des actions de développement économique et social et le renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité. Cette politique a été réaffirmée lors du sommet de Paris du 28 août dernier qui réunissait les dirigeants de l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la France, le Tchad, le Niger et la Libye. Le Président Macron y a défendu la proposition de “missions de protection” au Tchad et au Niger : l’identification des demandeurs d’asile se fera par des équipes du HCR, en accord avec le pays de premier accueil du migrant et le soutien d’équipes européennes spécialistes de l’asile. Les migrants déboutés du droit d’asile devront être reconduits dans leur pays d’origine. Cette externalisation des demandes d’asile fait craindre le pire aux organisations de défense des droits de la personne humaine.

Par ailleurs, l’UE et l’Italie ont négocié avec des tribus du Fezzan un accord de “sécurisation” de la frontière sud de la Libye qui vise à stopper les migrants, cela contre le versement de fonds…

Un accord secret aurait été négocié cet été entre l’Italie et les miliciens qui contrôlent les côtes libyennes : ces anciens trafiquants enferment désormais les migrants dans les conditions épouvantables décrites par l’UNICEF et l’OIM.

Depuis le début 2017, environ 98 000 personnes sont arrivées par la Libye et près de 2 250 personnes sont mortes en mer, selon l’OIM. La politique dite de relocalisation des migrants en Europe ne fonctionne toujours pas et l’UE semble toujours plus s’engager dans une politique qui tourne le dos à ses valeurs humanistes.

Rose Lallier


Journal d’Octobre 2017: Une minorité musulmane persécutée dans l’ouest de la Birmanie : les “Rohingyas”

10 octobre 2017

C’est un peuple indo-aryen, leur présence en Arakan (région ouest de la Birmanie actuelle), est antérieure au VIIIème siècle, converti à l’Islam au XVème siècle.

Un peu d’histoire:

En 1785, ce peuple subit l’attaque des Birmans qui soumettent 20 000 Rohingyas en esclavage.

Puis la monarchie birmane encourage les raids visant à briser tout esprit de résistance chez cette population, capturant et brûlant vifs des centaines de personnes.

L’occupation britannique en 1826 fut une respiration pour ce peuple qui bénéficie alors d’une certaine liberté culturelle et politique. Les anglais appliquent la stratégie “diviser pour mieux régner” et signent le traité qui met provisoirement fin à plusieurs années de guerre, avec d’un côté, les Britanniques et les Rohingyas, de l’autre les Birmans bouddhistes et les Japonais.

Mais, après la 2ème guerre mondiale, les Birmans ne leur pardonneront jamais d’avoir soutenu les Britanniques et dès 1945, les Rohingyas sont à nouveau rejetés, persécutés par les Birmans mais aussi par les Japonais et sont massacrés par milliers (viols, tortures et meurtres).

bangladesh-myanmar-rohingyas

Des réfugiés Rohingyas fuient le Myanmar (crédit: Reuters/Mohammad Ponir Hossain)

En 1982, les dirigeants de la Birmanie déclarent les Rohingyas “non-citoyens“. Ils prétendent que ce sont des étrangers, arrivés avec les Britanniques en 1826 !

Les Rohingyas se révoltent et en 2012, on assiste à des violences inter-ethniques effroyables entre musulmans et bouddhistes.

Le discours de paix d’Aung San Su Kyi (juin 2012) redonne espoir aux Rohingyas, tout au moins celui d’obtenir le statut de minorité ethnique qui leur est refusé. Malheureusement, espoir déçu, nouvelles émeutes fin 2012, le président Thein Sein ne veut pas accepter, et encore moins intégrer les Rohingyas, prétendant qu’ils étaient entrés “illégalement” en Birmanie !

100 000 personnes sont rejetées et regroupées dans des camps autour de Sittwe, capitale de la région Arakan.

Actuellement, nouvel épisode :

Août 2017 : Les Rohingyas attaquent un poste de police provoquant une campagne de répression ultra violente de l’armée. 300 000 Rohingyas fuient la Birmanie vers le Bengladesh . ”Les bouddhistes de l’Etat de l’Arakan, où ils sont majoritaires, voient d’un très mauvais œil le soutien apporté par les agences des Nations Unies et les ONG étrangères aux Rohingyas” (Le Monde 5 sept.2017).

L’ONU a déclaré que la Birmanie a entrepris une campagne de “nettoyage ethnique” contre cette minorité musulmane, des viols, tortures et massacres reprennent. L’ONU condamne fermement.

Le gouvernement d’Aung San Su Kyi dément. Cette dernière prétend qu’il s’agit d’une campagne de désinformation.

Malala Yousafzaï, prix Sakharov pour les droits de l’homme, décerné par le parlement européen, s’insurge contre ce “génocide”, dit-elle.

Qui croire ? Quelle information ? Nous qui sommes abreuvés d’infos, l’histoire est manipulable, ô combien ! Réflexion que nous devons avoir et susciter auprès de nos élèves. Trop d’info tue l’info. Amenons les à réfléchir, à analyser ces points de vue contradictoires, nous devons être les relais pédagogiques qu’ils n’ont plus le temps de trouver ailleurs.

Comment ne pas trembler également, sachant que les extrémistes religieux sont toujours en embuscade, prêts à embrigader les populations affaiblies, errant d’un quartier à l’autre, d’une région à l’autr….

Bien que rien n’indique que le drame qui se joue sous nos yeux en Birmanie, soit en train de prendre une connotation religieuse, le risque est latent et nous devons être vigilants, on peut s’interroger : jusqu’où, pendant combien de temps, les Rohingyas résisteront-ils aux appels de l’Internationale du Djihad?

Ils sont actuellement privés des droits les plus élémentaires : interdiction d’envoyer leurs enfants à l’école, interdiction de se marier, pas d’accès aux soins. Le régime entrave l’aide humanitaire, la plupart des ONG ont dû partir. Ce sont des apatrides, vivant dans leur pays depuis des siècles!

“Autant de récits, autant de questions”, écrivait Bertold Brecht en 1935.

Quoi qu’il en soit, il est urgent et nécessaire de ne jamais perdre de vue que la vie de l’être humain est la valeur suprême.

Joëlle Saunière


Journal d’Octobre 2017: Bilan 2016 de la CDEH

10 octobre 2017

Le Bilan 2016 de la CEDH publié le 26 janvier est peu flatteur pour la France.

La France a été condamnée 17 fois, notamment pour violation du droit à la liberté et à la sûreté (7 fois), du droit à la vie privée et familiale (3 fois), à la liberté d’expression (2 fois), et pour traitement inhumains et dégradants (5 fois).

Autant de fois que le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas réunis.

Mauvaise élève, la France doit vraiment mieux faire…


Journal d’Octobre 2017: Quelques mises au point sur l’immigration

10 octobre 2017

G00625Penser sereinement l’immigration, voilà aujourd’hui plus qu’un rêve, une nécessité. Car les lieux communs et le politiquement correct entourent cette question.

A ce propos, un livre récemment paru chez Gallimard (“La France au miroir de l’immigration”, de Stéphane Perrier), tente de faire le point sur la question, sans céder aux facilités politiques, aux désignations démagogiques et aux solutions incohérentes. L’auteur y développe des arguments de bon sens, tentant d’introduire un peu de clarté dans un territoire où l’on dit tout et n’importe quoi. Nous nous contenterons d’en développer quelques-uns, ce qui ne saurait vous dispenser de lire cette contribution passionnante au problème.

Commençons par l’argument culturel : l’immigration serait la condition de notre dynamisme culturel ou, a minima, une source d’enrichissement culturel. Certes, comme le dit l’auteur, « la culture étouffe dans les pièces closes ». Elle se nourrit d’échanges. Mais l’ouverture aux cultures étrangères n’implique nullement l’immigration de populations étrangères : on loue souvent, et à juste raison, les apports de l’Andalousie musulmane à la civilisation européenne : elle n’a pourtant envoyé aucun immigré hors d’Espagne. Autre exemple : le caractère infime de l’immigration n’empêcha pas la Renaissance de se propager à l’ensemble du continent. Idem  pour la culture italienne, qui rayonna sans afflux transalpin sur notre territoire. Par ailleurs, notre dictionnaire regorge de mots empruntés à l’arabe, et cela bien avant la colonisation (algèbre, burnous, nénuphar, ouate, escalier, fennec, jasmin, merinos, tambour, etc…).

Autre argument spécieux : les musulmans d’aujourd’hui seraient en quelque sorte les nouveaux Juifs : là non plus, ça ne tient pas debout : les Juifs étaient une minorité anciennement installée en Europe Occidentale, et dont le nombre était stable. Les Musulmans sont une minorité récemment installée en Europe Occidentale, et leur nombre augmente rapidement. On reprochait aux juifs d’être juifs au nom d’une conception biologique de la Nation : on ne reproche rien aux musulmans en tant que tels, mais on s’inquiète de leur augmentation rapide, avec les difficultés d’intégration que cela comporte. Autre chose : aucun juif, dans aucune nation d’Europe Occidentale, ne réclamait d’adaptation du droit, de l’enseignement ou des usages nationaux à sa communauté. Or, dans toutes les nations d’Europe Occidentale, certains musulmans réclament des adaptations du droit, de l’enseignement ou des usages nationaux à sa communauté. Il n’existait aucun extrêmisme juif commettant des attentats  en Europe Occidentale, mais il existe un extrêmisme musulman qui a commis de multiples attentats ayant fait plusieurs centaines de morts en Europe Occidentale. Encore ceci : on ne retrouve nulle trace, à l’égard des musulmans, des comportements observés à l’égard des Juifs dans les années 30, et même dans la décennie précédente : dans les années 20 en Allemagne, plusieurs personnalités juives avaient été victimes de violences –le ministre des Affaires Etrangères Walter Rathenau avait été assassiné en 1922 — des corporations étudiantes refusaient d’admettre des Juifs, des journaux à fort tirage regorgeaient de propos menaçants. Dans l’Europe Occidentale actuelle, aucune personnalité musulmane n’a été victime de violences, et tous les journaux à tirage respectable distinguent soigneusement l’islamisme de l’Islam, et reconnaissent l’Islam comme religion des Musulmans en tant qu’individus.

Après d’autres arguments tout aussi intéressants, l’auteur appelle nos concitoyens à retrouver la notion d’effort : effort pour réguler intelligemment l’immigration, effort pour assimiler ou intégrer vraiment les immigrés, effort pour respecter l’héritage républicain, et effort pour maintenir l’ordre qui peut être menacé par un afflux incontrôlé d’immigrés. Dans notre intérêt, et surtout dans le leur.

Pour résumer : ouvrage très intéressant, qui nous sensibilise un peu plus à ce problème brûlant, et remet beaucoup de choses en place.

Guy Zerhat


Journal d’Octobre 2017: un principal de de collège alerte!…

10 octobre 2017

9782366583878En 2004 Jean-Pierre Obin, inspecteur général de l’Education Nationale, dans un rapport qui porte son nom, alertait sur les atteintes à la laïcité dans les établissements scolaires. Ce rapport est resté lettre morte et l’on a même taxé son auteur d’”islamophobe”, moyen radical pour enterrer la chose…

Aujourd’hui, 13 ans plus tard, parait un ouvrage, Principal de collège ou imam de la République?, écrit par Bernard Ravet, ancien principal dans 3 collèges “difficiles” de Marseille, qui témoigne une fois encore de la montée du religieux dans les établissements scolaires et de la réponse peu ou plutôt pas du tout efficace de l’Education Nationale.

Voila ce qu’écrit Bernard Ravet :

“Depuis plus de dix ans, le fanatisme frappe à la porte de dizaines d’établissements. Il cherche à empiéter sur le territoire physique de la République, centimètre par centimètre, en imposant ses signes et ses normes dans l’espace scolaire, dans les cours de récréations, les cantines, les piscines. Il cherche aussi à envahir les salles de classe. Sur de multiples sujets l’égalité entre les hommes et les femmes, le darwinisme, la Shoah… , les professeurs sont de plus en plus contestés dans leur enseignement. Et de plus en plus démunis.”

Tout cela est connu et reconnu depuis longtemps, mais perdure car ne rencontre aucune résistance de la part de l’Education Nationale que Bernard Ravet accuse de lâcheté. Il dénonce également l’électoralisme des politiques et le silence des syndicats.

Tout cela permet à l’intégrisme de gagner petit à petit du terrain. terrain qui sera de plus en plus difficile à reconquérir.

Il y a bien longtemps déjà, certains proclamaient l’urgence d’agir pour préserver la laïcité dans nos écoles et dans notre société et pour “pouvoir donner une chance à tous les élèves qui ont tout à attendre de l’école et que l’on livre à l’influence d’une minorité intolérante”.

Ils n’avaient pas été entendus.

Les voix qui s’élèvent aujourd’hui le seront-elles? Il faut l’espérer avant qu’il ne soit définitivement trop tard.

Lison Benzaquen


Journal d’Octobre 2017 : Fake news, nos démocraties menacées?

10 octobre 2017

Le terme de “Fake news” a fait son apparition depuis quelques années, selon lequel nous vivrions désormais dans l’ère de la “post-vérité”, de “fausses nouvelles” présentées comme vraies et diffusées de manière virale via les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, Instagram etc…

Rappelons que la diffusion de fausses rumeurs n’est pas apparue avec la création des réseaux sociaux et que si le rôle fondamental des médias est de vérifier et recouper les informations, et d’établir les faits, l’histoire récente a montré que des médias parmi les plus illustres du monde ont été instrumentalisés pour diffuser des “fausses nouvelles” (charnier de Timisoara, affaire des couveuses au Koweït, armes de destruction massive en Irak etc.).

La multiplication de déclarations manifestement fausses – songeons à des affirmations du candidat puis du Président Donald Trump aux Etats-Unis, présentées par lui comme des “faits alternatifs“, ou encore la diffusion de fausses nouvelles sur l’immigration par des militants de l’AFD pendant la campagne législative allemande – est cependant un phénomène nouveau par son caractère massif et systématique. Dès lors, le travail de “fact checking”, de vérification des faits par les journalistes est devenu indispensable. La constitution de la rubrique des “Décodeurs” du Monde ou encore “Désintox” de Libération, la création du “CrossCheck” par Google en collaboration avec des médias comme l’AFP, Le Monde etc. pour l’élection présidentielle française, répondent à cette nécessité.

Mais ces initiatives ne suffiront probablement pas à rétablir la confiance d’une partie importante des citoyens envers les médias et les journalistes, ni à réconcilier les jeunes avec les médias traditionnels. Ces médias traversent une crise profonde, résultant d’une concentration extrême (en France, dix milliardaires possèdent la majorité des médias), de la révolution du numérique et de la précarisation des conditions de travail et de vie d’une majorité des journalistes.

Un autre phénomène à l’oeuvre depuis quelques années contribue également à la défiance envers les médias et à l’efficacité de leur lutte contre les fausses nouvelles, ainsi qu’au renforcement des théories conspirationnistes : la constitution de géants numériques privés en situation de quasi-monopoles, en particulier les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Ces géants investissent dans la presse, de manière indirecte ou directe comme pour le patron d’Amazon, Jeff Bezos, deuxième fortune mondiale, qui a acheté l’influent Washington Post.

Leur pouvoir est immense et la décision prise par Google, en avril dernier, de modifier son algorithme de recherche utilisé pour près de 93% des recherches sur internet effectuées dans le monde, a suscité une vive polémique. Ben Gomes, le vice-président de Google en charge du moteur de recherche, a déclaré que les modifications de l’algorithme étaient une réaction au “phénomène des fausses nouvelles, où le contenu du Web a participé à la diffusion d’informations manifestement trompeuses, de mauvaise qualité, offensantes ou carrément fausses”. Google a également recruté près de 10 000 personnes chargées de juger du sérieux des informations postées sur internet et de créer une liste de sites jugés peu fiables ou conspirationnistes. Le problème est que des sites internet progressistes, socialistes ou pacifistes renommés ont enregistré une chute importante de leurs résultats de recherche Google, suite à la modification de l’algorithme de Google…

Facebook a développé son propre outil (un drapeau rouge) pour alerter ses abonnés de la diffusion de fausses nouvelles publiées sur leur fil d’information. L’Allemagne a décidé de rendre les réseaux sociaux responsables de ce qui y est publié. En octobre prochain, ils disposeront de 24 heures pour retirer les commentaires ne respectant pas la Constitution allemande (incitant à la haine, au racisme et à l’antisémitisme notamment), sous peine d’importantes amendes. Là également, si la lutte contre les idées xénophobes et racistes est indispensable, le risque existe que le débat démocratique soit  pour partie aseptisé par un excès de prudence de la part des entreprises du net.

La lutte légitime contre les “fausses nouvelles” aboutit paradoxalement au risque de l’imposition d’une censure politique à l’échelle planétaire, censure qui pourrait être inspirée par la pensée “politiquement correcte”, et à la naissance d’un monde orwellien.

L’existence d’une presse plurielle, libre et indépendante des pouvoirs économiques et financiers, telle qu’elle fut établie en France à la Libération, est une nécessité vitale pour nos démocraties. La polémique actuelle sur les “fausses nouvelles” doit nous inviter à une réflexion renouvelée sur cet enjeu essentiel.

Rose Lallier