Journal d’Avril 2018 – Une urgence : la Laïcité

9 avril 2018
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© Arnaud Tracol

Décidément, la laïcité n’a pas fini de faire parler d’elle. Nous ne nous en plaindrons pas, car c’est aussi une de nos préoccupations de tous les jours. Or, ce sujet brûlant risque fort de refaire surface dans les mois qui viennent, et il faut s’en réjouir, tant les choses se sont dégradées au fil des années. Cela malgré l’excellent Rapport Obin qui date de 2004 mais que l’on a mis des années à rendre public, et qui décrivait avec force détails, dans l’enseignement, les manquements à ce principe vital, ce socle de notre République.

Espérons que notre personnel politique prendra enfin les mesures qui s’imposent pour faire barrière à tous les assauts subis dans ce domaine depuis des années.

Jusqu’à ce jour, sitôt que l’on s’étonnait de l’inertie coupable de nos gouvernants en la matière, on se faisait traiter de “laïcards”, d’intégristes de la laïcité. Sans compter les inconscients qui n’ont rien compris au problème et qui se plaisent à faire suivre le mot de laïcité d’un adjectif pour mieux en saboter la valeur et le sens exact. N’y revenons pas, ceci est bien trop désolant…

Aujourd’hui, notre personnel politique semble enfin avoir pris la mesure des dégâts causés par ignorance du sens premier du mot laïcité.

Un rapport administratif commandé par le Ministre de l’Intérieur vient d’être rendu public, qui met en lumière les failles dans le respect du principe même de laïcité dans de nombreux territoires de notre pays. Rapport rédigé par le Préfet Gilles Clavreul. Ce rapport très détaillé comporte cinq mesures-choc qui semblent viser juste et combler de nombreuses lacunes. Elles se résument en cinq points :

1°) Conditionner le soutien de l’Etat (subventions, emplois aidés) au respect de la laïcité, avec rédaction d’une charte basée sur les valeurs de la République et la Laïcité.

2°) Former tous les agents de l’Etat à la laïcité d’ici à 2020 : associer tout le monde, les adultes-relais, les membres des conseils-citoyens, les agents des collectivités locales, les éducateurs sportifs, les intervenants périscolaires, les professeurs de la petite enfance, les personnes de la fonction publique hospitalière.

3°) Intégrer la Laïcité dans les épreuves du BAFA (animateurs) et du BAFD (directeurs). Conditionner l’agrément des Centres de Formation.

4°) Cartographie des situations problématiques dans le secteur sanitaire et social et dans le secteur sportif, pour éviter les dérives.

5°) Former des Comités Départementaux pour la promotion de la laïcité et des valeurs de la République.

Tout cela est motivé par des constats alarmistes : affirmation identitaire dans certaines agglomérations, contestations de la laïcité, manifestations inadmissibles de communautarisme et d’intégrisme en tous genres (écoles, piscines, hôpitaux, etc…), contestation et parfois refus de l’enseignement officiel, avec même offres d’éducation alternative !

Il convient de marteler que la laïcité n’est une arme contre personne, c’est au contraire un bouclier contre toutes les atteintes à la République et à ses valeurs.

Oui, il serait temps que, une fois pour toutes, les Français réalisent que la laïcité, c’est le meilleur moyen de combattre les communautarismes de tout poil qui nous font tant de mal. Elle n’est contre personne, elle n’est anti-rien du tout.

Le rôle de l’Ecole n’est pas de former des croyants, mais des citoyens qui respectent la République. Comme le disaient si bien les pères de la laïcité : “Chacun chez soi : Dieu à l’Eglise (ou à la Synagogue ou à la Mosquée), le Maître à l’Ecole”. C’est pourtant simple, mais il n’est guère de pire sourd …

Oui, pour la Paix sociale, pour la République, il est temps de donner à la Laïcité la place qu’elle mérite.

Guy Zerhat

 

 

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Journal d’Avril 2018 : Disparition d’une icône

9 avril 2018
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Asma Jahangir (crédit: Jean-Pierre Muller/AFP/Getty)

Asma Jahangir est morte le 11 février.

Avec elle disparait une avocate et une grande militante de la cause féminine et plus généralement de la défense des droits de l’homme au Pakistan.

Cette femme courageuse, pugnace et opiniâtre au delà des limites, a combattu de toutes ses forces depuis l’âge de 18 ans, pour la démocratie, la liberté religieuse et les droits humains, dans un pays où l’armée et la religion se partagent le pouvoir de façon drastique et violente.

Asma Jahangir a été la première femme à créer un cabinet, avec sa sœur et deux amies, exclusivement composé d’avocates. Une grande première pour ce pays dominé par les hommes.

Dès lors (1980) elle n’aura de cesse que de lutter contre les lois d’asservissements des femmes pakistanaises et finira par obtenir de la Cour suprême que les femmes puissent se marier sans l’autorisation d’un tuteur : avancée considérable dans un pays où mêmes les femmes violées étaient punies pour “adultère”.

Objet de menaces de mort nombreuses, d’emprisonnement, de coups et de persécution, elle n’a jamais abandonné le combat et a obtenu des victoires notamment pour les minorités religieuses.

Ce sont ses combats incessants qui ont fait doucement évoluer les choses dans un Pakistan cadenassé.

Jamais découragée par les difficultés, elle faisait preuve d’un grand optimisme en affirmant : ”Il n’y a pas si longtemps, les droits de l’homme n’étaient même pas perçus comme un problème dans ce pays, puis les droits des prisonniers sont devenus un problème, les droits des femmes étaient perçus comme un concept occidental, maintenant les gens parlent des droits des femmes, les partis politiques en parlent, même les groupes religieux en parlent.”.

Cette femme remarquable est partie trop tôt!

Espérons que la relève est assurée.

Lison Benzaquen

 


Journal d’Avril 2018 : Ne pas oublier 14-18, “la grande guerre”

9 avril 2018
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Offensive sur le front de Notre-Dame-de-Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), le 15 avril 1915. (AFP )

La guerre 14-18 a 100 ans.

Cette guerre a été qualifiée de “totale” pour avoir mobilisé l’économie, la politique, les civils et les soldats. Elle a imposé une mobilisation générale : en France, 8 millions d’hommes sont mobilisés de 1914 à 1918.

La bataille la plus “emblématique “ et la plus meurtrière de cette guerre débuta 21 février 1916, c’était la bataille de Verdun.

A elle seule elle causa la mort de 300 000 soldats dans les deux camps, et autant de blessés. Cette bataille qui a duré 300 jours et 300 nuits a été d’une barbarie inouïe. Elle est devenue le symbole de la folie guerrière avec l’inauguration d’armes redoutables comme le lance-flamme ou les gaz toxiques.

Près des 3/4 de l’armée française sont passés par Verdun ce qui fait que chaque famille française, ou presque, a un ancêtre qui y a combattu.

Dans la conscience nationale cette bataille tient une place à part car elle est non seulement le symbole de la Grande Guerre, mais aussi celui de “l’héroïsme des poilus et la fierté de la résistance tricolore”.

Depuis 1984, la “mère des batailles” comme on l’appelle aussi, incarne également, et c’est heureux, la réconciliation et le pardon. Nous gardons tous à l’esprit l’image de François Mitterrand et d’Helmut Kohl, main dans la main devant l’ossuaire de Douaumont.

Cent ans après la fin de cette guerre, il n’y a, bien entendu, plus de témoin de cet ignoble carnage. Le dernier “poilu” est mort en 2008.

Aujourd’hui pour transmettre et entretenir la mémoire des victimes de cette guerre, la première “moderne” qui a ouvert la voie à des “progrès” considérables dans l’art et la manière de tuer toujours plus et plus vite, il ne reste que le Mémorial.

La scénographie du musée a été modernisée et est devenue pédagogique. Le conflit est désormais présenté sous un point de vue franco-allemand.

Il ne faut surtout pas oublier cet épisode tragique de notre histoire désormais sans témoin.

Pour cela il faut absolument se rendre au Mémorial et y amener des jeunes. C’est un devoir !

Lison Benzaquen

 


Journal d’Avril 2018 : Continuer le combat

9 avril 2018

Appel-a-projets-Lutte-contre-le-racisme-et-l-antisemitisme_largeLe 19 mars 2018, le Premier Ministre, Edouard Philippe, a présenté le “plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme” (2018/2020), et les 21 mesures prises pour continuer le combat.

Le plan s’articule autour de quatre combats et se décline en vingt et une mesures.

Les mesures essentielles sont :

– La lutte contre la haine sur internet : au niveau national, des solutions concrètes, conformes au régime juridique applicable aux plateformes numériques seront apportées.

– L’éducation contre le racisme et l’antisémitisme à l’école : l’école de la République est au cœur du plan avec notamment sa mission d’éduquer les enfants en leur donnant les moyens d’accéder à l’esprit critique. Ainsi, dès l’école élémentaire, les enfants doivent connaître l’histoire et les mécanismes du racisme et de l’antisémitisme ainsi que ceux de résistance à la haine et aux extrémismes, comme le prévoient les programmes, notamment en Éducation morale et civique.

– La protection des citoyens et l’accompagnement des victimes : afin d’améliorer la prise en charge des victimes, un réseau d’enquêteurs et de magistrats spécifiquement formés à la lutte contre la haine sera expérimenté dès septembre 2018.

– L’investigation de nouveaux champs de mobilisation : territoires, pouvoirs publics, associations, sport, médias et échanges européens sont autant de nouveaux champs qu’il faut investir pour renforcer la lutter contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations.

Mémoire 2000 est heureuse de cette initiative gouvernementale qui vient la conforter dans ce que depuis plus de 25 ans, elle essaie, à sa mesure, de faire en agissant auprès des jeunes pour les informer et les former à devenir des personnes engagées, responsables et motivées à combattre tous les racismes et à prendre la défense des droits de l’homme partout où ils sont bafoués.

Notre devoir est donc de poursuivre notre action avec toujours plus de rigueur et d’énergie…

 

 

 


Journal d’Avril 2018 : nous vous recommandons la lecture de “Ombre parmi les ombres “

9 avril 2018

Couv.Ombre-parmi-les-ombres_300dpi-790x1024Les éditions Bruno Doucey publient le dernier roman de mon amie Ysabelle Lacamp

Mai 1945, libération du camp de Terezin. Un rescapé des camps de la mort : Robert Desnos croise le dernier enfant rescapé du camp ghetto ayant servi à la propagande du régime nazi.

Tout au long de la lecture de ce roman me revenait en mémoire le poème d’Aragon mis en chanson par Jean Ferrat : “Robert le Diable”.

De cette rencontre entre Leo Radek, le rescapé valide volontaire pour soigner les malades, et le poète surréaliste journaliste et résistant, Ysabelle maniant le verbe, imagine une relation forte entre ces deux rescapés.

On retrouve au fil des pages : poésie, utopie, réalisme, politique et humanisme….

Elle fait revivre la destinée de ces deux rescapés et leur parcours « Là-bas où le destin de notre siècle saigne ».…

ll nous arrive même, au cours de la lecture, d’espérer que la vie sera plus forte et puis la mort vient chercher son dû et emportera comme nous le savons Robert Desnos, Robert le Diable…

Dans les notes, il est fait mention du fait entourant la dernière strophe du poème que Desnos écrivit pour Yvonne George et que les Tchèques publièrent dans le journal pragois La Gazette libre le 31 juillet 1945 quand la mort de Desnos fut connue, pour lui rendre hommage.

En France, dans Les lettres françaises du 11 août 1945, ce poème apparait comme ayant été écrit pour Lucie Badoud dite Youki.

Patrick Grocq

 

 

 

 

 

 


Journal d’Avril 2018 : Auschwitz Projekt, un documentaire d’Emil Weiss

9 avril 2018

Avec ”Auschwitz Projekt”, le cinéaste Emil Weiss a réalisé un documentaire saisissant et extrêmement instructif qui a été diffusé sur Arte en 2018, et qui peut encore être visionné sur YouTube: (https://www.youtube.com/watch?v=rpPfpGj964M).

Ce documentaire fait suite à la trilogie documentaire intitulée “Hourban” (Destruction) que Weiss a consacré aux rouages de la machine d’extermination nazie.

28307Dans Auschwitz Projekt, Emil Weiss montre et donne à comprendre au moyen d’images aériennes impressionnantes des vestiges topographiques, et de textes de témoignages saisissants de Primo Levi, Charlotte Delbo et Simone Veil que Auschwitz fut un immense complexe s’étendant sur des dizaines de km2, réunissant camp d’extermination (Auschwitz-Birkenau) et camps de concentration (Auschwitz I et Auschwitz-Monowitz), une trentaine d’autres camps, des fermes agricoles, des centres de recherche, des mines et des usines, et un projet urbain.

Le projet Auschwitz représentait dans l’esprit de ses concepteurs l’application des différentes politiques nazies : une politique industrielle avec l’utilisation des déportés loués à bas coût par les grands groupes allemands (Krupp, IG Farben, Siemens), une politique agricole de ferme-industrie modèle, une politique urbanistique avec une ville construite dans le petit village d’Auschwitz-Oswiecim pour les familles allemandes censées incarner la pureté aryenne.

S’y trouvaient concrétisé les deux obsessions principales du régime nazi : l’extermination totale des populations juives européennes et la diminution drastique du nombre des personnes d’origine slave, considérés comme de races inférieures ; l’édification de “l’espace vital” allemand (Lebensraum) en Europe de l’Est.

Emil Weiss met en évidence combien l’industrie allemande qui a profité du travail des déportés a été partie prenante dans la germanisation d’une vaste zone autour d’Auschwitz et dans l’extermination de millions de personnes. Cette mise en perspective est particulièrement originale.

Avec ce documentaire, le cinéaste signe une œuvre forte et remarquable, qui instruit autant qu’elle donne à penser.

Rose Lallier

 


Journal d’Avril 2018 : L’Union européenne perd son âme dans l’application concrète de son accord migratoire avec la Turquie

9 avril 2018
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Mur érigé par la Turquie à sa frontière avec la Syrie (AFP)

Une récente enquête du réseau d’investigation journalistique européen (EIC) a révélé qu’une partie de l’argent que l’Union européenne verse à la Turquie pour “fixer” les migrants et les réfugiés sur le territoire turc a servi à empêcher des Syriens de fuir leur pays et aurait causé de nombreux morts.

L’Union européenne a financé la Turquie pour plusieurs dizaines de millions d’euros de véhicules militaires et d’équipement de surveillance.

Or la Turquie est en train d’achever la construction d’un mur de trois mètres de haut et de 900 km de long à sa frontière avec la Syrie qui sera le troisième mur le plus long du monde. Ce mur est équipé de caméras thermiques, de tours de tir télécommandées et de drones.

Officiellement, la frontière est ouverte, mais selon le HCR et de nombreux témoignages recueillis par des ONG la frontière est en réalité fermée et les nombreux Syriens qui tentent de la franchir pour échapper à la guerre civile sont refoulés. Human Rights Watch a révélé au début de l’année que des soldats turcs ont tiré sur des réfugiés syriens pour les forcer à revenir sur leurs pas et à retourner en Syrie.

La crise des réfugiés n’a pas cessé, elle a été déplacée à la frontière turquo-syrienne. Les réfugiés ne meurent plus en tentant de rejoindre la Grèce, ils meurent sur la frontière entre la Turquie et la Syrie.

Les idéaux et les droits de la personne humaine défendus par l’UE sont foulés au pied par cet accord qui fait honte.

Rose Lallier