Chroniques du Président

Chroniques du 1er mai

 Le retour de la mémoire au cœur des élections

1) Ce retour sur la mémoire n’est pas seulement une occasion suscitée par la campagne électorale. Il signifie l’importance qu’il convient d’y attacher. Nous n’avons pas attendu cette occasion pour le faire lorsque nous avons créé Mémoire 2000 en 1992.

Nous pensions à l’époque que ce ne serait plus nécessaire d’y revenir. Or ça l’est plus que jamais.

En dépit des efforts incontestables qu’elle fait pour se démarquer de son père, Marine Le Pen ne parvient pas à se détacher complètement de l’idéologie frontiste : son refus de reconnaitre à la suite de Jacques Chirac, la participation de la France à la Rafle du Vel d’Hiv du 16 juillet 1942, et la nomination au poste de président par intérim du FN de M. Jalkh, révèlent suffisamment son attachement à cette idéologie.

Pour Marine Le Pen, seuls les décisionnaires Pétain et Laval à la tête du gouvernement de l’Etat français installé à Vichy sont les responsables de cette gigantesque rafle opérée par la seule police française, alors qu’il s’agit bien d’une tragique et déshonorante page d’histoire ineffaçable : celle du crime contre l’humanité perpétrée par le gouvernement de l’Etat français associé à jamais à la volonté génocidaire de l’Allemagne nazie. Cette implication de la France dans la solution finale a mis du temps pour émerger et pour s’imposer à la fin du XX° siècle quand J. Chirac au vélodrome d’hiver a déclaré « Ce jour là, la France accomplissait l’irréparable ».

Ce faisant, Marine Le Pen, qui prétend avec son complice du moment Nicolas Dupont-Aignan incarner la relève du patriotisme et la résistance du général de Gaulle, met à mal des années de « dédiabolisation » du Front National qui l’avait amenée à en exclure son propre père, le tristement célèbre auteur de la formule du « point de détail » à propos des chambres à gaz. Pour sa défense, elle a publié un communiqué en date du 11 avril qui traduisait déjà son dessein : « comme le général de Gaulle, François Mitterrand, Henri Guaino et Nicolas Dupont-Aignan, je considère que la France et la République étaient à Londres pendant l’occupation et que le régime de Vichy n’était pas la France. »

Le pacte de gouvernement qu’elle vient de sceller avec le président de « Debout La France » traduit une fois de plus son cynisme et son absence de scrupules.

 

2) Lutte contre le négationnisme

La campagne des élections présidentielles oblige les candidats à se positionner sur la question du négationnisme, alors que F. Hollande n’aura pas réussi à tenir ses promesses faites aux Arméniens en 2012. On en retiendra toutefois l’instauration de cette semaine du 2 avril qui devra être consacrée dans les établissements scolaires aux génocides et aux crimes contre l’humanité. Cela devrait nous permettre de nous faire entendre dans les lycées et collèges, alors qu’on voulait nous voir passer à autre chose.

 

3) Le procès du siècle  et notre combat contre le négationnisme

C’est d’ailleurs au moment où sort sur les écrans le film «  Le procès du siècle » qui relate le procès qui a eu lieu en Grande Bretagne en 1991 sur le négationnisme de la Shoah par D. Irving, que l’on s’aperçoit de l’avance que nous avions prise en 1980 en poursuivant Faurisson pour ses propos sur « le mensonge d’Auschwitz » alors qu’on nous reprochait de mêler la justice à ces questions. C’est aujourd’hui le film qui nous rend justice.

 

4) Le génocide des Héréros de 1904 revient aux premières loges en justice :

Une juge fédérale new-yorkaise s’est saisie d’une plainte déposée contre Berlin pour le génocide auquel le II° Reich a pris part, suite à l’exposition consacrée par le Mémorial de la Shoah à ce génocide : le premier du siècle qui fit plus de 60 000 morts et que l’on avait tenté d’occulter. C’est seulement en 2015 que le gouvernement allemand a accepté de qualifier officiellement les événements qui se sont produits en 1904 en Namibie de « génocide » mais les excuses et les compensations attendues se faisaient attendre.

Cette juge fédérale de New York a accepté de se saisir de la cause et a accordé aux plaignants descendants des victimes une audience au mois de juillet 2017.

 

5) Plus d’un millier de migrants morts en Méditerranée depuis janvier 2017

Il faut y revenir sans cesse, bien qu’il semble que certains s’en désintéressent par lassitude.

Le HCR a dressé le bilan après le week-end pascal. Quelques 8 500 personnes ont été secourues en Méditerranée centrale, mais une centaine d’autres y ont perdu la vie. Cette ultime tragédie porte à 1 073 le nombre des morts ou disparus en Méditerranée centrale depuis le début de l’année.

Alors que 36 700 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes qu’il va bien falloir accueillir et héberger au nom du droit d’asile. Il ne semble pas que l’Union Européenne soit disposée à trouver une solution. L’Italie avait courageusement pris l’initiative, en signant un accord de coopération avec le gouvernement d’union nationale libyen installé à Tripoli, mais sa mise en œuvre a été suspendue par un tribunal local.

 

6) Perpétuité confirmée pour l’ancien Président tchadien Hissène Habré pour crimes contre l’humanité

Les Chambres Africaines Extraordinaires (CAE) ont confirmé en appel le jeudi 27 avril sa condamnation à la prison à vie prononcée en 2016 pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de torture.

Le bilan de son règne s’établit à 40 000 victimes de 1982 à 1990.

Ce procès est le premier du monde dans lequel un ancien chef d’Etat est traduit devant une juridiction d’un autre pays pour violation des droits humains. C’est une manière comme une autre de se substituer à la Cour Pénale Internationale.

 

7) L’utilisation du gaz Sarin par les forces syriennes se trouve confirmée

Malgré les dénégations de Bachar Al Assad, l’utilisation du gaz sarin par les forces syriennes se trouve confirmée. Ainsi aura-t-il eu recours aux armes chimiques dont l’usage est proscrit par les conventions internationales. La question demeure de savoir si les Russes le savaient ou pire, s’ils y ont pris part.

Mais on se demande si le pire a des limites après l’attentat commis lors d’une opération d’évacuation à Alep qui a fait 126 morts dont 68 enfants suite à l’attaque commise par un kamikaze qui a lancé sa camionnette contre un convoi de bus transportant des milliers d’habitants évacués.

 

8) La peine de mort recule sauf en Chine

Plus de 90% des exécutions capitales répertoriées dans le monde ont lieu dans cinq pays : Chine, Iran, Arabie saoudite, Irak et Pakistan. La Chine a de nouveau exécuté en 2016 plus de condamnés à mort que le reste des pays de la planète (Rapport d’Amnesty International du 11 avril) bien que les exécutions y restent secrètes. A l’inverse et pour la première fois depuis dix ans, les USA ne figurent plus dans la liste des cinq Etats qui exécutent le plus. C’est malheureusement depuis l’arrivée de Trump au pouvoir que l’Arkansas s’est précipité pour exécuter deux condamnés à mort par injection létale en prétextant le fait que le produit nécessaire à ces injections risquait de ne plus être disponible.

 

9) « Le Rwanda est un pays sans ethnie »

Telle est la conclusion de Yann Gwet un essayiste camerounais.

Historiquement tutsis et hutus se sont toujours mélangés. Le Rwanda est un pays sans ethnie rendu artificiellement ethnique par les « bienfaits » de la colonisation. C’est cette réalité que les médias français et les politiques qui ont laissé faire le génocide de 1994 ont occultée. Cette année à l’occasion de l’anniversaire du 7 avril, c’est au pape François qu’il revient d’implorer le pardon pour ce génocide en exprimant sa profonde tristesse et celle du Saint Siège de l’Eglise pour le génocide des tutsis. Il a imploré le pardon de Dieu pour les péchés et les manquements de l’église et de ses membres, dont des prêtres et des hommes et des femmes religieux qui ont succombé à la haine et à la violence, en trahissant leur propre mission évangélique.

On n’en est pas encore là en France.

 

Chronique du 1er avril 

1) La spécificité du génocide des tutsis

La particularité de ce génocide, c’est à la fois sa brutalité, sa rapidité et le fait qu’il ait mis en présence les bourreaux et les victimes. « Les uns et les autres semblent avoir joué un rôle dont ils s’étonnaient eux-mêmes. Au Rwanda, cela ne sert à rien de se demander comment un voisin si proche a-t-il pu faire cela ?»

C’est pourtant Stéphane Audoin Rouzeau qui se pose la question dans l’essai qu’il vient de publier chez « Initiation Rwanda » car précisément : « c’est parce qu’il était si proche qu’il l’a fait, c’est dans la proximité, la proximité extrême que se loverait la réponse à l’énigme de 1994. Ces grands déploiements de la violence extrême, celle des voisins, nous croyons volontiers dans nos pays que nous saurons nous en tenir à bonne distance. »

Cette proximité entre victimes et bourreaux a aussi, souvent été exploitée pour affubler ce génocide de qualificatifs qui l’éloignent de l’idée qu’on s’en faisait, en tous cas des autres génocides que la « barbarie » ou la « sauvagerie » qu’inspireraient les luttes inter ethniques sacrificielles  imaginées par les tenants du double génocide  si immodéré pour évincer toute participation française.

Or « si le Rwanda m’a appris quelque chose après 35 ans de recherches consacrées au fait guerrier » nous livre l’auteur, maître de conférence à l’EHESS, c’est bien que le passage à la violence est aisé et rapide et non l’inverse, « violence latente et prégnante sous la surface assez lisse encore de notre société pacifiée ». Pour lui, « la leçon violence des mois rwandais d’avril à juillet 94 mérite d’être méditée. Elle est un avertissement » et en plus c’est le religieux qui a donné au massacre son surcroît d’énergie. « Toutes ces victimes ont été offertes à Dieu par leurs meurtriers catholiques et avec l’aide de leurs prêtres. » La dimension religieuse du massacre des tutsis est de toute évidence capitale.

Pour cette raison supplémentaire, le génocide de 1994, unique sur ce point comme sur d’autres, est privé de comparaison possible ». Les lieux de cultes ont été, après  les mille collines, les principaux emplacements des tueries. Il est assez clair que les tutsis pourchassés ont cherché refuge dans les édifices religieux, parce qu’ils ont recherché une protection de nature religieuse, ancrée dans l’espoir que les tueurs n’oseraient pas commettre le sacrilège de l’assassinat dans des lieux consacrés. Or c’est l’inverse qui s’est produit…

L’effort de Stéphane Audoin Rouzeau consiste à essayer d’en trouver l’explication, sans mettre pour autant à part ce troisième génocide du siècle  et il conclut « que le racisme s’est emparé de l’expérience religieuse pour s’accomplir comme crime et que les pratiques religieuses ont entretenu l’énergie meurtrière des tueurs. Avant d’en tirer des conséquences hâtives et rassurantes, on serait bien avisé de consulter cet essai  et ce d’autant que le pape François vient d’implorer le pardon de Dieu pour les péchés et les manquements de l’église et de ces membres, dont les prêtres et des hommes et des femmes religieux, qui ont succombé à la haine et à la violence, en trahissant leur propre mission évangélique ». On sait en effet que des prêtres ont participé aux massacres et que l’institution a été maintes fois accusée d’avoir entretenu une grande proximité avec le régime génocidaire. En novembre 2016, l’église catholique avait demandé pardon au nom des chrétiens impliqués dans le génocide, mais jusque-là pas au nom de l’institution. C’est chose faite.

2) Aux USA, le feuilleton judiciaire se poursuit

On le croyait terminé depuis que Donald Trump avait annoncé qu’il renonçait à saisir la Cour suprême suite au premier revers qu’il a éprouvé à propos de la première version de son décret anti immigration et surtout depuis qu’il avait choisi de réduire ses prétentions de 7 à 6 pays, en enlevant l’Irak et toute référence religieuse. Ce n’est pourtant pas ainsi que les juges fédéraux saisis de nouveaux recours contre le nouveau décret l’ont entendu. Celui d’Hawaï et celui du Maryland ont estimé que c’était du pareil au même, et ils l’ont de nouveau suspendu en estimant que son application risquait de causer un « préjudice irréparable ». Cette fois-ci, il a déclaré son intention d’aller jusque devant la Cour suprême si les cours d’appel saisies ne lui donnaient pas satisfaction, mais il attend pour cela que le Sénat en ait terminé de ses auditions du 9em juge qu’il a  nommé à la Cour suprême (Le juge Gourcuff, 49 ans). Bien qu’il parle d’abus de pouvoir sans précédent, « on se demande à qui il faudrait l’imputer si le nouveau Président pensait pouvoir compter sur cette nomination pour lui donner raison » interpelle sur cette question par une sénatrice. Le juge a refusé de répondre. On va bien voir, mais il semble que les jeux ne soient pas faits.

3) L’apprentissage de la discrimination lors des sorties scolaires

On imaginait pas que les sorties scolaires soient l’occasion pour les enseignants de faire toucher du doigt par leurs élèves certaines déviances de la police, notamment à l’occasion des contrôles d’identité…au faciès. C’est pourtant ce que relate cette enseignante d’Epinay sur Seine : « Le 1er mars, en revenant d’un séjour scolaire à  Bruxelles trois de mes élèves se sont fait contrôler par des policiers en deux points différents de la Gare du Nord. L’un d’eux s’est fait attraper par le bras, fouiller, tutoyer, un autre a dû ouvrir sa valise devant le reste de la classe. Ces contrôles sont sans doute liés à leur apparence physique. L’un est d’origine marocaine, l’autre d’origine malienne et l’autre d’origine comorienne. Ils vivent tous les trois à Epinay sur Seine sont des « jeunes de la cité ». Ces sorties scolaires me font prendre conscience d’à quel point créer le quotidien est épuisant et stressant. Avant d’ouvrir la bouche, ils sont présumés coupables aux yeux des policiers et de certains personnels de la RATP et de la SNCF. « Liberté, Egalité, Fraternité » leur apprend t’on. Pas pour eux. Ces « jeunes à casquettes à l’envers » sont trop souvent maltraités, humiliés, malmenés. Mon devoir est de les protéger et de permettre de sortir de l’école en toute quiétude. Je ne supporte plus les regards malveillants qu’ils subissent et qui sont de véritables assignations à résidence physique, symbolique d’une partie de notre jeunesse, celles des banlieues, celle de nos quartiers populaires. La société leur envoie continuellement le même message « Restez chez vous ou ça se passera mal ».

Cette professeure conclut : « on nous demande d’organiser des sorties avec nos élèves, de leur faire découvrir les musées, mais elles sont toujours préparées avec une double appréhension : celle liée au comportement de nos élèves (faire le moins de bruit possible, rester attentif), ils doivent surtout ne pas se faire remarquer. Et celle liées aux relations extérieures. Il est temps de dénoncer ces discriminations chaque fois que nous y sommes confrontés. Ces contrôles ne doivent pas devenir une banalité. »

Nous savons quant à nous que beaucoup d’enseignants et surtout de directeurs d’établissements y renoncent et maintiennent leurs élèves confinés à l’intérieur des établissements, c’est sans doute une réaction de prudence, mais c’est aussi une atteinte à la liberté…et les sorties scolaires n’ont pas toujours lieu sur le pont de Westminster.

4) Le bilan de la guerre en Syrie

La guerre en Syrie aura fait plus de 465 000 morts et disparus en six ans (Observatoire syrien des droits de l’Homme). L’OSDH a affirmé avoir enregistré la mort de 321 000 personnes depuis que la guerre a éclaté en 2011, et signale que 145 000 autres personnes sont portées disparues.

Ce bilan marque une augmentation d’environ 9000 morts depuis le précédent décompte de décembre 2016. Le nouveau décompte comprend plus de 96 000 civils dont plus de 17400 enfants et près de 11000 femmes.

Ces civils l’ont été pour 83500 d’entre eux par les forces gouvernementales syriennes et leurs alliés russes, libanais et iraniens dont 27500 par les frappes aériennes et 14600 sous la torture en prison. Les bombardements ont tué plus de 7000 civils, les djihadistes de l’Etat Islamique 3700 et les frappes aériennes de la coalition. Enfin la Turquie qui soutient les rebelles dans le Nord a tué plus de 5000 civils et un peu plus de 6090 soldats du régime ainsi que 4500 miliciens syriens et plus de 8000 combattants d’Al-Qaïda. Selon Médecins Du Monde, 12,8 millions de Syriens auraient besoin d’une assistance médicale.

Depuis la chute d’Alep en décembre 2016, on a l’impression que la communauté  internationale a de nouveau détourné les yeux de la Syrie, mais le drame continue sur place. La population continue de souffrir de blessures physiques et de traumatismes psychiques (Médecins du Monde). Selon le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) en février 2017, la guerre avait forcé 4,9 millions de personnes à quitter le pays. La Turquie, où vivent 2,5 millions de Syriens enregistrés, reste leur principale terre d’asile. Toujours d’après le HCR, 90% des réfugiés syriens vivent sous le seuil de pauvreté et au moins 10% d’entre eux sont considérés comme extrêmement vulnérables.

Qu’adviendra-t-il si la Turquie ne les retient plus? Et si elle dénonce l’accord conclu le 18 mars 2016 avec l’Union européenne? Et si le décret Trump trouve grâce à la Cour suprême?

5) Une proposition de loi a été déposée pour voir insérer dans la constitution l’égalité hommes-femmes

L’article premier de notre constitution est ainsi rédigé « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale, elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. »

La proposition suggère d’ajouter « de sexe » après le mot « distinction ».

L’argument, inspiré par Jacques Chirac, est que « Le degré de civilisation d’une société se mesure d’abord à la place qu’y occupent les femmes ».

Pour la première fois, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, des organisations d’une cinquantaine de pays – sauf la France – s’étaient mobilisés pour une « journée sans femmes ».

Mémoire 2000 a réagi à sa façon à la suggestion du président qui proposait de diffuser un questionnaire aux femmes pour tenter de savoir ce qu’elles pensaient de la question. La réponse s’est fait attendre. Aucune d’entre elles n’a voulu y répondre.

Chronique du 1er mars

1°) Décret anti-immigration : Donald Trump renonce

Après avoir annoncé qu’il allait se pourvoir devant la justice, en saisissant la Cour suprême d’un recours, le Président y a renoncé, mais ce premier revers ne l’a pas dissuadé de maintenir sa position en annonçant qu’il allait prendre un nouveau décret. Il compte sans doute sur le soutien du Congrès devant lequel il s’est exprimé le 28 février pour dire que les visas allaient être attribués « au mérite ». Il faut sans doute attendre le nouveau décret annoncé pour comprendre.

Dans sa décision, la cour d’appel qui confirme celle du juge Robart indiquait « que le gouvernement n’a fait état d’aucun élément de preuve selon lequel un étranger de l’un ou l’autre des sept pays visés ait perpétré une attaque terroriste aux USA ».

En attendant on a appris que l’universitaire historien Henry Rousso avait été retenu 24 heures avant d’être admis à pénétrer sur le territoire américain alors que son visa était en règle.

2°) A Damas, « un abattoir humain » (Le Monde, édito du 10 février)

« De 2011 à 2013, 13 000 personnes, pour la plupart des civils, ont été pendus dans une prison au nord de Damas. Amnesty international décrit dans son rapport cette machine de mort instauré par le régime de Bachar Al Assad à la prison de SADNAYA. Cette violence du régime syrien semble rivaliser en horreur avec les hordes d’Al Qaeda ou de l’organisation de l’Etat Islamique « . 

Il semble bien impossible de fermer les yeux au prétexte rebattu qu’il faudrait « faire avec, car l’alternative serait pire ». On se demande comment on peut encore croire qu’il n’y a pas de solution alternative et qu’il faille se résigner au maintien de ce tyran au pouvoir.

« La barbarie des uns entretient celle des autres, telle est l’histoire en raccourci du régime syrien. Celle d’une complicité dans le crime de masse« .

On attend une réaction de l’ONU qui devrait décider des suites à donner à la révélation de l’usage qui a été fait des armes chimiques par Bachar Al Assad.

 

3°) « Une journée de commémoration de tous les génocides »

C’est la proposition faite par le président Hollande au dîner du CCAF (Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France) sans doute pour se rattraper du lamentable échec de l’annonce faite l’année dernière au même endroit d’un nouveau projet de loi qui permettrait la répression du négationnisme de tous les génocides.

Aura-t-il même le temps de l’instaurer ?

On ferait mieux de se remettre au travail pour refaire la copie bâclée du texte de la loi « Egalité Citoyenneté » qui s’est heurtée de nouveau à la censure du Conseil constitutionnel.

 

4°) Le Conseil constitutionnel censure la loi qui réprime la consultation de sites djihadistes

C’est au nom de la libre communication des pensées et des opinions garantie par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. En outre, le Conseil a estimé que la législation en vigueur donnait déjà aux pouvoirs publics la possibilité de contrôler les sites en question. Mais le parlement n’aura pas tardé à réagir, puisqu’avant la clôture de la mandature survenue le 26 février, il a adopté un nouveau texte qui incrimine la « consultation habituelle » en ajoutant qu’elle doit être accompagnée d’une manifestation d’adhésion à l’idéologie exprimée sur ces sites. On attend de voir d’où pourra être tirée la preuve de cette adhésion, à moins que le texte adopté ne fasse de nouveau l’objet d’une QPC.

5°) L’Afrique veut-elle vraiment en finir avec la CPI ?

L’Union africaine a adopté une stratégie de retrait collectif de la Cour Pénale Internationale lors du sommet d’Addis Abeba.

On se demande si ce n’est pas seulement un effet d’annonce qu’elle recherche. Actuellement parmi les 124 Etats, parties à la CPI, 34 sont des pays africains. En 2016, trois Etats africains ont annoncé leur retrait : L’Afrique du Sud, le Burundi et la Gambie.

Le Libéria, La Tunisie et le Malawi, la Zambie et la Tanzanie ont demandé un délai de réflexion avec Le Nigéria et la Côte d’Ivoire.

Il semble plutôt que ce soit une alerte destinée à inviter les autres pays pour leur faire comprendre qu’ils doivent prendre en considération les revendications des pays africains qui trouvent qu’ils sont la cible privilégiée de cette justice internationale.

Par ailleurs il semble que la stratégie de l’UA vise à renforcer la cour africaine de justice et des droits de l’homme qui deviendrait une sorte de cour Panafricaine.

 

6°) Le Bilan de la CEDH

Le Bilan 2016 de la CEDH publié le 26 janvier est peu flatteur pour la France.

La France a été condamnée 17 fois, notamment pour violation du droit à la liberté et à la sûreté (7 fois), du droit à la vie privée et familiale (3 fois), à la liberté d’expression (2 fois), et pour traitement inhumains et dégradants (5 fois).

Autant de fois que le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas réunis.

Un constat qui devrait faire réfléchir au « pays des droits de l’homme si prompt à donner des leçons à la terre entière ».

 7°) Jean-Marie Le Pen condamné définitivement pour le troisième fois pour « le point de détail »

En se joignant à la LICRA et à l’UEJF, MEMOIRE 2000 vient d’obtenir pour la troisième fois la condamnation  de Jean-Marie Le Pen pour avoir réitéré sur BFMTV ses propos sur le « point de détail ». La cour confirme la décision obtenue en première instance qui l’avait condamné à 30 000 € d’amende et à 5000 € d’amende en ordonnant la publication d’un communiqué pour annoncer cette condamnation. MEMOIRE 2000 en tant que  partie civile obtient en outre 3000 € de dommages intérêts.

Cette décision devrait mettre un terme à ses divagations sur les chambres à gaz.

Elle s’ajoute à celle que la cour d’Aix-en-Provence vient de prononcer contre lui pour provocation à la haine raciale envers les Roms (5000 €, le 27 février dernier).

Chronique du 4 février 2017

1) La chute ou la reprise d’Alep

Maintenant que les forces armées syriennes ont repris possession d’Alep Est, on se demande comment l’on doit en parler : « dire qu’Alep a été libérée est trop positif pour Assad. C’est sans doute pourquoi les médias qui ont choisi ce mot de libération l’ont placé entre guillemets »  (cf. Ingrid Riocreux in Causeur). Le terme qui convient serait « Reprise » cependant la plupart des médias ont choisi de dire qu’Alep Est était « tombée » aux mains des forces syriennes. On se demande seulement ce que sont devenus ou que vont devenir les Syriens qui n’étant pas des « rebelles » ont été contraints de quitter leur foyer pour se réfugier ailleurs. Où ? Qui s’en soucie aujourd’hui ? Les mots que l’on emploie suffisent ainsi à régler le sort des gens qui n’y peuvent mais.

2) Le sort des Rohingyas

Au début du mois de décembre, les Nations unies dénonçaient un « nettoyage ethnique »  de la minorité musulmane, entrepris par l’armée birmane. Alerté par l’opinion mondiale, le gouvernement de Mme Aung San Suu Kyi qui niait jusque-là la répression envers les Rohingyas, malgré les nombreux témoignages, semble avoir changé d’attitude. Il n’en demeure pas moins que les musulmans de ce pays sont contraints de fuir vers le Bangladesh pour éviter les viols systématiques et les incendies volontaires.

La diffusion d’une vidéo faisant état de ces exactions l’y a sans doute obligé.

Considérés comme des étrangers en Birmanie, pays dont les habitants sont à plus de 90% bouddhistes, les Rohingyas sont traités en apatrides, bien que certains vivent dans ce pays depuis des générations. Ils n’ont accès ni au marché du travail, ni aux écoles, ni aux hôpitaux et la montée du nationalisme bouddhiste ces dernières années a attisé l’hostilité à leur encontre.

Le Premier ministre malaisien a évoqué un « Génocide » de la population musulmane et pressé la présidente Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, d’agir. Les récits des victimes de ces violences s’accumulent dans l’indifférence de la communauté internationale. « Jamais nous n’avions fait face à un tel niveau de cruauté », le caractère répétitif de ces accusations provient de sources multiples, dont Amnesty International et Human Right Watch.

Il semble que cette haine ethnique remonte à l’époque coloniale. C’est à l’époque coloniale que les graines de la discorde entre musulmans et bouddhistes ont été semées, et c’est à partir de 1970 qu’elle a pris ce tour.

Le 31 janvier dernier, un conseiller musulman d’Aung San Suu Kyi a été assassiné à l’aéroport de Rangoun : Ko Ni, avocat et figure musulmane éminente de Birmanie. Amnesty International dénonce « la perte d’une voix importante pour le combat des droits de l’homme ».

Depuis le mois d’octobre, 66 000 Rohingyas ont fui et se sont réfugiés au Bangladesh.

3) Le procès d’Hissène Habré

Le procès historique d’Hissène Habré a marqué un tournant pour la justice internationale.

Pour la première fois, le recours à la compétence universelle a abouti à un procès sur le continent africain. Ce principe de droit international permet à la justice d’un pays de poursuivre les crimes commis à l’étranger, quelle que soit la nationalité de l’accusé ou celle des victimes. Un espoir pour tous ceux qui vivent sous des régimes oppresseurs où règne l’impunité et qui désespèrent d’obtenir un jour justice.

Reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, Hissène Habré, l’homme fort de N’Djamena, a déjà été condamné à perpétuité le 30 mai dernier. Ce jugement a été rendu par la chambre africaine extraordinaire du tribunal spécial créé pour les crimes commis au Tchad de 1982 à 1990 en marge de la CPI.

Survivants ou descendants des victimes, ils sont 4 000 à s’être constitués partie civile dans ce procès exceptionnel au cours duquel ont été évoqués les arrestations arbitraires, les déportations, les exécutions sommaires et les disparitions. On estime à 40 000 le nombre des personnes décédées ou disparues pendant le régime d’Hissène Habré.

Apres ses vingt années d’exil au Sénégal, il a fini par répondre de ses crimes.

4) Bachar Al Assad se défend d’avoir commis des crimes de guerre

Mis en cause pour « crimes de guerre »,  Bachar Al Assad s’en défend en disant : « si on avait fait des choses pareilles, nous n’aurions pas eu le soutien. Je ne serai pas président et le gouvernement en place ne serait pas là ». Et pourtant, confirmée par l’enquête menée en 2013 par Le Monde, les preuves existent de l’utilisation du gaz sarin par l’armée syrienne après le 30 juin 2013, date butoir après laquelle la Syrie devait avoir rendu la totalité de son arsenal chimique. Et cependant, dès juin 2014, les autorités françaises et britanniques disposaient des preuves de l’utilisation contre les rebelles syriens de gaz chloré, et de nombreux témoignages recueillis à Alep Est ont fait état de bombardements par l’armée syrienne et son alliée russe sur les hôpitaux civils dans les zones qui étaient alors aux mains des rebelles djihadistes. En septembre 2016, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, avait évoqué un « abattoir » et des crimes de guerre pour parler des bombardements attribués à la Syrie et à son allié russe. Plus largement, si toutes les parties ont tué indistinctement des individus armés ou non dans un conflit qui a fait entre 312 000 et 450 000 victimes dont au moins 95 000 civils selon l’OSDH, la plupart des crimes de guerre restent imputables à Damas. Ainsi, au moins 80% des morts sont dus au pouvoir syrien et à ses alliés.

Le fait que les USA aient laissé faire, sans intervenir et qu’en définitive les rebelles aient été obligés de quitter Alep ne justifie pas ces crimes. Qui saisira maintenant la CPI dont la Syrie a reconnu la compétence ?

En marge des initiatives diplomatiques déployées depuis, que peuvent faire les simples citoyens ? Déposer plainte ? Mais les simples particuliers n’ont pas qualité pour le faire. Poser la question aux candidats a l’élection présidentielle ? Ils ont d’autres chats à fouetter.

Ou rejoindre la marche de Berlin à Alep, comme le font une centaine de militants qui ont entrepris de traverser les frontières pour dénoncer l’indifférence, sur les pas des réfugiés syriens venus de Syrie en Allemagne, et sont partis le 26 décembre pour un parcours de 3600 km ? Originaires de Pologne, du Portugal et de France, de Turquie et d’Afghanistan, du Japon et du Danemark, d’Arménie et de Syrie, les organisateurs de cette marche n’y ont pas renoncé et entendent transmettre un message de tolérance : « on sait bien que notre marche a quelque chose d’utopique, mais on ne connait pas d’autre moyen de réagir ». En tous cas, c’est mieux que de ne rien faire et de se résigner aux malheurs du monde.

5) Le Rwanda fait à nouveau parler de lui

Le Conseil constitutionnel a rendu le 26 janvier une décision qui valide la loi EGALITE CITOYENNETE en ce qu’elle permet désormais de poursuivre « la négation, la banalisation ou la minoration outrancière des crimes de génocides lorsqu’ils ont été reconnus par une condamnation judicaire prononcée par une juridiction française ou internationale ».

Alors qu’il a au contraire censuré cette même loi en ce qu’elle concernait les génocides n’ayant pas fait l’objet de condamnation judiciaire qui constitueraient en même temps une incitation à la violence ou à la haine raciale ( cf. mon article en ligne depuis le 1er Février).

C’est le cas du génocide des tutsis qui a eu lieu au Rwanda entre avril et juin 1994, puisque ce génocide a été reconnu par le Tribunal pénal international pour le Rwanda et par la cour d’assises de Paris et de Bobigny au mois de décembre dernier dans l’affaire Pascal Simbikangwa.

Alors que jusqu’à présent, les droits reconnus à la partie civile en cette matière étaient réservé aux associations qui se proposent par leurs statuts de défendre les intérêts moraux et l’honneur de la résistance ou des déportés victimes de crimes commis lors de la seconde guerre mondiale, la loi a étendu cette faculté aux associations qui se proposent les mêmes buts pour tous les crimes de cette sorte, dès lors qu’ils ont fait l’objet d’une condamnation judiciaire.

Ce faisant, le législateur s’est soumis à l’injonction qui résultait d’une précédente décision du Conseil constitutionnel du 8 octobre 2015 qui avait fait droit à une QPC déposée par une association France Rwanda.

La question s’était posée à Mémoire 2000, il y a quelques années, lorsque nous avons été sollicités d’intervenir comme partie civile dans les poursuites criminelles engagées en France pour crimes de viols collectifs considérés comme crimes contre l’humanité. Nous avions hésité à intervenir aux côtés de la LICRA parce que nos statuts – que nous avons adapté depuis – ne le permettait pas expressément. C’est ce qui explique que nous n’avons pas pu être présents comme partie civile devant la cour d’assises de Paris et de Bobigny au cours du trimestre dernier, nos statuts ne nous permettant de le faire que pour des faits commis au moins cinq ans avant notre changement de statuts. Aujourd’hui, Mémoire 2000 va pouvoir intervenir au moins pour les délits d’apologie, de négation ou de minoration et de banalisation des crimes commis au Rwanda en 1994. Il suffira que le conseil lui en donne mandat et que nous trouvions un avocat disponible pour le faire.

Cette actualité judiciaire et constitutionnelle coïncide avec la mise en cause du Président Kagame, accusé d’avoir été l’organisateur de l’attentat de l’avion du président Habyarimana le 6 avril 1994, qui a déclenché le génocide des tutsis : par Pierre Péan, auteur d’une trentaine de livres dont « Une jeunesse française » consacrée au président Mitterrand (Fayard, 1994) et surtout « Noires fureurs, blancs menteurs – Rwanda 1990-1994 » qui lui a valu des poursuites dont il a a été relaxées.

Dans le magazine « Le UN » daté du 1er février de cette année, le journaliste s’en prend de nouveau au Président Kagame qu’il rend ainsi responsable du génocide des tutsis.

Pour expliquer cet acharnement, Pierre Péan pose en postulat « l’existence d’un fossé entre deux lectures du drame rwandais, celle qui se rapproche de la réalité (la sienne) et celle imposée par Kagame pour asseoir sa légitimité : « La première lecture est la suivante : le drame rwandais est une guerre civile sauvage entre Tutsis et Hutus, les deux principaux groupes de population de ce pays. Guerre inaugurée en octobre 1990 par une agression armée des Tutsis de la diaspora installée en Ouganda, avec le soutien de l’armée ougandaise, puis relancée par l’attentat contre l’avion d’Habyarimana. Les extrémistes Hutus commencèrent alors ce qu’on appela, jusqu’à la fin des années 1990, « le génocide des Tutsis et des Hutus modérés ». Dans la seconde lecture, le roman fabriqué par Kagame et ses relais, le drame rwandais se résumerait à un affrontement entre le bien et le mal, entre les bons Tutsis et les Hutus génocidaires. Kagamé ayant mené une guerre de libération nationale contre un régime ayant programmé le génocide des Tutsis avec l’aide de la France. »

L’article de Pierre Péan occupe toute la page intérieure déployée du magazine « Le Un » sous le titre « Récit d’une manipulation ». Il n’y est répondu, comme il se doit, que par un article en contre-pied de Colette Braeckman, grand reporter au Soir de Bruxelles, qui suit la question depuis l’origine et qui est l’auteur d‘un ouvrage de référence «  Rwanda, histoire d’un Génocide » (Fayard, 1994) qui pose la question qui subsiste : « Après 1994, c’est une guerre de basse intensité qui s’est poursuivie entre la France et le Front Patriotique Rwandais. Il y eut des offensives médiatiques, des batailles de scoop et de démentis, les attaques diplomatiques contre un régime qui avait mis fin au génocide et refusait de plier… il y a eu de montagnes de livres, des kilomètres d’articles. Mais jamais de vraie réponse à la seule question qui compte vraiment : pourquoi le pays des droits de l’homme a-t-il été le compagnon de cette entreprise de mort et pourquoi les hommes politiques (dont Hubert Védrine prend la défense dans les colonnes d’à côté) quels que soient leurs partis et même leur génération ont-ils occulté ou minimisé la responsabilité de leur Etat dans le dernier génocide du siècle dernier ? »

Le livre d’Anjan Sundaram «  Bad News – last journalists in a Dictatorship » dont Rose Lallier a rendu compte dans les colonnes du journal du mois de décembre ne répond pas à cette question, ni ne remet en cause la réalité ni l’ampleur du génocide des tutsis dont Mémoire 2000 se doit d’entretenir la mémoire par respect pour les victimes, comme le fait IBUKA depuis plus de vingt ans.

C’était le sens du soutien que je proposais d’apporter au Collectif des parties civiles pour le Rwanda qui ne prend pas part à ces querelles politico-diplomatiques.

La lecture de ce numéro entièrement consacré au Rwanda devrait nous amener à réviser notre position qui a consisté à nous abstenir d’apporter ce soutien symbolique à ceux qui sur le terrain judiciaire mènent le combat de la mémoire.

6) Le Racisme anti-asiatique

En France l’apparition de manifestations contre le racisme anti-asiatiques a de quoi surprendre.

L’auteur de « Français, je vous ai tant aimés : L’impossible intégration ? », Mai-Lan Nguyen-Conan, se pose la question de l’invisibilité du racisme anti-asiatique et surtout celle du silence autour du phénomène : « le militantisme n’est pas dans notre culture ».

Le racisme anti-asiatique est finalement assez proche de l’antisémitisme. L’idée qu’ils sont partout, alors que leur logique est finalement celle de l’autonomie économique, montre assez bien qu’il procède des fantasmes plus que de la réalité. La question que révèle ces manifestations : est-ce qu’il n’y a qu’une seule façon de lutter contre le racisme qui serait la façon dont l’ont fait les Africains et les Américains ? Ne peut-on le faire différemment en luttant contre le racisme dans sa globalité ? Le danger est de communautariser les racismes, de pointer du doigt les responsables, c’est-à-dire les méchants blancs français et les gentils qui seraient les autres. Dans cette dichotomie entre les blancs et les non-blancs, les asiatiques ne s’y retrouvent pas. Justement parce qu’ils sont entre les deux.

La façon caustique et caricaturale qu’on a en France de traiter les asiatiques soit par le mépris, soit par la gaudriole, rend assez bien compte de la réalité. Les « humoristes »  et les amuseurs publics s’y laissent volontiers aller (cf. Arthur sur TF1 in « sketch sous hypnose), sans que les associations antiracistes ne protestent. On entend dire « que la LICRA ou SOS Racisme ne mouftent pas et que les seules associations communautaires ou les personnes concernées se sont insurgés ». Personnellement, j’ai observé le contraire mais le fait que les médias ne rendent pas compte de ces initiatives suffit sans doute à effacer leurs interventions. Il ne faudrait pas se cantonner à nos protestations habituelles.

7) L’Homophobie entre autres ne fait pas partie de celles-ci

Alors qu’elle est bien présente… On en a perçu l’acuité à l’audience de la 17° chambre où se trouvait dénoncée et poursuivie l’accumulation de tweets homophobes contre l’adjoint au logement de la mairie de Paris le 12 janvier dernier. Bien que le coupable identifié s’en soit excusé en disant qu’il « avait honte de ce qu’il avait fait ».

Pour le procureur qui avait relayé les poursuites de la victime, Jean-Luc Romero, élu du XII° arrondissment de Paris, « toutes ces paroles ne sont pas des propos tenus en l’air, elles blessent le pacte social. De la parole à l’acte, il n’y a qu’un pas… ». Trois mois de sursis ont été requis, le jugement sera rendu le 22 février prochain.

Pour nous : Comment aborder la question auprès des élèves ?

La DILCRA devenue le 16 décembre la « DICRAH », Délégation Interministérielle pour la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie ou la haine anti-LGBT, lance pour le mois de mars un appel à projet qui pourrait vraisemblablement intéresser les écoles que nous abordons.

8) Les actes antimusulmans en forte baisse

L’islamophobie que l’on craignait voir se développer en France semble avoir régressée. C’est sans doute la seule bonne nouvelle de cette chronique de début d’année. Le CCIF et l’observatoire national contre l’islamophobie reconnaissent que les actes antimusulmans enregistrés en 2016 ont été en net recul, non seulement par rapport à l’année 2015, année exceptionnelle marquée par les attentats, mais aussi par rapport à 2014…de 35,9% par rapport à l’année précédente et de 24% par rapport à 2014. Mais ces organisations persistent à dénoncer un « racisme d’Etat » qui à l’occasion de la mise en place de l’état d’urgence aurait accrédité l’idée que « le problème sécuritaire est en France un problème musulman ».

9) L’état d’urgence contesté par les organisations des droits de l’homme

90 % des français ne ressentent pas le poids de l’état d’urgence.

Christine Lazerges, présidente de la CNDCH nous alerte sur cette accoutumance pour elle « extrêmement grave pour les droits de l’homme et les libertés fondamentales de voir la France s’installer dans un faux confort où l’on peut choisir pour des raisons politiques ou de facilités administratives, soit le dispositif d’urgence soit le droit commun, presque aussi pratique l’un que l’autre ».

L’état d’urgence est rapidement devenu une commodité. Il crée du rejet et in fine du racisme et des discriminations, tout cela au nom, de la protection des Français. On vient justement de le percevoir ce vendredi 2 février à l’occasion de cette tentative d’attentat terroriste commis au Louvre, à la machette par un ressortissant égyptien   à l’encontre des forces de l’ordre.

Il y a une sorte de mensonge d’Etat qui prend les aspects de la « câlino » thérapie (cf. les images des forces de l’ordre en armes et en uniformes dans les espaces publics). Cette pression entretient un climat de peur qui est propice à l’abandon de nos liberté fondamentales que les juges administratifs ne sont pas enclins à enrayer.

Personnellement, je n’ai pas perçu, au contraire, de leur part un abandon quelconque et c’est même sur eux que l’on a pu se fonder pour défendre ces libertés (cf. la réaction du Conseil d’Etat à l’encontre des spectacles de Dieudonné).

10) la réaction du corps judicaire aux poursuites pour aide aux migrants

Le tribunal correctionnel de Nice a relaxé Pierre-Alain Mannoni, cet enseignant de Sophia-Antipolis, qui avait simplement hébergé des réfugiées érythréennes et qui était poursuivi pour aide illégale aux immigrants. Entendu par les juges de Nice, on lui a accordé une immunité pénale parce qu’il avait aidé des gens en détresse : « J’ai uniquement transporté des gens dans le but de préserver leur dignité. (…) Je crois que j’ai défendu les valeurs de la République et celles de mes ancêtres. »

Malgré cela, le procureur de la République a fait appel. Il y a donc des juges qui se trompent. Lesquels ?

11) Le décret anti-immigration de Trump suspendu par un juge fédéral

La poursuite de l’application du décret de Donald Trump du 27 janvier interdisant l’accès du territoire américain aux ressortissants de sept pays musulmans (Iran, Irak, Somalie, Libye, Soudan, Yémen et Syrie) et empêchant l’afflux des réfugiés syriens a été bloquée vendredi 30 janvier par le juge James Robart sur la plainte déposée par l’Attorney général de l’Etat de Washington, Bob Fergusson.

Cette décision applicable à l’ensemble du territoire a pour effet de débloquer la situation de ces ressortissants retenus dans les aéroports américains qui vont pouvoir rentrer sur le territoire américain s’ils sont nantis de visas, en attendant la décision de la Cour suprême sur la plainte déposée qui vise le texte même de la constitution qui proscrit toute forme de discrimination fondée sur la religion ou l’origine.

Le Président Trump, vivement contrarié par cette décision, a déjà annoncé qu’il faisait appel de cette décision ; mais en attendant, la suspension de ces mesures restrictives à l’entrée des Etats-Unis des ressortissants de ces pays musulmans reste applicable.

On peut s’attendre à une partie de bras de fer ; d’autant qu’elle vient se compliquer de la contestation devant le Sénat de la nomination du nouveau juge à la Cour suprême désigner par le président Trump dès le lendemain de l’investiture de son mandat.

Quelle que doive être la nouvelle composition de la Cour suprême, rien ne permet de présager le sens de la décision que prendra la Cour suprême sur la plainte dont elle est saisie. D’abord cette décision peut n’intervenir que dans plusieurs mois durant lesquels la libre circulation des étrangers continuera. Ensuite, la jurisprudence de la Cour suprême tient compte des circonstances ayant conduit à l’adoption de mesures restrictives la libre circulation, lorsqu’elle vise les étrangers et que l’intérêt supérieur du pays est en jeu (consulter à ce sujet : « La Cour suprême, l’Amérique et son histoire »  de Stephen Breyer, juge à la Cour Suprême, aux Editions Odile Jacob).

Il n’est pas surprenant que les hostilités des juristes contre les mesures annoncées par le nouveau Président aient commencé par là ; mais elles laissent espérer que le droit et la constitution l’emporteront.

Bernard JOUANNEAU

Chronique du 22 décembre 2016

Ce mois de décembre aura été marqué par le martyr d’Alep devant lequel le monde a enfin réagi trop tard ; mais sans que la Russie et la Chine ne maintiennent leur veto au Conseil de sécurité sur la résolution présentée par la France qui propose d’instaurer des observateurs de l’ONU pour veiller à l’évacuation du secteur d’Alep Est.

C’est un moindre mal ; mais ça reste un malheur pour ces gens obligés de quitter leur maison pour se refugier à Ilbid où les rebelles détiennent encore le contrôle. L’amalgame fait entre les « terroristes de Daesh » et les populations civiles d’Alep a semé la confusion et permis à Bachar Al Assad de se maintenir au pouvoir avec le soutien des Russes. Il est sans doute trop tôt pour lui demander des comptes. Mais ils restent à faire et ceux qui se sont avancés pour annoncer leur intention de voir juger les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre vont-ils abandonner leur réclamation ou saisir la CPI ? Il faudrait pour cela une résolution du Conseil de sécurité pour ouvrir une enquête. On n’en voit pas le moindre signe.

Mais il semble que Al-Qaïda et Daesh veuillent rappeler leur dessein, en reprenant Palmyre et en rééditant à Berlin l’attentat au camion de Nice, en plein marché de Noël le 20 décembre.

Partout la violence : en Birmanie où la minorité des Rohingya se voit maltraitée par l’armée birmane ; à Istanbul et au Caire où les attentats se succèdent notamment contre les Coptes d’Egypte.

En marge de ces manifestations, les procès se succèdent, sans qu’on en perçoive l’efficacité.

1) D’abord au TPIY pour la Yougoslavie où se termine le procès de Ratko MLADIC

Il aura fallu attendre 20 ans pour que le procès qui dure depuis quatre ans trouve son épilogue. Le procureur général a réclamé contre lui la perpétuité, après que Radovan KARADJIC ait été condamné à 40 ans de réclusion criminelle pour le génocide commis à Srebrenica. Au crépuscule de la guerre en Décembre 1995, la Bosnie-Herzégovine comptait plus de 30 000 disparus. En mars 2016, 8 000 corps n’ont pas été retrouvés.

Ces morts sans sépulture constituent un enjeu sensible dans cet après guerre qui n’en finit pas, qui voit encore les familles rechercher les leurs. Plus de 100 000 morts entre 1992 et 1995 pendant cette guerre de Bosnie déjà oubliée qui constituait bel et bien un génocide de plus au XX° siècle.

Le verdict est attendu pour le mois de janvier. Quel qu’il soit, il ne rendra pas les morts sauf ceux que l’on a retrouvés dans la fosse de Tomasica. Au cours de son procès, Radovan KARADJIC avait affirmé qu’à Tomasica, on n’avait enterré que les corps des combattants bosno-serbes. Le procès de Ratko MLADIC aura au moins permis de démontrer que ces corps étaient aussi ceux des civils.

2) La justice serbe ouvre vingt ans après son premier procès sur Srebrenica

Huit hommes sont accusés d’avoir ordonné ou participé à l’exécution, en une seule journée, de plusieurs centaines de musulmans bosniaques.

En marge des procès de la justice internationale qui se déroulent à La Haye, le massacre de Srebrenica perpétré en 1995 en Bosnie est jugé à Belgrade pour « crimes de guerre contre la population civile ». Parmi les accusés, Nedeljko MILIDRAGOVIC (Nedjd le Boucher) qui s’est installé en Serbie et y est devenu un prospère homme d’affaires.

La Serbie refuse de reconnaitre que Srebrenica fut un acte de génocide, contre l’avis du TPIY pour la Yougoslavie (cf. infra) alors que « Les mères de Srebrenica » dénoncent ce génocide.

3) Aux Pays-Bas, le député d’extrême-droite Geert WILDERS, coupable d’incitation à la haine raciale, est dispensé de peine

Le député en question avait harangué un groupe de partisans lors d’un meeting en leur demandant « s’ils voulaient moins de Marocains aux Pays-Bas ». Il risquait une peine de 24 mois de prison et 20 000€ d’amende pour incitation à la haine raciale ; mais les juges l’ont finalement dispensé de peine en estimant que le fait de désigner ce dirigeant d’extrême-droite comme partiellement coupable était une sanction suffisante. Mr WILDERS a en revanche été condamné à la moitié des frais du procès , l’autre moitié restant à la charge des parties civiles.

On annonce à La Haye que le parlement va devoir réfléchir à l’éventuelle suppression du délit de provocation à la haine et à la discrimination pour ne retenir que la provocation à la violence. Les élections auront lieu en Mars 2017 et le parti d’extrême-droite est crédité de 29 sièges sur les 150 que comporte la chambre des députés.

4) A Paris, Henry de Lesquen, le patron de Radio Courtoisie, comparaissait pour le même délit à raison de ses tweets dans lesquels il s’en prenait aux « Congoloïdes » et à la « musique nègre » ainsi qu’à la « plantureuse Simone Veil »  en s’étonnant de sa longévité et de celle des rescapés de la shoah qui dépassent aujourd’hui les 90 ans, ajoutant même « en voyant les photos des rescapés des camps, je suis arrivé à la conclusion qu’ils n’avaient pas pu survivre très longtemps, je me suis donc interrogé sur certains témoignages. »

Parlant par ailleurs des footballeurs qu’il désigne comme des «  joueurs de balle au pied », il proposait « d’utiliser de la lessive pour blanchir les joueurs de couleur ».

Son avocat, le même que celui de Jean-Marie Le Pen, Maître François Wagner, a cru bon de rappeler que son client avait déjà été condamné pour des faits du même ordre et qu’il n’avait encouru qu’un rappel à la loi et à un stage de citoyenneté au Mémorial de la Shoah, qualifiée par Henry de Lesquen comme « une entreprise de rééducation grotesque et scandaleuse digne de la Corée du nord ».

5) Jean-Marie Le Pen comparaissait lui pour contestation de crimes contre l’humanité pour ses propos sur les chambres à gaz qualifiées par lui de « point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale » qu’il avait réitérés pour la troisième fois depuis 1987 sur BFM TV

Mémoire 2000 comme la LICRA et « J’accuse » étaient parties civiles.

Sa défense s’est réfugiée derrière les moyens de procédure ; mais elle a surtout consisté à plaider pour obtenir une réduction des indemnités mises à sa charge en première instance qui avec l’amende de 30 000 € dépassaient les 100 000€.

On trouvera ci-après le compte-rendu de l’audience où j’ai comparu, alors que J.M. Le Pen s’en était dispensé.

6) Les Coptes d’Egypte, cible des islamistes, otages du pouvoir

Une fois de plus la violence islamiste a visé la minorité copte d’Egypte. Pour l’ensemble de la presse, il ne fait pas de doute que « l’ignoble attentat commis à l’intérieur de l’église Saint Pierre et saint Paul du Caire le 11 décembre est le fait de l’un des groupuscules djihadistes en guerre contre l’Etat égyptien ».

Les chrétiens d’Egypte n’échappent pas à leur condition de bouc émissaire et de cibles de substitution dans le combat mortifère que se livrent depuis des décennies l’appareil d’Etat et les franges les plus violentes de la mouvance islamiste.

Cet attentat, commis à l’intérieur même de l’église un dimanche à l’heure de la messe dominicale, a fait plusieurs morts (25 aux dernières nouvelles). Mais cet attentat ne visait pas que les chrétiens. Ceux qui l’ont commis cherchent aussi à déstabiliser le pouvoir en le forçant à prendre la défense de la minorité chrétienne pour mieux le délégitimer auprès de la majorité musulmane.

7) Dans le même temps, des radicaux kurdes revendiquent le double attentat d’Istanbul commis la veille

38 morts dont 30 policiers et une centaine de blessés, c’est la 17ème attaque qui frappe le pays qui a dénombré 370 victimes depuis 2015.

On ne s’étonnera pas que M. Erdogan en tire profit pour mener sa lutte contre le PKK.

Dans tout cela, on chercherait vainement une bonne nouvelle.

Bernard JOUANNEAU, Président de Mémoire 2000

Chronique du 5 décembre 2016

1) La cour d’assises de Bobigny confirme le verdict sur le génocide des tutsis

La cour d’assises de Bobigny a rendu le 3 décembre son verdict en appel, dans l’affaire de Pascal SIMBIKANGWA. Elle confirme la condamnation à la peine de 25 ans de réclusion criminelle pour crime de génocide des tutsis au Rwanda en Avril 1994 qui avait été prononcé par la cour de Paris. Ainsi se termine le premier procès engagé à ce titre, pour génocide, devant la juridiction française, reconnue compétente à raison de la compétence universelle en la matière.

La peine prononcée par la cour d’assises est conforme aux réquisitions de l’avocat général.

Ce procès criminel pour génocide aura été le premier suscité 20 ans après le génocide des tutsis en 1994. Un autre procès devant la cour d’assises de Paris contre NGENZI et BARAHIRA au printemps 2016 a conduit à la condamnation en juillet 2016 à la prison à perpétuité pour les deux accusés.

Le succès remporté est dû à l’action publique menée par le ministère public français à l’encontre de ces responsables publics qui ont pris part au génocide et à celle des parties civiles regroupées au sein du CPCR qui mène et gère les procédures au nom des parties civiles et de la mémoire.

Mémoire 2000 se félicite de cette condamnation à laquelle elle n’a pas pu prendre part, faute de moyens ; mais elle salue comme il se doit les efforts de la LICRA qui a pu représenter les victimes. Son projet de désignation d’un représentant de l’humanité devrait à l’avenir permettre de concentrer sur celui-ci la défense de l’humanité qui reste la première victime de ce crime.

Au cours de ce procès, le rôle qu’a pu jouer la France dans le génocide a été évoqué ; mais selon l’avocat général : « l’évocation très récente de la justice rwandaise d’impliquer les responsables français doit rester à l’écart de ce procès. En effet la cour d’assises – dit-il- n’est ni un parlement, ni un lieu de débat politique, ni une université, ni un laboratoire de recherches historiques, ni même un colloque. La justice ne répond pas à la même préoccupation. Nous recherchons ici la vérité judiciaire. Ne nous trompons pas de débat. » 

Cette recommandation ne laisse pas moins subsister l’impact de cette reconnaissance judiciaire de la réalité et de la véracité du génocide des tutsis qui devrait suffire à permettre désormais la poursuite des négationnistes de ce génocide, sur le fondement de la loi adoptée en première lecture par les deux chambres du parlement français.
Mémoire 2000 qui a soutenu activement ce projet de loi dans son principe et qui s’est manifestée auprès d’IBUKA et du CPCR se félicite de ce résultat.

2) L’échec de l’extrême droite en Autriche

L’Autriche vient d’élire son nouveau président Alexander VAN DER BELLEN, candidat écologiste, avec 53,3% des voix, faisant ainsi échec à la candidature de Norbert HOFER, le candidat d’extrême-droite.

On craignait de le voir l’emporter sur son rival qui avait été élu au mois de mai. Son élection à 30 000 voix d’écart avait été annulée par le conseil constitutionnel autrichien. Il a fallu revoter, sous la pression de ce parti d’extrême-droite, le FPÖ, qui bénéficiait d’un soutien renforcé par l’hostilité croissante envers les migrants qui, sur la route des Balkans se sont, en nombre implantés en Autriche.

On se réjouit de constater que l’écart entre les voix du candidat libéral et celle du candidat d’extrême-droite s’est nettement élargi, démontrant la volonté du corps électoral autrichien de résister à la pression de l’extrême-droite.

Le tremplin que le FPÖ espérait dans la perspective des élections législatives de 2018 semble s’éloigner.

On ne peut s’empêcher de penser que le témoignage déchirant de GERTRUDE… ancienne déportée à AUSCHWITZ, âgée aujourd’hui de 89 ans, a porté.

3) Les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité se perpétuent en Syrie

Leur dénonciation par l’ensemble de la communauté internationale ne semble avoir le moindre effet auprès des autorités qui les perpétuent, avec le soutien des Russes, le tout, dans l’indifférence des autorités.

Il semble malheureusement fini le temps où la seule évocation d’un génocide se profilant derrière les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité qui se multiplient pouvait avoir quelque effet sur l’opinion. L’objectif politique poursuivi par le recours à de telles méthodes suffit à les légitimer, sans que les menaces agitées par la CPI aient quelque effet.

Le seul fait qu’ils se situent dans un contexte international de rivalité politique, dans un climat de guerre civile suffit à les écarter du paysage et mieux même à empêcher ceux qui s’y livrent de les revendiquer au nom de la lutte contre les terroristes.

On en parle au BURUNDI et au SUD SOUDAN ainsi qu’en BIRMANIE notamment où l’armée birmane est accusée de « nettoyage ethnique » contre une minorité musulmane installée dans l’est du pays. La cheffe du gouvernement birman est accusée de passivité face au génocide de la minorité musulmane Rohingya par son homologue malaisien. Le Premier ministre de Malaisie, Najib RAZACK, a dénoncé la passivité de la communauté internationale après que les membres de la minorité Rohingya réfugiés au BANGLADESH eurent fait état de viols en réunion, de tortures, de meurtres et de massacres…

Selon l’ONU 30 000 personnes ont été déplacées par les violences qui ont fait des dizaines de morts depuis le mois d’octobre dans l’état de RAKHINE où se concentrent les Rohingya.

Cette minorité est perçue comme étrangère en Birmanie, bien que certains de ses membres y vivent depuis des générations. Leur citoyenneté n’est pas reconnue. Ils vivent marginalisés dans la société dans des conditions misérables. Une montée du nationalisme bouddhiste a attisé l’hostilité à leur encontre. L’armée birmane dément ces accusations, mais empêche dans le même temps les journalistes étrangers et humanitaires d’accéder aux zones concernées.

On en parle en Afghanistan où la CPI a décidé d’ouvrir une enquête.

La procureure générale de la CPI, Fatou BENSOUDA, a déclaré « avoir une base raisonnable permettant de croire que les militaires américains ont soumis les détenus, arrêtés en Afghanistan, à des traitements cruels. » Mais Washington a rejeté ces résultats préliminaires dévoilés par la CPI sur d’éventuels crimes de guerre qui auraient été perpétrés, dans les années 2000 par des militaires américains et des agents de la CIA. Au demeurant, les américains rappellent qu’ils ne sont pas adhérents au statut de ROME qui a instauré la CPI.

4) L’instabilité de la Cour pénale Internationale

Ce sont précisément les pays dans lesquels il apparaît que des violations du droit pénal international ont pu être commis qui s’en prennent à la CPI dont ils récusent la compétence.

Ainsi, par exemple au BURUNDI qui vient de se retirer du traité de ROME de 1998, suivi en cela par l’AFRIQUE DU SUD et par plusieurs pays africains (dont la GAMBIE) qui considèrent que la CPI a manqué à la neutralité, en ne se penchant que sur la situation des pays africains.

La Russie elle-même qui avait adhéré en 2000 a fait savoir qu’elle se retirait. Pour justifier cette décision, elle fait valoir que la juridiction internationale mise en place « n’est pas véritablement indépendante (…) qu’elle a déçu les espoirs qu’on avait placés en elle », et accessoirement le coût que représente le fonctionnement de la Cour qui, en 14 ans d’existence, n’a prononcé que 4 verdicts pour une dépense de 1 milliard de dollars.

On peut néanmoins s’interroger sur les véritables raisons de ces retraits successifs dès lors que c’est au moment où la procureure générale de la Cour déclenche une enquête que surviennent les retraits ; notamment au BURUNDI et en UKRAINE où la CPI enquête sur le soulèvement pro-européen de Maïdan et sur le conflit qui s’en est suivi dans l’est du pays.

Jusque là, MOSCOU ne s’était pas opposé à la saisine de la Cour à la demande du Conseil de sécurité de l’ONU concernant la situation au DARFOUR ou même en GEORGIE.

Son opposition ne s’est manifestée qu’en 2013, lors de l’intervention des forces russes en SYRIE, aux côtés de Bachar Al Assad.

Depuis, les menaces et les annonces de retrait se succèdent. Plusieurs états africains réclament un changement de statut, allant vers une plus grande protection des chefs d’état africains.

Le dernier en date à annoncer son retrait est le président Philippin Rodrigo DUTERTRE, alors qu’il se sait menacé d’une enquête, en disant «  qu’il était prêt à suivre l’exemple de Vladimir POUTINE » qui entend annuler sa signature.

On finit par se demander si l’intervention de la justice en matière de crimes contre l’humanité est la meilleure option, alors que les Etats ne parviennent pas eux-mêmes à s’en faire juge. Trop coûteuse. Trop lente. Trop soumise à la pression des membres du Conseil de sécurité, elle se voit contestée pour chacune de ses interventions. A La Haye, où le président Laurent GBAGBO est jugé pour crimes contre l’humanité. Son procès s’annonce long et difficile. Au mois d’août 2016, 13 témoins avaient été entendus. A ce rythme, il faudrait encore 4 ans au procureur pour présenter ses témoins (cf. Le MONDE du 16 nov.). A Abidjan où la cour d’assises juge depuis le mois de mai l’ancienne première dame de COTE D’IVOIRE, Simone GBAGBO, pour crimes contre l’humanité commis lors de la crise post-électorale de 2010-2011 qui a fait plus de 30 000 morts en 5 mois.

5) Le sort des migrants qui se risquent encore à traverser la Méditerranée ne s’améliore pas

On en voit maintenant toutes les semaines de ces embarcations de fortune sauvées en pleine mer par les navires humanitaires dont l’AQUARIUS d’où on leur lance des gilets de sauvetage.

Le 16 novembre, c’est 3200 personnes qui ont été secourues en cinq jours, autant que pour l’ensemble du mois de novembre 2015 ; signe que le rythme des départs reste élevé, malgré la dégradation des conditions de navigation.

Depuis le mois de janvier, l’Italie a vu arriver 167 000 personnes sur ses côtes. Le chiffre dépasse le chiffre de 153 000 de l’an passé et s’approche des 170 000 de l’année 2014.

6) Et pendant ce temps là en France

On poursuit en correctionnelle à NICE pour aide au séjour de migrants ayant franchi la frontière italienne. Pierre-Alain MANONNI, professeur de l’université Nice Sophia Antipolis et chercheur au CNRS, a du comparaître en correctionnelle pour avoir transporté dans sa voiture, trois Erythréennes refugiées et blessées, après 36 heures de garde à vue.

Heureusement une résistance se fait jour dans la vallée de la ROYA. Une pétition circule qui a recueilli 60 000 signatures et pendant ce temps-là on s’occupe des primaires de la Droite et du centre.

Le procureur n’en a pas moins requis 6 mois de prison avec sursis.

Jugement attendu le 4 janvier 2017.

7) Le retour annoncé des migrants par la route du Caucase

Et pourtant le retour des migrants, par la route du Caucase, après la traversée de la mer Egée se fait jour, depuis qu’ERDOGAN menace de se rétracter sur l’accord du 18 mars laissant les réfugiés syriens, érythréens, irakiens et afghans passer par la Grèce.

Le gel des négociations de BRUXELLES sur l’adhésion de la TURQUIE à l’UE risque de provoquer des réaction de la TURQUIE qui menace de se retourner vers l’Asie. Le processus d’adhésion entamé en 2005 n’avance pratiquement plus depuis 2013 et l’accord UE /TURQUIE du 18 mars l’avait relancé ; mais il ne s’est rien passé depuis.

A Bruxelles, on redoute qu’Erdogan ne réplique, en refusant d’appliquer l’accord du 18 mars, laissant les refugiés syriens, Erythréens, irakiens et afghans passer par la GRECE.

 

8) La peine de mort a de beaux jours devant elle

A l’occasion des élections américaines, les Etats fédérés se sont également prononcés sur la peine de mort.

Le NEBRASKA, L’OKLAHOMA et la CALIFORNIE avaient organisé un référendum sur la peine de mort. Celle-ci a été rétablie au NEBRASKA alors qu’elle y avait été abolie en 2015.

L’OKLAHOMA qui a le plus grand nombre d’exécutions par habitants aux Etats Unis devient ainsi le premier Etat à garantir la légalité de la peine de mort en l’inscrivant dans sa constitution.

Pour mémoire, on rappellera qu’aux Etats-Unis avant les élections, 19 Etats fédérés l’avaient abolie, 11 avaient instauré un moratoire, 13 n’avaient pas exécuté de peine de mort depuis dix ans et 13 seulement poursuivaient l’exécution capitale.

La résolution pour un moratoire universel sur l’application de la peine de mort à l’ONU a recueilli en 2014 : 117 voix pour et 38 voix contre.

9) L’exposition du Mémorial de la Shoah

Sur le génocide des Héréros et des Namas en 1904 dans le Sud-Ouest africain allemand (actuelle NAMIBIE).

Le premier génocide du XX° siècle a eu lieu en Afrique de l’ouest et ce sont les Allemands qui s’en sont rendus coupables.

Environ 65 000 Héréros et 10 000 Namas furent massacrés par l’armée du II° Reich dans le Sud-Ouest africain allemand.

Le mémorial de la SHOAH leur a consacré une exposition.

Cette exposition est d’autant plus intéressante et instructive qu’elle  étudie le génocide dans une perspective comparatiste.

A voir jusqu’au mois d’avril 2017.

On ne s’étonnera pas de ne pas trouver dans cette chronique de rubrique concernant la tragédie d’ALEP qui vit ses derniers instants sous la pression du régime syrien et de ses alliés russes.

Une chronique particulière y sera consacrée, une fois connue le sort de cette ville martyre.

Chronique du 23 octobre 2016

1) Création d’une mission d’études sur les génocides (du 20 oct.)

La ministre de l’Education Nationale annonce la création d’une mission d’études sur les génocides confiée à l’historien Vincent Duclert afin d’en favoriser la compréhension et de lutter contre le négationnisme et le révisionnisme.

Il semble que le gouvernement s’oriente plutôt vers la pédagogie que vers la répression. On doit s’en féliciter ; mais ne pas perdre de vue que les victimes ont droit non seulement à la reconnaissance des génocides qui les ont frappées, mais aussi à la protection de leur mémoire par la loi. On n’en prend qu’à moitié le chemin (cf. infra N° 2).

Comme le signale le collectif « VAN veille Media », les références faites à Pierre Nora sur le sujet ont de quoi surprendre, puisqu’il a été l’un des adversaires les plus farouches des lois mémorielles et tout particulièrement de celles concernant le génocide arménien.

2) Le vote au sénat d’un article de la loi Egalité Citoyenneté portant sur la répression du négationnisme des génocides (du 18 oct.)

Alors qu’on ne s’y attendait pas, le Sénat vient d’adopter en première lecture le projet de loi « Citoyenneté Egalité » qui contient de nombreuses dispositions concernant le liberté d’expression et en particulier celles qui concerne la négation des génocides, revenant ainsi sur la proposition de loi de Valérie Boyer (Vice-Présidente du groupe LR) discutée le 4 déc. 2015 devant l’Assemblée.

Ce n’est qu’une demi-mesure qui n’aura d’effet qu’en ce qui concerne le génocide des Tutsis et pas celui des Arméniens ; car à défaut de reconnaissance par une juridiction internationale ou par une juridiction nationale compétente (ce qui n’est plus possible pour le génocide arménien), il faudra que soit établi que la négation ait été proférée dans le but de provoquer à la haine.

Le sénat fait ainsi l’application de la jurisprudence du Conseil constitutionnel et de la CEDH et accessoirement de la consultation que le président Hollande a demandée au Président Costa.

En réalité, il cherche à ménager les Turcs qui s’accommoderaient de ce texte, en faisant croire aux électeurs qu’il tient compte des revendications de la communauté arménienne française.

Il y a pourtant une solution pour sortir de cette impasse.

J’ai lancé une suggestion en direction des associations arméniennes et des partis politiques (cf. par ailleurs sur le site, mon article sur la question).

Mais pour l’instant, on peut se demander pourquoi cet amendement trouve place dans un texte sur « l’Egalité » alors qu’il la méconnaît.

3) Le Référendum de Robert Ménard à Béziers

On a vu à Béziers la publicité de Robert Ménard contre les migrants :

« ça y est, ils arrivent…les migrants dans notre centre ville

L’Etat nous les impose

Les migrants dans notre ville »

La DILCRA a eu beau annoncé qu’elle avait saisi le parquet de Béziers pour cette publicité susceptible d’être constitutive du délit de provocation à la haine raciale, rien n’y a fait.

Robert Ménard a fait voter par son conseil municipal le principe d’un référendum sur la question suivante : « Approuvez-vous l’installation de nouveaux migrants imposée par l’Etat, sans consultation du conseil municipal? »

Les élus ont accepté cette résolution par 36 voix contre 4, alors qu’il ne s’agit que d’installer 40 demandeurs d’asile dans une ville qui comprend 70 000 habitants.

Ce référendum, s’il n’est pas interdit par le tribunal administratif saisi par le préfet, devrait avoir lieu le 8 janvier prochain.

4) La trêve d’Alep

A la date où j’écris (le 21 octobre), on ne sait pas si la trêve acceptée par les Russes pour une durée de 11 heures sera prorogée pour permettre aux populations civiles de ALEP (est) de quitter la ville par les couloirs humanitaires avec les combattants qui le désirent. Il semble plutôt que les habitants comme les combattants veuillent rester jusqu’au bout sur place pour résister au pouvoir de Damas, malgré les frappes intensives des Russes. La résistance de ce peuple martyr force l’admiration et suscite en même temps la controverse jusque dans la campagne électorale française où l’on entend Jean-Luc Mélenchon défendre les Russes accusés par ailleurs de crimes contre l’humanité.

5) Le 35em anniversaire de l’abolition de la peine de mort

A cette occasion le magazine LE MONDE du 14 octobre a consacré un article sur Robert Badinter «  le Combat d’une vie ». Ce combat continue. Il faut faire lire aux enfants et à aux petits-enfants « L’exécution » et « L’Abolition », ça s’est passé en 1981 ; mais c’est le tournant du siècle. Malheureusement, la peine de mort existe toujours et elle est abondamment pratiquée en Chine, en Arabie saoudite, en Iran, au Pakistan et… aux Etats Unis (95% des condamnés le sont dans 5 pays et comme « rien n’est jamais acquis » il y en a encore en France qui demandent qu’on y revienne. Au Cameroun où elle a été rétablie en 2004, elle n’a pas endigué la progression du groupe djihadiste Boko Haram.

6) Notre indifférence à l’égard d’Haïti

L’ouragan qui a frappé une fois de plus Haïti en faisant près de 1000 morts semble nous laisser indifférents. C’est toujours le pays le plus pauvre de la planète et pourtant c’est aussi le plus courageux. C’est lui qui a aboli le premier l’esclavage « On n’a jamais fini de faire payer à ce peuple qu’il ait mené la guerre aux trois grandes puissances esclavagistes de l’époque : l’Angleterre, l’Espagne et la France et se libère pour fonder la première nation libre des Amériques * »  et quand on pense que la caisse des dépôts conserve encore l’argent qu’Haïti a dû payer à la France pour dédommager les esclavagistes de l’abolition de l’esclavage …!!!

(*Dixit Raoul Peck, ancien ministre de la culture de 1995 à 1997)

7) Les « idées reçues » sur les migrants

Moins de 9% de la population vivant en France est immigrée et pourtant on entend dire :

«  Qu’ils envahissent la France » …

Alors que la France n’a accordé l’Asile qu’à 19 506 personnes en 2015

Et que le regroupement familial n’a concerné que 12 000 personnes

« Qu’ils sont mieux logés que les SDF »

« Qu’ils viennent en France pour se faire soigner »

Alors que l’AME ne permet aux immigrés en situation irrégulière que de bénéficier de soins médicaux gratuits pendant un an et qu’il y a des conditions d’octroi de cette aide.

Et que la PUMA (protection universelle maladie qui remplace la CMU- couverture maladie Universelle- depuis le 1er janvier 2016) ne leur est accordée que moyennant cotisation aux DDA, en fonction de leurs revenus.

8) La montée du racisme au Royaume-Uni

L’ECRI s’alarme de l’aggravation du discours de haine et des actes à caractère raciste au Royaume-Uni depuis le référendum sur le BREXIT qui semble avoir conduit à une nouvelle exacerbation des sentiments xénophobes et « donné aux britanniques une sorte de feu vert pour être raciste ». Les experts du conseil de l’Europe pointent du doigt la responsabilité de la presse populaire d’outre Manche.

Une haine anti-polonaise atteint cette communauté de 800 000 personnes (la deuxième après l’Inde).

Dans les deux semaines qui ont entouré le référendum, 3000 plaintes pour actes xénophobes ont été déposées : une progression de prés de 50%.

Additif à l’Editorial du journal d’Octobre 2016

A propos de l’interview du Vice-président du Conseil d’Etat

A propos du Burkini

Il eut mieux valu se taire

Dans une interview qu’il a donnée au FIGARO le 4 octobre dernier, le Vice-président du Conseil d’Etat, Jean-Marc Sauvé, a cru devoir prendre la défense du président de la section contentieux du Conseil d’Etat, Bernard Stirn, pour l’arrêt qu’il a rendu le 28 août dernier sur les recours formés contre les décisions des tribunaux administratifs de Nice qui ont refusé d’annuler les arrêtés municipaux interdisant le port du Burkini sur les plages de Mandelieu, La Napoule et Cannes.

On pensait que la question était réglée parce que la chose était jugée, encore que le Conseil d’Etat lui-même reste saisi sur le fond des recours en annulation proprement dit.

Mais ce n’était qu’une illusion. Le débat a resurgi et plusieurs municipalités notamment en Corse ne se sont pas inclinées.

Fallait-il pour autant que le Vice-président du Conseil d’Etat se mobilise pour défendre ses troupes ?

La démarche est insolite et elle a de quoi surprendre. D’habitude ce sont les universitaires, professeurs de droit, spécialistes de droit public qui se chargent des « commentaires d’arrêt » et la jurisprudence se suffit à elle même. Ne dit-on pas d’ailleurs que les décisions attendues du Conseil d’Etat ou de la Cour de Cassation vont «  faire jurisprudence » ?

L’autorité de la chose jugée qui s’y attache n’a pas besoin de justifications, surtout de la part des collègues, sauf à prendre l’apparence d’un tract syndical. La justice rendue par « l’autorité judiciaire »  s’impose d’elle-même, au même titre que la loi dans le domaine législatif et les actes du gouvernement dans le domaine réglementaire et administratif qui relève du pouvoir exécutif.

S’il a éprouvé le besoin de justifier la décision rendue en la matière, serait-ce pour des raisons politiques ? Le seul fait qu’on puisse se le demander dès lors qu’il n’est pas publié dans une revue de droit, mais dans un quotidien d’information fait injure à la fonction qu’il exerce.

Mais alors, n’avait-il pas un « devoir de réserve »  qui l’obligeait à s’abstenir de commentaire ?

Dans les pays et les systèmes où la divulgation et la publication des opinions divergentes sont pratiquées (CEDH, CJE, Cour Suprême des USA), elles le sont simultanément avec l’arrêt lui-même et pas un mois après, lorsque la décision rendue aura suscité des réactions et des commentaires.

Le seul fait qu’il se soit écoulé du temps entre l’un et l’autre sème le trouble et rend la décision même approuvée, fragile.

Comme il ne pouvait pas se contenter de paraphraser et répéter les motifs de l’arrêt rendu, le Vice-président n’a pu que répondre aux critiques dont il avait fait l’objet, comme s’il était déféré au public appelé à l’approuver. Ce renfort risque bien d’avoir l’effet inverse.

D’autant que les arguments employés s’avèrent discutables et bien légers. Ils relèvent en effet plutôt de l’approbation et de l’affirmation d’une conviction partagée plutôt que d’une argumentation charpentée.

Ainsi en est il du sophisme «  le port d’un vêtement » (qu’il appelle quelques lignes plus loin) un « costume de bain » ne peut être regardé comme portant en lui-même atteinte à l’égalité hommes-femmes.

Présenté de la sorte, l’argument ne peut qu’emporter l’adhésion, tant la différence entre une culotte ou une parure vestimentaire et le principe républicain fondamental de légalité est dérisoire.

La révérence gardée envers ce « principe absolu » tend lui aussi à souligner le côté dérisoire du rapprochement qui est fait avec un maillot de bain.

Et que vient faire à cet endroit la « morale  déterminée », alors que les moyens soulevés pour justifier les interdictions prononcées du port de cette tenue en public portent sur les plages proches du lieu où s’est produit l’attentat de Nice qui devait faire 86 morts le 14 juillet précédent ?

L’effacement des circonstances nécessaires à l’appréciation des motifs de la mesure de police fait évidemment perdre à la décision rendue toute sa portée.

Quant à la rupture de l’égalité qu’elle représente, elle méritait mieux que cette qualification désinvolte de « fragile » que dans le vocabulaire officiel on qualifie généralement de « sérieux ».

Mais surtout nulle allusion n’est faite à la disparité relevée entre cette décision du mois d’août 2016 et celle du mois de janvier 2015 émanant du même magistrat et qui visait le spectacle de Dieudonné jugé attentatoire à la dignité de la personne humaine… celle précisément qui se voit mise en cause par l’obligation soi-disant imposée aux femmes musulmanes par une lecture masculine du Coran.

Non, Monsieur le Vice-président, le silence eut été la bonne réponse aux critiques dont cet arrêt a fait l’objet.

Le 5 octobre 2016

Bernard JOUANNEAU

Chronique du 1er octobre 2016

1° La destruction du patrimoine mondial condamnée par la CPI

La Cour Pénale Internationale vient de rendre sa décision le 27 septembre dans l’affaire de la destruction des Mausolées de Tombouctou où se trouvait poursuivi Ahmad Al-Faqi, un Malien armé par Al-Qaïda, dénoncée par la directrice de l’UNESCO Irina Bokova comme étant un crime un crime contre l’humanité. La décision rendue est historique puisque c’est la première qui retienne un telle destruction comme étant bien un « crime contre l’humanité », bien qu’il ait été commis en l’absence de toute déclaration de guerre. Assimilée à un « génocide culturel », un telle destruction atteint une communauté à raison de sa culture.

La condamnation prononcée par la cour à 9 ans d’emprisonnement devrait faire date.

La France de son côté a lancé pour le 2 et 3 décembre 2016 la création d’un fonds mondial pour la sauvegarde du patrimoine.

2° L’Aggravation de la situation des migrants

Que ce soit celle des migrants retenus en Grèce sur l’ile de Lesbos, dans l’attente de leur acheminement et où les campements s’avèrent insuffisants pour les héberger, au point de provoquer des violences et des incendies.

Ou celle des migrants recueillis en Méditerranée lors de leur transit de Libye vers l’Italie où les naufrages se succèdent,

Ou celles des réfugiés à la frontière de la Serbie et de la Hongrie qui se voient refoulés par le régime de Viktor Orban qui vient d’organiser un référendum qui leur est hostile et qui compromet les décisions prises à l’initiative de l’Allemagne à Bruxelles.

Ce n’est malheureusement pas en France qu’elle s’améliore (cf. Le journal d’octobre 2016 de Mémoire 2000 et les statistiques en ligne sur le site Mémoire2000.org où certaines municipalités se vantent de créer des espaces sans migrants ou d’organiser des référendums municipaux anti-migrants et où les candidats à la primaire de la droite et du centre rivalisent avec les prises de position du Front National notamment à propos de l’évacuation progressive de le «jungle de Calais ».

Il faut que ce soit le maire de Villeurbanne qui rappelle au président de la deuxième région française, M. Laurent Wauquiez, que le village du Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire s’est pendant la seconde guerre mondiale grandement et durablement illustré en donnant refuge à des familles juives et à des enfants juifs: « ces réfugiés n’étaient pas tous français, mais tous étaient persécutés »… L’amalgame entre immigrés, réfugiés et clandestins qui entretient la peur de l’Autre a quelque chose d’inconvenant et mensonger au moment où notre pays a besoin de dépassement et de raison.

3° ALEP « La pire crise humanitaire depuis 1945 »

On ne peut pas se résigner à laisser les forces en présence sur le terrain intensifier leurs combats, en exterminant la population civile restée prisonnière de cette ville journellement attaquée jusque dans ses hôpitaux

Alep a beau constituer un enjeu stratégique crucial dans un conflit qui a déjà fait prés de 300 000 morts en cinq ans, il reste sur place encore entre 250 000 et 300 000 habitants qui cherchent quotidiennement à survivre. L’armée de Bachar el-Assad qui assiège la partie rebelle de la ville quasiment en continu depuis deux mois, malgré la trêve sans lendemain décidée à New-York, pilonne jour et nuit ses propres habitants, soutenue en cela par les troupes russes.

Tout le monde a repris les armes, et ni les militaires, ni les diplomates ne parviennent à sortir ce pays de l’enfer. Le récit quotidien des malheurs qui s’abattent sur la population, et sur les enfants en particulier, comme sur les hôpitaux et les personnels médicaux n’a visiblement aucun effet sur la communauté internationale qui assiste impuissante et indifférente à cet « Holocauste », sans même « lever le petit doigt » (Pierre Haski in Le nouvel Obs, qui évoque comme bien d’autres le souvenir de Guernica, de Grozny ou Sarajevo).

On se demande d’ailleurs s’il ne serait pas temps de revenir sur la formule « Plus jamais ça », alors que c’est pire. Le point commun entre le passé et aujourd’hui semble bien être « l’impuissance internationale et l’incapacité de ce qu’on n’ose plus appeler « communauté internationale » à empêcher ou stopper les tueries de masse ».

Faut-il s’en prendre aux intellectuels qui resteraient silencieux ? Alors qu’il s’en trouve encore quelques-uns pour sonner l’alarme, dont Bernard-Henri Lévy dans Le Point qui reprenant les accents du général de Gaulle au balcon de l’Hôtel de Ville en 1944 (Paris outragé, Paris martyrisé, Paris écrasé…) trouve les mots pour dénoncer « Alep assiégé, brisé, qui ne se rend pas et qui est entrain de mourir debout ; Alep épuisée, outragée, qui se bat le dos au mur, Alep notre honte, notre crime par abstention, notre humiliation devant la force brute, notre acceptation du pire, Alep qui pleure et nous maudit » et pour s’interroger sur l’avenir de cette Europe en première ligne « qui joue là son avenir et une part de son identité ».

4° Le Racisme anti-asiatique retenu comme circonstance aggravante à Bobigny

Pour la première fois, les violences dénoncées à l’occasion des manifestations qui ont suivies les agressions commises contre des asiatiques qui se sont vus soustraire leurs économies, pour des raisons identiques à celles qui présidaient à l’enlèvement et à l’exécution d’Ilan Halimi ont été reconnues comme une circonstance aggravante.

Grâce aux diligences de la communauté asiatique qui s’est mobilisée et aux efforts de la LICRA dont les avocats se sont présentés à l’audience comme partie civile.

Chronique du 29 août 2016

La fausse querelle

Alors que des milliers de réfugiés tentent au péril de leur vie de traverser la méditerranée en provenance de la Lybie pour trouver refuge en Europe, nous n’avons trouvé cet été que le Burkini comme sujet de débat ou de polémique.

La France, que l’étranger commence à regarder de travers, révèle de cette manière la peur dont elle est saisie et l’inquiétude qui est la sienne en présence de la montée de la provocation islamiste.

On a sans doute eu tort de crier aux loups sans savoir si cette revendication des jeunes femmes musulmanes est une pure provocation ou une soumission soit à une loi religieuse, soit à la domination masculine dont elles disent s’accommoder ; mais la confusion règne et s’installe et risque de rebondir à la faveur du démarrage de la campagne pour les primaires.

La décision du Conseil d’Etat du 27 aout semblait avoir réglé la question. C’est l’inverse qui se produit.

On constate que la politique et le droit ne font pas bon ménage. Il semble que les juristes aient pris la place des politiques et réciproquement : le rejet du Burkini constitue une réaction politique à l’angoisse suscitée par les attentats du mois de juillet et il semble que le conseil d’Etat ait voulu apaiser la controverse ; mais ce faisant, sous l’apparence d’une leçon de droit, cette décision qui en revient à une notion très restrictive de la notion même d’ordre public prend une position politique ; alors que les politiques croient pouvoir donner des leçons de droit en parlant de respect de la laïcité qui pourtant n’a rien a voir avec la question.

MEMOIRE 2000 doit elle aussi s’abstenir de jeter de l’huile sur le feu et prendre garde à ne pas se laisser aller à une démarche d’intolérance et de méfiance à l’égard d’une catégorie de la population constituée par les femmes musulmanes.

Il demeure cependant que la nécessaire protection de la dignité, au-delà même du respect de l’égalité hommes femmes, est en cause dans la mesure où pour pouvoir sacrifier au plaisir de la baignade les femmes musulmanes sont obligées de se soumettre à l’exigence des hommes, sans que le Coran ni la charia ne le commande.

2° Le secours des migrants en Méditerranée

A peine rentrés de vacances, les Français qui n’ont pas décrypté la stratégie d’ERDOGAN pour imposer et renforcer son pouvoir se demandent encore si l’accord du 18 mars entre l’Union Européenne et la Turquie va être mis en oeuvre. Cet accord devait permettre de stopper l’afflux des réfugiés à travers la mer Egée. Les grecs y ont veillé mais les italiens ont du faire face à l’afflux de ces mêmes réfugiés qui ont seulement pris un autre chemin pour parvenir en Europe: La Libye.

A la fin du mois d’août, on décomptait 105 342 migrants qui ont traversé la méditerranée pour tenter de rejoindre l’Europe. 2786 hommes femmes et enfants y ont perdu la vie en une année alors que 400 000 personnes ont rejoint les côtes italiennes depuis le début 2014 (source OIM).

Le lendemain même de cette nouvelle, le 30 août, les garde-côtes italiens en coordination avec la marine, Frontex et certaines organisations humanitaires comme MSF ou d’organismes de l’Union ont réussi a sauver 6500 migrants au large de la Libye, venant s’ajouter au 1100 récupérés la veille.

On doit saluer au passage cette mobilisation tout en prenant conscience qu’on pourrait et qu’on devrait faire bien davantage puisqu’il semble « qu’une véritable flottille militaire et humanitaire patrouille au large de la Libye. »

3°Le Visage d’Omrane

Le visage d’OMRANE, 5 ans, blessé à ALEP, publié en première page du Monde a de nouveau suscité l’émoi de l’opinion à l’égal de celle du petit AYLAN au mois de septembre de l’année dernière.

« C’est un visage triste et silencieux qui n’appartient à aucun pays ». Un visage simple qui réveille les consciences et qui devrait permettre de réaliser l’enjeu de la bataille d’ALEP entre les forces syriennes, Daesch, la coalition et les rebelles syriens. C’est une autre catastrophe humanitaire qui semble nous rester indifférente.

4°Le premier procès devant la CPI pour la destruction des mausolées de TOMBOUCTOU

Le procès qui se déroule devant la Cour Pénale Internationale à la suite de la destruction des mausolées de Tombouctou sera le premier procès de la destruction du patrimoine mondial.

Des bouddhas de BAMYAN en Afghanistan en passant par PALMYRE en Syrie « ces attaques visant à réduire en lambeaux le tissu même de la société » (Irina Bokova, Directrice de l’UNESCO).

Même s’il plaide coupable, l’auteur de ces destructions continue de soutenir que ces mausolées sont contraires à la charia … De quel droit ?

5° A Calais, rien n’est réglé

« Calais est une honte ! (Le monde du 29 août). Que dire de la situation d’aujourd’hui lorsque le nombre d’habitants approche les 10 000 dont plus de 800 mineurs sans famille ? Alors qu’on devait vider le camp, il s’est de nouveau rempli et agrandi en créant des difficultés complémentaires, notamment des rivalités entre les migrants.

Bernard JOUANNEAU, Président de Mémoire 2000

Chronique du 10 août 2016

Le Sort des migrants ne s’est guère amélioré depuis l’accord conclu le 18 mars dernier entre l’Union européenne et la Turquie. L’afflux des réfugiés syriens, irakiens et afghans vers les îles grecques a été enrayé ; mais ceux qui avaient réussi à traverser le Méditerranée n’ont pas pu progresser dans la voie de l’exil. Retenus en Grèce par suite de la fermeture des frontières de la Macédoine, ils ont été détenus dans des conditions qui ont été dénoncées par le HCR et par tous les organismes humanitaires.

Tandis que quelques uns d’entre eux ont été reconduits de force vers la TURQUIE qui s’est empressée de les concentrer dans des camps du même nom, sans que se mette en place le plan d’échange 1/1 de l’Union qui prévoyait le renvoi dans les pays de l’Union de ceux qui remplissaient les conditions d’accès au droit d’asile.

Les Européens ont différé leur réponse à la demande de visas dont les Turcs souhaitaient bénéficier, en raison de l’absence de reconnaissance par les Turcs de l’absence de certaines des conditions de l’accord.

Les Turcs ont accepté de recevoir les réfugiés qu’on leur renvoyait, alors qu’ils en avaient déjà accueilli 3 millions, moyennant le versement des 6 Milliards d’Euros promis par Bruxelles ; mais les réfugiés, parvenus en Grèce au péril de leur vie, ont tout fait pour ne pas avoir à se soumettre à cette loi du retour qui les faisait repartir à la case départ.

Mais les Turcs n’ont pas répondu aux exigences de l’Union en ce qui concerne la liberté d’expression, provoquant ainsi les réactions occidentales relayées par la Ligue des Droits de l’Homme avec l’appui en France de Robert Badinter. Menacés par la révolte des Kurdes d’une part et par la tentative de putsch manqué d’autre part, le président ERDOGAN s’est mis à surfer sur la vague populaire du soutien de l’AKP. Il vient de s’incliner devant la volonté populaire de rétablir la peine de mort pour les putschistes, tout en sachant que le rétablissement de la peine de mort mettrait un terme aux négociations pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Il semble pour l’instant s’en accommoder, mettant ainsi fin non seulement aux négociations en vue de l’adhésion qui dure depuis cinquante trois ans, mais aussi aux accords conclus au sujet des réfugiés qui voient sans doute leur itinérance vers l’Europe en traversant la mer Egée.

Ils l’avaient d’ailleurs simplement déplacée vers l’Italie à partir de la Lybie d’où de nombreuses embarcations de fortune sont parties, sans parvenir toutes à leur but.

Le rapprochement annoncé avec la Russie au début du mois d’août tend – paraît-il – à équilibrer les relations internationales du coté des Russes qui cherchent à reprendre l’initiative dans la crise syrienne. En profitant de l’émoi suscité par la tentative de putsch du 15 juillet, Erdogan trouve l’appui qui lui manquait de la part de l’Occident.

Dans tous ces échanges, le sort des réfugiés qui sont pris en otage tantôt par les uns, tantôt par les autres, compte peu et de celui des enfants encore moins. Il semble qu’ils soient plutôt une marchandise en échange des concessions mutuelles que la Turquie serait en droit de recevoir de l’Est comme de l’Ouest.

2° Le nouveau visage des terroristes

Les attentats de l’été prennent visiblement un autre tour que celui des attaques entreprises par l’Etat Islamique depuis 2014, qui se sont manifestés en France en Janvier 2015 par les tueries à Charlie hebdo et le magasin Hyper Casher, et en Novembre par l’agression des «mécréants et des Bobos » de l’Occident stigmatisé comme étant le pire du pire, relayés au mois de Mars 2016 à Bruxelles par l’attentat de Zaventem et du métro. Après l’attentat contre les gays d’Orlando, on a vu apparaitre des initiatives individuelles émanant de jeunes gens n’ayant pas pu rejoindre la Syrie, qui se sont traduites par l’assassinat de policiers à Magnanville , par l’attentat de la promenade des Anglais à Nice le 14 juillet et par l’assassinat du Père Jacques Hamel à St Etienne du Rouvray.

Ces agressions ciblées ont fait comprendre à l’opinion que nul n’était à l’abri et que la guerre déclarée par l’EI allait se répandre et durer, sans le déploiement de ses forces combattantes, mais par la terreur suscitée par ces actes aux limites de la psychiatrie.

La propagande de l’Etat Islamique surfe sur la vague de l’altération du libre arbitre de ses partisans fanatiques qui adhèrent à l’islamisme pour en imposer la volonté fasciste, raciste et dictatoriale. En suscitant la réprobation, elle entretient le moteur de la haine qui, selon elle, devrait inciter l’Occident à réagir contre les musulmans eux-mêmes qui sont les premières victimes de ce mouvement.

L’appel à l’union et à la constitution d’un véritable pouvoir de représentation de l’islam modéré ne parait pas suffisant pour maitriser la réaction que l’on peut craindre de la part des non musulmans. L’émotion suscitée par l’exécution du père jacques HAMEL fait partie des réactions sur lesquelles les djihadistes comptent pour alimenter cette guerre de religion qu’ils appellent de leurs vœux.

L’insécurité engendrée par les agressions personnelles fait craindre à chacun de se trouver mêlé à ces règlements de compte, sans trop savoir pourquoi ni comment se protéger. On se demande si le pouvoir politique dispose des moyens et des idées à mettre en place pour résister. Il est trop évident que les précautions prises qui restreignent l’espace de liberté des citoyens ne suffisent pas.

En cela les terroristes l’ont déjà emporté, puisque tout espace public doit être sécurisé et à défaut les manifestations traditionnelles annulées. Les polémiques que suscitent l’insuffisance de ces précautions met en exergue l’incompétence des pouvoirs publics en ce domaine qui semble se restreindre à organiser les cérémonies d’hommage aux victimes.

Il est temps que la question soit pris en charge par tous et chacun, à la place qu’il occupe et avec les moyens dont il dispose.

3° La violence homophobe subsiste

Parmi les discriminations les plus indéracinables, l’homophobie s’installe. Il n’y a pas que les islamistes pour déclencher la haine en ce qui les concerne (cf. Orlando, le 27 juin dernier).

Le mal se répand à nos portes, dans les familles et sur le net

C’est en raison des attaques qu’il avait subies de la part de la population turque à ISTANBUL qu’un jeune réfugié syrien a saisi la CEDH d’un recours contre le décision prise par les autorité grecque qui voulaient l’obliger à retourner en Turquie d’où il venait. La CEDH a fait droit à sa requête fondée sur la discrimination dont il faisait l’objet en raison de ses mœurs et de son appartenance LGBT.

C’est pour la même raison que le corps mutilé d’un jeune syrien homosexuel a été retrouvé décapité dans un district islamo-conservateur d’ISTANBUL, après la très violente agression d’un couple homosexuel britannique à la sortie d’une boite de nuit gay sur l’île de MYKONOS.

En France, elle pousse à la rue les fils et les filles rejetés par leurs familles du seul fait d’être ce qu’ils ou elles sont.

Dans la rue, sur les réseaux sociaux et dans certaines homélies, elle surgit perfidement pour humilier, blesser, rabrouer ou réduire au silence que ce soit les trois policiers en civil énervés, qui s’en prennent hors service et sans raison à un jeune couple homosexuel en les traitant de «sales pédés». Que ce soit Mgr André Vingt Trois qui a profité de la messe en hommage au père Hamel à Notre Dame de Paris pour dénoncer devant les représentants de l’Etat « le silence des élites devant la déviance des mœurs et la légalisation de ces déviances».

IL semble que l’homophobie ne fasse pas de pause estivale…

4° Une initiative courageuse en matière de lutte contre le racisme

Le journal flamand «De Morge»  a décidé de reproduire dans ses colonnes les commentaires racistes qu’il reçoit, qui se caractérisent par un déferlement de haine décomplexée, directement lié aux attentats , à la crise des réfugiés et à la stagnation économique qui attisent visiblement la peur et font disparaitre toute honte.

Le journal espère ainsi faire toucher du doigt la virulence et la recrudescence des attaques racistes. Mais on doute que ceux qui ont participé à ce lynchage médiatique et numérique en éprouvent la moindre honte. Faute de leur servir de leçon, il faut espérer que ça serve à d’autres.

5° ERDOGAN et la peine de mort

Erdogan réussit-il à imposer à l’Occident l’image d’un démocrate qui aurait sauvé son pays de la dictature en enrayant le putsch militaire du 15 juillet ? C’est ce qu’il tente de faire croire, notamment par la voix de ses ambassadeurs. C’est ainsi que Hakki AKIL, ambassadeur de Turquie en France, a tenté d’expliquer les raisons pour lesquelles la Turquie se tourne vers les Russes, soit disant pour stabiliser les relations turco-russes et favoriser l’équilibre entre les Américains et les Russes. Invité le mardi 9 aout sur I-télé, il s’est plaint de ce que les Occidentaux n’avaient pas compris le danger qui menaçait son pays, et l’héroïsme du peuple qui s’est à cette occasion rapproché de « la voix de son maître » ; mais en même temps, il a laissé entendre qu’il ne s’opposerait pas au rétablissement de la peine de mort : « si le peuple veut la peine de mort, les partis suivront sa volonté… »  Si le parlement décide de réinstaurer la peine de mort, nous ne nous soucierons pas de ce que pensent les autres. Nous l’appliquerons. »
Toujours habile à épouser les humeurs de l’opinion, Erdogan n’hésite pas à attiser le désir de vengeance d’une majorité de ses concitoyens contre les militaires putschistes (Edito du Monde du 10 août). Ce faisant, il se pare des vertus de celui qui respecte d’abord et avant tout la volonté populaire, alors que c’est probablement lui qui, à travers l’AKP qu’il domine, maîtrise aussi la majorité au parlement.

Il se plaint de ce que les Occidentaux ne l’ont pas suffisamment complimenté pour avoir stoppé net l’aventure des militaires qui, jusqu’alors, apparaissaient en Turquie comme les défenseurs de la laïcité et de la démocratie. C’est sans doute pourquoi il va chercher des félicitations chez «  son cher Ami » à Moscou, en tentant de se faire passer pour le rempart le plus sûr contre l’islamisme et le terrorisme, alors qu’il tend visiblement à restaurer la puissance de l’Empire ottoman dont il se verrait bien devenir à vie « le nouveau Sultan ».

Lors de la manifestation du 8 août « Meeting pour la démocratie », un garagiste retraité a déclaré à la presse : «  Au moins, nous avons sauvé la démocratie grâce au «  commandant en chef ». Maintenant que nous avons nettoyé le pays des traitres, c’est l’occasion pour la Turquie de retrouver son unité et sa grandeur. C’est le début de la restauration de l’empire ottoman ».

On a du mal à croire alors qu’il fait tout pour réimplanter la religion là ou Atatürk l’avait délogée en 1920 en instaurant « la république de Turquie ». C’est lui qui a soutenu le projet de restauration au culte de Sainte Sophie à Istanbul, toujours au nom du respect de la démocratie.

En attendant, les arrestations se multiplient avec les révocations et les sanctions prises non seulement contre les militaires, mais aussi contre les magistrats, les avocats et les journalistes.

L’appel collectif lancé par Robert Badinter dans LE MONDE, avec plusieurs magistrats et avocats pour que les arrestations cessent, le montre assez bien: « La lame de fond autoritaire qui sape le fondement des institutions depuis 2013 traduit la volonté du président turc de museler toute opposition. Les récentes révocations en cascade et les arrestations arbitraires s’inscrivent dans la dynamique de neutralisation des contre pouvoirs à l’œuvre depuis plusieurs années ». Pour eux « le gouvernement de la Turquie, pourtant membre du conseil de l’Europe et signataire de la convention européenne des droits de l’homme, piétine les principes démocratiques ».

« C’est pourquoi il semble essentiel que de toute l’Europe des voix s’élèvent pour rappeler que ces principes sont notre socle commun. Afin que du fond de leur cellule, nos amis turcs les entendent.»

On peut fortement douter qu’on les leur laisse entendre et l’on doit redouter le pire au-delà même de la restauration d’un Empire Ottoman qui se réimplanterait dans la région comme le sauveur providentiel de la crise, au besoin en accord avec l’Iran, jusqu’à laisser s’implanter les racines de l’islamisme qu’il prétend combattre mais dont il se rapproche dangereusement.

En tous cas, il faut constater que c’en est probablement fini de la collaboration entre ANKARA et BRUXELLES. Avec la restauration de la peine de mort, l’entrée de la Turquie dans l’Union est compromise et le règlement par l’accord UE /Turquie illusoire. On pouvait jusqu’alors espérer que la Turquie finirait par rendre les armes en s’efforçant de satisfaire aux exigences de l’Union européenne en matière de liberté d’expression et d’autonomie de la justice, en raison de l’avantage attendu de la suppression des visas. Les conditions de l’accord conclu à cet égard s’éloignant de jour en jour, et les européens convaincus que c’était le seul moyen d’enrayer l’afflux des refugiés finiront par s’apercevoir qu’en réalité, c’était un marché de dupes. Il semble plutôt qu’ANKARA a l’intention ferme de jouer la carte russe afin de riposter au flot de critique de l’Union européenne et des Etats-Unis sur la violation des droits de l’homme depuis le putsch raté du mois de juillet.

Même si le pire n’est pas toujours sûr, c’est un possible changement d’alliance géostratégique qui s’esquisse, périlleux pour tous les acteurs au coeur de la poudrière proche-orientale.

De très mauvaise nouvelles pour le pays, pour l’Europe et pour le Monde, au profit exclusif du nouveau sultan qui prend ainsi une dimension internationale et qui le met au rang de ceux avec lesquels il va falloir compter pour l’équilibre du monde. Fasse le ciel qu’ERDOGAN y renonce.

6° L’ombre de Mein Kampf

« Haine des juifs, haine des communistes, haine des syndicats, haine des Bobos de l’époque, Hitler s’y raconte en revenant sur sa jeunesse et sur la création du Pari National Socialiste »

« Tout y est faux : faux, le héros de la première guerre mondiale, faux le gamin pauvre dormant dans la rue. Hitler fut un soldat loin des tranchées, un fils de fonctionnaire. »

Son traducteur pour FAYARD, Eugène MANNONI qui n’est pas un débutant, fait part de ses doutes à Florence AUBENAS dans LE MONDE, en face de la tache : « C’est un texte avec lequel il faut se battre. Parfois, je n’en pouvais plus. Une fatigue intellectuelle énorme. Je devais arrêter. » Et cependant il a continué sa traduction qui devrait paraître en 2018.

Le Pape François qui s’est rendu en visite à AUSCHWITZ a demandé pardon pour les malheurs qu’Hitler a répandu sur terre, en même temps qu’il a lancé un appel à la jeunesse en l’incitant à sortir de son confort et aller à l’aventure. Son message est passé. On n’a pas besoin de le traduire.

Bernard JOUANNEAU, Président de Mémoire 2000

Chronique du 5 Juillet 2016

1° La situation des migrants au regard de l’Europe, en présence des exigences de la TURQUIE

On se souviendra que pour aider l’Europe à résoudre son problème de l’afflux des migrants, la Turquie a accepté d’accueillir sur son territoire les migrants parvenus en Grèce, dans le but de demander l’asile en Europe, mais pour que cet accord qui remonte au 18 mars dernier soit appliqué, il faut que la Turquie justifie de ce qu’elle respecte les critères qui lui ont été imposés, notamment pour obtenir des visas dans l’espace de Schengen au profit de ses ressortissants .

Ce n’est pas encore le cas.

il lui fallait aussi accepter de modifier sa législation antiterroriste jugée par les Européens trop menaçante pour la liberté d’expression.

La Turquie persiste à s’y refuser.

Le pacte migratoire conclu entre l’UE et la Turquie le 18 mars a produit ses effets escomptés, en ce qu’il a permis de voir régresser le nombre des migrants traversant la mer Egée pour rejoindre la Grèce, mais il a eu pour effet revers d’augmenter le nombre des migrants qui ont, à partir de la Libye, tenté de rejoindre l’Italie, pour le plus grand dommage des embarcations de fortune qui ont sombré en Méditerranée.

Le président Erdogan qui a obtenu des Européens une indemnité de six milliards d’euros pour mettre en application ce pacte, menace de ne plus l’appliquer tant qu’il n’aura pas obtenu ses visas, sans pour autant satisfaire aux conditions qui lui ont été imposées  selon les responsables turcs : « il y a des problèmes mais cela ne veut pas dire que nous ne soyons pas sur la bonne voie  c’est le processus diplomatique en cours » .

En attendant les six milles refugiés qui ont  franchi la Méditerranée et sont arrivés en Grèce s’y trouvent confinés et retenus dans l’impossibilité de poursuivre leur chemin, puisque la frontière avec la Macédoine est fermée et les migrants se trouvent dans une situation de non droit que le secrétaire général  de l’ONU, M. Ban Ki-Moon,  a dénoncée en critiquant l’accord conclu entre l’UE et la Turquie:  » la détention des migrants doit cesser immédiatement et la communauté internationale doit faire davantage pour résoudre les conflits et régler les problèmes qui causent tant de souffrances ». Selon les décomptes officiels, il y avait encore le 17 juin 8471 migrants sur les cinq îles grecques situées en face de la Turquie en mer Egée. Il y a également en Grèce continentale répartis en plusieurs dizaines de camps, plus de 48000 migrants arrivés avant le 20 mars, mais coincés là par la fermeture début mars des frontières au nord de la Grèce.

On dirait que les Européens n’en ont même pas conscience, sous prétexte que l’on ne peut pas s’occuper de toutes les misères du monde. Comment ose-t-on répéter à l’envi de telles inepties? Michel Rocard doit s’en retourner déjà dans sa tombe. 

 

2° Un génocide en cours d’exécution

Le rapport de la commission d’enquête sur les droits de l’homme affirme que l’Etat Islamique continue de rechercher à détruire la communauté des Yézidis au Moyen-Orient. L’Etat Islamique soumet chaque femme, chaque enfant et chaque homme Yézidis qu’il capture aux atrocités les plus horribles. Les Yézidis  sont un groupe ethnique vivant principalement dans le nord de l’Irak. Ils pratiquent une religion monothéiste empreinte d’éléments de l’Islam et du christianisme. Des milliers de femmes et de filles sont toujours prisonnières et victimes d’abus et souvent soumises à l’esclavage.

Le président de la Commission des droits de l’homme de l’ONU a également appelé le conseil de sécurité  à agir,  en prenant des mesures afin de faire cesser cette situation et de protéger cette communauté.

Cette information nous ramène à la nécessité de rechercher si ces persécutions dont sont victimes les Yézidis du Moyen Orient ne sont pas déjà le début de l’exécution d’une solution finale qui peut être qualifiée de « génocide ».

Au mois de février dernier, une pétition  avait été lancée qui a recueilli 30 000 signatures et adressée à John Kerry: « L’Amérique doit mettre fin à son silence à propos du génocide en cours contre les chrétiens et les autres minorités en Irak et en Syrie… Nous vous implorons de prendre la parole au nom de ces minorités brutalisées. Nous vous exhortons à déclarer que les chrétiens ainsi que les Yézidis et d’autres minorités sont bien la cible d’un génocide« .

Cependant  le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, de nationalité Jordanienne  a contesté l’usage du mot « génocide » pour désigner les persécutions dont sont victimes les chrétiens d’Orient dans les territoires contrôlés par l’Etat Islamique au Moyen Orient. « Les chrétiens ne sont pas les seules victimes. Il y en a beaucoup d’autres à commencer par les Musulmans ».

Déjà l’archevêque syrien, Mgr Behnan Hindo, avait dénoncé l’instrumentalisation du terme « génocide » par les Etats-Unis. Ces critiques visent la décision américaine de qualifier de génocide les massacres perpétrés par le groupe l’Etat Islamique contre les Chrétiens, les Yézidis et les Chiites. L’Etat islamique affirme lui-même qu’il commet des génocides (La Croix).

Le pape lui-même, visitant le 19 juin le collège universitaire Villa Nazareth à Rome, a évoqué le martyre des chrétiens, confiant qu’il n’aimait pas qu’on parle de « génocide » pour parler des chrétiens du Moyen-Orient : En réalité – a-t’il déclaré – il s’agit d’une persécution qui conduit les chrétiens à la fidélité et à la revendication de leur propre foi. Ne faisons pas de « réductionnisme sociologique du mystère de la foi et du martyre ». 

De son côté, le patriarche Ephrem II de l’Eglise syrienne orthodoxe participait le 19 juin à la commémoration du massacre de Sayfo en Syrie au cours duquel la population assyrienne, appartenant aux églises syriennes, assyriennes  et chaldéennes du nord de l’Irak, du sud est de la Turquie actuelle et du Nord de l’Iran avait  été déplacée et massacrées par les forces ottomanes et kurdes autour de 1915 . Comme quoi le problème ne date pas d’aujourd’hui.

Le fait qu’il y ait dans cette partie du monde d’autres victimes que les chrétiens et des musulmans en particulier, n’exclut pas qu’il puisse s’agir d’un « génocide », dès lors que c’est en considération de leur origine que les uns et les autres sont anéantis, par un organisme étatique, en vertu d’un plan concerté. On en a eu encore très récemment la preuve par cet attentat du 3 juillet à Bagdad qui a fait chez les musulmans chiites près de 214 morts et 200  blessés.

Les chiites d’Irak sont considérés par les djihadistes comme des « réjectionnistes » qui rejettent l’orthodoxie sunnite et sont donc, comme les chrétiens et les Yézidis des « mécréants. »

3° Le bilan des attentats islamiques

Les attentats  de l’Etat islamique ont fait plus de 2500 morts en deux ans.

Depuis la proclamation par l’Etat islamique d’un « califat » en juin 2014 aux confins de la Syrie et de l’Irak, puis l’allégeance de la secte Boko Haram en 2015, Le Monde a recensé 169 actes terroristes commis par l’organisation ou ses filiales dans 23 pays qui ont fait plus de 2500 morts.Tout en perdant du terrain, sous l’effet conjugué des revers militaires au sol et des frappes aériennes de la coalition internationale, le groupe djihadiste a poursuivi sa folie meurtrière sur quasiment tous les continents (récemment encore en Turquie, à l’aéroport d’Istanbul, en Afghanistan à Dacca et même au Japon, aux Etats unis à Orlando et San Bernardino,  en France au commissariat de Magnanville), sans compter les foyers d’implantation de l’organisation hors de son califat: Au Tchad (Boko Haram) au Yémen et en Libye.  A l’exception de l’Amérique du Sud, tous les continents ont été au moins une fois frappés par l’Etat Islamique. Alors que les premières actions de l’EI avaient une portée symbolique comme ces prises d’otages parfois suivies de décapitation, avec mise en scène destinée à frapper l’opinion, l’année 2015 a été marquée par une nette hausse des fusillades et des attentats suicide, aboutissant de manière récurrente à des meurtres de masse comme celle du 13 novembre à Paris.

Quelles cibles? : d’abord les juifs, mais en réalité du point de vue confessionnel, les musulmans sont de très loin  les premières victimes de l’organisation djihadiste qui s’est lancée dans une opération d’épuration religieuse visant les Chiites du Moyen-Orient  et les Soufis en Afrique de l’ouest. Depuis le début de 2016, on observe aussi une recrudescence des attaques contre les forces de l’ordre, puis désormais contre la communauté LGBT avec l’attentat contre la boîte de nuit « Le Pulse » à Orlando aux USA.

Il n’est donc pas étonnant que les chrétiens aient été ajoutés à la liste.

4° Le voyage du pape en ARMENIE

Lors de sa visite en Arménie les 24 et 25 juin, le pape François n’a pas hésité à employer le mot de « génocide ».

On se demandait s’il le referait, alors qu’il  avait, à la fureur des Turcs, employé le mot à la basilique Saint Pierre de Rome le 12 Avril 2015 à l’occasion du centenaire du génocide des Arméniens de 1915: Il l’a refait « Le génocide a marqué malheureusement le début de la triste série des catastrophes immenses du siècle dernier ». Le mot ne figurait pas dans le texte distribué à l’avance, même si ce déplacement en Arménie a été pour lui l’occasion de méditer sur la question de la mémoire du malheur  en demandant aux chrétiens  de ce pays « que la mémoire de ces épreuves terribles se laisse transformer par la miséricorde de Dieu, en vue d’une réconciliation avec tous, dont les ennemis: la Turquie en particulier » et rappelant les propos de Saint Nerses au XIV° siècle : « Seule la charité est en mesure d’assainir la mémoire et de guérir les blessures du passé ».

Mais le Catholicos de tous les Arméniens, Karekine II, n’était pas tout à fait sur la même longueur d’ondes. Il a notamment déclaré : « Rien ne bougera sans que la Turquie trouve le courage de faire face à l’histoire… La paix ne pourra être ordonnée sans que justice soit faite ; car seule la justice, pierre du fondement du droit des personnes et des peuples, peut constituer un solide fondement pour la prévention des crimes contre l’humanité ».

C’est à croire qu’au delà de leurs discours, le Pape et le Catholicos se sont parlés, et même qu’ils ont prié ensemble en souhaitant que l’humanité se réveille. En quittant le mémorial, le pape François a déclaré à propos des trois génocides du XX° siècle: « Il est tellement triste de voir que dans celui-ci comme dans les deux autres, les grandes puissances internationales regardaient ailleurs ». Ajoutant à propos des chrétiens: « Aujourd’hui les chrétiens en particulier, comme et peut-être plus qu’au temps des premiers martyrs, sont discriminés à certains endroits et persécutés par le seul fait de professer leur foi ».

Le pape  a de nouveau appelé les gouvernements à prendre sans tarder des initiatives visant à mettre fin à ces souffrances  notamment en accueillant les réfugiés…

5° Le vote en première lecture à l’Assemblée nationale d’un amendement à la loi « Egalité-Citoyenneté » ouvre la voie de la répression de la négation des génocides, crimes contre l’humanité.

Alors qu’on ne s’ y attendait pas, l’Assemblée nationale a été saisie dans la nuit du 30 juin au 1° juillet d’un texte qui permet la poursuite de la contestation, de l’apologie ou de la banalisation des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide reconnus par une juridiction française ou internationale ou reconnus par les historiens à défaut de jugement, à condition toutefois que les propos s’accompagnent d’appel à la haine ou à la violence. Le texte englobe tous les génocides ainsi que l’esclavage qui a été reconnu par la loi Taubira de 2001 comme un crime contre l’humanité.

Le pas est franchi. L’approche des élections présidentielles n’y est sans doute pas pour rien. Si le texte est adopté par le Sénat, il n’est pas certain que le Conseil Constitutionnel sera saisi, puisqu’il a été adopté à l’unanimité, sauf par le biais d’une QPC.

Mais la difficulté tient à cette condition concernant le génocide arménien qui n’a pas été reconnu par  décision de justice. Sa reconnaissance par la loi aux yeux du Conseil Constitutionnel n’a pas de valeur légale. Pour qu’il soit poursuivi et condamné (Un an et 45 000 €), il faudra donc que le négationnisme du génocide arménien s’accompagne de manifestations de haine ou de violence envers les Arméniens – ce qui n’est pas acquis d’avance et qu’il va falloir prouver. 

On doit cependant saluer ce geste d’apaisement qui n’a pas encore provoqué de réactions de la part du gouvernement Turc qui persiste à nier ce génocide.  

L’adjonction de l’apologie ouvre la voie à la possibilité de poursuivre la propagande de l’Etat islamique qui, elle revendique les crimes qu’elle commet et à la différence de tous les autres, ne les nient pas.

Voté à l’unanimité, cet amendement sanctionne la négation et la banalisation des crimes contre l’humanité dont évidemment le crime de génocide. Il apparaît à la fois comme rassurant et efficace pour mettre un  terme à cette période d’incertitude qui règne depuis la loi du 29 Janvier 2001 qui a reconnu le génocide arménien, sans pour autant en sanctionner la négation.

Curieusement, il apparaît comme étant la solution d’un problème qui est en attente de solution depuis plus de quinze ans, que la loi votée en 2006 n’ a pas permis de résoudre et que le Conseil Constitutionnel a refusé en 2012 d’intégrer à l’ordre normatif français.

Cet amendement devrait permettre de sanctionner la  contestation comme la banalisation des crimes contre l’humanité dont l’esclavage ou le génocide des Arméniens, de la peine d’un an d’emprisonnement ou de celle de 45000 € d’amende… dès lors qu’ils auront été reconnus par une juridiction ou, dans le cas où ces derniers seraient trop anciens, dès lors qu’ils disposent d’une reconnaissance historique.

C’est notamment le cas du génocide des arméniens en 1915 qui a fait l’objet d’une loi votée en 2001 par le parlement français.

Dans ce cas, une sanction pourra intervenir si « leur contestation ou leur banalisation est commise dans des conditions incitant à la haine ou à la violence ». C’est cette dernière partie du texte qui fait penser au gouvernement que la loi pourrait cette fois-ci échapper à la censure du Conseil Constitutionnel.

Le Conseil avait en effet estimé en 2012 qu’une loi pouvait réprimer les abus de la liberté d’expression lorsque celle-ci incite à la  haine ou à la violence. C’est le principe de la loi GAYSSOT de 1990 contre l’antisémitisme et la négation de la Shoah. Mais dans l’intervalle était intervenue la promesse du candidat HOLLANDE rejoint sur ce terrain par Nicolas SARKOZY.

Voté de nuit à l’unanimité, en présence de 21 députés de la majorité et de l’opposition, l’amendement du gouvernement intervient inopinément à 44 ans de distance, jour pour jour du vote à l’unanimité de la loi PLEVEN du 1er juillet 1972 qui a instauré en France les dispositions réprimant en France le racisme et l’antisémitisme.

Il ne figurait pas à l’origine dans le texte du projet présenté par le secrétaire d’état à l’égalité réelle Mme Ericka BAREIGTS et n’a fait l’objet d’aucune annonce préalable ni de travaux de la commission des lois.

On peut y voir une disposition tendant à instaurer une égalité réelle entre les victimes de tous les crimes contre l’humanité et de génocide en particulier, dans la mesure où il tend à rétablir l’équilibre entre les victimes de la Shoah qui étaient les seules à pouvoir se plaindre de négationnisme et celles des autres génocides, celui des Arméniens en particulier.

Mais la répression du négationnisme d’état de la TURQUIE ne serait envisageable sur la base de ce nouveau texte qu’à la condition que soit établie que les déclarations faites et les contestations émises par les Turcs ont été tenues dans le but d’appeler à la haine ou à la violence envers les Arméniens.

Preuve éminemment discutable dès lors que plus elle est officielle, plus elle s’éloigne de toute provocation à la haine envers les Arméniens auxquels les autorités adressent en même temps des messages de compassion  et de condoléances pour les épreuves subies.

On avait bien tenté devant le Conseil Constitutionnel que la loi GAYSSOT constituait une rupture de l’égalité entre les victimes de génocide dans la mesure où seuls les juifs pouvaient s’en plaindre et bénéficier  de cette protection.

Le Conseil Constitutionnel avait répondu dans sa décision N° 2015 – 512  (Question Prioritaire de Constitutionnalité du 8 janvier 2016): « Que la négation des crimes contre l’humanité commis durant la seconde guerre mondiale en partie sur le territoire national a par elle même une portée raciste et antisémite » et « que dès lors que le législateur de 1990 avait traité différemment des agissements de nature différentes, que cette différence de traitement est en rapport avec la loi du 13 juillet 1990 qui vise  à réprimer les actes racistes, antisémites et xénophobes » et qu’ainsi « le grief tiré de l’atteinte au principe d’égalité devant la loi pénale devait être écarté ».

Il n’y avait donc pas à se préoccuper de ce que la négation du génocide arménien, pourtant reconnu par la loi du 29 janvier 2001, ne soit pas réprimé par la loi française dès lors qu’elle n’était pas intrinsèquement et implicitement en rapport avec le racisme et/ou l’appel à la haine et à  la violence envers les Arméniens.

Ce faisant le Conseil rejoignait la CEDH qui par son  arrêt  du 15 octobre 2015 considérait que la répression par la loi suisse de la négation de tous les génocides portait atteinte à la liberté d’expression, dans la mesure où elle n’était pas nécessaire : « PERINCEQ avait pris la parole, en tant qu’homme politique au cours de rassemblements publics devant un auditoire acquis à ses convictions, prenant part à une polémique ancienne dont la cour a déjà connu, dans plusieurs affaires dirigées contre la TURQUIE qu’elle touchait à une question  d’intérêt public. Il n’a pas fait preuve de mépris ou de haine à l’égard des victimes des événements survenus en 1915, ayant fait observer que les Turcs et les Arméniens avaient vécu en paix pendant des siècles. Il n’a pas traité les Arméniens de menteurs, usé de termes injurieux  à leur égard, ni cherché à les caricaturer. Ses allégations formulées avec virulence étaient dirigées contre « les impérialistes » et les supposés desseins sournois que ceux-ci auraient nourris au sujet de l’empire ottoman et de la Turquie… Pour la cour, les propos de Mr PERINCEQ appréciés comme un tout ainsi que dans leur contexte immédiat et plus général, ne peuvent être assimilés à des appels à la haine, à la violence  ou à l’intolérance envers les Arméniens… »  

Le problème se posait donc pour le gouvernement de savoir si l’adoption, de nouvelles dispositions législatives réprimant la négation de tous les autres génocides, on ne risquait pas de se heurter de nouveau à la résistance du Conseil Constitutionnel.

C’est ce qui l’a amené à solliciter au mois de décembre 2015 le renvoi en commissions du texte de la proposition de Valérie BOYER revenait  en discussion le 4 décembre dernier. François Hollande n’était pas le seul à trouver une issue à ce débat récurrent puisque Nicolas SAKOZY avait sur le sujet adopté la même position.

On ne s’étonnera pas dans ces conditions que majorité et opposition  se soient trouvées d’accord en cette nuit du 1er Juillet 2016 pour adopter ces nouvelles dispositions, en les faisant passer pour des dispositions en faveur de l’égalité réelle susceptibles de satisfaire à la fois aux exigences du Conseil Constitutionnel et de la CEDH.

Mais on peut se demander, une fois de plus si, ce faisant on n’a pas seulement offert aux Arméniens une satisfaction de principe, sans blesser la susceptibilité des Turcs qui persistent à nier la qualification de « génocide » des massacres survenus de part et d’autre en 1915. La répression du négationnisme d’état de la TURQUIE ne serait envisageable sur la base de ce nouveau texte qu’à la condition que soit établi que les déclarations faites et les contestations émises par les Turcs ont été tenues par les Turcs dans le but d’appeler à la haine et à la violence envers les Arméniens.

Preuve éminemment discutable, dès lors que plus elle est officielle, plus elle s’éloigne de toute provocation de ce genre, dès lors que les autorités adressent en même temps des messages de compassion et de condoléances aux Arméniens.

Il suffirait donc que la propagande turque veille à ne pas s’écarter de la seule discussion historique qui trouverait grâce, sans se livrer à des agressions verbales ou écrites envers les Arméniens pour que le négationnisme d’état -le plus actif et le plus douloureusement ressenti-  soit à l’abri de toute poursuite.

Ne seraient alors finalement soumis que les discours officiels hostiles aux Arméniens  à raison de leur origine  ou de leur croyance ou de leur religion. Le nouveau régime ainsi adopté se réduirait alors à une peu de chagrin.

Ce n’était pas la peine de faire semblant.

6° La disparition d’Elie WIESEL

« Il est l’un des rares à avoir dit l’indicible des camps. Il partage avec Primo Levi et Imre Kertesz le terrible privilège d’avoir vu six millions d’ombres s’adosser à sa frêle silhouette et trouver ainsi une presque imperceptible place dans le grand livre des morts en ce monde » (Bernard Henri Lévy) « et s’il a un autre mérite, c’est d’avoir fait en sorte que de son œuvre le souvenir obscur de cette exception que fut la Shoah n’exclut pas, mais oblige l’ardente solidarité avec toutes les victimes des autres génocides ».

Pour notre part, celle qui concerne la tâche que MEMOIRE 2000 s’est fixée, je retiendrai les propos suivants:

« Je témoigne pour les jeunes d’aujourd’hui, pour les enfants qui naîtront demain, afin que son passé ne devienne pas son avenir ». « L’oubli signifierait danger ou insulte. Oublier les morts serait les tuer une deuxième fois ».

La perpétuité requise  contre les deux génocidaires du Rwanda

L’avocat général Philippe COURROYE  a requis la perpétuité contre NGENZI et BARAHIRA, tous deux poursuivis devant la Cour d’assises de Paris pour crime  de génocide.

Pour l’avocat général « ce qui est tragiquement incontestable » c’est l’existence du génocide des Tutsis, internationalement reconnu, y compris par les accusés au début du procès, même s’ils nient leur participation personnelle aux faits qui leur sont reprochés  (plus de 3500 MORTS EN UNE JOURNEE DANS L’EGLISE DE KABARONDO).

IL AURA ETE BEAUCOUP QUESTION DE « GENOCIDE » dans cette chronique.  Il reste à espérer que ce soit pour le meilleur.

Bernard JOUANNEAU, Président de Mémoire 2000

Chroniques de JUIN 2016

1°  La reconnaissance du génocide Arménien par l’Allemagne

L’Allemagne vient de franchir le pas et c’est sur la proposition d’un député vert d’origine turque, en votant à l’unanimité, moins une voix, une résolution reconnaissant le génocide des Arméniens et autres minorités chrétiennes dans les années 1915-1916.

Ce faisant, l’Allemagne donne une fois de plus l’exemple en« regrettant aussi le rôle déplorable du Reich Allemand qui, en tant que principal allié militaire de l’Empire ottoman, n’a rien entrepris pour arrêter ce crime contre l’humanité. L’empire allemand porte une part de responsabilité dans ces événements ».

« Ce vote, dans le pays qui était regardé par les autorités turques comme représentant la digue qui ne devait pas sauter, constitue un événement de portée historique ». (Franck Papazian de CCAF)

D’après René DZAGOYAN (Arménie News de Mai 2016) « mettre 1915 et la shoah sur le même plan n’est certes pas une nouveauté. Ce qui l’est en revanche, c’est que l’auteur du second génocide dans l’ordre du temps confesse avoir été complice du premier dans l’ordre d’exécution »… comme il l’a fait d’ailleurs pour le génocide des Hereros en 1904, en vérité le premier du siècle.

« En désignant comme associé au crime commis contre les Arméniens, l’Allemagne montre du doigt celui qui l’a commis. Après ce vote, il va être difficile à la Turquie de nier à l’Allemagne le droit d’admettre sa responsabilité et dans le même temps de la désigner comme coupable. Après que l’Allemagne se soit dédouanée par l’aveu de sa complicité, le risque encouru par Israël (qui n’a toujours pas reconnu le génocide arménien) est de prendre sa place. On ne sait pas si l’ombre de Taalat Pacha voguera encore longtemps sur Jérusalem ; mais ce qui est sûr  maintenant est que l’ombre d’Hitler plane déjà sur Ankara».

On espère et on attend que la Knesset suive l’exemple du Bundestag.

Pour la France qui l’a reconnu en 2001, on attend de connaître le résultat des travaux confiés par le Président de la République à l’ancien président de la CEDH, Jean-Paul COSTA, après le rejet par le Conseil constitutionnel de la loi votée en Janvier 2012 et le renvoi en commission des lois de la proposition de loi de Valérie BOYER. Tout le monde semble s’accommoder de ces renvois aux calendes grecques. On se demande ce que les candidats aux élections présidentielles vont proposer pour sanctionner la négation du génocide arménien, à défaut de s’intéresser aux autres.

2° La première décision rendue en Grèce sur l’accord UE/Turquie du 18 mars

La première décision attendue, rendue en Grèce sur cet accord en reconnaît la validité, motif pris de ce que la Turquie serait un pays « sûr » au sens de la convention de Genève sur le droit d’Asile.

Le Syrien parvenu sur l’île de Lesbos, qui refusait de retourner en Turquie, parce qu’en tant qu’homosexuel, il s’y trouvait menacé, va se trouver contraint de quitter la Grèce auprès de laquelle il avait demandé l’asile ; mais la décision déférée à la CEDH, en procédure d’urgence reste soumise au fond à l’appréciation de la Cour européenne quant à la validité de cet accord contesté par ailleurs à l’ONU, par le HCR et par les ONG Human Right Watch et MSF.

On croyait qu’on allait devoir attendre quelques années ; mais finalement la procédure a été ultra rapide. Faut il s’en réjouir ou s’en inquiéter ?

3° On s’habitue aux malheurs des migrants

Le 3 juin, on décomptait près de 1500 noyés en une semaine dont une quarantaine d’enfants lors de trois naufrages, au large des côtes libyennes.

Le 12 juin, plus de 2500 migrants ont été recueillis au large de la Sicile par des navires garde-côtes italiens ou des bateaux de secours humanitaires. A l’approche de l’été, les migrants continuent d’affluer par milliers à bord d’embarcations de fortune.

Ainsi plus de 48 000 personnes, toutes originaires d’Afrique subsaharienne, sont arrivées dans le pays depuis le début de l’année, soit à peu près autant que durant toute l’année 2015.

« Face à cette tendance à la hausse et malgré les nombreux naufrages, l’Europe persiste dans sa logique strictement sécuritaire (Maria Malagardis de Libération)

L’Italie propose d’instaurer des centres d’enregistrement de migrants en pleine mer. Des bateaux militaires seraient ainsi reconvertis en « Hot Spots » flottants qui permettraient de faire en mer, loin du regard des populations locales, le tri des vrais réfugiés et des migrants économiques.On a sans doute pensé que ça se verrait moins.

Malheureusement la multiplication des naufrages en Méditerranée ne réveille plus aucune compassion chez les dirigeants européens, comme aux temps de Lampedusa en 2014 où d’ailleurs le pape s’était rendu pour que « la Méditerranée ne devienne pas un cimetière« .

On se demande si cette proposition qui a suscité les protestations de l’église en Italie va voir le jour ou si les dirigeants européens vont mettre l’été à profit, après le recul de ERDOGAN qui attend toujours qu’on lui reconnaisse l’attribution des visas pour les Turcs qu’il réclame depuis le mois d’avril, un plan B qui satisfasse tous membres de l’Union.

4° L’Etat des lieux comparé

Le trimestre écoulé aura été riche en rapports sur la situation du racisme et de l’intolérance en Europe. Nous avons en effet vu arriver en ordre dispersé les rapports respectifs de la CNCDH, de l’ECRI, du DDD  et de la DILCRA qui tantôt nous avons rassurés tantôt nous ont inquiétés.

Pour la commission Consultative des Droits de l’Homme (CNDCH) contrairement à ce que beaucoup d’observateurs redoutaient, le rapport annuel de 2016 observe une progression de l’indice de tolérance de la société française.

Les actes racistes ont augmenté, notamment ceux visant les musulmans, les discours de peur et de haine n’ont pas cessé, mais l’opinion publique semble avoir résisté aux pires tentatives de repli sur soi. Le caractère sinistre des attentats a eu un effet inattendu sur la société française qui a manifesté son attachement aux valeurs républicaines. Dans l’adversité, le besoin de cohésion sociale s’affirme comme si le pays avait eu le sentiment d’avoir touché le fond et qu’il devait collectivement faire face.

L’arrivée massive sur les côtes européennes n’a pas non plus fermé les esprits ; mais la France a cueilli si peu de réfugiés qu’elle ne risquait pas d’en faire trop à leur égard.

Cependant les actes racistes connaissent une hausse sans précédent. En 2015, un augmentation de 22% par rapport à l’an 2000. Dans le détail, les infractions antisémites accusent un léger recul de 5 %, tandis que les actes antimusulmans ont plus que triplé  (429/133).

La flambée de l’islamophobie observée ces dernières années se confirme pour atteindre un niveau jamais atteint. Les chiffres restent très inquiétants, puisqu’ils indiquent que sévit en France une minorité agissante de plus en plus virulente.

La CNDCH observe avec soulagement une mobilisation des pouvoirs publics contre le racisme. Elle note toutefois au passage le bilan mitigé de la DILCRA, en raison des moyens financiers mis à sa disposition. Elle regrette notamment que la campagne « Tous Unis contre la Haine » ait fait l’impasse sur les Roms et constate que demeurent les paroles tendancieuses de nombre de responsables politiques.

La CNDCH  critique vertement la politique d’expulsion systématique des Roms qui a pour effet de déscolariser les enfants.

La CNDCH encourage l’Education Nationale à développer les débats sur les questions sensibles, de façon  à aider les écoliers, les collégiens, les lycéens à se construire un jugement.

Pour ce faire, la CNCDH propose de développer le débats par la mise à disposition de salles de classe, animée par des personnes compétentes : enseignants, volontaires ou intervenants extérieurs.

On ne pouvait attendre plus d’approbation et d’encouragements de la part de la CNCDH pour l’action que nous avons menée à MEMOIRE 2000. En l’occurrence c’est moins de la disponibilité des intervenants qu’il s’agit, que de la réticence des enseignants et des autorités qui les encadrent.

LE RAPPORT ANNUEL DE L’ECRI  (Commission européenne)

Les pays européens (47 pays membres du conseil) ont été épinglés par le conseil pour la hausse des sentiments anti-migrants et islamophobes suite aux attentats terroristes perpétrés en 2015 et à la crise des réfugiés.

La capacité d’accueil des migrants des pays européens a également été mise en doute, alors qu’émergeaient des discours ouvertement xénophobes et islamophobes.

Le secrétaire général de l’ECRI, Thorbjorn JAGLAND, a mis en garde contre une banalisation du discours de haine et de l’islamophobie en Europe.

Ce rapport global vient confirmer les rapports pays par pays qui ont été publiés ces derniers mois concernant l’examen de la situation  en Pologne, en Grèce, en Turquie, en Slovaquie, et en Roumanie  et en Bulgarie et en Autriche où l’on relève une forte poussée de ces discours de haine envers les migrants ainsi qu’envers les homosexuels et LGBT. La montée des partis politiques d’extrême-droite semble avoir libéré la parole raciste et les discours décomplexés des hommes et femmes politiques. On doit s’interroger sur le risque de voir ce mouvement général s’étendre et gagner à l’occasion  des élections prochaines la faveur de l’électorat français.

LE RAPPORT DU  DDD (Défenseur de Droits)

Il s’en prend essentiellement aux restrictions apportées à l’égard des étrangers.

L’idée de traiter différemment les personnes n’ayant pas la nationalité française, de leur accorder moins de droits qu’aux nationaux…que la question de la légitimité d’une telle distinction est dépourvue de toute utilité et de tout intérêt.

Mais pour le DDD, c’est surtout l’écart entre les droits officiellement reconnus et proclamés et les droits effectivement exercés qui empoisonne le quotidien des extranationaux (qu’il s’agisse du refus de scolariser les enfants ou de l’accès aux soins) et les difficultés qu’ont les personnes issues de l’immigration à faire venir leur famille pour de simples visites. La liste des pièces exigées par les mairies et les conditions fixées ajoutent des conditions non prévues par les textes pour la délivrance d’une attestation d’accueil.

Le DDD demande au ministère de l’intérieur d’intervenir pour empêcher la propagation du droit divergent ou illégal au sein des préfectures.

Au regard de l’égalité de traitement des étrangers présents sur le territoire, le DDD constate que l’égalité de traitement est mise en cause par des pratiques ouvertement illégales. Il formule des recommandations tendant à ce que  soient renforcées au bénéfice des étrangers présents sur le territoire l’effectivité de leurs droits : la liberté d’aller et venir, ainsi que la protection des personnes qui se déclarent disponibles pour aider les étrangers, même en situation irrégulière, sans avoir à craindre de poursuites (délit de solidarité).

Le DDD réaffirme sa réticence de principe à l’égard de toute condamnation de l’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour irrégulier, et demande que notre droit soit calqué sur le droit européen lequel inclut une notion d’intentionnalité qui fait expressément mention d’un but lucratif.

Le DDD recommande que des dispositions soient prises pour rendre facultative la production d’un avis de non imposition. Il préconise qu’une circulaire applicable soit prise pour rappeler le caractère exhaustif des listes des pièces justificatives et fixer les lignes directrices pour l’appréciation des ressources.

Il rappelle enfin le droit de recours à un interprète pour se faire entendre.

Le nouveau défenseur des droits marque ainsi de nouveau son souci d’assurer effectivement le respect du principe de légalité et d’égalité d’intervention de la part de l’administration, dans la ligne des critiques sévères qu’il a formulées au mois de janvier dernier sur la jungle de Calais. Décidément Jacques TOUBON n’aura pas manqué de surprendre son monde.

Quand au bilan de la DILCRA …

Il avait été présenté le 20 janvier par Gilles Clavreul,  son délégué interministériel pour une demi-année. Selon lui, « les chiffres indiquent clairement qu’au delà des mesures de protection immédiatement mises en place après les attentats pour garantir la sécurité des lieux de culte et des écoles juives ; mais aussi pour prévenir les exactions contre les lieux de culte musulman, la mobilisation de tous les citoyens dans un esprit de rassemblement républicain est plus que jamais nécessaire cesser tous les appels à la haine. » Les chiffres qu’il vise sont équivalents à ceux de la CNCDH : hausse globale de 22% des actes et menaces racistes, antisémites et anti-musulmans (2032 contre 1662 en 2014) toutes catégories, ce sont surtout les menaces qui ont augmenté (26%), signe des tensions nées des attentats de janvier et de novembre. Les actes, eux ont augmenté de 9% (397 à 434). Les actes antisémites représentent le total le plus élevé depuis l’an 2000, mais au delà des statistiques, 2015 aura été marquée une fois encore par des assassinats perpétrés au nom du terrorisme islamiste.

Les actes antimusulmans ont triplé en 2015 (429 contre 133), c’est le chiffre le plus élevé depuis que ces statistiques sont recensées.

Mais la DILCRA a vite fait de se satisfaire de son action depuis sa mise en place le 17 avril  2015, du fait de la mise place département par département des CORA, par la mise en place d’une semaine d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme à partir du 21 mars. Elle invite les partenaires de l’école (associations agréés et ambassadeurs de la « réserve citoyenne » à inscrire leurs initiatives sur cette plateforme et à les relayer sur les réseaux sociaux  via le « +Semaine du 21 mars » ou sur le sitehttp://semainedu21mars.tousuniscontrelahaine.gouv.fr)

Sauf que l’on n’entend toujours pas parler de cette réserve citoyenne qui devait commencer en septembre 2015 ; au point que ceux qui s’y étaient comme nous inscrits en janvier se sont lassés et sont allés voir ailleurs.

Sauf que les réformes législatives envisagées et annoncées n’ont toujours pas été mises en place. Seule subsiste celle mettant en place les actions de groupe en matière de discrimination ; mais rien en ce qui concerne le transfert des dispositions de la loi sur la presse en matière de lutte contre le racisme dans le code pénal. On apprend que sur la pression insistante de M° Henri LECLERC qui s’y était dès l’origine déclaré opposé, la garde des sceaux y avait renoncé avant son départ de la chancellerie.

On apprend aussi que le conseil national scientifique mis en place en mars dont la présidence a été confiée à  Mme Dominique SCHNAPPER est sur le point de démissionner, faute d’activité réelle.

6° La Tuerie D’ORLANDO 

On s’interroge pour savoir si c’est le djihadisme de l’Etat islamique qui a inspiré le tueur d’Orlando ou si c’est sa haine des homosexuels, comme si l’un permettait d’écarter l’autre et pourtant on ne peut ignorer l’obsession homophobe de l’Etat Islamique:

 » Il est vrai que la propagande de l’EI accorde une place toute particulière à la dénonciation de la déviance homosexuelle. Les déclarations qu’il publie sur la question sont agrémentées de photographies du traitement réservé aux homosexuels sur le territoire du califat : Ils sont précipités du haut d’un immeuble les yeux bandés ».  (Le Monde du 13 juin, Edito)

La tuerie d’Orlando n’est pas seulement la pire que les Etats-Unis aient connue depuis le 11 septembre 2001, c’est un crime de masse motivé par cette haine à connotation bien particulière : le racisme homosexuel. Ces gens n’ont pas été tués pour ce qu’ils faisaient, mais pour ce qu’ils étaient ou supposés être. »

Le pire n’est pas toujours sûr, mais si c’étaient les deux?! Le choix de cette boîte de nuit homosexuelle (Le PULSE) résulterait d’un choix délibéré de l’Etat Islamique, à l’encontre de cette communauté ou groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle, à leurs yeux symbole de la décadence de l’Occident.

On approche ainsi les rives de l’acte génocidaire qui se caractérise par la mise en œuvre d’un plan concerté au niveau d’un Etat, en vue de disparition ou de l’extermination d’un groupe de personnes à raison d’un critère prédéterminé tiré de l’origine, de la nationalité, de l’ethnie ou de l’orientation sexuelle de ses membres.

On met ainsi le doigt dans l’engrenage dont nous avons vu les premiers signes au mois de novembre à Paris au Bataclan et aux terrasses des cafés du X° arrondissement.

7°La différence de traitement des réfugiés entre l’Allemagne et la France

Chacun sait que le nombre des réfugiés attirés et reçus par les Allemands est sans commune mesure avec celui de réfugiés affectés par Bruxelles à la France …1 100 000 contre 30.000.

On nous explique que cette différence résulte de la situation de l’emploi, du marché du travail, des moyens économiques et financiers respectifs des deux pays, ou par l’attitude de la chancelière, d’ailleurs obligée d’en rabattre devant la montée du populisme qui gagne un grande partie de l’Europe.

Les chiffres ne suffisent pas à tout expliquer, mais le nombre des demandeurs d’asile en France est à ce jour de 79 130  pour 1 100 000 en Allemagne (il en reste aujourd’hui 800 000). Ils préfèrent visiblement aller en Allemagne où ils ont plus de chances de trouver du travail. L’Allemagne a une logistique de l’accueil et dispose d’infrastructures adaptées dont elle a déjà fait usage pour les Roumains en 1980  et pour les réfugiés de l’ex-Yougoslavie à partir de 1994 comme pour les Allemands de l’est avant la réunification. L’Allemagne a les moyens de sa générosité  et investit beaucoup dans l’apprentissage de la langue. « Inutile de dire aux migrants » venez en France. Ils ne viendront pas parce qu’ils savent qu’ils seront mal accueillis. C’est triste. La France dit accueillir les démocrates d’Orient et nous n’avons rien fait pour cela. Ce n’est pas la peine de donner des leçons de démocratie au monde entier, si nous ne défendons pas ceux qui subissent les tirs de kalachnikov et les bombes à fragmentation. Nous n’assumons pas notre devoir de solidarité envers ceux qui meurent pour la démocratie. Nos valeurs politiques sont atteintes. » (Hervé LE BRAS in LE POINT du 10 juin) et en plus on se plaint d’eux. On ne peut sans doute pas mettre tout ce repli sur le dos du Front National ; mais si nous n’y prenons pas garde, le mouvement risque de s’amplifier et la xénophobie, qui est à nos portes, pourrait bien  se rapprocher de celle de l’Europe de l’Est.

Voilà de quoi passer quelques nuits blanches, à moins que ce ne soit l’occasion de se résoudre à s’occuper de tous ces malheurs du monde, en reprenant des forces et de l’espoir pour la rentrée.

On aurait pu ou dû sans doute aborder bien d’autres sujets de préoccupations (comme la place du  racisme dans le football, à la suite des propos de Karim BENZEMA  et Eric CANTONA sur la sélection de l’équipe de France pour l’Euro 2016 ; la résolution du conseil exécutif de l’UNESCO du mois d’avril sur la présence ancestrale juive sur le Mont sacré à Jérusalem ; les propositions de paix de la France entre Israéliens et palestiniens  ; mais il appartient à celles et ceux qui prendront connaissance de ceux-là d’en proposer d’autres ou de revenir sur ceux là).

Bernard JOUANNEAU, Président de Mémoire 2000

NB : on rappelle que les titres de ces rubriques de la chronique du Président ont été arbitrairement choisis et mis en caractères gras, comme le texte des commentaires que j’émets à leur sujet ; que les articles et opinions auxquelles il est fait référence ou allusion sont en italique et que les caractères ordinaires sont réservés à la presentation des sujets abordés.

***

Chroniques de JUIN 2016

1°  Le communiqué de la DILCRA qui se dit satisfaite des mesures prises depuis la mise en place du plan d’action triennal annoncé par le premier ministre en avril 2015 pour la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

2° La résistance des populations syriennes assiégées par les forces de l’armée syrienne (près de 600 000 civils) (28 mai dans Le MONDE).

3° La polémique naissante entre chrétiens et musulmans au sujet du statut de Sainte SOPHIE à ISTANBUL à la suite de la réclamation faite par des milliers de musulmans qui demandent à pouvoir prier dans l’ancienne mosquée « Sainte Sophie » actuellement transformée depuis 1930 en musée (Le MONDE 28 05).

4° Un article de Mediapart  du 27 05  » Ne pas se tromper dans le combat contre le racisme » à propos des accusations portées contre Didier DESCHAMPS, le sélectionneur de l’équipe de France pour l’EURO 2016.

5° Une interview de Jean-Yves CAMUS sur l’extrême droite en Europe, suite aux élections présidentielles en AUTRICHE selon lequel « l’échec de N. HOFER est une mauvaise nouvelle pour le FN » (in  l’OBS).

6° La question raciale en justice aux USA, à la suite de plusieurs décisions de la Cour suprême sur les bavures policières à l’encontre des noirs (LIBE du 28 05).

7° Le bilan d’une semaine très meurtrière pour les migrants en méditerranée (le Figaro du 29 mai).

8° La condamnation d’Hissène HABRE,  l’ex président Tchadien, à la prison à vie pour crimes contre l’Humanité  (Le FIGARO du 30 mai).

9° Une réflexion sur cette condamnation  « L’Afrique donne l’exemple » (in LIBE du 30 mai).

10° La reconnaissance par l’Allemagne du génocide Arménien (La CROIX du 2 juin).

11° L’expulsion vers la Turquie d’un réfugié syrien après décision de la justice grecque, en application de l’accord du 18 mars (Le MONDE du 3 juin).

12° Près de 1500 noyés en une semaine entre la Libye et l’Italie (Libé du 3 juin, un article de maria Malagardis).

13° Un article de Jean Quatremer de LIBE  « le populisme en Europe de l’Est » (4 juin) qui évoque l’échec politique de l’élargissement de l’Europe aux républiques populaires.

14° le rapport de l’ECRI faisant état d’une hausse de l’Islamophobie  de la part de la chef de l’ECRI-AKIP  qui voit dans l’année 2016 une véritable « année charnière » pour l’Europe .

15° L’adoption par les Pays-Bas du principe de la déchéance de la nationalité à l’encontre des terroristes binationaux. (CAUSEUR du 30 mai)

16° La critique de la réaction d’Eric CANTONA au sujet de la non sélection de K. BENZEMA en équipe de France pour l’EURO 2016 (CAUSEUR du 30 Mai).

17°  La justice européenne va devoir trancher sur le voile au travail à la suite du renvoi par la Cour de cassation  devant la CJUE de la question posée par le licenciement de jeunes femmes voilées au travail (Le Monde du 31 mai).

18° La condamnation presque unanime des propos de BENZEMA mettant en cause la décision de Didier DESCHAMPS pour la sélection de l’équipe de France pour l’EURO 2016 (LIBE du 1° juin) et « Benzema est une forme de racisme à l’envers » de Didier RETAILLEAU Sénateur LR (in LE FIGARO du 3 juin).

Mes commentaires :

1°La DILCRA se rassure à bon compte. Elle se satisfait des mesures administratives mises en place depuis le 17 avril 2015 ; mais ses résultats ne sont pas à la hauteur de ses espérances, ni de son plan d’action. Elle se contente de la mise en place de ses CORA départementaux et de sa campagne publicitaire « Tous unis contre la haine », mais elle n’a pas fait avancer d’un pouce les réformes législatives annoncées, ni la ratification du protocole N°12 de la CEDH, ni l’abandon des réserves de la France sur la convention pour l’élimination de toutes formes de discrimination de 1969 qui préconise l’incrimination de toute propagande raciste, ni l’adoption d’une loi sur le négationnisme.

2° Les civils Syriens sont pris en étau entre les forces armées syriennes  et les combattants de l’EI en ses différentes branches et ce malgré le cessez le feu, et ce dans l’indifférence de la communauté des nations.

4°, 16° &18° La polémique qui prend de l’ampleur à la veille du début de l’EURO contre le sélectionneur de l’équipe de France se trompe de colère en l’affublant d’un racisme imaginaire qui nuit à la lutte contre le racisme.  A cet égard, Eric Cantona, Djamel Debouzze et Benoît Hamon s’égarent et pas tous dans le même sens ; mais tous dans le mauvais.  C’est Alain Finkielkraut qui a raison de regretter que l’on fasse de l’anti- racisme un réflexe et pas une réflexion.

5° On doit espérer que l’échec de justesse de N. HOFER  aux élections présidentielles amène l’Autriche à se ressaisir et l’Europe centrale à abandonner ses peurs ; mais surtout les Français et les électeurs du FN à s’apercevoir des dangers de l’extrême droite. L’espoir de voir les français se ressaisir n’est pas un vain mot.

7° Le nombre des morts en mer parmi les migrants nous impressionne ; mais au fond nombreux sont ceux qui semblent indifférents.

8°  Hissène HABRE condamné, on oublie vite le rôle qu’a joué la France du temps ou il était encore au pouvoir.

10° La reconnaissance par l’Allemagne du génocide Arménien va au delà de la simple reconnaissance rituelle de ce génocide, car il englobe aussi celui des minorités chrétiennes de 1915 et 1916. Il émane d’une proposition déposée par un député d’origine turque au BUNDESTAG. Il permet d’espérer que les archives allemandes s’ouvrent et que les Turcs eux-mêmes entendent cette voix. On découvre à cette occasion que celui qui fut le commandant du camp D’AUSCHWITZ, Rudolf HÖSS, a fait ses classes en 1915 au nom du II° Reich allemand pour former les cadres de l’armée de l’empire ottoman.

Bernard JOUANNEAU

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Chroniques de MAI 2016

(On rappelle que les caractères gras sont réservés aux commentaires personnels de Bernard Jouanneau.)

La situation s’aggrave et se décante en même temps en Grèce où les migrants sont parqués  dans l’attente de leur sort, tandis que les Autrichiens  semblent avoir frôlé la catastrophe , alors que nous n’en finissons plus de ferrailler sur l’annulation du concert de Black M à Verdun.

1°L’accord TURQUIE-UE du 18 mars est fragilisé

Une commission de recours grecque estime que la Turquie n’est pas un pays « sûr » au sens des conventions de Genève sur le droit d’asile pour que les refugiés puissent y être renvoyés. De quoi remettre en question toute l’architecture de cet accord du 18 mars.

Cette décision, qui émane d’une juridiction grecque infirme celle qui avait été rendue en première instance, à la demande d’un refugié syrien qui refusait d’être ré- embarqué pour la Turquie,  fait l’effet d’un pavé dans la mare. Elle change en effet la donne ; car le gouvernement grec redoute que la remise en cause de l’accord émanant des Occidentaux n’incite la Turquie à rouvrir brutalement les vannes de l’afflux des réfugiés à travers la mer Egée.

Si cette décision se confirme, les traversées en Zodiac reprendront et ce sera insupportable pour les Grecs, puisque les frontières au Nord restent fermées. Cette décision qui est la première du genre va dans le sens annoncé par les associations de soutien aux réfugiés qui entendent s’attaquer aux failles juridiques de cet accord.

L’accord en question est encore fragilisé par le départ de l’ancien premier ministre DAVITOGLOU qui l’avait négocié avec Mme Merkel et qui se trouve remplacé par le chef du parti AKP.

En attendant les ministères de l’UE ne semblent pas encore trouver de solution de remplacement et la tension sur la délivrance des visas subsiste. 

Mais les 8400 migrants qui vivaient  dans le camp d’IDOMENIE à la frontière gréco-macédonienne, dans des conditions sordides, en attendant de franchir la frontière qui leur reste fermée, devraient être déplacés.

7000 policiers assistés par hélicoptère ont été mobilisés pour l’opération qui consiste à les conduire à marche forcée dans des centres d’accueil dans le nord du pays.

Les journalistes ont cependant été tenus à l’écart de la zone d’intervention.

Les autorités semblent compter sur la lassitude des réfugiés face à l’absence de toute perspective de réouverture des frontières européennes.

Les organisations humanitaires dénoncent depuis plusieurs mois les conditions de vie indignes menaçant leur santé et leur sécurité.

Cette question nous concerne au premier chef à plus d’un titre ; mais avant tout comme Européens ; Si l’on ne peut pas « accueillir toute la misère du monde » (pour reprendre la triste formule qui a valu  tant de sarcasmes à Michel ROCARD), on peut au moins et à mon sens on se doit, d’y prêter attention car les retards pris par L’Union européenne à répartir entre les autres pays membres les quelque 60 000 réfugiés censés être relocalisés sur deux ans depuis la Grèce a aussi contribué à envenimer l’abcès.

2° EN AUTRICHE, le candidat du FPÖ, Norbert HOFER se fait doubler au poteau, alors qu’on annonçait son élection et c’est le candidat écologiste (72 ans) qui l’emporte avec 50,3% des suffrages.

On aurait tort de se rassurer pour autant, car les élections législatives présentent le même risque pour la désignation l’année prochaine du chancelier et, au demeurant les formations traditionnelles ne semblent pas en mesure d’opposer une résistance à la montée de l’extrême-droite qui repose sur l’hostilité de la population aux refugiés.

A en croire les commentateurs autrichiens « on se trompe de combat en dénonçant les partisans de HOFER comme des néo-nazis« . ce fut une erreur majeure de la politique autrichienne de ces dernières années que de mettre dans le même sac les électeurs du FPÖ et ses dirigeants, en les stigmatisant comme des nazis ou des extrémistes de droite ; il ne fait pas de doute qu’un certain nombre d’hommes politiques -(les plus jeunes au demeurant) partagent une même idéologie de droite et trouvent de ce fait un écho dans l’opinion ; mais cela ne veut pas dire que tous les électeurs soient des imbéciles ou même des néo-nazis.

Paradoxalement, il semble que l’on trouve à gauche comme à droite en Autriche des gens qui défendent exclusivement une position morale  qui consiste à donner une image de soi honorable qui doit être de renier tout relent du nazisme ; « Les électeurs de HOFER ne voient pas les acquis de l’UE, ils ne retiennent que ce qu’ils tiennent pour les méfaits d’une Europe déboussolée et impuissante face à la crise des migrants qui met l’Autriche en difficulté alors qu’elle a longtemps et plutôt généreusement joué le rôle de terre d’accueil  » (Thomas Glavinic  et Jacques Le Rider in Le Monde du 22 mai). Pour eux « rejeter toute idée issue du FPÖ en l’assimilant à un parti nazi et donc infréquentable est une erreur majeure de la gauche de ces dernières années ». C’est le rejet de l’oligarchie qui est en train de porter au pouvoir Norbert HOFER et le FPÖ  que les autres partis ont largement contribué à diaboliser.

Quoiqu’il en soit  on aurait tort de transposer la situation autrichienne à la France, même s’il y a des comparaisons à faire.

Mais sans comparaison inappropriée,  on se doit d’être vigilant  C’est visiblement au niveau européen que peut naître le sursaut. Il y faudrait du souffle nouveau et un véritable plan d’ensemble.

3° Face à la banalisation du discours révisionniste au sein du gouvernement croate, on a eu connaissance d’un pétition lancée par une série d’historiens et de militants antiracistes à propos de la nomination de Zlatko HASABEGOVIC comme ministre de la culture de CROATIE le 28em et dernier pays de l’Union européenne

Il est connu comme historien révisionniste pour l’apologie du régime collaborationniste des OUSTACHIS durant la seconde guerre mondiale  (au moins 83 000 personnes ont été assassinées par les Oustachis dans le camp de concentration et d’extermination de JASENOVIC  considéré comme le Auschwitz des Balkans).

Les Oustachis ont, comme les nazis, fait preuve d’une haine et d’une cruauté sans limites et ont systématiquement ciblé, capturé, torturé et tué des Serbes, des Juifs et des Roms pour des motifs ethniques et religieux, ainsi que des musulmans Bosniaques et des Croates pour des raisons politiques.

Décidément le passé nous revient en pleine figure et l’Europe se doit de faire face.

Parmi les signataires de la pétition, nous avons retrouvés des amis  Serge et Beate KLARSFELD,  Annette Wieviorka, Richard Pasquier, Chantal Mouffe, Henry Rousso et naturellement Alain Finkielkraut qui n’est jamais en retard d’une tribune.

4° Black M se voit d’ailleurs épinglé par le même Alain Finkielkraut qui voit dans la réaction de ceux qui le soutiennent une« antiracisme réflexe qui a remplacé la réflexion » (Causeur du 24 mai)

Nous ne sommes pas tout a fait tombés dans le panneau

Bernard JOUANNEAU

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Chroniques de MAI 2016

La poursuite de la campagne contre le projet de loi de Myriam El Khomry  ne fait pas disparaître les débats sur les thèmes qui nous préoccupent. Parmi ceux ci figurent :

1° les réponses a posteriori des juridictions saisies des recours de Dieudonné

Le tribunal administratif de Nantes a débouté Dieudonné de sa demande de dédommagement pour l’interdiction de son spectacle « LE MUR » parce qu’il comportait des propos et des gestes à caractère antisémites, incitant à la haine raciale et faisant l’apologie des discriminations, persécutions et exterminations perpétrées au cours de la seconde guerre mondiale  et portaient atteinte à la dignité de la personne humaine. Ces éléments justifiaient l’interdiction du spectacle comme étant la seule mesure de nature à préserver l’ordre  public.

On doit saluer cette décision qui s’ajoute aux autres  et qui viennent a posteriori justifier les mesures d’interdiction qui avaient été prises  et qui avaient encourues les critiques acerbes de défenseurs des libertés qui protestaient contre les sanctions prises à titre préventif.

2° Les résultats du sondage d’AMNESTY INTERNATIONAL  qui  font état de la réaction des Français à l’arrivée des réfugiés

86% d’entre eux estiment qu’on ne fait pas assez pour les réfugiés, mais seulement 9% se déclarent disposés à accueillir chez eux des réfugiés.

Ces chiffres révèlent assez bien l’état d’esprit des Français à l’égard des réfugiés qu’ils peuvent supporter, à condition que cela ne les oblige pas personnellement.

3° En 5 ans 60 000 personnes sont mortes dans les prisons du régime syrien

Selon l’observatoire syrien des droits de l’homme, la torture et les mauvais traitements seraient les principales causes de la mortalité dans les prisons syriennes. Au moins 60 000 personnes sont mortes en cinq ans dans les prisons du régime de Bachar Al  Assad.  Un demi million sont passés dans les geôles du régime, depuis le début 2011 d’un conflit qui a fait 270 000 morts  et contraint des millions de personnes à fuir leur pays.  Les enquêteurs de l’ONU sur le SYRIE ont accusé le régime de DAMAS « d’extermination » des détenus, des prisonniers, ce qui serait le résultat d’une politique d’Etat.

4° La fragilisation de l’accord conclu le 18 mars  entre la TURQUIE et l’Union européenne

La commission de recours grecque saisie par un réfugié syrien estime que la TURQUIE n’est pas « un pays sûr » .

Cette décision, la première de toutes, risque de remettre en cause l’architecture de l’accord du 18 mars qui reposait sur la reconnaissance de la TURQUIE comme étant « un pays sûr”.

On peut craindre que cette décision ne provoque de nouveau l’afflux des réfugiés franchissant la mer Egée et qui seraient contraints de rester en Grèce  dont les frontières au nord restent fermées.

5° L’attente des résultats du second tour des élections présidentielles en AUTRICHE

On craint l’arrivée au second tour de l’élection présidentielle du FPO qui verrait l’extrême droite accéder au pouvoir.

Mais on s’interroge sur le sens de cette poussée de l’extrême droite autrichienne qui résulterait de la Gauche et de sa façon de se prévaloir de l’ordre moral.

Attendons le résultat des élections.

Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000

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Chroniques de MAI 2016

L’Etat de droit n’est pas compromis (à en croire l’Edito du Monde du 13 mai« Vive le 49-3”).

Tout au plus faut il s’accommoder :

– de la prolongation de deux mois de l’état d’urgence

– de l’interdiction des manifestations des casseurs à Rennes

– de la présentation au conseil des ministres (le 17 mai) du projet de loi portant réforme du CPP sur le terrorisme qui renforce les pouvoirs de Tracfin, du parquet et du juge d’instruction

– de l’annonce pour ce même jour de l’approbation au conseil des ministres de la directive européenne sur le secret des affaires (sans le statut des lanceurs d’alerte)

– de l’annulation du concert  de Black M (Alpha Diallo) prévu pour le 17 mai à Verdun

En attendant de savoir si ce joli mois de mai risque de tourner dans les mémoires en cauchemar, on retiendra de ces derniers jours :

1° La réaction salutaire de Alain JAKUBOWICZ à la présentation en France de l’élection d’un maire musulman à LONDRES.

Dans  le Huffington Post du 13 mai, Alain JAKUBOWICZ signe un article « Le poids des maux » et attire l’attention sur cette présentation par les médias français de cette élection en ces termes: « Le maire de LONDRES est musulman, comme si le programme du nouveau maire était d’être musulman, comme si être musulman était une information  à caractère politique. Mélanger en permanence, les registres politique et religieux porte à conséquence. C’est entretenir une confusion malsaine et un climat délétère et c’est du pain béni pour l’extrême droite… » On ne peut que saluer cette réaction et y prêter attention. Souvenir: on a fait la même chose en 1992 au début de l’offensive des Serbes contre les Bosniaques, évidemment dénoncés comme le parti des musulmans. On sait maintenant les ravages que ça a entraîné.

2° Les réserves de Marc KNOBEL  suite à la publication du rapport de la CNCDH (dont Alain JAKUBOWICZ se fait l’écho).

A propos des statistiques dont nous avons fait état précédemment  sur « l’indice longitudinal de tolérance » qui devrait nous rassurer sur l’état de l’opinion en matière de racisme  et d’antisémitisme.

« Le racisme ne se mesure pas, c’est davantage la température ressentie qui compte et les signaux même faibles qui permettent de cerner le climat d’une société ».

On peut toujours chercher à se rassurer, comme l’a fait le ministre de l’intérieur B. Cazeneuve, au lendemain de la publication du rapport de la CNCDH en disant que pour le premier trimestre 2016 on avait enregistré une baisse de 80% des actes antisémites et antimusulmans. A condition d’avoir une vue d’ensemble sur une certaine période significative (comme pour la courbe du chômage).

3° Dieudonné se voit interdire l’accès au CANADA.

Le propriétaire de la salle où il devait se produire a annoncé l’annulation de la série de spectacles qu’il devait donner à Montréal, pour des raisons de sécurité (du 13 mai).

Dieudonné M’Bala M’Bala a été refoulé la veille à la frontière canadienne par l’agence des services frontaliers canadiens. Selon plusieurs responsables politiques locaux « les propos de Dieudonné vont complétement à l’encontre des valeurs canadiennes de liberté, de religion, de tolérance et de pluralisme ». (NPD)

Même si les valeurs canadiennes ne sont pas les mêmes partout, elles semblent avoir quelque effet universel. En France, c’est au nom de la dignité que l’on a annulé ses spectacles à Orléans et à Tours. Il semble que l’on en ait bien été informé à Montréal. Mais Dieudonné annonce qu’il va revenir!

4° L’Homophobie persiste en France au quotidien

Le rapport annuel de l’association SOS Homophobie publié mercredi dernier fait état d’une situation comparable à celles des années 2005 à 2011 avant les débats sur la loi sur le mariage pour tous.

La majorité des insultes et agressions homophobes vise cette fois directement les victimes.  On assisterait à deux mouvements contradictoires :

– Pour l’un, l’homosexualité se banalise et se vit au grand jour, tout comme l’homoparentalité

– Pour l’autre : une « homophobie ordinaire » continue de s’exprimer (y compris devant les prud’hommes…)

Par ailleurs on relève: que les jeunes qui subissent l’homophobie dans leur famille ou à l’école se sentent particulièrement  piégés, mais que la diminution du nombre des propos homophobes sur internet (de 40 à 20%) serait due à une moindre présence de l’homosexualité dans le débat public.

Quoiqu’il en soit, elle est toujours là et c’est un mode de discrimination illégal qu’il n’y a aucune raison de tolérer.

5° L’impasse grecque – moteur du désespoir pour les migrants dans l’attente de leur statut

A ce jour  8 352 migrants sont bloqués sur les îles grecques avec interdiction de les quitter avant que leur sort  ne soit fixé.

Les migrants arrivés depuis le 20 mars dernier doivent y rester dans l’attente de leur enregistrement et/ou de leur éventuelle demande d’asile en Grèce (Libération du 10 mai) ou de leur envoi en Turquie, mais les démarches sont si lentes et les conditions de vie dans les camps de rétention tellement difficiles, que certains se jettent à l’eau pour regagner la Turquie à la nage.

L’accord avec les Turcs est d’ailleurs d’ores et déjà menacé, depuis qu’Ankara a annoncé son refus de modifier sa loi anti terroriste. L’issue en paraît d’autant plus compromise que les Européens ne cèdent pas sur les visas qu’exigent les Turcs.

On parle déjà d’un renvoi à l’automne et même d’un plan B.

Mais  l’immense majorité des migrants qui se trouvent parvenus en Grèce refusent d’être rapatriés vers la Turquie.

Est ce le début de l’impasse ?

6° La commémoration de l’abolition de l’esclavage (le 10 mai) est passée inaperçue.

Le flou règne sur le projet d’ouverture d’un musée de l’esclavage à Paris. François HOLLANDE l’a annoncée pour 2017.

La LICRA et le CRAN le réclament.

On parle de l’hôtel Gaillard, propriété de la Banque de France, mais cet hôtel particulier édifié en 1882 dans le style Néo-gothique et Renaissance est déjà affecté à la Cité de l’économie et de la monnaie (CITECO dont l’ouverture est programmée pour le mois de décembre 2017).

La brigade Antinégrophobie et l’association des amis du général Dumas le revendiquent en raison des profits que la Banque de France a pu réaliser grâce à l’esclavage et comme une sorte de réparation symbolique de la France envers les descendants des esclaves (manifestation et discours du 10 mai devant le monument « Aux Fers » place Malesherbes à Paris XVII en mémoire du général Dumas, le père d’Alexandre Dumas, lui même ancien esclave de saint Domingue, racheté par son père le Marquis Davy de la Pailleterie en 1776 et devenu Comte  puis général aux côtés de Bonaparte ; mort en 1806 (biographie DUMAS LE COMTE NOIR de Tom REISS,  Prix Pulitzer 2013, et de Claude RIBBE « Le Diable Noir »).

On n’a pas entendu que Christiane TAUBIRA se soit exprimée à cette occasion, ni de démenti de la part de l’Elysée au sujet du lieu réservé à ce musée ; mais en revanche Louis-Georges TIN (le président du CRAN)  déclarer :

« C’est L’esclavage qui a financé la banque de France ».  On  comprend mieux maintenant le choix de cet endroit pour un musée de l’esclavage.

Mais on ne devrait pas oublier que c’est le Front National qui, ayant pris en 2014 la municipalité de Villers-Cotterêts où le général DUMAS avait fini ses jours, a décidé de supprimer le budget affecté par la ville à la commémoration de l’abolition de l’esclavage en mémoire de l’illustre général d’Empire, parce qu’il  avait sous la Révolution pris la tête des armées révolutionnaires contre les Vendéens.

Quand on saura que c’est Marion Maréchal Le Pen qui est l’auteure du la proposition de loi sur la négation du génocide des Vendéens, on cessera de se demander pourquoi.

Exactement les mêmes méthodes que pour l’annulation du concert du 17 mai, de Alpha Diallo pour le centenaire de la bataille de Verdun cette semaine!

Bernard JOUANNEAU, Président de Mémoire 2000

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Chroniques de MAI 2016

Pendant que les députés s’interrogent sur les relations du dessous de la ceinture qu’ils entretiennent ou qu’elles subissent dans les coulisses de l’assemblée, avant de déposer leur motion de censure, suite au recours à répétition du 49-3…

1° Le ministre de l’intérieur Bernard CAZENEUVE prompt à dégainer les statistiques de son ministère relève qu’elles révèlent pour le premier trimestre de l’année 2016 une baisse de 80% des agressions antiracistes et antisémites par rapport à celles de l’an dernier.

On mesure la différence d’appréciation par rapport aux statistiques divulguées en fin de semaine dernière par la CNCDH qui signalait,elles, une augmentation sur l’année 2015. On ne peut manquer de la relever dans la mesure où elle révèle un sursaut national au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 ; mais on doit en limiter la signification.

2° Le Défenseur des droits publie cette année (9 mai) son rapport sur « les droits fondamentaux des étrangers en France ».

Il dresse un tableau alarmant des discriminations dont ils font l’objet.

« L’idée de traiter différemment les personnes n’ayant pas la nationalité française, de leur accorder moins de droits qu’aux nationaux est si usuelle et convenue qu’elle laisserait croire que la question de la légitimité d’une telle distinction est dépourvue de toute utilité et de tout intérêt ». Le défenseur des droits s’arrête d’abord sur la règle de droit qui, en instaurant parfois des critères apparemment neutres, limite de facto le plein accès aux droits fondamentaux des étrangers ; mais c’est surtout l’écart entre les droits officiellement reconnus et proclamés et les droits effectivement exercés, qui empoisonnent le quotidien des extras nationaux (refus d’accès aux soins, refus de scolariser les enfants, difficultés pour les personnes issues de l’immigration de faire venir leur famille pour de courtes visites). La liste des pièces requises et les conditions imposées par les mairies ajoutent souvent des conditions non prévues par les textes, pour la délivrance d’attestations d’accueil.

Parfois les migrants se voient exiger par un guichetier un papier qu’ils n’ont pas légalement à fournir.

En conséquence le Défenseur des droits demande au ministère de l’intérieur d’intervenir pour empêcher la propagation d’interprétations du droit divergentes ou illégales au sein des préfectures.

Il préconise aussi :

– de mieux encadrer la délivrance des visas de court séjour

– de faire preuve de plus de souplesse lorsque les demandes concernent des refugiés, des mineurs ou des ressortissants de pays dont les services d’état civil présentent des carences notoires.

– de sanctionner les pratiques illégales tendant à restreindre la liberté d’aller et venir de certains étrangers, pour les éloigner de leur lieu de vie (notamment pour les migrants de Calais) ; mais aussi pour les ressortissants roumains et bulgares supposés « Roms » à la suite de la destruction de campements dans lesquels ils vivaient.

– d’aménager un meilleur équilibre entre l’objectif de lutte contre l’immigration irrégulière d’une part et le respect de leurs droits fondamentaux d’autre part.

Mais l’originalité de ces recommandations concerne la nécessaire protection due à ceux qui en France se déclarent disposés à aider les étrangers en difficulté voir en situation irrégulière. Le Défenseur des droits réaffirme sa réticence de principe à l’égard de toute condamnation de l’aide désintéressée fournie aux étrangers et alerte sur les atteintes aux droits fondamentaux que peuvent a priori receler de telles condamnations. Il réprouve ce que l’on appelé le « délit de solidarité » et réitère sa recommandation tendant à ce que l’incrimination française du délit d’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour irréguliers soit calquée sur celle prévue par le droit européen, lequel inclut une notion d’intentionnalité et fait expressément mention d’un « but lucratif ».

Ce rappel essentiel est tout à fait important au moment où se pose la question pour les Français disposés à aider les étrangers du risque qu’ils courent.

Par ailleurs, le rapport traite  du recours effectif à la justice, du droit d’accès à un interprète (garant des droits de l’étranger confronté aux autorités), du droit au mariage, du droit à la protection de la santé, du droit au logement et à l’hébergement d’urgence, du droit à la protection sociale, du droit d’accès au travail et des droits spécifiques reconnus aux mineurs.

On se réserve d’y revenir après dépouillement du rapport de 305 pages.

Mais les réactions des lecteurs du MONDE qui a fait état de ce rapport ne laisse pas de surprendre et d’inquiéter dans la mesure où elles reflètent une méfiance voire une hostilité à l’égard des étrangers.

3° Par une résolution adoptée en date du 9 mai de l’ECRI, le conseil de l’Europe appelle à ne pas criminaliser l’aide apportée aux migrants en situation irrégulière.

Rejoignant l’avis du Défenseur des droits précité, le conseil de l’Europe appelle ses 47 états membres à ne pas criminaliser l’assistance sociale et humanitaire aux migrants irréguliers et leurs services sociaux, à ne pas communiquer de données personnelles de ces migrants  aux autorités responsables de l’immigration. « Il est fortement contre-productif pour le respect des droits de l’homme d’instaurer une infraction  » de solidarité » (déclaration du président de l’ECRI).

 

4° La promesse de l’ouverture dans l’hexagone d’un musée de l’esclavage, à l’occasion de la commémoration du 10 mai

Le président de la République a annoncé hier, à l’occasion de la commémoration de l’esclavage et de la traite négrière, la mise en chantier d’un musée de l’esclavage en France métropolitaine. Il avait déjà en 2015 inauguré en Guadeloupe le « Mémorial Act » ; mais il n’existe toujours rien dans l’hexagone qui permette au public et aux enfants des écoles de prendre conscience de l’ampleur et de la gravité de l’esclavage qui n’aurait pas -contrairement à ce qu’on enseigne- été aboli en 1848 par la II° République, mais aurait continué à faire des ravages déshonorants pour la France jusqu’en 1946 ( c f l’article du Monde du 11 mai).  A chaque président qui se respecte son musée : ORSAY pour Valéry Giscard d’Estaing ; la pyramide du Louvre pour François Mitterrand ; le musée du quai Branly pour Jacques Chirac.  Ce sera donc à Paris et non à Nantes, à Bordeaux ou à la Rochelle hauts lieu de la traite négrière, que François Hollande a choisi d’installer son musée qui sera consacré à ce crime contre l’humanité, faute d’avoir même envisagé une réparation des préjudices qui en ont résulté.

Cette initiative qu’il convient de saluer a peut être une résonnance électorale comme celle annoncée qui concerne la répression du négationnisme du génocide arménien. Elle n’en est pas moins heureuse et salutaire. Elle est le fruit de l’appel lancé en ce sens par Alain JAKUBOWICZ, le président de la LICRA et Louis-Georges TIN, président du CRAN pour qui « Le lancement de ce musée renforcerait la connaissance de l’histoire et de la cohésion nationale au sein de la République. Ce serait même une utile et légitime réparation ».

Puisque le CRIF et SOS RACISME se sont joints à cet appel, Mémoire 2000, qui ne peut que s’en réjouir, tient à annoncer son  soutien a cette initiative.

5° De nouvelles condamnations pour Dieudonné

M’Bala M’Bala (Dieudonné) vient de nouveau d’être condamné pour injures raciales et provocation à la haine raciale pour son spectacle « La Bête Immonde » où il insistait sur le rôle qu’il attribue aux juifs dans la traite des noirs  et par ailleurs ironisait sur le génocide commis par les nazis (deux mois de prison avec sursis et 10 000€ d’amende).

Il avait déjà été condamné en novembre 2013 à 28 000€ d’amende pour provocation  la haine raciale, puis en mars 2015 pour apologie du terrorisme, pour ses propos « Je me sens Coulibaly » au lendemain  des attentats de Charlie Hebdo.

La chambre de la presse tend à devenir sa deuxième salle de spectacles. Il y a comparu, lors du procès que Mémoire 2000 a fait à Alain SORAL, pour sa photo au mémorial de la Shoah où il s’était constitué partie civile, simplement pour pouvoir avoir la parole.

Par ailleurs, il poursuit le président de la LICRA, notre ami Alain JAKUBOWICZ, pour avoir assimilé le geste de la Quenelle à une « sodomisation » (ce procès a lieu cette semaine).

La CEDH a rejeté son recours contre la condamnation que lui a valu la présentation de R. Faurisson en tenue de déporté.

Et le tribunal administratif d’Orléans a rejeté son recours contre les arrêtés préfectoraux qui avaient interdit au mois de janvier 2014 son spectacle « Le Mur » et ce pour atteinte  à la dignité de la personne humaine.

Bernard JOUANNEAU

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Chroniques de MAI 2016

Mémoire 2000 a entamé le mois de mai en revenant sur le débat sur la laïcité lors du conseil qui s’est tenu le Lundi 2 mai.

Il ne cesse pas pour autant puisque Jacques JULLIARD y a consacré un article entier dans le FIGARO ce même 2 mai et Ariane Chemin et Raphaëlle BACQUE un dossier dans le Monde du 6 mai.

Notre ami Daniel Rachline n’a pas pu y prendre part puisqu’il était hospitalisé. Depuis il nous a quitté le vendredi 6 mai. On trouvera par ailleurs les messages de condoléances et les messages d’adieu qu’il a suscités.

Les titres et les caractères gras sont réservés à mes commentaires personnels

1° Retour sur la laïcité

A la suite de l’article de notre ami Guy ZERHAT dans le dernier numéro du  journal, j’avais souhaité qu’on y revienne, car le débat avait pris de l’ampleur et les divisions qu’il suscitait ne semblaient pas sur le point de s’apaiser .

La question du voile à l’université, les défilés de mode islamique, le Hidjab Day de Science po et l’intervention de Manuel Vals dans le débat après celle de l’observatoire de la laïcité, en réponse à Elisabeth Badinter qui recommandait au nom du féminisme et de la laïcité « de ne pas avoir peur d’être « islamophobe » suffisait à le justifier. On en trouvera un compte-rendu dans le dernier PV du conseil en date du 2 mai. Il en est résulté le souhait de voir l’association prendre clairement position pour la défense de ce principe universel de laïcité qui  a pris naissance en France et qui doit être retenu comme une de nos valeurs républicaines.

Jacques JULLIARD dans sa chronique au FIGARO du 2 mai considère « que la laïcité est devenue suspecte à une partie de la gauche intellectuelle, alors qu’elle lui paraît être le dernier rempart de l’universalisme occidental contre l’affirmation bruyante de toutes les minorités« . Il se demande même « si ce ne serait pas la haine du christianisme, alors que l’islamophobie n’a jamais fait un mort, hormis les guerres que se font les musulmans entre eux, quand les persécutions dont sont victimes par milliers les chrétiens à travers le monde se manifestent ». Il lui semble « qu’ils ont abandonné la vraie laïcité mais conservé l’anticléricalisme, pis encore l’antichristianisme».

Il n’est pas question pour nous, de revenir à cette formulation qui nous ramènerait aux guerres de religion, mais de remettre les évidences à leur place. Le respect de l’autre et des différences culturelles n’implique pas qu’on renonce à la défense de cette laïcité traditionnelle. Il ne s’agit pas de revenir en arrière. On peut être de gauche et profondément laïc, comme on peut parler librement de l’islamophobie autrement qu’en présence de son avocat. Il n’y a pas à redouter que ne se creuse un fossé entre les « universalistes«  tenant d’une République une et indivisible, égal creuset de tous les citoyens et les « Différentialistes » qui revendiquent le droit à la différence (Le schisme de la gauche par R. Bacqué et A. Chemin in Le Monde du 6 mai). L’un et l’autre se valent. Il faut faire confiance à la société civile qui, elle, a les pieds sur terre, et ne pas laisser le terrain libre aux seules polémiques des intellectuels qui se déchirent pour attirer l’attention et animer le débat politique.

2° La « France connaîtrait un sursaut de tolérance ». C’est tout au moins la conclusion inattendue à laquelle parvient la CNCDH (Commission consultative des droits de l’homme) dans son rapport sur l’année 2015.

Contrairement à ce que beaucoup redoutaient, le rapport de la CNCDH du 4 mai observe une progression de l’indice de tolérance de la société française, mais les actes racistes ont augmenté, notamment ceux visant les musulmans.

Cet indice de tolérance qui est une manière nouvelle (optimisted’analyser l’état de la société) intègre les attentats de janvier (Charlie Hebdo et l’Hyper Casher) et de Novembre (Bataclan). Toutes les catégories d’âge sont concernées par cette plus grande ouverture d’esprit de même que l’ensemble des électeurs de droite et de gauche. La présidente C. LAZERGES (reconduite dans ses fonctions) s’en explique : » Dans l’adversité un besoin de cohésion sociale s’est affirmé, comme si ce pays avait le sentiment d’avoir touché le fond et qu’il devait collectivement faire face. Rien ne montre pour autant que cette tendance soit durable ni sincère, compte tenu du fait que la parole raciste est moins dicible: Les Français n’auraient pas moins de préjugés mais hésiteraient davantage à les exprimer”.

Quoiqu‘il en soit les actes racistes connaissent une hausse sans précédent  (en 2015 de 22,4%). Dans le détail les infractions antisémites enregistrent un léger recul (5%), tandis que les faits antimusulmans ont plus que triplé (429/133) et la flambée de l’islamophobie observée ces dernières années se confirme pour atteindre un seuil jamais atteint.

La DILCRA sur l’action de laquelle j’ai exprimé dès le mois de septembre dernier quelques réserves, fait l’objet de critiques de la part de la commission notamment pour sa campagne « Tous unis contre la haine »  qui a fait entièrement l’impasse sur les Roms pour lesquels la présidente de la CNCDH critique vertement la « politique systématique d’expulsion qui a pour effet de déscolariser les enfants ».

Les recommandations rejoignent notre conviction et tous nos efforts en direction des établissements scolaires qui deviennentimpénétrables: « les établissements scolaires devraient être davantage le lieu de la déconstruction des préjugés. Ainsi la CNCDH encourage-t-elle l’Education Nationale à développer les débats sur les questions sensibles, de façon à aider les écoliers, les collégiens et les lycéens à construire un jugement » et pour ce faire la CNCDH propose de développer les débats et de mettre à disposition des salles de classe animées par des personnes compétentes, enseignants volontaires ou intervenants extérieurs ».

On ne pouvait pas espérer de la part de la commission qu’elle approuve officiellement et publiquement la ligne que nous préconisons et que nous tentons de mettre en œuvre, malgré la réticence des chefs d’établissements et les craintes des professeurs.

3° L’Europe cède aux exigences de la Turquie quant à la délivrance des visas.

L’exemption des visas pour 75 000 0000 de ressortissants turcs pour une durée de trois mois a été acceptée par 22 sur 28 états membres de l’Union (mis à part la GB, IRL, Gr, Chypre, Roumanie et Bulgarie). Elle marque un tournant dans les relations entre la Turquie  et l’Union européenne, si toutefois la Turquie parvient à satisfaire au 72 critères imposés par Bruxelles devant lesquels (Il en reste cinq) les Turcs rechignent à faire des concessions, notamment sur le respect de la liberté de la presse et la lutte contre le terrorisme.

De leur côté l’Allemagne et l’Autriche redoutent une multiplication des séjours prolongés et irréguliers de la part des Turcs ainsi qu’une vague de demandes d’asile introduites par les Kurdes fuyant les violences et les affrontements.

Cette discussion de dernière minute risque de faire capoter l’accord du 18 mars négocié entre A. Merkel et A. DAVOTGLU le premier ministre turc partant, qui ne partagea pas tous les points de vue du président Erdogan notamment sur le principe de laïcité à inscrire dans la constitution.

Cette partie de bras de fer rappelle curieusement l’abandon par les puissances allées en 1923, lors de la signature du traité de Lausanne qui mettait fin à l’empire et entérinait la création de la République Turque, des « Capitulations » consenties en 1569 par François I° au bénéfice des Européens résidant sur les territoires de l’Empire Ottoman et leur accordant des privilèges ou favorisant la libre circulation des navires de la flotte royale française.

4° Le Pape François a reçu au Vatican le prix Charlemagne attribué à ceux qui défendent l’unité de l’Europe (7 mai)

A l’occasion de la remise de ce prix par les dirigeants européens qui se sont déplacés à Rome pour l’occasion, le Pape François agissant non pas comme le chef de l’église catholique, mais comme le chef d’Etat du 47° pays du conseil de l’Europe (le Vatican) a lancé un vibrant appel sur l’air de celui de Martin Luther King (« I have a dream ») dont on devra retenir :

« Je rêve d’une Europe jeune, capable d’être encore mère, qui ait de la vie parce qu’elle respecte la vie, et offre l’Esperance de vie

Je rêve d’une Europe qui prend soin de l’enfant, qui secourt comme un frère le pauvre parce qu’il n’a plus rien  et demande un refuge

Je rêve d’une Europe qui écoute et valorise les personnes malades et âgées pour qu’elles ne soient pas réduites à des objets improductifs

Je rêve d’une Europe où être un migrant ne soit pas un délit mais plutôt un engagement à un plus grand engagement dans la dignité de l’être humain tout entier

Je rêve d’une Europe où les jeunes respirent l’air pur de l’honnêteté, aiment la beauté de la culture et d’une vie simple non polluée par les besoins infinis du consumérisme

Je rêve d’une Europe des familles avec des politiques vraiment effectives centrées sur les visages plus que sur les chiffres, sur les naissances d’enfant plus que sur l’augmentation des biens

Je rêve d’une Europe qui promet et défend les droits de chacun sans oublier les devoirs envers tous

Je rêve d’une Europe dont on ne puisse pas dire que son engagement pour les droits humains  a été sa dernière utopie « .

Fasse le ciel que Mgr François BERGOGLIO soit entendu, mais surtout par les Européens, mais comme il ne s’agit pas seulement d’un rêve et qu’il a les pieds sur terre, il a invité les chefs d’Etat européens à se réveiller  en leur disant « Comment pouvons nous faire participer ces jeunes à cette construction lorsque nous les privons de travail, de travaux dignes qui leur permettent de se développer, grâce à leurs mains, grâce à leur intelligence et à leur énergie ?

Comment voulons nous leur reconnaître la valeur de protagonistes, lorsque les taux de chômage et de sous emploi de millions de jeunes européens sont en constante augmentation ?

Comment éviter de perdre ces jeunes qui finissent par aller ailleurs à la recherche d’idéaux, parce que nous ne savons plus leur offrir des idéaux et des valeurs « .

Bernard JOUANNEAU, Président de Mémoire 2000

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Chroniques de MAI 2016

(Les titres et les caractères gras sont réservés à mes commentaires personnels – Bernard Jouanneau)

Le 1° Mai

Pendant que les manifestations autour de « Nuit Debout » se poursuivent à la veille de  l’ouverture du débat parlementaire auquel la Loi « Travail » de Myriam EL KHOMRI doit donner lieu, l’attention est attirée par les medias sur les disputes familiales des LE PEN, mais c’est une manière d’occulter l’horizon des droits de l’homme qui continue de s’obscurcir.

1° A ALEP où les Syriens enfermés dans les ruines continuent de mourir au rythme de Un toutes les 25 minutes

Alep brûle; la trêve de l’ancienne capitale économique de la Syrie n’est plus qu’un lointain souvenir.

Vendredi dernier, plus de trente personnes ont été tuées, ces morts s’ajoutent aux deux cents des 7 jours précédents.

Mais « Qu’attend l’Occident pour faire cesser ce massacre? Que nous soyons tous morts. La confiance est rompue »? (un médecin d’Istanbul en mission) 250 morts en sept jours, deux hôpitaux détruits.

2° EN GRECE sur les îles de LESBOS, Chios et Kos

où les tensions dans les camps et les villages alentours se multiplient face à une situation humanitaire qui se dégrade chaque jour

« Les îles grecques sont saturées. Les conditions d’accueil dans les camps se détériorent. Il y a trop de monde enfermé depuis trop longtemps et sans vision très claire de ce qui les attend » (Le Monde du 29 avril 2016).

A Lesbos, il y a au maximum 3500 places or 4300 migrants y sont bloqués. A Chios, ils sont 2080 pour 1100 places. Depuis le 20 mars, date à laquelle le camp de VIAL à Chios est brutalement devenu un camp de rétention, la situation est explosive et les franges les plus radicales de la population se mobilisent contre la présence des réfugiés et « Les gens restent enfermés trop longtemps entraînant des tensions inter ethniques ».

Cette détérioration du climat est bien la conséquence directe de l’accord de la honte du 18 mars mis en place par L’UE.

3° Bien que le nombre des migrants qui tentent de gagner la Grèce par la mer EGEE diminue

(3 029 migrants en Avril contre 64 415 en Janvier), celui des arrivants de Libye augmente

Le commissaire européen chargé de l’aide humanitaire, Christos STYLIANIDES, n’en continue pas moins à soutenir « que cet accord est un pas très important pour faire face à la crise…il montre la voie et la très nette diminution du flux des réfugiés montre son efficacité; je pense que les 28 arriveront enfin à trouver une position commune« . Cela ne l’empêche pas de conclure que « la Grèce est en état d’urgence humanitaire » et pendant ce temps 84 migrants sont d’après l’OIM portés disparus après le naufrage en mer Méditerranée de leur canot pneumatique. Les garde-côtes ont réussi à sauver 26 personnes qui ont été conduites à LAMPEDUSA et plus de 26 000 migrants sont arrivés depuis le début de l’année sur les côtes italiennes, en très grande majorité, après avoir été récupérés par des navires italiens…

On peut chercher à sa rassurer à bon compte ; mais les migrants, eux, continuent de décompter leurs morts en attendant que l’Europe se réveille.

4° C’est le sens de l’appel lancé le 1er mai par Nicolas HULOT  dans « Le Monde » sous le titre « Mais où est passée notre humanité? »

« Petit à petit nous nous habituons à l’insoutenable… Nous zappons d’une tragédie à l’autre, en espérant poser notre esprit sur une futilité dont notre société se régale pour mieux nous hypnotiser…L’Europe est passée de l’indifférence à l’impuissance et offre à certains un argument pour douter de son utilité; Comment ne pas céder à l’écœurement devant son immobilisme crasse face aux milliers de noyés en Méditerranée ou en mer Egée. Entre 2000 et 2014, 22 000 migrants sont morts en tentant de rejoindre l’Europe qui est devenue pour eux la destination la plus dangereuse du monde… L’Europe démontre, si besoin était, sa faiblesse politique et le peu de cas que nous faisons de nos valeurs… »

Il faut le lire égrener une à une toutes les initiatives que chacun d’entre nous pourrait prendre pour sortir de la crise humanitaire. Contrairement à ce qu’on croit et à ce qu’on dit, il y a des choses à faire. Il suffit de s’en préoccuper.

5° En France, on se prépare, outre au débat sur la loi EL KHOMRI

– à suivre les débats du procès de Tito BARAHIRA et Octavien NGENZI, deux réfugiés Rwandais déférés devant la Cour d’Assises de Paris du 10 mai au 1er juillet.

Deux présumés génocidaires que la France s’est résignée à juger, sur l’insistance des époux Gauthier (Les Klarsfeld du génocide des Tutsis)

– à interdire la fessée  selon une nouvelle proposition de loi contre les violences faites aux enfants  émanant de deux députés (PS et écologistes) dans laquelle on trouve: « Nul, pas même le titulaire de l’autorité parentale n’a le droit d’user de la violence physique et d’infliger des châtiments corporels et des souffrance morales ou de recourir à toute forme d’humiliation envers un enfant ». C’est aussi l’avis du Défenseur des droits qui aux termes de son rapport sur les droits de l’enfant recommande l’interdiction des châtiments corporels ; il est rejoint pour la première fois par les caisses d’allocations familiales.

On pourra consulter l’ouvrage de Catherine DUMONTEIL-KREMER « Une nouvelle autorité sans punition ni fessée » et tenter de démasquer ceux et celles qui considèrent que la fessée n’est pas de la violence.

– à voir ressurgir à l’occasion de leur centième anniversaire les accords SYKES-PICOT du 16 mai 1916 par lesquels la France et l’Angleterre se sont réparties clandestinement et en cachette, les dépouilles de l’empire Ottoman.

On entend dire malgré tout que la France n’est pour rien dans le drame qui a vu naître le conflit actuel ; alors que c’est nous qui l’avons mis en place en sacrifiant au passage les Arméniens (A suivre) et voir notamment « Quand Paris et Londres refaisaient le Moyen-Orient sur le dos de arabes » dans l’OBS  et l’article de Gaid MINASSIAN « De  la chute des Ottomans, la paix au Proche-Orient » d’où j’ai retiré ceci :

« Inutile de s’étonner de l’accumulation des guerres qui transforment cet espace post-ottoman en malédiction de l’histoire ».

– à voir ou revoir à la faveur du passage dans le domaine public de « Mein Kampf », du 80° anniversaire des jeux olympiques de Berlin (en 1936), des 70 ans du procès de Nuremberg, les films documentaires ou de fiction consacrés à HITLER ou au nazisme, à commencer par « Bras de fer à  Nuremberg » sur GOERING le 1er mai sur la chaîne Histoire ; les « Champions d’Hitler »  le lundi 2 mai sur FR3 un documentaire sur l’histoire du nazisme à 20h55 et « Mein Kampf, le manifeste de la haine » à 22h45 sur ARTE le 3 mai 2016.

Il paraît  que l’arrivée de la chaîne franco-allemande ARTE a contribué à faire renouveler l’offre documentaire sur l’image du nazisme ; mais en tous cas, elle ne se laisse pas oublier. Il faut sans doute s’attendre à ce que l’offre rejoigne la demande toujours aussi intense sur le thème.

Doit on s’en inquiéter ou s’en féliciter ?

Votre avis sur toutes ces nouvelles inquiétantes est les bienvenues

Bernard JOUANNEAU, Président de Mémoire 2000

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Chroniques du 29 Avril 2016

Les violations des droits de l’homme et la situation de celles et ceux qui les subissent:

1°Les chiffres de la crise migratoire en date du 28 avril publiés par l’OIM (organisation Internationale pour les Migrations)

ARRIVEES par bateau en 2011     62 692                 1500  Morts en mer

                                        en 2012     13 267                   500

                                         en 2013       42 925                  600

                                        en 2014        170 000             3979

                                        en 2015        1 011 712           3772

En 2016 (du 10.01 au 18 avril) 177 207 arrivants + 756 morts en mer ( +500 de Libye)

2°  Les déclarations de Marion Maréchal Le Pen (27 avril 2016)

qui se dit « saoulée » par les valeurs de la République qu’on nous sert en permanence ». Pour elle, la jeunesse frontiste se définit comme « une jeunesse qui aspire au retour du patriotisme, à l’amour de son pays, de ses racines, qui veut défendre son héritage, son mode de vie, ses mœurs et ses traditions. »

 La laïcité  qui figurera dans la nouvelle constitution de la Turquie (27.04.2016)

« Pour garantir la liberté de culte des citoyens et pour que l’Etat soit à égale distance de toutes les confessions » (dixit Ahmet Davutoglou le Premier ministre turc). Mais selon le parti du président ERDOGAN (AKP) « Nous sommes un pays musulman avant toute chose, la laïcité ne doit pas figurer dans la constitution »,  ce parti demande à l’inverse pour protester contre les déclarations du Premier ministre turc  une « constitution religieuse ».

D’après le président ERDOGAN « L’Etat doit se tenir à égale distance de tous les groupes religieux .C’est cela la laïcité ».

4° L’Autriche adopte un « état d’urgence migratoire »

Les députés autrichiens souhaitent limiter à trois ans le permis de séjour des réfugiés dont la demande de droit d’asile aura été jugée favorablement et entendent renvoyer dans leur pays d’origine les exilés originaires des pays en guerre, une fois la paix revenue. En outre les réfugiés, même s’ils sont de nationalité irakienne ou syrienne, devront prouver qu’ils sont persécutés dans leur pays d’origine. L’Autriche a enregistré 18 000 demandes d’asile depuis le début de l’année et a plafonné à 37 500 le nombre des réfugiés qu’elle entend accueillir en 2016.

5° En Serbie le premier ministre Alexander VUCIC  remporte les élections

Au pouvoir depuis 2011, il maintient son score de 48% ce faisant, il accélère la dérive droitière autoritaire du régime…avec la bénédiction de l’Union Européenne.  Ses méthodes rappellent celles de Viktor ORBAN en Hongrie et de Nikolas GRUESKI  en Macédoine.  Il reçoit malgré tout le soutien de l’UE en se tenant à mi-distance des Européens et des Russes.

6° En Afrique de l’OUEST, AMNESTY s’alarme de la recrudescence des mariages forcés (rapport du 27.04.2016)

Le NIGER, le MALI et le BURKINA FASSO sont en tête des pays où se pratiquent le plus de mariages forcés.

Mais…les jeunes filles qui résistent sont soutenues par leurs mères qui ont eu à subir ce genre de mariage.

7° Le chiffre de Jean VIARD sociologue  au CEVIPOF : 13 983 Km

C’est la longueur des frontières de l’Union européenne  avec le reste du monde  (Les USA 12 034 km, L’Inde 14 013 km) comparée au budget prévisionnel de FRONTEX pour l’année 2015 qui s’élevait à 114 millions d’euros. Pour lui « le problème qui nous est posé n’est pas financier. Il est moral et politique. Allons nous perdre une part de notre humanité afin de prévenir la panique que la venue des migrants pourrait inspirer aux plus fragiles d’entre nous ? Comment inventer un art de faire humanité quand nous vivons tous dans la même bulle climatique et médiatique mais que les uns sont dans le poste et que les autres regardent? Si on ne sait pas penser, organiser et aimer cet humanisme réaffirmé, il faudra, ou bien débrancher notre télé ou regarder les violences croître. C’est à en pleurer! » Cf. le numéro de « UN » en date du 27 avril.

Il y a dans toutes ces nouvelles de quoi désespérer; mais aussi de quoi se réveiller. J’entends dire « qu’on ne peut pas se mêler des malheurs du monde ». Moi j’ai plutôt et de plus en plus envie de m’en mêler. J’aimerai bien ne pas être le seul.

Bernard JOUANNEAU

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Chroniques d’Avril 2016

1°Le résultat du 1er tour des élections en Autriche

Le succès remporté par le FPO en Autriche aux élections présidentielles de dimanche dernier (36%) semble s’appuyer sur la réaction de la population à la crise des refugiés qui ont cherché à transiter par l’Autriche. On se rassure en se disant que « l’hypothèse d’une victoire du parti de Norbert HOFER est faible » mais il demeure pour la presse autrichienne qu’il s’agit d’un « Tsunami politique ». Il y a de quoi s’inquiéter dans ce pays qui en a vu d’autres.

La fouille à nu revient sur le devant de la scène pénitentiaire

Le garde des sceaux Jean-Jacques URVOAS vient de faire adopter par le Sénat un amendement qui permettrait de reprendre la pratique des fouilles à nu, en prison. Déjà autorisée par une loi de 2009 présentée par Rachida DATI, ces pratiques d’un autre âge ont fait l’objet de la condamnation par la CEDH, de la France, parce que « les fouilles intégrales systématiques non justifiées et non dictées par des impératifs de sécurité peuvent créer chez les détenus un sentiment d’être victime de mesures arbitraires et atteints d’une profonde violation de la dignité que provoque l’obligation de se déshabiller devant autrui » et parce qu’elles le sont autant pour les gardiens que pour les détenus.

Le garde des sceaux qui avait pris position en 2009, lorsqu’il était député contre ces mesures, au nom de la dignité humaine, estime aujourd’hui qu’elles peuvent « se justifier par la présomption d’infractions ou par  des risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnesLa découverte de multiples objets (essentiellement des téléphones portables) introduits ainsi illicitement en prison ne justifie pas pour autant ces dérogations à l’article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme. On doit s’attendre à de nouvelles condamnations de la France pour violation des droits de l’homme.

3° La condamnation de la Norvège pour traitements inhumains et dégradants

L’auteur de la fusillade d’UTOYA (A. BREIVIK) qui a tué 77 personnes en 2011 vient d’obtenir la condamnation de la Norvège, au nom de ce même article 3, à raison de l’isolement qui lui est infligé depuis son arrestation (Condamné à 21 ans de prison, il est en effet tenu à l’isolement dans un appartement de trois pièces, sans voir personne). L’Etat norvégien a fait appel de cette décision surprenante, mais conforme à la jurisprudence de la CEDH et à l’état de droit local.

4° Jean Louis DEBRE qui publie chez Robert Laffont « Ce que je ne pouvais pas dire« 

J.-L. Debré est passible de poursuites pour violation du secret des délibérations du conseil constitutionnel qu’il a présidé pendant 9 ans, et sans doute aussi pour manquement à son devoir de réserve qui subsiste après la fin de son mandat.

A propos de l’annulation le 28 février 2012 de la loi BOYER sur la contestation des génocides reconnus par la loi, il semble en outre qu’il ait délibérément manqué à son devoir d’impartialité, en révélant qu’il était depuis toujours contre ce genre de lois mémorielles  Personne ne semble s’en être avisé. Son livre, remarquable et remarqué, s’affranchit  des codes et du serment prêté.

Marine LE PEN se fait doubler sur sa droite

La présidente du FN qui cherche à se faire une image de présidentiable à l’étranger est en train de se faire doubler sur sa droite.

Par son père d’abord qui organise une manifestation séparée le 1er mai au pied de la statue de Jeanne d’Arc, place des pyramides à Paris, tandis qu’elle sera, elle, au pied de l’autre statue de Jeanne d’Arc devant l’église Saint Augustin.

Par Henry de LESQUEN, ensuite: un versaillais que j’ai connu chez les pères eudistes à Versailles dans les années 50 et qui annonce sa candidature aux primaires de la droite pour soutenir « l’inégalité des races » et lutter contre « la religion de la shoah ».

Il voit dans le Front national « un lupanar pédérastique » présidé par « une femme de gauche ». Il devrait porter des lunettes…

6° AU BURUNDI, après un an de répression, la Cour Pénale Internationale (CPI) ouvre  enfin une enquête portant sur les crimes commis depuis un an par les milices présidentielles du président Pierre Nkurunziza dont on suspecte l’inspiration ethnique de sinistre mémoire depuis le génocide des tutsis au Rwanda en 1994. On va peut-être en savoir davantage sur les rumeurs insistantes qui courent depuis un an.

7° Malgré le vote de l’Assemblée, la réforme du CSM est compromise

Cette réforme qui devait renforcer l’indépendance des juges et du parquet, en prévoyant l’obligation pour le gouvernement de suivre les avis du CSM pour la nomination des hauts magistrats et pour les membres du parquet risque de devoir être enterrée, faute par la majorité sénatoriale de s’y rallier; Le syndrome de la « déchéance de nationalité » recommence.

 

Bernard JOUANNEAU

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