Journal de Janvier 2017: “Si je survis » de Moriz Scheyer – Ed. Flammarion

20 décembre 2016

cqnh3ngwaaaxavjMoriz Scheyer appartenait au monde littéraire et bourgeois de Vienne, et dut quitter l’Autriche au moment de l’Anschluss. Son récit décrit, sur le moment, sa fuite en France jusqu’à son arrivée au monastère de Dordogne, et sa vie et celles de ses proches.

De nombreux ouvrages témoignent de l’horreur que fut la Shoah, de l’effroyable condition de vie dans les ghettos ou des atrocités des camps d’extermination. Peu décrivent la douleur quotidienne, certes sans doute sans aucune commune mesure avec celle subie par les déportés, mais cruelle aussi, des personnes qui ayant pu fuir, se retrouvent traquées, spoliées et dépendantes de tous et de tout.

C’est de cela dont parle Moriz Scheyer : de cette “peur au ventre”, de cette humiliation, de ces angoisses permanentes.

Mais au delà, il parle de la condition humaine : de la petitesse, la mesquinerie de certains êtres, mais aussi de ses belles rencontres avec des hommes et des femmes généreux et désintéressés : de belles âmes. Parmi elles, les sœurs du monastère où Moriz, sa femme et leur fidèle Sláva Kolárová ont trouvé refuge, et surtout, la famille Rispal en Dordogne : Hélène, la mère, Gabriel, son époux, Jacques, le jeune et futur comédien à succès.

Ce récit interroge encore et toujours : comment cela a-t-il pu advenir ? 

Lison Benzaquen


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance-débat du 14 janvier 2014

5 mai 2014

1007662_fr_les_hommes_libres_1314173833187Les Hommes Libres

Séance du 23 Janvier 2014

Thème : Les Justes

Débatteur : Mohammed Aïssaoui

 

Dure, dure, cette séance. Et pourtant elle a tout pour plaire : Une salle pleine. Pour moitié, des élèves de la “diversité”, pour l’autre, des “bourges”. Un très beau film sur les Justes musulmans, en cet anniversaire de la libération d’Auschwitz : la Grande Mosquée, grâce à son directeur Kaddour Benghabrit, sert de cachette à de nombreux juifs dont un jeune chanteur séfarade qui y restera 4 ans. Et enfin, un excellent débatteur, Mohammed Aïssaoui, auteur d’un livre que je recommande chaudement : L’étoile jaune et le croissant (éditions Gallimard).

Dès la première question on comprend que le débat sera difficile, pour ne pas dire impossible, car centré sur l’actualité des juifs et des musulmans. Et si le film où l’on voit des musulmans en prière dans la Grande Mosquée est regardé dans un silence quasi religieux, dès la première question s’instaure dans la salle un brouhaha qui ne cessera plus.

-Pourquoi ne parle-t-on que des juifs et seulement d’une minorité de musulmans ?

-Que pensez-vous de l’affaire Dieudonné ?

-Si la Shoah avait concerné des musulmans et non des juifs, est-ce qu’on en aurait tellement parlé ?

-Est-ce que l’état sioniste d’Israël est légitime dans sa totalité ?

N’oublions quand même pas quelques rares questions plus “soft” qui mettent un peu de baume au cœur telles que : pensez-vous qu’un jour musulmans et juifs marcheront main dans la main ?

Notre débatteur qui s’est, de prime abord, présenté comme journaliste, écrivain, musulman, fait tout pour donner une vision positive des juifs, expliquer combien juifs séfarades et musulmans d’Afrique du Nord ont de points communs. Lui-même habite dans un quartier de juifs pieux et il s’y sent parfaitement à l’aise. Rien n’y fait. Personne ne se donne même la peine d’admirer le courage du recteur Kaddour Benghabrit, sauveur de juifs.

La séance se termine. Un élève rejoint le débatteur, expose ses idées sur Dieudonné et termine sur l’affirmation qu’on n’avait jamais pu retrouver de plans d’un crématoire à Auschwitz.

Et aujourd’hui 27 Janvier, je lis dans un compte-rendu de presse : Avec l’affaire Dieudonné une digue morale vient de sauter dans les établissements scolaires, selon certains enseignants interrogés par Le Figaro. “La Shoah j’en suis gavé depuis la classe de troisième. Entre les émissions de télé, les séries, l’école, on ne parle que de ça. Moi, ça me fait du bien d’en rire avec Dieudonné”. Une élève, oubliant qu’elle est en cours sur la seconde guerre mondiale demande : “Pourquoi parle-t-on tout le temps du génocide juif et pas du génocide rwandais ou cambodgien ?”. Le mois dernier, une enseignante, professeur contractuelle d’histoire-géographie dans un lycée de Saint-Priest (Rhône), a déposé plainte en raison d’attaques à caractère antisémite de ses élèves. Elle s’est ainsi entendu dire: “On ne veut pas d’une juive comme professeur dans notre classe”.

Oui, dur, dur !

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2014: un village bien français

5 mai 2014

861920Un petit matin de décembre (2013), un petit village de Seine et Marne comme il y en a beaucoup en France, la salle des fêtes de la mairie, beaucoup de gens endimanchés, graves et attentifs.

Une estrade, des députés, le maire avec son écharpe, un diplomate représentant l’état d’Israël, une capitaine de gendarmerie et deux gardes républicains en tenue d’apparat encadrant le drapeau français comme pour lui rendre ou conserver toute sa gloire.

Et puis une vieille dame toute cabossée mais à la figure illuminée qui représente l’honneur de ce village et ses parents décédés qui, il y a 70 ans recueillirent un enfant juif de 3 ans et le sauvèrent d’une mort programmée.

Cet enfant qui avait 3 ans en 1943, ce condamné à mort qui n’avait rien fait, est là à côté de cette dame, ils ont gardé toute leur vie des liens indéchirables, cet enfant élevé par la République dans les grandes écoles, cet enfant comme beaucoup d’autres, sans le savoir a sauvé la République qui lui a sauvé la vie. Cet enfant, cet homme est mon ami, Michel Fansten.

Tous était là pour que cette dame reçoive la plus haute décoration civile de l’état d’Israël ; la médaille des justes parmi les Nations – Ce n’est que justice.

Des larmes sur les joues, des sourires sur les lèvres, des souvenirs plein le cœur…

Que vive la République.

Daniel Rachline


Dossier pédagogique du film « Des hommes libres » de Ismaël Ferroukhi, préparé par Guy Zerhat, membre de Mémoire 2000

15 janvier 2014

1007662_fr_les_hommes_libres_1314173833187Séance du Jeudi 23 janvier 2014 

Débatteur:  Mohamed Aïssaoui, journaliste et écrivain, auteur notamment de « L’Étoile jaune et le Croissant » (Éditions Gallimard, 2012).

Cliquez ici pour télécharger le dossier pédagogique (PDF)


Journal d’octobre 2013: Le Chambon sur Lignon

3 octobre 2013

Tout le monde, ou presque, connait l’histoire exemplaire de ce village de Haute Loire, le Chambon sur Lignon.
C’est avec un naturel déconcertant que la population de ce village a sauvé presque 1000 juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Seule la tradition orale permet de préserver l’histoire exceptionnelle de ce village. Mais les témoins ne sont pas éternels…
Il manquait donc à cet endroit un “lieu de mémoire” visant à entretenir la mémoire de cet épisode admirable de la Résistance française. C’est chose faite depuis le 13 juin dernier. “C’est un lieu où la mémoire des petites gens va être portée … et qui présente le par- cours de ceux qui ont été sauvés, mais aussi des sauveurs, ainsi que ceux qui ont été actifs par les organisations et les participants aux résistances civiles et armées”, explique Olivier Lalieu, historien responsable de l’aménagement des lieux de mémoire et des pro-jets externes au Mémorial de la Shoah.
Ce lieu “aura une fonction pédagogique très forte car il permet de s’interroger pour comprendre comment ces gens ont senti très vite ce qui était juste ou non”, précise Laurent Wauquiez.

Depuis la fin de la guerre, Chambon est un lieu de pèlerinage et reçoit la visite de nombreuses personnes venant sur les traces de leurs aïeux. Ce village fait partie de la mémoire juive surtout en Israël et aux Ètats-unis où la plupart des personnes sauvées ont immigré. Il n’est que justice que ce village de Justes ait enfin un lieu de mémoire “officiel” et pérenne.

Lison Benzaquen

Le champion cycliste italien des années de guerre, Gino Bartali, vient d’être élevé, à titre posthume, au rang de Juste parmi les Justes pour avoir sauvé 800 juifs pendant la guerre. Très pieux et très modeste il disait : le bien c’est quelque chose que tu fais, pas quelque chose dont tu parles.


Journal d’Avril 2011 : compte-rendu de la séance du film « Marga » de Ludi Boeken

5 avril 2011

MARGA

Séance du 3 Février 2011

Thème : Les Justes

Débatteur : Ludi Boeken.

“J’ai voulu faire Marga pour montrer qu’il peut exister une once d’humanité au sein de l’enfer” Ludi Boeken.

Film remarquable, débatteur hors du commun, tels ont été les commentaires des professeurs et des élèves qui assistaient à la projection de Marga suivi d’un  débat animé par le réalisateur, Ludi Boeken.

Ce film, merveilleuse adaptation du livre de Marga Spiegel publié en 1965 sous le titre “Retter in der Nacht” (Sauveurs dans la nuit) est un hommage rendu aux familles des fermiers allemands, qui ont eu le courage de cacher pendant toute la guerre leurs compatriotes juifs.

Ce récit authentique, montre que si on voulait, on pouvait. Il jette une terrible culpabilité sur la majorité des Allemands qui est restée silencieuse et passive en laissant faire des crimes abominables.

Pourquoi avoir réalisé ce film fut la première question posée par un élève qui permit à Ludi Boeken, de nous raconter avec beaucoup d’humour, de passion et moult anecdotes truculentes la réalisation du film. Impressionné par le livre que Marga avait écrit sur son histoire pendant la guerre, un producteur allemand lui a demandé s’il accepterait de faire un film car il était impossible de trouver un réalisateur allemand, les jeunes étant encore obnubilés par le passé nazi de leur pays qu’ils voulaient effacer à tout prix. Il fallait donc un regard extérieur. Le film a eu un très grand succès en Allemagne ainsi qu’en Israël.

Pourquoi cette famille juive persécutée est-elle restée dans une Allemagne nazie au lieu de fuir, a demandé un professeur? Menne Spiegel, comme tous les juifs Allemands était extrêmement attaché à l’Allemagne, à sa langue, ses coutumes et sa culture; de plus, en tant qu’ancien combattant de la guerre de 14-18 et décoré de la Croix-de-Fer, il pensait être épargné par la chasse aux juifs. C’est pour toutes ces raisons qu’il refusa de partir en Palestine comme le souhaitait Marga.

Marga et sa fille Karin ont été cachées pendant trois ans chez des fermiers, les Aschoff, tandis que Menne est resté terré dans le grenier d’un autre paysan. L’hostilité, au début, de certains membres de la famille Aschoff, intrigue un élève.

Le débatteur lui explique que lorsque Heinrich Aschoff décide seul et sans en avertir sa famille de cacher au péril de leur vie Marga et Karin, sa femme Anni et sa fille se sont violemment rebellées. Tous les Aschoff étaient de farouches adeptes du nazisme: le fils, soldat de la Wehrmacht, fut tué sur le front russe et la fille était un membre actif et convaincu de la jeunesse hitlérienne. Cependant, au fur et à mesure que le temps a passé et que le sort des juifs devenait de plus en plus dramatique, le comportement d’Anni et de sa fille s’est progressivement modifié jusqu’à devenir tout à fait amical et chaleureux. Cette attitude était d’autant plus louable, qu’à cette époque, à la différence des pays occupés, aucun Allemand ne pensait que la chute de Hitler puisse arriver. Lorsqu’ils cachaient des juifs, c’était donc, dans leur esprit, pour la vie et sans possibilité de retour.

A la question suivante concernant l’attitude étrange de Menne à la libération, Ludi Boeken répond que Menne a été traumatisé par les trois années qu’il a passées caché dans un grenier sans jamais sortir. A sa libération, il fit une grave dépression. Le réalisateur a voulu accentuer cet aspect afin de symboliser, à travers ce personnage, les effets néfastes des traitements subis par toutes les victimes déportées ou non, les otages les prisonniers…  il a insisté sur le traumatisme de toutes ces personnes qui ont perdu leur identité et qui ressentent toujours un sentiment de culpabilité pour avoir survécu alors que tous les autres sont morts.

Quelles ont été les relations de Marga avec les Aschoff et particulièrement avec Anni après la guerre? Marga et Menne sont restés vivre en Allemagne à Ahlen et les Aschoff sont devenus leur vraie famille; il s’est créé des rapports extrêmement forts entre les deux femmes. Karin est partie s’installer aux Etats-Unis où elle a travaillé comme traductrice à l’ONU et a fondé un foyer.

Les noms de tous les membres de la famille Aschoff, ainsi que ceux des autres fermiers allemands qui ont sauvé les Spiegel, sont immortalisés comme “Justes parmi les nations” sur le mur d’honneur du Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem.

Françoise Flieder


Programme 2010-2011 : « Marga » de Ludi Boeken

26 janvier 2011

Notre séance du jeudi 3 février 2011:

Thème : Les Justes Allemands

Marga

Date de sortie : 2010

Réalisateur : Ludi Boeken

Débatteur : Ludi Boeken

Durée : 1h40

Synopsis : Ce film tiré d’un fait véridique, raconte l’histoire de fermiers allemands, membres du parti nazi, qui ont fait preuve de courage en osant cacher pendant plus de deux ans, Marga Spiergel, son mari et sa petite fille Karine, les sauvant ainsi de la déportation et de l’extermination…

Dossier pédagogique sur les « Justes parmi les nations » préparé par Françoise Flieder (Mémoire 2000) (Cliquez sur le lien qui précède pour accéder au document PDF)

Marga – synopsis et note d’intention : dossier pour la projection du film de Ludi Boeken (Cliquez sur le lien qui précède pour accéder au document PDF)