Journal de Juillet 2015: Reconnaître et juger les génocides

7 septembre 2015

Le pape François vient de considérer le massacre des Arméniens comme “le premier génocide du XXème siècle”.

Aussitôt une polémique est née : qu’est-ce qu’un génocide ? Dans le langage courant, il désigne les crimes de masse. Le terme a été adopté par l’ONU en 1948 pour qualifier un impensable massacre, les horreurs révélées en 1945. Ce mot nouveau avait été inventé par le juriste américain Raphael Lemkin avec cette définition : Commettre des massacres ou causer un préjudice mental ou physique grave avec l’intention de détruire tout ou partie d’un groupe national ethnique, racial ou religieux.

Le débat porte sur le nombre de victimes. Pourquoi. Comment.

Le nombre : entre 300 000 et 6 millions.

Comment : de type génocidaire.

Les génocides sont reconnus par des juridictions internationales : la Cour pénale internationale (CPI), le Tribunal pénal international (TPI), et la Cour internationale de justice (CIJ).

Le génocide cambodgien suscite encore le débat : du 17 avril 1975 au 6 janvier 1979, le “Kampuchéa démocratique” a provoqué la mort d’environ 20% de la population cambodgienne. Selon Richard Rechtman, directeur d’études à l’EHESS, psychiatre et anthropologue : Les Khmers rouges ont voulu tuer les hommes, les femmes, les enfants, mais aussi les morts en interdisant les rites funéraires ou en laissant les dépouilles à l’abandon. L’intentionnalité criminelle, au-delà de l’élimination physique des opposants, vise aussi sa mémoire collective. Effacement total.

La liste est longue : Juifs et Tziganes, Bosniaques, Tutsis, Arméniens, Indiens, Hutus, Hereros, Zaghawas, Furs, Darfour, Kurdes d’Irak, Cambodge…

Primo Levi, à son arrivée à Auschwitz, s’est entendu répondre à sa question : Ici, il n’y a pas de pourquoi.

Colette Gutman

N.B.: La source de cet article est un excellent dossier paru dans Le Monde sous la plume de Cécile Hennion.

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Éditorial du journal de Janvier 2015: Le « petit Monsieur »

2 mars 2015
Camp S-21, Phnom Penh, Cambodge

Camp S-21, Phnom Penh, Cambodge

Je rentre de Phnom Penh, le bout du monde, mais on n’en revient pas sans passer par S21 le centre de sécurité des Khmers Rouges de 1975 à 1979, le temps du règne de l’Angkar qui a mis en place le régime du Kampuchéa Démocratique. On ne sort pas de là, de cet endroit aujourd’hui transformé en musée du génocide cambodgien, indemne.

Sans m’y attendre, je l’ai vu ce petit Monsieur, l’un de huit rescapés du centre S21 de Phnom Penh où 17000 Cambodgiens sont passés entre le 7 avril 1975 et le 17 avril 1979, entre le mains de Kang Gukeav alias Douch, le responsable de ce centre, au service des Khmers Rouges du Kampuchéa Démocratique, sous l’appellation de Tuol Seng.

Il vendait et dédicaçait son livre « Le survivant » dans lequel il raconte son arrestation dont on ne lui a jamais dit les raisons, et les tortures qu’il a subies de la part des brigadistes Khmers Rouges agissant sous les ordres du commandant de ce centre qui sera finalement condamné, d’abord à 35 ans puis, en appel, à perpétuité par le tribunal international, constitué vingt ans après, à parité entre les Cambodgiens et l’ONU.

Chum Mey présentant son livre "Survivant"

Chum Mey présentant son livre « Survivant »

Il s’appelle Chum Mey. Il a aujourd’hui 83 ans. Grâce à lui notamment et à quelques très rares survivants, nous disposons pour l’histoire de témoignages directs sur ce qui s’est passé là-bas, avant que les négationnistes fassent leurs ravages. Il avait 45 ans lorsqu’il a été arrêté. Il était un simple mécanicien (et il semble que ce soit ses compétences techniques qui aient retenu l’attention des Khmers Rouges). Il a réussi miraculeusement à s’évader. Sa femme et ses enfants y sont restés et on ne les a jamais revus.

L’épreuve qu’il a vécue durant son incarcération est identique à celle des milliers d’autres Cambodgiens dont les visages scrutent aujourd’hui les visiteurs de ce musée, avec l’air de leur demander « Qu’avez-vous fait pour nous? » – Rien.

Pour avoir une idée de la condition réservée à toutes ces victimes des Khmers Rouges, il faut prendre connaissance du règlement affiché dans toutes les salles de torture et dont la lecture glace le sang et vous donne un aperçu de l’absurde et de l’esclavage auxquels se sont trouvés confrontées les victime, sans qu’on leur dise pourquoi (voir en bas de page).

Il était là, à la sortie du musée, avec sa pile de livres. Je l’ai vu, de mes yeux vu. Il ne parlait pas, mais il avait écrit ces lignes lors du procès de Douch : « Je ne dois pas condamner mes compatriotes qui m’ont torturé. S’ils étaient en vie et s’ils venaient me voir, je ne me fâcherais pas contre eux parce qu’ils faisaient ce qu’ils avaient à faire. Je les considérerais comme des victimes comme moi, puisqu’ils exécutaient les ordres d’autres personnes … Au cours des interrogatoires que j’ai subis, je me suis fâché, mais depuis après une longue période, ayant compris que ces personnes avaient à faire ce qu’on leur a dit de faire, je ne suis plus fâché contre qui que ce soit. Même les personnes qui m’ont torturé ont perdu leurs parents et les membres de leur famille… Selon le proverbe khmer, si un chien enragé vous mord, ne le mordez pas. Si vous le faites cela voudra dire que vous êtes vous même aussi enragé ». En rentrant je me suis dit en moi même que ce « petit monsieur » qui vendait ses souvenirs était un grand monsieur qui, en survivant aux épreuves qu’il avait du subir avait fait avancer l’humanité d’un grand pas.

A le lire, on ne peut s’empêcher de penser que c’est le malheur, l’horreur, l’impensable, l’inimaginable qui l’emportent et que malgré cela, on continue en France de stigmatiser les lois mémorielles et de refuser de sanctionner d’autres négations que celle de la Shoah, que la gangrène menace le monde entier et que nous devons tous tout faire pour ne pas l’oublier, pour ne pas supporter de l’entendre nier, y compris par le peuple qui en a été la victime, pour le voir escamoter par la justice.

Ce n’est pas l’affaire des Cambodgiens ni celle des Arméniens, ni celle des Juifs, ni celle des Tutsis, ni celle des Congolais, c’est l’affaire de l’humanité et nous en sommes chacun porteur d’une parcelle.

Bernard Jouanneau

 

Ce texte du règlement du centre S21 est aujourd’hui reproduit sur un panneau planté dans la cour de l’école. Il est destiné à l’édification de touristes qui le prennent en photo. Les détenus l’avaient sous les yeux dans leur cellule en permanence:

 

1 – Répond conformément à la question que je t’ai posée. N’essaie pas de me détourner de la mienne.

2 – N’essaie pas de t’échapper en prenant des prétextes selon tes idées hypocrites. Il est absolument interdit de me contredire.

3 – Ne fais pas l’imbécile car tu es l’homme qui s’oppose à la Révolution.

4 – Répond immédiatement à ma question sans prendre le temps de réfléchir.

5 – Ne me parle pas de tes petits problèmes, parle moi de la Révolution.

6 – Pendant la bastonnade et l’électrochoc il et interdit de crier fort.

7 – Reste assis tranquillement, attend mes ordres. S’il n’y a pas d’ordres ne fais rien et si je te demande de faire quelque chose fais le immédiatement sans protester.

8 – Ne prends pas prétexte pour voiler ta gueule de traître.

9 – Si tu ne suis pas tous les ordres ci dessus tu recevras de coups.

10 – Si tu désobéis tu auras soit 10 coups de fouet soit 5 électrochocs.

 


Journal de Janvier 2015: Cent ans de négation et de solitude

2 mars 2015

2015 sera l’année du centenaire du génocide des Arméniens, et centenaire aussi de sa négation (à lire “Mémorial du génocide arménien” de Raymond Kévorkian, Yves Ternon).

A cette occasion Bernard Jouanneau a posé quelques questions à notre ami Serge Tavitian, avocat, membre du conseil de Mémoire 2000, très actif dans le lutte contre le négationnisme.

B.J. — Estimes-tu possible vraisemblable ou impossible que la Turquie reconnaisse le génocide de 1915 ? Quelles sont d’après toi les raisons qui empêchent la Turquie de le reconnaître, comme par exemple l’Allemagne l’a fait pour la shoah ? Crois-tu que la communauté internationale a les moyens de faire pression sur la Turquie pour l’amener à le reconnaître ?

S.T. — En l’état actuel des choses il est selon moi impossible que la Turquie reconnaisse le génocide arménien. Elle n’a toujours pas fait son retour vers le passé et ne l’assume pas. La société turque se ferme et s’arc-boute sur ses principes. Les Arméniens sont toujours victimes de discrimination dans ce pays. Revenir sur le génocide arménien c’est revenir sur la république de Turquie qui s’est construite sur les cendres du génocide arménien. C’est aussi revenir sur l’héritage de Mustafa Kemal Atatürk qui a été l’artisan de la naissance de la Turquie moderne et de l’enterrement du traité de Sèvres qui a fait s’évanouir pour longtemps toute idée d’Etat indépendant. La Turquie s’est construite sur des cendres et un mensonge d’Etat.

B.J. — A l’inverse penses tu que la Turquie peut intervenir sur le plan politique, diplomatique ou économique pour empêcher les Etats de reconnaître le génocide?

S.T.— La Turquie intervient et ne se gêne pas pour toujours employer des moyens diplomatiques propres à stopper toutes velléités de reconnaissance et pour nier l’Histoire. Elle emploie toujours des moyens financiers importants pour poursuivre son œuvre négationniste.

B.J. — Y a-t-il des pays dans lesquels la communauté arménienne est aussi agissante qu’en France pour obtenir que la négation du génocide fasse l’objet d’une répression ?

S.T. — Aux États-Unis, la communauté est très active.

B.J. — Que sais-tu des initiatives en cours en France pour mettre en place une telle répression depuis que le conseil constitutionnel a déclaré inconstitutionnelle la loi que Valérie Boyer avait réussi à faire voter en ce sens par le Parlement au mois de janvier 2012 ? As-tu pris connaissance de la nouvelle proposition du groupe UMP qui tend à incriminer certaines pratiques négationnistes portant sur l’ensemble des génocides du XX° siècle, sous réserve de l’excuse absolutoire de l’histoire. Penses-tu qu’elle ait des chances de recueillir une approbation collective de l’ensemble des formations politiques y compris le Front National ? Est-il important ou seulement souhaitable d’y parvenir avant ou à l’occasion du centième anniversaire, alors qu’il ne reste que relativement peu de temps ?

S.T. — C’est à la fois important et souhaitable. Important car la commémoration est symbolique. Souhaitable car cela rendrait la négation de tout génocide interdite et donc instituerait un universalisme de la répression. Après tout, on raconte que Lemkine a assisté au procès de Tehlirian, cet Arménien qui a assassiné à Berlin au terme d’une des plus grandes chasse à l’homme de l’histoire, Talaat Pacha, le grand ordonnateur du génocide arménien. Jugé en cour d’assises, il fut acquitté. Lemkine est paraît-il sorti bouleversé de cette audience et je veux croire qu’elle a marqué son esprit de juriste et est au moins pour partie à l’origine de sa réflexion ayant conduit à la création de l’infraction de génocide.

B.J. — Estimes-tu préférable d’attendre, comme semblent le penser bon nombre de membres de l’AFAJA, que Le président François Hollande donne suite à sa promesse de revenir sur la question en 2016  ou que la cour européenne des droits de l’homme se soit prononcée sur le recours de la Suisse contre l’arrêt Perincek ?

S.T. — Attendre n’est jamais la solution. Il faut agir sur tous les fronts.


Journal de Janvier 2015: « Mémorial du génocide des Arméniens » de Raymond Kévorkian et Yves Ternon

2 mars 2015

imagesMémorial du génocide des Arméniens

de Raymond Kévorkian et Yves Ternon (Éditions du Seuil)  (cliquez sur le titre pour accéder au site de la maison d’édition)

A l’occasion de la commémoration du génocide des Arméniens, paraît un recueil réalisé par deux historiens et Gérard Chaliand, expert en géopolitique.

Il a fallu deux ans pour achever la réalisation de ce recueil de documents qui ont le mérite de faire comprendre le premier massacre de masse de civils du début du 20° siècle, préfigurant la Shoah, qui a pu être mené à bien par des hommes dits civilisés.

Et il y en a encore qui nient le génocide des Arméniens… Peut-être peuvent-ils lire ce livre?

On peut aussi leur recommander “Le génocide des Arméniens”, paru en 1980, d’Yves Ternon et Gérard Chaliand, ainsi que “Le génocide des Arméniens” paru en 2006 de Raymond Kévorkian.

Daniel Rachline

 

 


Journal d’Avril 2014: Communiqué de Mémoire 2000 et du MRAP

5 mai 2014

La cour de Strasbourg a récemment condamné la Suisse, parce qu’un négationniste turc (D. Perincek) qui soutient que le génocide arménien est un « mensonge international » y avait été condamné pour négationnisme.

L’arrêt rendu le 17 décembre 2013, qui n’est pas définitif, marque une régression de sa jurisprudence (aff : Faurisson et Garaudy en France).

Tous les génocides méritent la même attention et la même vigilance. L’arrêt rendu instaure une discrimination intolérable là ou les textes la dénoncent et la réprouvent.

Toutes les associations signataires de lutte contre le Racisme et de défense des droits de l’homme soucieuses de respect de la Mémoire insistent pour que la grande chambre de la CEDH soit effectivement saisie par les autorités suisses qui en ont le pouvoir, afin que la question puisse être examinée contradictoirement.

(Suite à ce communiqué dont Mémoire 2000 a pris l’initiative, nous avons enregistré le recours fait par la Suisse devant la Grande Chambre.)


L’éditorial de notre Journal de Janvier 2012 : De la récupération politique des valeurs

12 janvier 2012

Dans la tourmente qui agite la planète tout entière et qui semble devoir s’amplifier, on se demande quelle sera la place qui sera attribuée aux valeurs dans l’année qui vient. Les quatorze candidats recensés à ce jour pour l’élection présidentielle ne le savent sans doute pas eux-mêmes et s’efforcent malgré tout de séduire l’électorat, sans garantir l’amélioration de la situation de chacun. C’est même plutôt l’inverse qui prévaut, c’est tout juste si l’on ne se préoccupe pas plutôt dans la course à la catastrophe de percevoir l’ordre dans lequel chacun des pays de la zone euro va perdre son rang auprès des agences de notation. En se rassurant à l’avance sur l’amélioration future que connaîtra la future génération qui viendra aux affaires après les malheurs et les larmes qui vont déferler sur nous.

Les politiques rivalisent dans la détection des signes avant-coureurs de la catastrophe, et les syndicalistes n’osent même plus annoncer la reprise de la lutte. Le désespoir qu’engendre l’accélération de la crise, l’amélioration du chômage et la menace de la récession s’installent en permanence sur les écrans et la fiction n’est même plus suffisante pour nous guérir de la morosité. Que reste-t-il alors de nos valeurs, à quoi bon promettre l’égalité et le retour à la fraternité dans une société manifestement tournée vers la culture de l’angoisse personnelle et familiale ? Il faut sans doute s’attendre à ce que Stéphane Hessel pour ses 97 ans publie un nouveau pamphlet après “indignez-vous”, puis “engagez-vous ; réveillez-vous”. Il semble en effet que nous abordons une phase de sommeil de l’humanité qui fait dire à certains qu’il annonce la fin du monde, en tout cas la fin d’un monde. Rien ne sera plus comme avant et chacun s’y résigne.

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Journal d’octobre 2011 : une polémique avortée

9 octobre 2011

Chaque rentrée apporte son lot de surprises, polémiques et autres déclarations. Cette année c’est Guy Konopnicki, relayé par Claude Lanzmann qui est à l’origine de la (presque) polémique de la saison.

En effet, dans un article publié sur le net (aschkel.info) G. Konopnicki “révèle” qu’une circulaire parue dans le Bulletin Officiel de l’Education Nationale, préconisait pour le programme d’histoire de première, la suppression du mot “Shoah” et l’utilisation, à sa place, du mot “anéantissement”. Et Konopnicki de partir en guerre…

Informations prises, il n’y a pas de “directive”, mais simplement dans le Bulletin Officiel de septembre 2010, on peut lire à la rubrique : Guerres mondiales et espoirs de paix : “La Seconde guerre mondiale : guerre d’anéantissement et génocides des Juifs et des Tziganes” – rien de plus.

Cependant, il semblerait que des éditeurs (Hatier et Hachette) dans leurs manuels d’histoire auraient, eux, pris l’initiative de remplacer le mot Shoah par celui d’anéantissement. Ce retrait semble  effectif dans certains manuels.

C’est sans doute cette découverte qui a fait réagir G. Konopnicki et écrire en réponse pour préciser ce que le mot Shoah apporte de plus à la compréhension de l’événement : le choix du mot Shoah, n’est pas un hasard mais il sert à désigner le caractère unique du génocide juif…et le fait que la désignation en hébreu de la Shoah, porte aussi la singularité du peuple juif, son retrait signifierait donc : le refus d’un traitement trop singulier, trop juif, ce qui revient à réduire la dimension singulière de l’événement à sa durée et à son ampleur…

Par ailleurs, concomitamment à l’absence du mot Shoah dans ces mêmes ouvrages, apparaît pour la première fois le mot “Nakhba”, terme miroir forgé par les Palestiniens pour nommer leur propre catastrophe : la création de l’Etat d’israël en 1948. Soit. Mais il semble qu’on ait omis de préciser qu’à cette époque les Arabes ont refusé le Plan de Partage proposé par l’ONU qui stipulait par la résolution 181, la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe.

Ce genre d’omission et/ou d’interprétation des faits, fait dire à Konopnicki que, ces manuels fondent un nouvel enseignement du mépris et leur logique tient à la suppression non pas d’un seul mot, mais de deux : Shoah et Israël, et il parle aussi, en citant plusieurs exemples pris dans ces manuels de défiguration de l’histoire.

Les éditions Hachette auraient indiqué “qu’après lecture, il est apparu que certains passages contestables devaient être modifiés et qu’à l’occasion de l’impression, ils seront changés”. Ceci sans préciser ni le détail des passages, ni la teneur des modifications. (Le Monde de l’éducation).

Il ressort que Konopnicki n’a pas tout à fait tort de s’indigner et même s’il n’y a sans doute pas eu de circulaire pour demander la suppression du mot Shoah ou pour recommander une interprétation “négative” voire erronée de l’histoire de la création de l’Etat d’Israël, pourquoi alors, les rédacteurs et éditeurs de ces manuels se sont-ils sentis autorisés à le faire ? L’air du temps peut-être ?

Dans des pays comme l’Espagne, le Japon ou la Suède les ouvrages réalisés par une entreprise privée, ne sont introduits en classe qu’après autorisation des pouvoirs publics. Croyez-vous qu’il en soit de même chez nous et qu’il y ait le moindre contrôle ? Que nenni…

Ce sont les éditeurs qui “interprètent les programmes scolaires en toute liberté” selon le rapport de Dominique Borne, inspecteur général de l’Education nationale, qui ajoute que “les manuels sont conçus en fonction des vœux des professeurs plus qu’en fonction des souhaits de l’institution ou des besoins des élèves”. Nous voilà vraiment rassurés!!

Personne ne sort grandi de ce genre de polémique et moins encore l’Education Nationale dont le rôle est de veiller à prodiguer aux enfants un enseignement juste et objectif, et non pas à engendrer la discorde; ce qui ne semble pas être, en cette occurrence, tout à fait le cas.

Notre jeunesse ne mérite-t-elle pas mieux ?

Lison Benzaquen