Journal de Juillet 2015: “Le labyrinthe du silence”

7 septembre 2015
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Le Labyrinthe du silence a été réalisé par Giulio Ricciarelli (Allemagne, 2014)

Le 70° anniversaire de la libération des camps nazis et particulièrement le 27 janvier 1945 celui d’Auschwitz, permet de donner libre cours à la description (films, livres, articles de presse) de ce qui s’est passé. Fin de l’oubli ou du négationnisme, il est juste temps car les derniers témoins disparaissent les uns après les autres et la transmission en “vrai” va devenir plus difficile.

La débauche d’informations ne lèvera pas le silence voulu ou du à l’ignorance qui a perduré longtemps après la guerre.

C’est principalement l’objet de ce film dont le titre un peu mystérieux cache un film tiré au rasoir sur la description du procès de Düsseldorf en 1962 qui a fait juger des dirigeants nazis par des juges allemands.

Le film traite aussi de la quête d’un procureur allemand qui cherche la vérité de ce qui s’est passé alors que tout le monde nie ou cache la vérité qu’on n’ose pas encore regarder en face.

C’est un film phénoménal que vous garderez en mémoire.

 

Daniel Rachline

 


Journal de Juillet 2015: la Résistance au féminin

7 septembre 2015

Le 27 mai, sont entrés au Panthéon, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay. Tous les quatre ont été des Résistants et honorés comme tels. La cérémonie a été émouvante, très digne et la jeunesse dont on espère qu’elle saura tirer les leçons de l’histoire de ces héros, était représentée en nombre.

Avec l’entrée de G. Tillion et G. de Gaulle, le Panthéon se féminise et double ainsi le nombre de femmes qui y sont inhumées. Elles viennent rejoindre Sophie Berthelot qui s’y trouve par respect de son choix d’être près de son mari le chimiste Marcellin Berthelot, et Marie Curie, prix Nobel de Physique-Chimie.

Avec ces deux femmes, c’est aussi la Résistance féminine qui, d’une certaine façon, est reconnue et consacrée, alors que depuis la fin de la guerre cette résistance a été minimisée sinon occultée.

Seules quelques grandes figures féminines, après guerre, ont été retenues. En réalité, des milliers de femmes se sont engagées dans la Résistance et leurs actions ont été souvent déterminantes. Elles ont comme les hommes pris des risques considérables, se sont montrées courageuses et parfois héroïques, sans calcul. Elles ont payé un lourd tribut à leur engagement. Beaucoup y ont laissé leur vie ou ont été déportées.

Après la guerre, modestement, elle ont retrouvé le chemin de la maison et leur rôle de ménagère, mère et épouse. Mais vivre une telle aventure transforme et les femmes ont compris qu’elles devaient prendre leur destin en main.

C’est alors que leur combat pour l’égalité a commencé avec pour première victoire le droit de vote en 1945. Depuis les femmes n’ont cessé de lutter pour s’émanciper, acquérir les droits les plus élémentaires…Et le combat continue…

L’entrée de Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz au Panthéon est un symbole important…

Lison Benzaquen

 


Journal d’Avril 2014: En parler ou ne plus en parler?

5 mai 2014

La querelle prend de l’ampleur et ce n’est pas plus mal. On savait bien que les professeurs d’histoire et de géographie rencontraient de plus en plus de mal pour aborder, en troisième et en terminale, le sujet de la Shoah à propos des causes et des conséquences de la deuxième guerre mondiale. ”Les territoires perdus de la République” nous avaient déjà alertés en 2002.

Les professeurs menacés par leurs élèves nous avaient fait part de leurs craintes. Ils ne se sentaient pas protégés par l’institution et finissaient par céder à la pression pour éviter les heurts  et les incidents. La surcharge des programmes servirait d’alibi, mais on percevait une gêne notamment au moment d’arrêter le programme des séances de cinéma. Fallait-il parler plutôt de l’apartheid, des Amérindiens, de l’esclavage, de la traite négrière, du génocide des Arméniens  et de celui des Cambodgiens ? Sans doute de tout, mais fallait-il revenir une fois de plus  sur le génocide des juifs ?

A mon sens les professeurs d’histoire n’auraient pas dû et ne devraient pas l’éluder, ne serait-ce que parce qu’il fait partie de la seconde guerre mondiale et qu’il en est même l’événement majeur (pour répondre à l’immonde Le Pen).

Mais au delà et notamment en terminale, lorsqu’il est question de la place de la Mémoire, l’éventail s’élargit  et sans que les autres génocides du siècle soient occultés, il ne me paraît pas possible de laisser de côté, fut-ce pour un temps, la mémoire de la Shoah.  Elle ne nous quittera pas.

Le ministre de l’éducation nationale Vincent Peillon le rappelle à l’occasion de la journée européenne de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité le 27 janvier, jour de la libération du camp d’Auschwitz. Il est bien normal qu’en ce jour ce soit la Shoah que l’on évoque dans les établissements scolaires, mais cet enseignement ne peut se limiter à des commémorations  qui ne rappellent rien aux élèves qui sont nés entre 1998 et 2003.

Que ce soit l’occasion d’évoquer les autres génocides et les réactions qu’ils ont engendrées (négationnisme, lois mémorielles, prévention et répression des crimes contre l’humanité, instauration de tribunaux internationaux et d’une cour pénale internationale) ne doit pas, sous prétexte de nouveauté, conduire à faire l’impasse sur la Shoah dont on aurait abondamment, voire trop parlé. D’abord ce n’est pas parce qu’on en a parlé aux autres et en l’occurrence à leurs aînés qu’il ne faudrait pas en parler aux plus jeunes.

Il ne s’agit pas d’entretenir un mouvement compassionnel mais d’enseigner ce dont les hommes et les Etats sont capables, afin de pouvoir dans l’avenir être vigilants  plus que nos ainés ne l’ont été.

Depuis maintenant 20 ans que Mémoire 2000 existe, nous avons tous les ans évoqué bien des sujets qui concernent la discrimination et le racisme, mais nous n’avons jamais manqué une année de revenir sur la Shoah. Et nous devons en être fiers. Le privilège dont nous disposons qui nous permet, lors des séances qui ont lieu à l’extérieur des établissements scolaires, de faire appel aux témoignages des anciens déportés, ne durera pas bien longtemps. Tant qu’il subsiste encore, nous ne devons pas manquer cette occasion.

Les confidences recueillies ça et là auprès des spectateurs de “La main d’or” révèlent paraît-il une certaine saturation. Le Figaro du 27 janvier, sous la signature  de Caroline Beyer et de Marie-Estelle Pêch nous rapporte le propos d’une élève à l’issue du cours d’histoire consacré à la seconde guerre mondiale : “la Shoah j’en suis gavée depuis la classe de troisième. Entre les émissions de télé, les séries, l’école on ne parle que de ça. Pourquoi parle-t-on tout le temps du génocide juif  et pas du génocide rwandais ou cambodgien”?

A la réflexion le problème n’est pas nouveau et ce n’est pas Dieudonné qui a révélé le phénomène de saturation. Il faudrait l’attribuer nous dit-on à la « fièvre commémorative » entretenue par les producteurs, les éditeurs, les associations qui l’aurait « sacralisée ». Ce n’est pas mon avis, mais que chacun assume la part qu’il prend à cette diffusion. Rien ne remplace la connaissance, mais comme le disait C. Lanzmann à propos des son film, « il faut voir et savoir « .

Ainsi le reconnaissait cette élève de retour d’une visite à Auschwitz : « c’est inimaginable les conditions de vie et de mort, mais ça rend réel ce qu’on a appris au collège « . Alors on peut les laisser rigoler avec leurs copains sur Tweetter ou sur Facebook, ça n’empêchera pas d’essayer de passer et de laisser des traces dans les cœurs. Alors continuons sans trop d’état d’âme. On peut sans doute améliorer la communication et élargir l’horizon mais on doit s’imprégner et les imprégner de la “catastrophe” du siècle.

J. Fredj le directeur du Mémorial de la Shoah a donné dans Le Monde du 23 janvier, une lettre ouverte aux jeunes qui pensent que la Shoah est trop enseignée. Les chiffres qu’il cite suffisent à prouver le contraire. La France est loin derrière les Britanniques, les Italiens, les Espagnols, les Allemands et les Polonais.

Mais surtout à la place qu’il occupe, Monsieur J. Fredj, ne manque pas de rappeler que dans de nombreux pays, l’enseignement de la Shoah est accompagné  par un enseignement de l’histoire des autres génocides du XX° siècle, celui des Arméniens et celui des Tutsis .

Au lieu d’aller s’y faire prendre en photo pour y faire “la quenelle”, les fans de Dieudonné feraient mieux de se rendre rue Geoffroy l’Asnier à partir du mois d’avril pour voir l’exposition sur l’histoire du génocide perpétré  contre les Tutsis en 1994 .

Bernard Jouanneau

 

 

 


Journal d’Avril 2014: « Cette histoire avec les Juifs! » – Heinrich Himmler

5 mai 2014

9782259223294_p0_v1_s260x420“Cette histoire avec les Juifs !” – Heinrich Himmler, d’après sa correspondance avec sa femme, 1927-1945, de Michael Wild et Katrin Himmler (traduction Olivier Mannoni), aux éditions Plon (cliquez sur le lien pour accéder au site de l’éditeur)

C’est l’histoire d’un serial killer officiel, devenu après 1933 l’homme le plus puissant après Hitler. C’est également l’histoire d’un Petit Papa attentionné, et d’un mari que sa femme appelle affectueusement “tête de mule”, “méchant petit homme”, “garnement” dans la correspondance qu’ils ont échangée entre 1927 et 1945. C’est surtout l’histoire de l’un (du ?) des plus grands criminels de l’Histoire dont la correspondance, découverte par deux GI américains en 1945, a fini, après de multiples aventures, par aboutir en Israël au début des années 1980.

C’est enfin l’histoire d’un permanent du parti nazi, petit-bourgeois ordinaire, amoureux de la femme allemande idéale qu’il a épousée, aux yeux bleus et aux cheveux blonds, à qui il écrit d’affectueuses lettres où il célèbre son “âme pure” et son “cher corps”.

Dans ses réponses, Marga lui demande de bien prendre soin de sa santé et, au début du moins, lui demande de quitter “ce parti idiot” qui la prive de son cher époux. Il lui répond qu’il dort superbement, lui décrit ses matinées, douche et rasage compris, lui rappelle la nécessité de bien élever les enfants dans l’obéissance inconditionnelle.

Il lui envoie le journal de ses déplacements avec le “chef”, rêve de vie à la campagne, tout en organisant la solution finale de la question juive et en envoyant à sa petite femme, qui parcourt la Pologne occupée au profit de la Croix- Rouge, des “chères pensées pour la Fête des Mères”, des recettes de compotes et des photos de sa vie de grand voyageur. Le tout dans une prose neutre et conformiste, fade et convenue.

Sa conception de la vie : être fidèle, se fortifier pour s’endurcir comme un combattant dans un ordre religieux, ne jamais être “inconvenant”, ne pas abuser de ce qui est bon. Energie, gymnastique quotidienne. Et bon sommeil. A la création du premier camp, Dachau – au départ camp de formation de la SS -, il invite sa femme à aller visiter “le jardin enchanté” qui s’y trouve, centre de recherche allemand pour l’alimentation : Profite bien de la visite à Dachau et salue tout le monde de ma part. Le lendemain de la conférence de Wannsee (dont il est informé  par Heydrich) il écrit à sa chère “Mamette” : Ci-joint cinq doubles tablettes de chocolat que je t’avais promises pour les enfants ; également le fromage blanc dont tu peux avoir tant besoin. – le blanc est au miel et aux amandes, il est très bon.

Le 17 juillet 1942 (Rafle du Vel d’Hiv à Paris), il part pour Katowice et de là se rend à Auschwitz, où il s’intéresse, lors de deux journées de visite, à la plantation de caoutchouc, et aux pépinières. A Birkenau, il observe avec précision “tout le processus de l’extermination”. Parallèlement, il mène une double vie et a deux enfants de sa maîtresse (sa secrétaire…), donne l’ordre de faire disparaître, d’ici la fin de 42, la totalité des Juifs dans le Gouvernement général de Pologne. Il est impossible de citer ici toute l’infamie de sa correspondance, et son étrange dédoublement de personnalité (pathologique ? Ou pas ?). Découragé, il se plaint de la difficulté de sa tâche en raison du nombre insoupçonné d’aryens qui ont leur “bon juif”.

Après avoir assisté à une série d’exécutions à Minsk, il écrit à sa chère famille : J’étais ce matin et cet après-midi avec le Führer et je suis allé me promener avec lui (…). Je vais vraiment mieux ; je peux dire tranquillement : franchement bien. Dans la liste de ses discours retrouvés, il prétend qu’il peut tout supporter au profit de l’Allemagne, qu’il n’est ni brutal ni sans cœur “là où ce n’est pas absolument nécessaire”.

On connaît sa fin : il s’enfuit le 20 mai 1945 après avoir été désavoué par Hitler, se fait arrêter déguisé – moustache rasée et bandeau sur l’œil, et, après avoir décliné son nom, choisit le poison.

Celui qui a expliqué dans un discours célèbre du 5 mais 45 qu’il ne fallait pas laisser les enfants grandir pour devenir des vengeurs de leurs pères, glorifie ceux qui ont “tenu bon” et sont restés “corrects” pendant la période de l’éradication du peuple juif. C’est aussi vrai pour sa famille : Marga, entre la décoration de ses appartements, les bridges et les thés avec les épouses des dignitaires nazis, les vacances en Italie où l’on n’oublie pas de visiter la tombe de Dante et la maison natale de Mussolini, se plaint auprès de son puissant mari : Cette histoire avec les Juifs ! Quand cette bande va-t-elle nous abandonner pour qu’on puisse profiter de la vie (…) J’ai mal dormi cette nuit. Mes pieds ne sont pas très beaux.

N’est-ce pas un exemple de ce qu’il appelle “une page glorieuse de notre histoire, une page qui n’a jamais été écrite et qu’il ne faudra jamais écrire ?”

Colette Gutman


Journal d’Avril 2014: « Le journal d’Helga » d’Helga Weissova

5 mai 2014

9782714454799LE JOURNAL D’HELGA de Helga Weissova (cliquez sur le lien pour accéder à la notice Wikipédia en Anglais)

Témoignage et dessins d’une enfant rescapée de la Shoah, aux Editions Belfond (cliquez sur le lien pour accéder au site de l’éditeur)

Helga avait huit ans. Elle a survécu parmi des dizaines de milliers d’enfants qui ont disparu.

“A mes petites filles et à tous les jeunes gens dans l’espoir qu’ils garderont vivant le souvenir du passé et ne connaîtront jamais eux-mêmes ce que ma génération a subi.”

Voilà, tout est dit…

Daniel Rachline


Journal d’Avril 2014: « Ce qu’ils savaient, les alliés face à la Shoah », un documentaire de Virginie Linhart

5 mai 2014

ce_qu_ils_savaient_dvd-5fdb4« Ce qu’ils savaient, les alliés face à la Shoah »

Documentaire de Virginie Linhart

DVD (Editions Montparnasse)

Tout le monde savait. On le sait maintenant depuis l’ouverture dans les années 90, des archives de la Seconde guerre mondiale.

Ce film dévoile les raisons pour lesquelles Roosevelt, Churchill, Staline et De Gaulle ont choisi de sauver le monde du désastre tout en négligeant la “question juive”.

C’est bon de le savoir, même tardivement !

 


Journal de Janvier 2014: Nous vous recommandons le numéro hors-série du Nouvel Observateur intitulé « Résistants et collabos -1943 – la France déchirée »

15 janvier 2014

 

Remarquable dossier découpé en trois grands chapitres :

1°)De la collaboration à la trahison.

2°)De la France libre à la France combattante.

3°)Vers la querelle des deux France.

1943-2013, soixante dix ans ont passé, il est bon et nécessaire de se remémorer.

Daniel Rachline