Notre séance du Jeudi 17 octobre 2013: projection de «Le temps du ghetto» de Frédéric Rossif

3 octobre 2013

18409360.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

LE TEMPS DU GHETTO

Documentaire de Frédéric Rossif

France – 1961 – 90 mn

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé : 

Témoignage original sur le ghetto de Varsovie. «Nous ne voulions pas faire une œuvre scientifique ou un documentaire d’histoire, nous voulions retrouver à travers la mémoire des hommes la réalité telle qu’elle est vécue.» (F. Rossif)

Thème :

La révolte du ghetto de Varsovie

TÉLÉCHARGEZ LE DOSSIER PÉDAGOGIQUE EN CLIQUANT ICI

Débat :

La débattrice  est Larissa Cain, écrivain, qui est rescapée du ghetto de Varsovie et a participé à l’insurrection de Varsovie de 1944.

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI


Journal d’octobre 2013: le Mémorial du camp des Milles

3 octobre 2013

Le site Mémorial du camp des Milles est l’un des rares témoins préservé en Europe qui raconte le déroulement tragique des internements et déportations durant la Seconde Guerre mondiale.

Barrant la route en venant d’ Aix-en- Provence, se dresse l’ancienne fabrique de tuiles, rigide et rose, abandonnée en 1939, reprise par le gouvernement Pétain qui, à cette époque interna des ressortissants du Reich ayant fui le nazisme pour venir se réfugier en France. Dans cette usine désaffectée, où ils étaient considérés comme des ennemis, leur condition de vie était précaire.

À cette époque l’une des caractéristiques du Camp réside dans l’ampleur et la diversité de la production artistique des internés tels que Max Ernst, Ferdinand Spinger, des musiciens comme Adolphe Sibert, des sculpteurs, etc qui ont laissé des traces comme les fresques peintes sur les murs et que l’on peut admirer. Puis s’ouvre une seconde période de juillet 1940 à juillet 1942, avec la défaite française et la signature de l’armistice. À partir de juillet sous le régime de Vichy le camp est rapidement surpeuplé :3500 victimes en juin 1940 (anciens des Bri- gades Internationales, d’Espagne, Juifs expulsés du Palatinat , du Wurtenberg…)

À partir de 1940 le camp passe sous l’autorité du ministère de l’Intérieur : les conditions de vie se dégradent. Une troisième période correspond aux mois d’août et septembre 1950 qui voient la déportation vers Auschwitz via Drancy de plus de 2000 juifs, de “la zone libre” à l’Allemagne. Laval propose d’inclure les enfants âgés de moins de 16 ans dans la déportation.

Le pasteur H. Manen disait dans une note “ce qui était particulièrement douloureux à voir c’était le spectacle des tout petits enfants trébuchant de fatigue dans la nuit et le froid, pleurant de faim, tombant de sommeil et roulant par terre…, de jeunes pères et mères pleurant silencieusement, impuissants devant la souffrance de leurs enfants ; puis l’ordre de départ fut donné pour quitter la cour et gagner le train…”

Un parcours muséographique “inédit” s’offre au visiteur. Le volet mémoriel ouvre au public des lieux préservés ayant servi à l’internement et à la déportation: intérieur du bâtiment principal “la Tuile- rie”. Les hommes étaient parqués au premier étage, les femmes au second. Le parcours se poursuit par la riche exposition nationale réalisée par S. Klarsfeld “11400 enfants juifs déportés de France à Auschwitz”.

Le visiteur a ensuite accès aux espaces extérieurs du camp avec différentes stations mémorielles comme l’exceptionnel- le salle des peintures murales réalisées par les internés.

La visite se termine par un parcours sur le chemin des déportés se dirigeant vers les convois et qui aboutit au “wagon du souvenir” immobilisé sur le lieux mêmes du départ pour la mort.

Claude Lévy


Journal d’octobre 2013: « Des quatre un seul est rentré » de Jean-Louis Steinberg et Daniel Périer

3 octobre 2013

Le titre du livre nous dit tout ce que nous croyons savoir déjà, et cependant impossible de n’être

pas saisis par son intensité qui transparaît malgré la grande sobriété presque scientifique du récit.

Son auteur est un physicien reconnu qui ne cesse aujourd’hui de témoigner auprès des jeunes.

Pour nous aussi et pour les jeunes qui nous entourent ce livre est indispensable…

Claudine Hanau

N.B.: vous pouvez vous procurer ce livre, notamment, à l’adresse: http://www.aaeea.com/edition/steinberg_intro_html/


Journal de Juillet 2013: Visite à Drancy de membres de Mémoire 2000, le 18 avril 2013

19 juin 2013

 

Vue depuis le Mémorial de la Shoah à Drancy de la Cité de la Muette, anciennement camp de Drancy, avec le monument commémoratif et le wagon de déportation

Vue depuis le Mémorial de la Shoah à Drancy de la Cité de la Muette, anciennement camp de Drancy, avec le monument commémoratif et le wagon de déportation

Cela faisait assez longtemps que les militants que nous sommes n’étaient pas allés à Drancy. La création du nouveau Mémorial nous a donné l’occasion de remédier à cette “négligence”. C’est ainsi que le 18 avril dernier, nous nous retrouvâmes, une dizaine de militants, à visiter ce magnifique mémorial.

En dehors de l’architecture du bâtiment, qui est d’une grande sobriété et d’une grande beauté, ce qu’on y voit ne laisse pas intact. Cela nous rappelle les raisons de notre engagement et redonne, malheureusement, “du cœur à l’ouvrage”, afin que de telles horreurs ou d’autres ne puissent se reproduire.

70 ans après on en est encore à se demander comment des hommes ont pu, le cœur de pierre, participer à l’horreur que fut pour des milliers de personnes, cet internement prélude à l’extermination.

Quand on voit les photos et qu’on lit des lettres écrites parfois par des enfants de 7 ans, on a honte d’appartenir à cette espèce que l’on dit humaine, et qui en cette occurrence, s’est montrée sauvage et sans pitié…

On s’interroge encore et toujours: Pourquoi ? Mais, comme répondait un nazi à cette même question : il n’y a pas de pourquoi. Et ça c’est difficile à avaler.

Je vous le redis, on ne sort pas indemne d’une telle visite, mais il est indispensable de la faire.

Lison Benzaquen

*  *  *

Monument commémoratif et Mémorial de la Shoah à Drancy (fond, à droite)

Monument commémoratif et Mémorial de la Shoah à Drancy (fond, à droite)

Jean ne savait pas qu’il était juif.

Jean ne savait pas que sa mère était juive.

Jean ne savait pas que sa mère avait accouché à Drancy, au camp de l’enfer.

Jean est mon ami depuis 40 ans.

Je ne savais rien de lui !

Plus qu’un musée, c’est une fenêtre sur notre histoire qui nous est offerte et nous sommes pris de vertige, lorsque, au 3° étage, nous réalisons avec effroi, que le camp était bien réel, là, sous nos yeux.

C’est à la suite d’un travail d’investigations exceptionnel, que Patrick Rothman et son équipe, ont réussi à délier les langues du camp de “la Muette”, grâce à eux, Fanny Migdal, (mère de Jean) et bien d’autres ont pu libérer leur parole enfouie depuis tant d’années. Grâce encore à cette équipe, Jean a pu tisser la trame de son histoire, Fanny, sa mère a enfin trouvé en elle la force de la justesse de la vérité.

Merci infiniment à la Fondation de la Shoah, à la ville de Drancy pour cette initiative, ô combien nécessaire ! Ce musée en plein cœur d’une cité sensible dégage une émotion qui nous submerge !

Joëlle Saunière

*  *  *

L’architecture du Mémorial par sa sobriété, son dépouillement, nous prend, nous absorbe, et par ses grandes baies vitrées nous plonge dans cette cité au lourd passé…

La mémoire est là, tellement présente qu’elle étouffe la vie de ses actuels habitants, on se sent presque voyeur de l’horreur…

Marie-Claude Godon

*  *  *

Monument commémoratif du camp de Drancy, le wagon de déportation-témoin et la cité de la Muette en arrière plan

Monument commémoratif du camp de Drancy, le wagon de déportation-témoin et la cité de la Muette en arrière plan

Un bâtiment très design fait face au wagon de Drancy : c’est le Mémorial ouvert en 2012. A l’intérieur de grandes salles claires abritent panneaux explicatifs, écrans, photos et bien sûr audiophones…c’est remarquable et la sophistication n’exclut sûrement pas l’émotion…

Mais je ne peux m’empêcher de revoir le local plutôt sinistre, meublé de chaises où prenaient place les élèves bien sages que nous amenions des lycées et collèges de Paris et de banlieue pour visiter ce qu’il restait du Camp….Quelques photos, une petite télé : c’était tout et cependant, grâce au récit d’un témoin incomparable, Francine Christophe, ils pouvaient réaliser ce qu’avait été la vie dans ce prélude à l’enfer. Je suis sûre qu’ils n’ont pas oublié ce qu’ils ont entendu ces matins là mais je suis sûre aussi que d’autres élèves viendront nombreux aux futures visites que nous organiserons à la demande de leurs professeurs, et cela dans le Mémorial qui les attend et toujours en présence de témoins…

Enseignants, contactez nous vite! C’est important de transmettre la mémoire…

Claudine Hanau

*  *  *

Les immeubles tristement célèbres en forme de U. Au milieu un modèle de wagon à bestiaux non moins tristement célèbre. Un petit monument du souvenir.

En face un superbe bâtiment à l’architecture audacieuse en guise de musée.

Une impression vague que cette cohabitation pose problème…Je ne sais l’exprimer, mais le ressent fortement.

Daniel Rachline

*  *  *

La visite du Mémorial de Drancy s’imposait à notre association dont la vocation est bien de sauvegarder la mémoire de l’Holocauste des six millions de juifs exterminés par les nazis. Les derniers déportés survivants du camp de Drancy resteront toujours parmi nous grâce à leurs témoignages enregistrés, illustrant les coupures de presse et les photos de la vie du camp avec notamment le départ des enfants entassés dans un wagon  à destination des camps d’extermination.

La visite du président Hollande à l’inauguration du Mémorial, démontre fort bien la volonté, au plus haut niveau, de contribuer non seulement à maintenir la flamme du souvenir mais encore au travers d’une documentation toujours enrichie, d’une salle de conférences et d’outils informatiques adaptés,  permettre aux jeunes générations d’avoir une pleine connaissance d’un crime contre l’humanité, la Shoah, pour éviter le renouvellement d’une semblable tragédie.

Maxime Perrault

*  *  *

Drancy. Un nom qui résonne toujours bizarrement pour moi, un nom attaché à ce passé qui ne passe pas.

Le Mémorial est une réussite. Des baies vitrées donnent sur le camp de Drancy, sur ces bâtiments de la cité de la Muette, aujourd’hui habitée par des familles, parfois immigrées, toujours de conditions modestes. Télescopage des temporalités, superposition de lieux imaginairement irréconciliables. Drancy, le camp où des dizaines de milliers de malheureux sous-alimentés furent internés dans l’attente d’un départ vers l’est, un départ dont nous savons où il allait les mener, et Drancy aujourd’hui, une cité HLM, ses habitants avec leurs difficultés et leurs joies, une cité absolument banale.

Un des étages du Mémorial est dédié aux recherches documentaires. L’une d’entre nous a demandé à l’une des documentalistes les informations qu’il y aurait peut-être sur l’internement de ses parents à Drancy, avant leur déportation sans retour. Aide précise de la documentaliste.

Lorsque nous avons retrouvé l’air libre, nous avons croisé un groupe de lycéens venu visiter le Mémorial. Ils étaient silencieux. Nous avons marché chacun à son rythme vers la sculpture en pierre et le wagon-témoin situés à l’entrée de la cité de la Muette. La mémoire du passé revient violemment, une mémoire constituée pour moi des paroles des témoins directs du camp de Drancy, de la chair de leurs mots, de leurs silences aussi. Leurs paroles, m’accompagnent et me reviennent aussi en mémoire les paroles de Claude Lanzmann dans son film sur Sobibor, “ici, c’est l’extérieur du camp, là, quelques mètres plus loin, c’est la mort”. Drancy, antichambre de la mort.

Je songe que ce lieu est absolument inhabitable. Quelque chose d’obscène à ce que la vie se déroule ici comme si de rien n’était. Comme une profanation. L’édification du Mémorial du camp de Drancy est un pas important, mais inachevé. Espérons que la cité de la Muette sera bientôt ce qu’elle aurait dû être depuis la fin de la guerre et de la Shoah. Le Mémorial de la déportation des juifs de France.

Rose Lallier


Journal de Juillet 2013: « La mémoire est une chienne indocile » d’Elliot Perlman

19 juin 2013

519QW18lJIL._« La mémoire est une chienne indocile » d’Elliot Perlman, Éditions Robert Laffont, 2013

Quoi de nouveau sur l’Holocauste, quoi de nouveau sur le racisme?

Ce livre “énorme” de Perlman, un Australien de 50 ans, peu connu à ma connaissance, en France.

Il raconte plusieurs histoires entremélées de destins vivant aux USA et cherchant des réponses à la grande question du XX° siècle : comment ce siècle de progrès dans presque tous les domaines a pu donner naissance à un des plus grands crimes de l’histoire de l’humanité, sans doute même le plus grand.

Et cette question sans véritable réponse à ce jour, est posée par des citoyens noirs américains, eux-mêmes victimes d’une longue série…

La mémoire dans tout cela? Elle empoigne nos vies et nous empêche parfois de dormir.

Achetez, lisez, vous ne le lâcherez plus.

Daniel Rachline

 


Journal d’octobre 2012: Afin que la mémoire demeure

22 octobre 2012

Camp des Milles et wagon-témoin de déportation

Il était peu connu et même oublié depuis de longues années, pourtant plus de 10 000 personnes y furent internés et 2000 juifs envoyés dans les camps de la mort de 1939 à 1942.

Il s’agit du camp des Milles, camp installé dans un vaste bâtiment, une ancienne tuillerie d’Aix en Provence réquisisionnée en 1939.

Ce camp a servi à interner principalement des Allemands et des Autrichiens venus se réfugier dans le Midi pour fuir le régime nazi.

On y trouvait de nombreux intellectuels et artistes comme Max Ernst, Hans Bellmer ou encore Otto Myerhoff, prix Nobel de médecine en 1922.

Salle des peintures réalisées par les internés, camp des Milles

Le camp des Milles est le seul camp d’internement sous commandement français encore intact et c’est sous l’impulsion d’Alain Chouraqui directeur de recherche au CNRS et président de la “Fondation du camp des Milles : mémoire et éducation” qu’il est devenu un lieu de mémoire.

Le Mémorial du camp des Milles a donc, après 40 ans d’oubli et 30 ans de bataille, été inauguré le 10 septembre dernier par le Premier ministe Jean-Marc Ayrault.

Alain Chouraqui explique que “le site mémorial a été conçu comme un musée d’histoire et un lieu de mémoire, mais également comme un espace de culture primordiale et artistique et comme un musée d’idées, un laboratoire innovant dans son contenu comme dans ses dispositions pédagogiques”.

Ce genre d’initiative est essentielle pour prendre le relai des témoins qui hélas, disparaissent.

Lison Benzaquen


Journal d’octobre 2012: il y a 70 ans….la rafle

22 octobre 2012

Le président François Hollande se recueille devant une plaque commémorative de la rafle du Vél d’Hiv le 22 juillet 2012 à Paris (AFP / Pierre Verdy)

Il y a 70 ans, des autobus à plateforme, bien connus des Parisiens, déversaient leur cargaison d`hommes, de femmes et d’enfants… Là, au Vel d’Hiv, dans ce lieu inhumain, les attendaient l’horreur, celle de Dancy et puis ce qui les attendait loin, là-bas a l’est, au bout du chemin…

Depuis, le Vel d’Hiv est devenu l’une des images parmi les plus injustes, les plus terribles de la France des années 40.

Les témoins ont parlé, des livres ont raconté et, illustrant la Rafle, les films sont venus compléter l’histoire.

Au cours d`une très intéressante journée consacrée aux rafles par l’Association “Ciné Histoire” animée par notre amie Nicole Dorra, un historien du cinéma a expliqué comment l’événement avait été différemment traité au cours des dernières décennies : les premiers (Les guichets du Louvre, Mr. Klein) montraient que les Juifs arrêtés l’étaient dans le calme, que la police ne les brutalisait pas, alors que les films récents (La rafle, Elle s`appelait Sarah) montrent au contraire l’événement sous un jour beaucoup plus violent. Les temps ont changé, il faut sans doute des images fortes pour se mettre au goût du jour…

En ce 22 juillet 2012, 70 ans après la Rafle, la République avait décidé de célébrer l’événement avec un grand cérémonial. Dès 9 heures se pressait un public nombreux, jeune et plus vieux, rares témoins hélas sur les bancs qui leur étaient réservés, à côté de membres du gouvernement conduits par le Premier Ministre. quelques beaux discours, dont un très émouvant sur l`action des Justes, des chants par la chanteuse Talila et puis bien sûr vint le discours de Francois Hollande, très attendu puisque aucun President de la République n`avait assisté a la cérémonie depuis la venue de Jacques Chirac en 1995.

Le Président Hollande a d’ailleurs tenu dans son discours à citer les paroles de l’ancien Président qui resteront attachées a l`histoire de Vichy. Jacques Chirac avait alors déclaré “La France, patrie des Lumières et des droits de l’homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour là accomplissait l`irréparable”.

A retenir aussi cette phrase de l’actuel President “Ces femmes, ces hommes ces enfants, ne pouvaient s’attendre au sort qui leur avait été réservé. Ils ne pouvaient même pas l’imaginer. Ils avaient confiance dans la France”

Pour terminer cette trop brève et incomplète évocation, car on ne saurait décrire toute l’émotion et le recueillement qui dominaient, je voudrais signaler que c’est sur la suggestion de Mémoire 2000, aidée par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, que la RATP a installé, lors de la réfection de la station de métro Bir-Hakeim, un panneau évoquant en Français et en Anglais la Rafle du Vel d’Hiv, ainsi qu’un panneau sur la bataille de Bir-Hakeim.

Nous aimerions d’ailleurs -pourquoi pas ?- relancer notre demande adressée au métro parisien il y a quelques années et restée hélas sans succès, d’ajouter le nom de Vel d’Hiv au nom actuel de la station : ce serait un hommage aux victimes de la barbarie.

Dans son discours, le President Hollande a insisté sur la transmission vis a vis des jeunes : “Nous ne pouvons pas nous résigner a ce que deux jeunes français sur trois ne sachent pas ce que fut la rafle du Vel d`Hiv. ” Une autre phrase ne laissera pas insensible Mémoire 2000 : “L’école républicaine à laquelle j’exprime ma confiance, a une mission: instruire, éduquer, enseigner le passé, le faire connaître, le comprendre dans toutes ses dimensions…”

Un bel encouragement pour notre action…

Claudine Hanau


Journal d’octobre 2012: les mots du Président

22 octobre 2012

(Crédits photo : POOL/Reuters)

Pour commémorer les 70 ans de la Rafle du Vel d’Hiv, cette année c’est le président Hollande, fraîchement élu, qui a gratifié l’assemblée d’un très beau discours. Il a eu des paroles que Mémoire 2000 ne renierait pas, notamment concernant la vérité à dire, le rôle de l’école et la transmission de la mémoire.

Sur la vérité il a, à juste titre rappelé que “c’est la police française, sur la base des listes qu’elle avait elle-même établies, qui s’est chargée d’arrêter des milliers d’innocents…C’est la gendarmerie française qui les a escortés jusqu’aux camps d’internement.…Pas un seul soldat allemand, ne fut mobilisé pour l’ensemble de l’opération et que le crime fut commis en France, par la France…”

Quant au rôle de l’école républicaine, François Hollande a bien précisé que ”sa mission est d’instruire, éduquer, enseigner le passé, le faire connaître, le comprendre, dans toutes ses dimensions. La Shoah est inscrite au programme du CM2, de la 3ème et de la 1ère. Il ne doit pas y avoir en France une seule école, un seul collège un seul lycée où elle ne puisse être enseignée. Il ne doit pas y avoir un seul établissement où cette histoire- là ne soit pleinement entendue, respectée et méditée. Il ne peut y avoir, il n’y aura pas, pour La République, de mémoire perdue.”

Et enfin sur la transmission de la mémoire des mots forts ont été prononcés : “Transmettre cette mémoire, c’est enfin en retenir toutes les leçons. C’est comprendre comment l’ignominie fut possible hier, pour qu’elle ne puisse plus jamais ressurgir demain. La Shoah n’est pas née de rien, ni venue de nulle part…Elle a été rendue possible par des siècles d’aveuglement, de bêtise, de mensonges et de haine. Elle a été précédée de multiples signes avant-coureurs, qui n’ont pas alerté les consciences”.

On croirait lire le programme de Mémoire 2000!!

Espérons en tout cas que ces mots ne resteront pas vains et les consciences tenues en alerte…


Journal d’octobre 2012: Le mémorial de la Shoah à Drancy

22 octobre 2012

Il y avait un wagon et une sculpture comme témoignages de ce qui s’est passé à Drancy dans la cité de la Muette.

A l’origine destinée à accueillir des logements, mais réquisitionnée par les Allemands, en juin 1940, cette cité a servi à la détention de milliers de juifs avant leur déportation dans les camps d’extermination.

Aujourd’hui, un magnifique Mémorial réalisé par l’architecte Roger Diener, fait face à la cité de la Muette (dite “Porte de l’Enfer”) et a été principalement financé par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, sur un terrain offert par la Mairie de Drancy.

C’est un centre d’histoire et d’éducation. Une exposition permanente relate la vie du camp. De nombreuses activités pédagogiques y sont proposées et le centre de documentation est ouvert à tous.

La visite de ce Mémorial inauguré le 21 septembre, permettra aux nouvelles générations de connaître, afin de les prévenir, les mécanismes qui ont conduit à ce crime contre l’Humanité. A visiter impérativement !


Journal d’octobre 2012: “Le fer rouge de la mémoire” Jorge Semprun (Quarto Gallimard)

22 octobre 2012

Jorge Semprun est mort en 1911, et aujourd’hui paraît un recueil de ses œuvres, qui retracent le parcours sur terre de celui qui, au long d’une vie de militant désenchanté, a commencé par oublier pour vivre, puis se souvenir et écrire. Le titre général choisi, Le fer rouge de la mémoire, est emprunté à son Autobiographie de Federico Sanchez : Eh bien soit, je continuerai à remuer ce passé, à mettre au jour ses plaies purulentes, pour les cautériser avec le fer rouge de la mémoire.

Cinq romans dans ce fort volume: Le Grand Voyage, L’Evanouissement, Quel beau dimanche! L’Ecriture ou la vie, Le Mort qu’il faut, des préfaces à des œuvres qu’il admirait, des discours non académiques pour des occasions précises.

Tout est dit, d’abord sur l’anéantissement de la conscience dans les camps, mais aussi sur le courage, celui d’une victoire finale de l’homme qu’il voit chez Robert Antelme dans L’Espèce humaine. Sur celui aussi, plus tard, de porter un œil critique sur l’engagement communiste qui fut presque toute sa vie, en faisant connaître des écrivains russes traduits trente ans trop tard en français, premiers témoins de la génération de militants exterminés par Staline.

Il est difficile de choisir parmi ces souvenirs et témoignages, mélanges du passé, de plus-que-passé et du présent.

D’abord Le Grand Voyage, quatre jours et cinq nuits dans un wagon. Tout a commencé un matin et s’est terminé au milieu d’une nuit à Buchenwald : Nous sommes immobiles, entassés les uns sur les autres, c’est la nuit qui s’avance, la quatrième nuit, vers nos futurs cadavres immobiles. Il a passé le voyage à côté d’un compagnon qu’il appelle “le gars de Saumur”, qui a l’air d’avoir fait ça tout sa vie et entreprend de donner des directives aux cent dix-neuf autres, pour respirer, rester debout, trouver une position de “repos” :…nous sommes imbriqués l’un dans l’autre, son coude dans les côtes, mon coude dans son estomac. Pour qu’il puisse poser ses deux pieds bien à plat sur le plancher du wagon, je suis obligé de me tenir sur une jambe. Pour que je puisse en faire autant, et sentir les muscles des mollets se décontracter un peu, il se dresse aussi sur une seule jambe. On gagne quelques centimètres ainsi et nous nous reposons à tour de rôle. Ils traversent la Moselle et se livrent alors à une longue comparaison sur les mérites comparés du chablis et des vins de Moselle. Les souvenirs “d’avant” arrivent et se mélangent au présent. On parle de tout, métiers, villes, politique, enfance…Un vieux tombe mort, un vieillard, c’est normal. Juste avant, il a eu le temps de dire, étonné, Vous vous rendez compte ? Et juste avant l’arrivée, voilà que le corps du “gars de Saumur” devient lourd lui aussi, infiniment. C’est le poids de toute une vie, brusquement envolée, il n’était pas vieux, il reste soudé au corps de Jorge Semprun, dont il ne connaîtra jamais le nom. Et réciproquement. “Ne me laisse pas, tomber, vieux,” a-t-il murmuré, avec une expression de surprise intense, juste avant. Ensuite, oublier ? Ensuite, faire vivre la vie des morts ?

Il y a aussi les préfaces de livres traduits trop tard, après l’aveuglement et le refus systématique de la vérité des intellectuels de gauche des années 50. Les reportages et souvenirs de Gustaw Herling sur le système concentrationnaire soviétique (Un monde à part), les longues histoires de vies broyées, années 30, Guépéou, caps staliniens, pacte germano-soviétique. Dimensions totalitaires, complicité d’abord, affrontement ensuite.

Les histoires des exterminés, celle aussi d’Elisabeth Poretski (Les Nôtres), qui livre son témoignage sur son mari, sous forme de reportage précis, sans emphase ni grandiloquence. Les écritures concentrationnaires font depuis peu l’objet d’études universitaires, indispensables. Car la littérature a son mot à dire, comme l’a écrit Bertrand Russel dans la préface d’Un monde à part, il y a là une relation transparente et complexe, riche, avec la littérature, cette étrange occupation que caractérise l’espèce humaine, comme l’avait dit un jour Robert Antelme.

Colette Gutman

 


Notre séance du Jeudi 24 janvier 2013: projection de «Le procès d’Adolf Eichmann» de Michaël Prazan et Annette Wieviorka

9 octobre 2012

VOD11245_majaq

Le procès d’Adolf Eichmann

Film documentaire de Michaël Prazan et Annette Wieviorka


France, 2011, 90 mn

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé : 

Ce documentaire retrace l’histoire du procès d’Eichmann, depuis sa capture jusqu’à sa condamnation à mort. Intégralement construit à partir d’images d’archives, il met en lumière le poids historique des témoignages. Par l’intérêt suscité dans la communauté internationale en révélant au monde entier l’ampleur des atrocités nazies, il marque un tournant dans la mémoire de la Shoah, le début d’un processus au cours duquel la Shoah, d’un traumatisme douloureux et tabou, s’est transformé en mémoire collective.

Après la Conférence de Wannsee du 20 janvier 1942, Eichmann, responsable du bureau des affaires juives, est chargé d’organiser et de coordonner la déportation de tous les Juifs, y compris les enfants, vers les camps d’extermination. Travaillant avec d’autres organismes allemands, les Services de sécurité (SD) et la Gestapo, il gère aussi la confiscation des biens des déportés. C’est encore lui qui organise la déportation de dizaines de milliers de Tsiganes.

Après la Seconde guerre mondiale, il s’enfuit d’Autriche et parvient en Argentine, où il se cachera sous le nom de Ricardo Klement.

En mai 1960, des agents du Mossad, le Service de renseignement israéliens, s’emparent d’Eichmann en Argentine et le transfèrent à Jérusalem pour qu’il soit jugé par un tribunal israélien. Tout au long de son procès, il se tiendra dans un box protégé par des vitres à l’épreuve des balles.

Les témoignages de survivants de la Shoah, en particulier ceux de combattants des ghettos tel que Zivia Lubetkin, l’une des dirigeantes de l’insurrection du ghetto de Varsovie, attirent l’attention sur la résistance juive et permet enfin à de nombreux survivants de la Shoah de se sentir capables de raconter leur histoire et leurs souffrances.

L’acte d’accusation, rédigé par le procureur général d’Israël, Gideon Hausner, comporte quinze chefs d’accusation, dont ceux de crimes contre le peuple juif et de crimes contre l’humanité.

Déclaré coupage de tous les chefs d’accusation, il est condamné à mort et pendu le 1er juin 1962.

Son corps est incinéré et ses cendres dispersées dans la mer, au-delà des eaux territoriales d’Israël.

C’est la seule fois, dans l’histoire de l’État d’Israël, qu’une peine capitale est appliquée.

TÉLÉCHARGEZ LE DOSSIER PÉDAGOGIQUE EN CLIQUANT ICI

Thème :

il y a 50 ans, le procès Eichmann

Débat :

Le débatteur est Michaël Prazan, le réalisateur du film.

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI

 

Journal de Juillet 2012: Exposition « C’était des enfants » à l’Hôtel de Ville de Paris

3 septembre 2012

Du 26 juin au 27 octobre, une exposition gratuite à l’Hôtel de Ville retrace la vie des enfants juifs parisiens entre 1939 et 1945, sous l’Occupation.

Cette exposition regroupe de nombreux documents concernant aussi bien les enfants restés à Paris que de jeunes juifs internés dans les camps français et déportés. Archives personnelles et intimes, avec des lettres, dessins, jeux, photographies privées etc des enfants et de leurs parents et proches. Archives administratives, comme des registres de présence scolaire, des cartes d’internement dans les camps français etc….

Une exposition rigoureusement pensée et organisée, des documents rarement présentés au grand public. A ne pas manquer.


Journal de Juillet 2012: Le crime du 16 juillet

3 septembre 2012

Le Président François Hollande devant la plaque commémorative de la rafle du Vel d’Hiv, Juillet 2012

C’est sous la présidence de François Mitterrand qu’a été instituée la cérémonie annuelle consacrée aux victimes de la rafle du Vel d’hiv, à deux pas du lieu du crime. Par la suite, certains événements (la pose d’une couronne sur la tombe du Maréchal Pétain, certaines amitiés) ont pu brouiller le message, mais le calme est revenu, en particulier avec la déclaration de Jacques Chirac sur la reconnaissance des responsabilités d’une certaine France. Nous connaissons (presque tous) maintenant le déroulement de ce Jeudi Noir sans précédent dans l’histoire de France, codé sous le nom charmant de Vent Printanier.

Ce n’est qu’en 1967 que paraît un livre de Claude Lévy et Paul Tillard, “La grande rafle du Vel d’Hiv”. Joseph Kessel écrit la préface de ce livre qui a le singulier mérite d’éclairer, dans la chronique du martyre, un épisode terrible, dont personne, semble-t-il, jusqu’à présent, n’avait démonté les éléments, racontés pas à pas la démarche, exposé en détail l’atrocité. Il faut dire qu’il était difficile de le faire plus tôt, car il ne restait pas grand monde à interroger. Les sources sont donc venues principalement des résistants.

Au départ, une immense toile d’araignée constituée dès le début de l’Occupation, sous la forme d’une opération de recensement : un fichier établi par la police française – une fiche par nom de juif étranger habitant la région parisienne, son métier, son quartier, sa situation de famille. Pour Vent Printanier, on en a extrait 25334 fiches pour Paris, 2054 pour la banlieue. Les commissariats de quartier ont fourni la matière première, puis le fichier a été transporté à la Direction administrative des affaires de police générale. Pour l’organisateur responsable du fichier(*) et son supérieur hiérarchique(*), un commissaire directeur des camps de concentration de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande, ce fut un énorme travail, il a fallu adjoindre aux inspecteurs des auxiliaires féminines qui n’étaient pas prévues (et aussi, semble-t-il, des Scouts de France). L’opération était prévue pour les 13 et 14 juillet, mais tout de même, le 14 juillet, c’était d’un mauvais goût…

Document administratif de 1942

Veillée d’armes le mercredi 15 juillet, “briefing” : Darquier de Pellepoix, commissaire aux questions juives, ouvre la séance en annonçant que les autorités d’occupation se sont déclarées prêtes à débarrasser l’Etat français et que la présente réunion a pour but de discuter la réalisation technique de la déportation. L’opération emploiera 9000 hommes. Les arrondissements les plus chargés : 3ème, 4ème, 10ème, 11ème, 12ème, 18ème, 20ème. On prévoit 888 équipes d’arrestation, avec instructions dictée le 12 juillet par Hennequin.

Malgré ceux qui ont eu accès à l’opération la veille (communistes, résistants) qui distribuent des tracts au péril de leur vie, malgré les feuilles clandestines imprimée en yiddish et glissées dans les boîtes à lettres, malgré les policiers qui ont sauvé leur honneur en prévenant…Où fuir? Où se cacher? Chez les voisins? Dans la rue? Dans des appartements vides? Dans les caves et les garages? Sauter par la fenêtre si l’on habite au rez-de-chaussée? Ou sauter par la fenêtre avec ses enfants même si l’on n’habite pas au rez-de-chaussée? Comment se procurer des faux papiers en une nuit? Où se réfugier? A la campagne? il est risqué de prendre le train. Quelle solidarité? Se réfugier en zone libre? Avec quel argent?…

Dès quatre heures du matin, les cars convergent de la banlieue vers Paris, la chasse à l’homme commence : 13000 juifs étrangers seront pris en une journée: demi échec car l’objectif était de 28000.

plaque commémorative du jardin du souvenir à l’emplacement du Vélodrome d’Hiv (Paris, 15e arrondissement)

Les situations inhumaines à l’intérieur du Vel d’Hiv ont été décrites, sont maintenant connues : incrédulité, entassement, conditions sanitaires immondes, sans air, cohue hagarde, excréments. Il faisait une chaleur torride. Une trentaine de suicides, du haut des gradins ou avec des morceaux de glace brisé. Les prises de conscience de la situation, la terreur, l’abîme, ceux qui commencent à perdre la raison, crises hystériques, pertes de contrôle, ceux qu’il faut attacher sur des brancards pour les dissimuler aux yeux de la foule…Les enfants ont faim, ils hurlent. 4051 enfants qui commencent à perdre leur enfance, et les petits qui essaient de consoler leurs parents…

Quelques témoignages de l’intérieur ont pu être rapportés. Celui d’un médecin : je me souviendrai toujours, entre autres, de cette vieille grand-mère, immobile sur son strapontin, les mains appuyées sur ses genoux recouverts d’un tablier artistiquement brodé, et dont on ne put tirer aucune parole, en quelque langue que ce soit.

Et celui aussi du Docteur Weill-Hallé, le souvenir impossible à oublier de cette petite fille malade, qui, ses grands yeux braqués su mon visage, me suppliait de demander aux gendarmes sa libération parce que, l’année durant, elle avait été très sage et qu’elle ne méritait pas de rester en prison.

Pour les quelques petits garçons et petites filles qui ont réussi à revenir ou à s’échapper du Vel d’Hiv, ces scènes resteront pour chacun, n’en déplaise aux psychanalystes de toutes obédiences, ce qu’ils appellent la “scène primitive”. Impossible à effacer.

Colette Gutman

(*) Les noms de ces irréprochables fonctionnaires sont connus, mais ne seront pas cités ici, par égards pour leurs familles qui doivent en souffrir suffisamment.

 


Journal de Juillet 2012: Une leçon de vie

3 septembre 2012

1942-2012, soixante dix ans ont passé depuis la Rafle du Vel d’Hiv, mais l’événement est tellement inouï qu’il est encore vivace dans les esprits bien sûr, de ceux qui l’ont subi (et qui sont encore en vie) mais aussi des autres qui en ont seulement entendu parler.

De cette anti-chambre de la déportation et de la mort de laquelle, avec sa mère, elle a réussi à s’achapper, Sarah Lichtsztejn-Montard en parle dans son très beau livre “Chassez les papillons noirs”, aux Éditions Le Manuscrit, mais elle raconte aussi son périple au cœur de la tourmente nazie: de Drancy à Auschwitz et Bergen-Belsen.

Comme tous les témoignages, ce livre est bouleversant. Il a cependant une spécificité qui le rend encore plus émouvent (si cela est possible), c’est qu’il s’adresse essentiellement à ses enfants et entremèle le récit de sa vie de femme et de mère, à celui d’une adolescence massacrée. Une vraie leçon de vie…A lire évidemment!!

Lison Benzaquen


Journal de Juillet 2012: Démocratie irréprochable?

3 septembre 2012

La synagogue d’Oslo (Norvège)

Depuis quelques années, la Norvège, unanimement louée pour sa tolérance et ses efforts en faveur de la paix, a souvent été accusée d’antisémitisme. Pour mieux connaître la réalité, le gouvernement a commandé un rapport, rendu public il y a quelques semaines. L’enquête fut menée par Le centre de l’Holocauste, un musée et centre de recherche – situé dans l’ancienne villa de Vidkun Quisling, principal artisan de la collaboration avec l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale et premier ministre du gouvernement collaborateur.

Selon le rapport, 12,5% des Norvégiens sont antisémites et 19% pensent que les juifs dans le monde travaillent de manière occulte pour promouvoir les intérêts juifs. Un Norvégien sur quatre pensent que les juifs se croient meilleurs que les autres, 10% les trouvent antipathiques, 8% n’en veulent pas comme voisins.

-Ce n’est pas tolérable, conclut le chercheur responsable du rapport, Øivind Kopperud.

-Certains chiffres sont effrayants, dit-il. Ils ne sont pas toujours pires que dans d’autres pays européens, mais choquent davantage dans un pays politiquement et économiquement stable, l’une des meilleurs démocraties du monde. Surtout, dit M. Kopperud, il n’y a que très peu de juifs en Norvège (1500). Les sondés n’ont pas d’amis, voisins ou collègues juifs, mais parlent dans les sondages des “juifs imaginaires”, ou du “mythe juif”.

Contrairement à ce qu’on pensait, il n’y a pas de liens directs avec le conflit israélo-palestinien, même si une majorité de Norvégiens sont propalestiniens. En fait, ceux-ci sont moins antisémites…

Enfin, les sondés sont encore plus intolérants envers les Musulmans, les nombreux Somaliens refugiés en Norvège ou les Roms.

En dehors des chiffres, il y aussi une réalité. Des enfants juifs sont victimes de blagues antisémites, et des jeunes sont insultés avec des phrases telles que tu aurais dû brûler à Auschwitz. La synagogue d’Oslo a été l’objet de plusieurs attaques, dont une à l’arme automatique en 2006, et est aujourd’hui protégée par des barrières permanentes.

Pourquoi une telle attitude? Le rapport avance une explication: une partie est certainement due à l’ignorance. En fait, les juifs furent interdits d’accès au royaume pendant des siècles. Il fallait une autorisation particulière pour se rendre en Norvège, et seulement à titre provisoire.  Jusqu’en 1851, un paragraphe de la Constitution maintenait cette interdiction. Le paragraphe anti-juif fut enfin abrogé grâce au combat acharné de l’un des plus grands poètes norvégiens, Henrik Wergeland.

Øivind Kopperud au Centre de recherches sur l’Holocauste et les minorités religieuses (Oslo)

En 1940, il y avait environ 2000 juifs en Norvège. Quisling et la police norvégienne aida activement l’occupant à les arrêter. Au total 768 juifs norvégiens furent déportés, dont seulement 34  survécurent. 1100 juifs furent sauvés, la plupart en passant en Suède.

Il a fallu longtemps avant que les Norvégiens admettent que certains d’entre eux avaient participé à l’arrestation et la déportation des juifs. Ce n’est qu’en 2012 que le premier ministre, Jens Stoltenberg, demanda pardon au nom du gouvernement. Le 27 janvier, jour de l’Holocauste, M. Stoltenberg déclara: Aujourd’hui, je pense qu’il est opportun pour moi d’exprimer nos plus sincères excuses pour ce qui s’est produit sur le sol norvégien. Il ajouta : Les juifs d’aujourd’hui, dans notre pays, vivent dans la peur. Ils ont peur d’être “démasqués” en tant que juifs. Nous ne pouvons pas accepter cette réalité en Norvège. Personne ne devrait avoir à cacher sa foi, son identité culturelle ou orientation sexuelle. La Norvège devrait être un endroit sûr pour les Juifs, et nul – aucun individu, aucune minorité – ne devrait avoir à vivre dans la peur dans ce pays.

Ce fut quelques mois avant la publication du rapport, qui préconise un certain nombre de mesures: mieux enseigner l’histoire juive et combattre l’antisémitisme, refaire un sondage identique régulièrement et enregistrer sytématiquement tout acte d’antisémitisme et crimes dictés par la haine. Il faut que ces mesures et d’autres qui s’imposent soient mis en oeuvre d’urgence.

Nous savons que la Norvège se situe un peu dans la périphérie du monde. Ce qui fait que la petite population juive ici est un peu à la périphérie du monde juif, disait Ervin Kohn, leader du Culte Mosaïque à Oslo en accueillant la conférence des rabbins européens début mai.

Organiser une telle conférence en Norvège dans ce contexte ne fut pas neutre. La démocratie norvégienne se doit d’y répondre.

Vibeke Knoop