Journal d’Avril 2017: compte-rendu de notre séance-débat du 24 février 2017

1 avril 2017

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Nous trois ou rien

Thème : l’intégration

Débatteurs : M. et Mme Mitterrand (professeurs d’histoire)

 

Une centaine d’élèves, certains depuis peu de temps en France sont présents. Le réalisateur, Kheiron, raconte dans ce film, l’histoire de ses parents, Hibat et Fereshteh, exilés d’Iran. Le film commence sous le régime du shah. Hibat devient un héros car il refuse en prison de manger le gâteau d’anniversaire du shah.

Après la révolution, et le régime autoritaire et théocratique de Khomeiny, la famille s’exile en France. La suite se situe en Seine St Denis. Les parents de Kheiron s’impliquent fortement dans la vie locale. Le sujet est traité sur un mode comique, malgré les scènes violentes au début, l’humour allège le propos.  

Le débat démarre aisément.

Un garçon : Pourquoi a-t-il refusé de manger le gâteau dans la prison ?

Un autre : Ça veut dire quoi, le gâteau du chat ?

Mr Mitterrand: Le shah, c’était un roi et si le peuple marquait son mécontentement, il mettait les gens en prison. Hibat refuse de manger le gâteau du shah pour montrer son opposition. Du coup, il est très respecté.

Un garçon : Pourquoi il est allé en France, alors ?

Le débatteur : Le peuple avait chassé le shah mais à sa place c’est Khomeiny. Un autre pouvoir autoritaire qui ne veut pas de démocratie.

Une élève : le shah, c’était un musulman ?

La débattrice : Oui, un musulman modéré, qui ne gouvernait pas avec la religion. Vous avez vu ce qui change en Iran avec Khomeiny ?

Plusieurs : “ les femmes se voilent.” “La musique est interdite”.

Une professeure : Pourquoi Hibat part en France ? Parce qu’il risque la mort avec son fils et sa femme, en Iran. Avez-vous compris quel est ce petit cachet qu’il jette lorsqu’il quitte l’Iran ?

Une voix : C’est l’image de son passé qu’il laisse derrière lui quand il quitte son pays. Une autre : c’était un cachet pour se suicider ? 

La débattrice : Oui, c’est ça, du cyanure. S’il est pris, il le croque et il meurt. Pour ne pas dénoncer les autres sous la torture.

Un garçon : Pourquoi elle appelle son père et dit qu’elle ne reviendra pas ? 

Le débatteur : En France, ils ont un statut de réfugié politique. Ils ne sont plus en danger. Ils participent à la vie de la cité. Cette solidarité, ils la rendent à leur quartier. Que vont-ils apporter, d’abord aux femmes ?

Une fille : A être heureuses, à sortir, à avoir la belle vie.

Une élève réalise : cette histoire en fait, c’est un petit qui raconte l’histoire de son père ?

Sa professeure : Oui, le bébé qui quitte l’Iran avec ses parents, c’est lui qui raconte l’histoire, lui qui fait le film et qui joue le rôle de son père.

La débattrice : Ses parents étaient militants, Kheiron a été éducateur.

Un élève : on voit comment il parle aux 3 jeunes assis à côté du centre culturel où on a cassé les vitres. Au début, ils s’en moquent.

Une fille : mais après, Hibat leur montre que cet endroit, était pour eux.

Une professeure : vous avez entendu le message d’Hibat à Elyes, le délinquant qui a été en prison : “Il n’est pas trop tard”. On apprend plus tard qu’Elyes après un autre séjour en prison, est devenu un éducateur. Il a un travail, une famille.

La débattrice : Chacun doit prendre sa place dans la cité.

Une fille : On voit pendant la fête il y a des grandes photos de chacun accrochées sur les murs du quartier.

Un professeur : On n’est jamais condamné à l’échec. Avec ma classe de 3ème, nous faisons un atelier d’écriture de chansons. Le thème c’est l’exil. L’idée c’est de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va.

La débattrice conclut : Kheiron a commencé comme ça, il a fait du théâtre. Il a gardé la faculté de mettre de l’humour autour de chaque chose triste.

On dirait que ce film d’intégration réussie a touché ce public.

Jacinthe Hirsch

 

 


Journal d’Avril 2017: Sortir du silence d’Auschwitz : La dignité contre l’inhumanité, « Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu. »

1 avril 2017

PERSONNE-NE-M-AURAIT-CRU-JPGVendredi 27 janvier 2017, 70° anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, le témoignage de Sam Braun, est présenté au théâtre de l’épée de bois, mis en scène et interprété par Patrick Olivier. Mémoire 2000 y était.

Comment dire l’irreprésentable d’une barbarie planifiée et accomplie à l’abri des regards? Comment évoquer, 70 ans après, transmettre la mémoire de tous ces êtres traqués, soumis aux pires conditions de survie afin qu’ils deviennent non humains, objets voués à la destruction ? Le témoignage de Sam Braun, rescapé des camps de concentration et d’extermination, survivant à la marche de la mort, témoignage recueilli 60 ans après le retour d’Auschwitz, nous est présenté dans une mise en scène retenue qui s’efface devant la force des mots que Sam Braun a pu extraire de ce long silence pour dire l’insoutenable.

Sam Braun a été arrêté et déporté à Auschwitz avec sa famille par le convoi du 7 décembre 1943. Il avait 16 ans. Ses parents, sa petite sœur sont immédiatement gazés. Sam Braun est envoyé à Buna Monowitz, Auschwitz III. Il survit. En janvier 1945, le camp est évacué, commence alors la marche de la mort. Sam Braun échappe plusieurs fois à la mort. Epuisé il parvient à Prague où il est délivré par des résistants tchèques.

A son retour en France, il se tait, comme de nombreux déportés revenus. En 1945, personne n’était prêt à entendre la parole des “revenants”. Après une période de dépression, il fait ses études de médecine mais s’enferme dans le silence en même temps qu’il efface son passé de déporté.

Cependant, Sam Braun, 40 ans après, cède à l’insistance d’une amie professeure de lycée et accepte de témoigner devant ses élèves. Un matin prenant conscience de son âge, il se dit : “Tu es un lâche, mon vieux, car si tu ne vas pas parler aux enfants, c’est uniquement parce que tu ne veux pas souffrir. Tes parents, ta petite sœur et tous ceux qui sont morts là-bas, sont donc morts pour rien.” Il ajoute : “Non pas qu’il faille donner une justification à la mort de mes parents et de ma petite sœur.…” Mon devoir m’est alors apparu clairement : je devais utiliser cet évènement horrible pour essayer de rendre service aux jeunes, en leur permettant d’ouvrir les yeux sur le monde et la folie de certains hommes…”

Après 20 ans de témoignage, il rencontre un professeur, Stéphane Guinoiseau. Celui-ci lui demande d’enregistrer des entretiens afin que sa parole demeure. C’est ainsi que ce texte lui survit.

Après ce lent processus de retour, Sam Braun peut expliquer comment cette mise à l’écart a été nécessaire pour réussir à vivre : “Je ne suis maintenant ni la victime, ni le héros d’une histoire malheureuse……Mais pour arriver à cette normalité, je suis resté quarante années dans le silence d’Auschwitz “.

Dans cette petite salle de la cartoucherie de Vincennes, Philippe Olivier est seul en scène, entre une tombe et un rocher. L’insoutenable récit est suspendu par moments, par un violon et un accordéon, discrets, ils répondent dans une houle de douceur à la barbarie des images d’archives sur la porte du fond de la scène. Puis le noir revient et Patrick Olivier reprend le fil du récit insoutenable. Le crescendo de l’atroce suit la chronologie effroyable de ce qui a eu lieu. Pourtant, ce qui frappe dans ce témoignage, c’est la sobriété et la pudeur.

Sam Braun n’est plus, mais avant de mourir il a enregistré un message aux collégiens et lycéens, Patrick Olivier, à la fin du spectacle, lui cède la parole. Le visage bienveillant de Sam Braun apparait sur l’écran : “J’aurais voulu être avec vous pour partager un passé. Mais je n’ai pas pu, je le regrette bien.” Toute la force et la délicatesse de ce témoignage sont déjà dans ces mots : “partager un passé”.

Survivre au pire, se taire pendant quatre décennies, puis réussir à témoigner pour donner confiance en l’homme aux générations futures, tout cela est au cœur de cette représentation. On en sort bouleversé avec l’espoir que ce témoignage atteindra les générations futures.

Jacinthe Hirsch

 


Journal d’Avril 2017: “Réflexions sur l’antisémitisme” sous la direction de Dominique Schnapper, Paul Salmona et Perrine Simon-Nahum

1 avril 2017

Mise en page 1Depuis une dizaine d’années, la France connaît les actes antisémites les plus graves depuis la seconde guerre mondiale (hormis les attentats pro-palestiniens), cela dans un climat délétère où des slogans tel “mort aux juifs” sont scandés lors de manifestations et où des célébrités se répandent sur Internet, notamment Twitter, en invectives antisémites effrayantes… C’est ce contexte qui a conduit le MAHJ et la BNF à organiser en mars 2016 le colloque “L’antisémitisme en France – XIX°-XXI° siècle” réunissant chercheurs et acteurs de terrain qui a nourri ce livre. La vingtaine de contributions mettent en perspective historique et sociologique la spécificité, la plasticité et les invariants de l’antisémitisme français, depuis les années 1890, jusqu’à la réapparition de l’antisémitisme contemporain dont les chercheurs tentent de saisir les filiations et la singularité.

Relevons plus particulièrement la contribution d’Emmanuel Debono sur le pic d’antisémitisme lié à la crise des Sudètes et les accords de Munich (1938), où les juifs furent accusés de vouloir la guerre et d’être favorables à l’Allemagne nazie… Celle de Joëlle Allouche-Benayoun sur l’antijudaïsme dans l’Algérie coloniale, avec l’étude du trop méconnu pogrom de 1934 à Constantine (25 morts), fomenté par des antisémites français et commis par des musulmans… La contribution de Valérie Igounet éclairant 70 ans de négationnisme, depuis Bardèche, Garaudy, Faurisson jusqu’à Dieudonné aujourd’hui, qui réunit antisémites d’extrême-droite et d’extrême-gauche et les antisionistes, nombreux dans les quartiers populaires. Celle de Jean-Pierre Obin, Inspecteur général de l’Education nationale, dont le rapport de 2004 sur l’antisémitisme dans les quartiers populaires fut passé sous le boisseau, et le déplacement massif des élèves juifs des établissements publics de ces quartiers vers d’autres écoles.

Celle de Georges Bensoussan qui conclut que l’enseignement de la Shoah (y compris les visites à Auschwitz) n’est pas un instrument très efficace aujourd’hui…

L’étude de l’antisémitisme français contemporain ne signifie nullement adopter un point de vue qui verse dans le déterminisme culturel, en particulier pour les Français de culture musulmane. L’antisémitisme français a une longue histoire, et il réapparaît avec force chaque fois que la société est fragilisée, dans son économie et dans ses institutions politiques. Il est la maladie de notre démocratie, dont il vise à saper les fondements et à nier l’égalité et la fraternité qui sont au coeur du pacte républicain. L’antisémitisme n’est pas le problème des juifs, il concerne chaque Français et il est le problème de tous les citoyens. 

Rose Lallier


Journal d’Avril 2017: Racisme anti-chinois

1 avril 2017

racisme-anti-chinoisDepuis quelques années, les violences ont augmenté de façon sidérante à l’encontre des Chinois, des Asiatiques de Paris et de sa banlieue. Mais les pouvoirs publics n’ont pas l’air de trouver cela inquiétant. Les associations soi-disant antiracistes (subventionnées par l’Etat) ne s’alarment guère : ceci n’est pas un problème.

Ce racisme n’a pas de fondements idéologiques ou historiques, il est plutôt conjoncturel, c’est simplement une manifestation de méfiance envers la population d’une nouvelle grande puissance dont on sait finalement peu de choses. Pour le président de la LICRA, le tiercé gagnant de la lutte contre le racisme reste les “valeurs sûres” que sont la communauté musulmane, les noirs et les juifs. Donc, ne nous affolons pas, et circulez, il n’y a rien à voir !

Que l’on nous permette de voir les choses autrement : ce racisme antichinois est bel et bien présent chez nous, où existent déjà des tas de blagues douteuses du type “les chinois ne se sentent plus bridés”, et “rire jaune” comporte aujourd’hui une connotation xénophobe et raciste incontestable. Crainte diffuse de la concurrence chinoise, présence chinoise qui se manifeste plus qu’avant, rapports ambivalents avec les autres population immigrées : ce sentiment de xénophobie légère est lié à un phénomène d’envie, du fait d’une certaine réussite économique des Chinois qui, en période de crise, commencent à apparaître comme des boucs émissaires. Alors que, si les Chinois qui vivent en France conservent quelques éléments de leur culture d’origine, ils ont nettement tendance à adopter la culture française, si bien que les demandes de naturalisations sont de plus en plus nombreuses.

Il y a quelques mois, une recrudescence de ces violences a entraîné le décès d’un ouvrier chinois à Aubervilliers. Chaque jour, on recense une vingtaine d’agressions de Chinois. Agressions qui sont le fait de jeunes descendus des cités. Si bien que le maire communiste d’Aubervilliers reconnaît alors un “racisme ciblé”. Et pourtant, une fois de plus, les associations prétendument antiracistes (LICRA, MRAP, Ligue des Droits de l’Homme) sont demeurées aux abonnés absents.

Bien sûr, cette communauté asiatique attise les convoitises : diable, voilà des gens qui travaillent d’arrache-pied, se comportent avec discrétion, scolarisent scrupuleusement leurs enfants pour œuvrer à leur réussite sociale. Assimilés, travailleurs, ils dérangent une certaine population qui, par jalousie, bêtise, racisme aussi, leur fait porter le chapeau de son échec. Dans certains quartiers, la réussite dérange. D’autant plus que les Chinois ont (à tort ou à raison, peu importe) la réputation de porter sur eux de l’argent liquide. Alors, évidemment, c’est moins difficile et plus tentant que de vendre du shit : là, on a directement le fric, avouez que c’est pratique et alléchant ! En outre, les feux de poubelles, les voitures vandalisées, les barres de métal, les mortiers même, tout est bon pour “punir” ces travailleurs qui dérangent. Le quartier de Belleville et les cités des banlieues nord (comme Aubervilliers) sont les principaux champs d’action. Et devant toutes ces violences, que font les associations antiracistes ? Rien ! Le pauvre Monsieur Deng Chaolin l’ouvrier d’Aubervilliers qui y a laissé la vie, ne sera jamais célèbre. En outre, on n’est pas près de voir, dans les éventuelles et rares manifestations, des pancartes avec “Yellow lives matter”. Puisqu’on vous dit que cela n’existe pas, que ce sont des phénomènes sans gravité.

On va donc de lâcheté en démission, et je suis sûr que bientôt on nous dira que “les Chinois l’ont bien cherché”, que “ce n’est pas grave“…

Air connu, mais air vicié, quasiment irrespirable ! Il est des moments où l’on à du mal à être Français…

Guy Zerhat

 


Journal d’Avril 2017: « Otage de marque » d’Antoine Billot (Ed. Gallimard)

1 avril 2017

82e20a9059c16661bcfa8ae4d5543025938e3f1aC’est en 1943, que Léon Blum est déporté au Falkenhof, une dépendance du camp de concentration de Buchenwald, en tant qu’”otage de marque” des Allemands qui envisagent de l’utiliser comme monnaie d’échange en cas de besoin.

A son retour, il refuse le poste de ministre que lui propose le général de Gaulle, avant d’accepter quelques mois plus tard de présider un éphémère cabinet socialiste. Mais choqué tant par les attaques de la presse communiste qui lui reproche d’avoir vécu sa déportation “dans un palais” que par les combines du monde politique, il se retire définitivement et meurt d’un infarctus le 30 mars 1950 à l’âge de 77 ans.

Buchenwald, Falkenhof, 3 avril 1943 : Arrivée

“En arrivant à Falkenhof, …où il résidera désormais, Little Bob (surnom donné à Blum dans sa jeunesse) ne ressent d’abord qu’un immense dégoût dont il imagine qu’il procède, ce dégoût, du voyage sinueux qu’il vient d’endurer depuis que l’avion qui les a conduits, lui et cinq autres otages, de France en Allemagne, s’est posé à Weimar, la ville de son cher Goethe, la même où erre encore, soucieux et effaré, le fantôme de Johann Eckermann, un voyage tout en courbes, en arabesques boisées, en trajectoires torses, un voyage dont le déploiement inquiétant, d’une clarté primaire, celle de la vielle, à une obscurité de plus en plus profonde, lui a un peu soulevé le cœur, un voyage durant lequel il s’et tenu ramassé dans un coin du camion militaire venu le chercher à l’aérodrome, loin de tous, civils comme soldats, un mouchoir écrasé sur la bouche, les yeux aussi plissés que ceux d’une vigie inquiète en haut de son phare un soir de tempête, afin de distinguer, par-delà les hêtres nombreux qui s’agrégeaient dans la nuit jusqu’à ne plus donner corps qu’à une seule forme, indivisible – on aurait dit une longue enceinte de pierres noires étrangement hirsutes -, afin de distinguer enfin quelque chose : maison, cabane, abri de chasseur, quelque chose qui signalait l’humanité même infime du lieu…”

Sortie de Buchenwald, 4 mai 1945 : Départ

“…La joie fébrile et encore une fois indécise qui l’inonde à l’instant de recouvrer la liberté, tout cela, le souffle automatique comme les blessures, lui enseigne que ce ne peut être que dans la douleur, par la douleur, que la chair se réconcilie avec l’être, que l’homme le plus humble comme le plus noble n’est jamais davantage l’intime de lui-même que dans la souffrance et cette souffrance qui le révèle à son propre regard, Little Bob comprend alors que c’est elle qui le fait juif aux yeux des autres, ses bourreaux comme ses libérateurs, c’est elle qui symbolise la logique paradoxale de son identité, là où le singulier se confond avec l’universel, là où l’exemplarité voisine avec l’altérité ; il se dit qu’en les écrouant, en les humiliant, en les persécutant, lui, Mandel, Jeanne et tous les autres, on les a relégués en eux-mêmes, livrés à eux-mêmes, en les affranchissant comme s’apprêtent de le faire les soldats et les partisans qui pénètrent à l’instant dans l’hôtel, c’est équipés d’une souffrance rémanente qu’on les rendra au monde et qu’on leur rendra le monde.

Qu’ils la contestent ou qu’ils la confessent, cette souffrance sera désormais tout ce qu’ils possèdent : leur bien.”

Colette Gutman


Journal de Janvier 2017: compte-rendu de notre séance Cinéma du 18 octobre 2016

20 décembre 2016

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La désintégration

Séance du 18 octobre 2016

Thème : la radicalisation

Débattrice : Soad Baba Aïssa

 

C’est l’histoire de trois jeunes musulmans qui, pour des raisons diverses, sont en opposition avec leurs familles. L’un d’eux, Ali, bon élève, travailleur, cherche un job. Il envoie son curriculum vitae des dizaines de fois mais ne reçoit aucune proposition. Malgré le soutien de sa mère et de ses frères, malgré les conseils du genre « change de prénom », il se laisse embarquer avec les deux autres garçons par un recruteur habile qui les conduit jusqu’au jihad et au « sacrifice suprême ».

C’est avec un malaise grandissant que j’ai regardé ce film, à la pensée que nos jeunes de la diversité présents dans cette salle, et ils étaient nombreux, noirs à 95%, puissent s’assimiler aux trois « héros », tout particulièrement à Ali. Heureusement l’image finale de sa mère qui fait des ménages dans un hôpital et qui, entendant la radio, pousse un cri atroce: « ils ont tué mon fils », remet les choses en place. Il a fallu tout l’art de notre débattrice et la participation des professeurs pour amener les élèves à s’exprimer sur un sujet aussi délicat.

Une jeune fille, en écho au malaise que j’avais ressenti, crie sa fureur et son dégout pour ce film: « c’est pas parce qu’on est musulman qu’on se laisse tourner la tête! ».

Le chef de classe : “Les trois gars, ils sont bêtes: il y a un gars, ils savent même pas d’où il sort ni qui il est. Il leur met des trucs dans la tête et ils l’écoutent. Ils veulent faire des attentats. Ils ont tort. Mais Ali, il a envoyé 106 cv sans une seule réponse positive ».

Un professeur: « Ce qui est dérangeant c’est que certains de nos élèves pourraient se trouver dans cette situation ».

Autre professeur: « Nos élèves sont intelligents et ils ne se laisseront pas prendre. À nous, adultes, à trouver la réponse ». Applaudissements.

A la question: comment vous sentez-vous intégrés? Une jeune fille noire répond : « Là où nous vivons il y a plus de discrimination contre les Noirs que contre les Arabes. Pourtant on est tous pareils. La France c’est pas que pour les Français ». Applaudissements.

Une autre: « Je me sens bien à Beaugrenelle (son quartier). Il n’y a pas de discrimination. Ceux qui vont au djihad ce sont des faibles qui vont voir la mauvaise personne qui leur dit n’importe quoi ».

Une autre : ”Pourquoi le monsieur (le recruteur) il fait croire qu’ils vont aller au paradis et à la fin il y va pas lui-même? » Le chef de classe: « Franchement, on m’a pas fait de discrimination. On est tous égaux mais… ça dépend. C’est pas tous les Français, y en a qui, y en a d’autres qui sont pas racistes”. Un autre : « C’est le nom qui fait la religion ». « Non, mon frère s’appelle Tony …”

« Et moi je connais un syrien qui s’appelle Daesh! ».

Une élève parle de la liberté de croyance. Notre débattrice rectifie : plutôt que la liberté de croyance, l’important c’est la liberté de conscience. Toute la salle applaudit. Elle dit de la laïcité. « La France est le seul pays au monde vraiment laïc même si, oui, il y a du racisme. Avec mon prénom, Soad, c’était comme pour Ali. Je suis Algérienne, j’ai eu envie de partir vivre en Algérie. Mais là-bas l’Islam est la religion d’État et, comme femme, vous êtes moins que rien. Je suis retournée en France. Maintenant, je sais apprécier la liberté de conscience, le droit d’accès de tous au service public, à la protection sociale, aux soins. Rappelez-vous, dans le film, le vieux père malade. On le voit sur son lit d’hôpital. Bien que Musulman il a droit aux soins les plus en pointe. Alors en France, certes il y a du racisme, mais ne cédons pas au chant des sirènes. Nous devons construire ensemble notre pays de demain. Longs applaudissements.

 

Hélène Eisenmann

 

 


Journal de Janvier 2017: compte-rendu de notre séance Cinéma du 15 novembre 2016

20 décembre 2016

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Les femmes du bus 678

Séance du 15 novembre 2016

Thème : la violence faite aux femmes

Débattrice : Bérénice Poussin (Association Terre des Femmes)

 

Vingt trois élèves d’une même classe, en majorité d’origine africaine ou maghrébine, ont assisté à la projection de ce très beau film où trois femmes égyptiennes, Fayza, Seba, Nelly, s’opposent, chacune selon son tempérament, au machisme ambiant.

L’une d’elles, Fayza, agressée, “pelotée” chaque fois qu’elle monte dans un bus toujours bondé, décide de se défendre par ses propres moyens avec une aiguille à chapeau violemment piquée dans les “parties” de son agresseur. Drames, enquêtes, prison. Tout comme ses deux amies elle se refuse à toute concession et à toute excuse.

Il a fallu la patience de notre débattrice aidée de Joëlle Saunière et de Guy Zerhat pour que la discussion s’engage. Mais ensuite les élèves ont suivi. Tous de la même classe et se connaissant bien, ils ont eu des échanges très vifs sur des sujets qu’ils n’avaient probablement jamais abordés entre eux. Ils se sont vite focalisés sur ce qui se passe dans le bus avec Fayza et son épingle, laissant de côté des aspects passionnants de ce film.

Sur le fond de l’histoire une fille s’exprime : “Au début ça m’énervait qu’on demande à la fille de retirer sa plainte, mais c’était touchant que son fiancé la soutienne”. Puis la discussion s’oriente sur la façon de s’habiller des filles.

Un garçon :”Il y a des filles qui s’habillent très mal. En Egypte c’est inacceptable, en France ça l’est.”

Une fille : “Les filles peuvent s’habiller comme elles le veulent. Les garçons n’ont qu’à se retenir.”

Une autre : “Même si une femme provoque avec une minijupe ça ne devrait pas faire ça. Il y a des femmes qui provoquent, d’autres pas.”

Un garçon :”Mais aller jusqu’à castrer les garçons? Jusqu’à taper dessus? Ça fait mal !”

Joëlle : “Tu ne perçois pas la violence de l’agression pour une femme? Tu aimerais qu’on fasse ça à ta sœur?”

Le garçon : “Mais on a tous droit à une deuxième chance. Castré c’est fini !”

La fille : “Ils sont pas castrés et la deuxième fois ils referont pareil !”.

Joëlle : “En France il ne faut pas se faire justice soi-même”.

La fille : “Elle s’est fait justice soi-même parce que personne ne la défendait. Elle voulait pas porter plainte pour que sa famille ne soit pas déshonorée”.

La débattrice: “Savez-vous combien de femmes portent plainte en France? Une sur dix !”

Guy: “N’oublions jamais la dignité de la personne humaine. Une fille bien roulée tu la regardes, d’accord, mais tu ne sautes pas dessus. On doit maitriser ses pulsions. On n’est pas des chiens. Même dans le bus. C’est ignoble”. Applaudissements.

La discussion dévie sur le fait divers jugé en ce moment en France : la femme qui a tué son mari après 40 ans de vie commune.

Une fille : “C’est pas normal qu’il la batte mais c’est pas normal qu’elle le tue. Elle aurait dû partir”.

Un garçon : “Si elle avait pas pu partir?”

Une fille : “Tu peux et tu dois partir.”

Une autre : “Moi je ne me fais pas battre, je pars à la première claque !”

La débattrice : “Et s’il s’excuse ?”

La même : “Tu pars !”

Une autre : “Le mari est plus fort, elle voulait pas le tuer.”

Une autre : “Avec un fusil elle l’a pas fait exprès ! On peut toujours partir, chez des parents, chez des amis.”

La débattrice: “Vous êtes jeunes, vous ne connaissez pas encore la vie, mais plus tard, n’oubliez pas vos bonnes résolutions.”

Guy, en conclusion : “Vous, les filles, faites vous respecter et vous, les garçons, on n’est pas des bêtes !” Longs applaudissements.

Belle leçon de morale.

 

Hélène Eisenmann