Journal N° 100 : 19 mars 2019, projection exceptionnelle à Champigny sur Marne

En partenariat avec le Musée de la Résistance, l’Inspection Académique de Créteil, la ville de Champigny et Mémoire 2000, nous avons pu organiser cette séance autour du thème des “déportations”. La projection a eu lieu au “studio 66” avec le film “La rafle” de Roselyne Bosch. Cinq classes de 3° de différents collèges du Val de Marne ont pu assister à cette matinée.

UnknownRachel Jedinak, rescapée du Vel d’hiv, auteur de Nous étions seulement des enfants, paru aux éditions Fayard, présidente du comité Tlemcen qui réhabilite la mémoire des enfants, nous a fait l’honneur de venir débattre avec les élèves.

Rachel Jedinak a vécu la rafle du 16 juillet 1942, elle avait 8 ans.  Elle raconte, exactement comme dans le film, comment les policiers français sont venus à 4h du matin, les chercher avec brutalité et violence. Pourtant sa mère avait pris soin de la cacher avec sa sœur, “mais sur dénonciation de la concierge, elles furent emmenées tel un troupeau, à ”la Bellevilloise”, tandis que le reste de sa famille fut conduit au Vel d’Hiv’. Puis, elle raconte son évasion, sa mère n’avait qu’un mot en tête FUIR. Via une petite trappe, elles se sont sauvées malgré deux policiers qui ont fermé les yeux… Elle souligne qu’il y avait deux sortes de policiers : ceux qui faisaient du zèle, qui étaient plus violents que dans le film, et d’autres, plus humains, qui prévenaient même des rafles à venir dès qu’ils en avaient connaissance.

Les questions des élèves :

     – Pourquoi en parler maintenant ?

     – En voulez-vous encore  aux policiers français et aux allemands ?

     – Avez-vous de la haine ?

     – Connaissez-vous d’autres personnes qui ont été sauvées ?

 – Comment faites- vous, tous les jours pour vivre avec de tels                                      souvenirs ?

 

Rachel Jedinak : Après la guerre, on parlait de la France résistante, on ne voulait pas nous entendre, c’est grâce à mon petit fils qui, un jour me dit qu’il n’était au courant de rien, que j’ai pensé qu’il était de mon devoir de parler. Et puis, Jacques Chirac a reconnu solennellement la responsabilité de la France de Vichy et à ce moment, beaucoup d’entre nous, les déportés, avons pu enfin nous libérer par la parole.

Votre génération, pas plus que celle de vos parents, n’y est pour rien, mais j’en veux au régime de Vichy, je ne leur pardonnerai jamais. En revanche, je n’ai pas de haine. Quand nous avons décousu notre étoile jaune, ma sœur et moi, il fallait toujours ruser, donner une fausse adresse, de faux papiers, je m’appelais alors Rolande Sannier. Un jour, j’ai fait parvenir un mot à ma grand-mère par l’intermédiaire d’un camionneur et non par la poste (on ouvrait tous les courriers à cette époque), la nourrice chez qui j’étais s’aperçut alors que j’étais juive et elle me fouetta au sang avant de me jeter dehors ! Cependant, après la rafle, les parisiens ont pris conscience de la brutalité des policiers, il y a eu beaucoup de solidarité ensuite (enfants cachés, par ex.).

Puis Rachel Jedinak nous parle de son combat pour faire poser une plaque commémorative dans chaque école où des élèves furent déportés : “A la mémoire des enfants de cette école, déportés parce que juifs, avec la complicité active du gouvernement de Vichy. Ils furent exterminés dans les camps de la mort. “ Ils ont désormais des noms, ils sont sortis de l’anonymat,  en partie, grâce à Rachel Jedinak.

L’ensemble des élèves, touchés par cette femme hors du commun, ont applaudi et certains ont voulu continuer le débat dehors, dans le hall du cinéma, avec elle et leurs professeurs.

Belle séance, à renouveler sans doute l’année prochaine lors de la semaine citoyenne 2020!

Joëlle Saunière

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