L’éditorial du journal de Janvier 2019

Comment témoigner lorsqu’auront disparu les derniers témoins de la Shoah ?

 

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A mémoire 2000, nous sommes convaincus de l’importance de la rencontre. Pour nos séances devant lycéens et collégiens chaque film est suivi d’un débat avec un spécialiste du  thème choisi, racisme, antisémitisme, lutte contre les discriminations, défense des droits des femmes et des droits de l’homme.

Tous les ans, la séance du mois de janvier est consacrée à la mémoire de la Shoah, pour l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Le débat qui suit le film est mené par un grand témoin, rescapé des camps.  Nous aurons encore, cette année le précieux concours de Francine Christophe qui saura toucher le jeune public par son dynamisme. Mais qu’en sera-t-il les années suivantes ? Les survivants des camps savent l’urgence et l’importance de ces derniers témoignages. Dans les années 80, une centaine de survivants revenus des camps intervenaient régulièrement dans les classes pour faire entendre l’indicible. En ce début 2019, ces témoins précieux ne sont plus qu’une quinzaine, dont certains peuvent difficilement se déplacer.

Il y eut, après 1945, un très long silence sur la déportation et l’extermination des juifs, et des tziganes. Parler n’allait pas de soi quand personne ne voulait entendre. La parole était donnée aux héros de la résistance, aux souffrances représentables de la guerre. Pas à l’impensable des camps. Ce silence était dû aussi à la nécessité pour les rescapés, de se tenir éloigné de la violence subie, pour survivre. La plupart se sont tus longtemps. Ils ont accepté de témoigner, 30 ou 40 ans après. Des interventions éprouvantes mais indispensables. Ils sont ainsi devenus des passeurs de relais. “Nous avons été les derniers témoins du génocide, mais vous êtes, vous, la dernière génération qui entendrez des témoins” disait Ida Grinspan disparue le 24 septembre 2018.  L’Union des Déportés d’Auschwitz sert de relais entre les rescapés des camps et les professeurs. Dès les années 80, l’UDA a organisé une vaste collecte de témoignages, anticipant l’après.

Le 19 octobre 2018, quelques semaines après la disparition d’Ida Grinspan, s’est tenue au lycée Montaigne une séance d’un nouveau type.  Sur l’estrade, quatre déportés de 88 à 93 ans, prêts à dialoguer avec la salle. Auparavant, la centaine d’élèves présents ont vu et entendu, sur grand écran, Ida Grinspan, dont la voix venait de s’éteindre, raconter l’enfance heureuse, l’arrestation, la déportation, les camps et la libération. En même temps, dans 40 établissements sur tout le territoire, des centaines d’élèves étaient connectés en direct à l’évènement. Ces séances de témoignage dématérialisées se multiplient.

La Fondation pour la Mémoire de la Shoah a collecté un fond considérable à disposition des enseignants. Elle organise cette transmission qui entre dans une nouvelle phase car la mémoire vivante s’éteint. Une autre façon d’enseigner se pratique comme on le découvre dans le film les Héritiers, pour lequel, Anne Anglés, professeur dans l’académie de Créteil, a servi de modèle. Elle explique ainsi cette nouvelle façon de faire faire de l’Histoire aux élèves : “Ils doivent chercher, enquêter, écrire. Ils ont consulté des témoignages et vu des rescapés par le biais d’enregistrements audiovisuels…” Au lieu de subir un cours imposé, ils deviennent chercheurs en s’appuyant sur la masse d’archives collectées.

Enseigner l’extermination des juifs d’Europe, est devenu difficile dans de nombreux établissements. Le concours national de la résistance et de la déportation est aussi un vecteur utilisé par les enseignants pour aborder ce chapitre. 47 000 élèves y ont participé en 2018. Les professeurs que nous avons rencontrés le 18 octobre aux cinémas du Palais de Créteil ont conduit 400 élèves à la projection de L’armée du crime. Le débat était mené par M. Duffau Epstein, fils de Joseph Epstein.

La transmission de la mémoire continue, appuyée sur les témoignages laissés par ceux dont la parole est irremplaçable.

Jacinthe Hirsch, Présidente de Mémoire 2000

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